Cf. BCH. XXVII, p. ifi
3. Kn publiant les deux textes où pour la première fois on pouvait considérer les naopes en activité, je n'avais pas cru être en état de traiter ce point avec précision, BCII, XX, p. 223: j'avais seulement dit: plusieurs des petits peuples représentés à l'amphictyonie n'ont envoyé ici aucun déléf?ué. On entrevoyait assez nettement ce qui me paraissait le moins improbable, et M. Dittenberjrer ne m'a nullement, trahi en écrivant Sifll. 1 io. u. :\ : siujrulos a suis ciuitatibus dcle^atos fuisse H. sumit. Mais il ajoutait (jue j'avais tort à son avis et il m'opposait le raisonnement ([ue je vais résumer. On verra que les deux théories doivent sans doute se compléter l'une par l'autre.
72 LES NAOPES
tives, il faudrait, de toute nécessité, qu un nombre déterminé de places eût été réservé à chaque cité ; or il n'en est pas ainsi. D'autre part ils sont nommés à vie, ils ne sont pas nommés en même temps: or, après la paix, on voit revenir deux Corinthiens (Labotas, Damophanes) et im Sicyonien (Xenotimos), et l'état des choses en Grèce après 346 rend improbable que leurs cités les eussent désignés de nouveau. Ces prémisses une fois posées, — et je pense que, sauf quelques réserves de détail, on peut les admettre, — M. Dittenberger en tire la conclusion suivante : donc les amphictyons nommaient les naopes un à un, ex omnibus populis promiscue^ en complétant les vides dès que tel ou tel titulaire mourait.
Il ne faut pas s'arrêter à ce qu'aurait d'invraisemblable cette désignation de trente ou quarante personnages choisis par le conseil fédéral parmi tous les peuples représentés à Tamphictyonie : la formule e; aravTwv des inscriptions athéniennes recevrait ici une extension vraiment étrange. Mais il ne faut pas non plus , pour atténuer l'invraisemblance , supposer que chaque peuple ou cité présentait, par l'intermédiaire de son hiéromnémon, une liste de ceux qu'elle pourrait déléguer, et que l'amphictyonie choisissait sur ces listes ceux qu'elle voulait voir figurer au collège des naopes. On en reviendrait précisément à ce que l'on a refusé d'admettre : une part d'initiative laissée aux cités dans la nomination de leurs représentants. Par là même on repousserait la conséquence rappelée plus haut en ses termes formels avant même d'avoir examiné si les arguments y amenaient d'une manière nécessaire.
A mon avis, ils prouvent moins qu'on ne pense, et d'abord le second. M. Dittenberger constate avec raison la profonde modification dans l'état delà Grèce après la paix, puis il en conclut que les cités n'auraient pas envoyé les mêmes hommes à Delphes comme naopes. Mais ces changements graves, rien ne nous les témoigne plus clairement que le conseil amphictyonique lui-même, bouleversé comme il Test en 346. Il faudrait donc supposer que, parce que Labotas, Damophanes et Xenotimos (il y en avait peut-être d'autres, mais nous ne le savons pas) avaient été jadis désignés par l'amphictyonie, les nouveaux hiéromnémons ont dû les subir. Le décret qui instituait les naopes les obligeait-il si expressément à ces foncions pour le reste de leur vie ' ? Une seule conclusion me parait ici évi-
1. Nous sommes sûrs du moins qu'ils pouvaient démissionner: BCH^ XX,
INFLUENCE DE l'amPHICTYONIE 73
dente : si les deux naopes Corinthiens et le naope Sicyonien ont repris leur place dans le collège après la fin de la guerre sacrée, c'est à leur expérience des choses financières et des marchés d'entreprise qu'ils le doivent, c'est à l'importance de leur rôle personnel beaucoup plus qu'à la manière dont ils avaient été désignés à l'origine.
De l'autre argument il ne semble pas qu'on ait davantage le droit de tirer la conclusion où M. Dittenberger aboutit. Certes personne ne conteste que les représentants d'une même cité ou d'un même peuple aient été en nombre très variable aux divers moments du iv*^ siècle. On ne voit pas de naope thessalien avant 3i6, on en voit dix sous Theon ; trois Thébains figurent dans le collège sous Damoxenos, il n'y en a plus aucun depuis Chéronée. Nous saisissons maintenant le fait dans toute sa complexité: les listes se sont multipliées depuis la publication du compte sur le fonds de dépôt. Elles n'ont fait que nous confirmer dans l'idée qui avait été exprimée dès le premier instant * : ces variations sont une conséquence patente des changements politiques. Mais comment ces changements se traduisaient-ils dans la composition du collège ? La question reste entière, et rien ne prouve jusqu'ici que les hiéromnémons aient nommément désigné les naopes.
Un autre collège international à la création duquel nous assisterons. a été, lui aussi, fondé par l'amphictyonie : c'est celui des trésoriers. Ils sont envoyés par leurs villes respectives : ixcTUÊjJi.Trs'.v xà^ ttoXsiç, if) [jlyj réjjL'i^aaa 7:o>aç sont les termes du décret qui les institue. Et d'autre part la composition de ce collège est rigoureusement fixée et invariable , puisqu'on l'a calquée sur celle de l'amphictyonie : QsaaaAwv 2 , xapi ^îkiTZTzo'j 2... Mais avons-nous ledroit d'établir un rapport rigoureux entre ces deux faits ? Dans le cas particulier des trésoriers ils sont réunis ensemble : le nombre des places est déterminé et le droit des cités à choisir leurs représentants est respecté. Ce n'est pas une raison pour qu'ils le soient toujours et que, là où l'un manque, nous puissions afiîrmer l'absence de l'autre. Ilmesemble plus simple de reconnaître entre le cas des trésoriers et celui des naopes cette seule différence que, dans le premier, l'amphictyonie a fixé une fois pour toutes à l'origine
p. 198, 1. 5 on a vu le naope delphieii, riiomme incHspciisable ch\ collô^e, quitter ses fonctions : 'Apia-XYopa àçiarauévou Ta; vao-oita;. 1. BCH, XX, p. 223; XXI, p. î«l.
7i LES NAOPES
la composition du collège, tandis que son intervention a eu de multiples occasions de s'exercer dans le second, pour déterminer la nationalité et le nombre de ceux qui devaient venir à Delphes comme naopes.
Le conseil suprême qui a fondé le collège continue à garder sur lui le contrôle souverain. Ainsi s'explique que Delphes par exemple ait eu dès le début son naope quoiqu'elle ne fût pas représentée au conseil amphictyonique, et que d'autres peuples, représentés à Ta mphictyonie, n'aient pas eu de délégué au collège des naopes. A des intervalles plus ou moins éloignés, d'après les indications données parles événements, les hiéromnémons prescrivaient que telle cité devait être représentée et dans quelle proportion elle devait l'être. Us efîaçaient le nom d'un peuple quand la présence de ses délégués à Delphes eût été rendue difficile par une modification survenue dans la politique internationale. Ils ajoutaient au contraire, sous la pression des circonstances extérieures, telle ville qui n'avait pas encore eu de représentant ou avait été privée, pendant quelque temps, du droit d'en envoyer.
Mais ici commence le rôle propre de chaque cité, qui suit Je règles fixées par sa constitution et ses coutumes pour la nomination — élection ou tirage au sort — de ses délégués. On ne peut pas conclure d'une inscription de Samos * que les naopes étaient d'ordinaire élus à main levée, ^rsipsTovriTct : il ne s'agit là que de naopes locaux, dont le rôle ne ressemble guère à celui de nos naopes internationaux. Quel que fût le mode de désignation qui appelaittelcitoyen à représenter sa ville au collège de Delphes, on peut être assuré que les naopes étaient pris parmi les hommes que leur situation personnelle, leur attachement aux choses religieuses et leur compétence financière désignaient à la cité. Sans doute Tamphictyonie tenait à ce que les naopes fussent de telle nationalité plutôt que de telle autre, selon les moments; mais, quand elle avait fixé le nombre des naopes que la Thessalie ou le Péloponnèse devait envoyer, le peuple choisissait les candidats qui lui paraissaient le mieux propres à remplir leur tâche.
Il semble bien en effet que, parmi les naopes, plusieurs ont été individuellement des personnages en vue et assez considérables. Ils étaient, dans leur pays d'origine, des notables et