‹ L'administration financière du sanctuaire pythique au IVe siècle avant J.-CChapitre 90 sur 138 · FONDATION DU COLLÈGE · texte numérisé non relu

FONDATION DU COLLÈGE

On voudrait connaître les raisons qui ont fait instituer le collège, les circonstances déterminantes et l'occasion de cette mesure. Mais les considérants manquent, cette partiede la pierre est illisible ; nous ne pouvons même pas savoir exactement combien de lignes précédaient dans le texte intact celles où Ton commence à déchiffrer avec peine quelques lettres. Ici, comme pour la pierre sur laquelle étaient gravés les premiers versements des Phocidiens, la perte est irréparable. Encore pour la sentence de 346 avait-on le résumé de Diodore, tandis qu'ici nous sommes réduits à des conjectures : les indices, qui semblaient promettre une conclusion valable, sont trop faibles pour que Ton puisse y appuyer un raisonnement.

D'abord, à la seconde ligne du texte conservé les lettres I0PA2. A..Or autorisent sûrement la restitution 0pa(j[u]$[atj5u, et très probablement devant ce nom celle d'un autre qui en est inséparable : [Aao/ou y.a]t. On connaît ces deux Thessaliens qui ont siégé à Tamphictyonie dans les dernières années de Philippe et au début du règne suivant : ils ont fait à Delphes, comme leurs prédécesseurs et leurs successeurs, les affaires de la Macédoine. Mais précisément sous Palaios-automne ils ne sont pas hiéromnémons : col. I, I. 31 et 63, les deux personnages qui représentent pour cette session la Thessalie sont Cottyphos et Colosimmos, et leurs noms reviennent à plusieurs reprises dans la colonne II : à la session suivante, c'est-à-dire celle du printemps, quand on rappelle le souvenir du collège qui a confié les fonds pour la première fois aux trésoriers, on le désigne selon l'habitude par le nom de ces deux Thessa liens ; mais déjà à ce moment-là, ils sont remplacés à Tamphictyonie parDaochosetThrasydaos . Quel rôle extraordinaire remplissaient donc ceux-ci à la session d'automne ? Pourquoi leurs noms figurent-ils ainsi à la fin des considérants ou au commencement du décret même qui institue le nouveau collège? On ne répondra jamais, je le crains, d'une manière certaine à cette question, mais il est tentant de rapprocher leur apparition imprévue des fonctions qu'ils ont remplies pour Philippe quelques semaines plus tard à Thèbes. La mission dont ils étaient chargés ne s'est pas bornée à ces négociations : c'est par Delphes qu'ils ont passé d'abord pour exécuter les instructions officieuses qu'ils avaient reçues.

D'autre part, on se rappelle que les naopes avaient à leur disposition ce fonds de roulement dont l'existence a été formel-

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lement constatée sous Damoxenos, que de plus ils retiraient sur leur fonds de dépôt les sommes dont ils pouvaient avoir besoin, qu'enfin et surtout ils touchaient sur les caisses des revenus sacrés ce qui leurétait nécessaire pour leurs paiements. Il était impossible, on l'a vu, de faire tomber d'accord à un moment quelconque les séries de leurs très diverses entrées de caisse, de l'autre Ténumération totale de leurs dépenses : il fallait au moins attendre plusieurs exercices. Or précisément dans ces années qui ont suivi la paix, h partir de 343, l'argent a afflué à Delphes, l'amende des Phocidiens accrut les revenus dans des proportions considérables. L'impossibilité d'établir à des dates rapprochées la balance des entrées et des sorties a dû paraître particulièrement dangereuse à un moment où les naopes disposaient de sommes beaucoup plus fortes pour les travaux du temple. Leur initiative avait trop de liberté et trop de jeu .

Combinons ces données, il ne sera pas malaisé de construire une théorie liée. L'amphictyonie a voulu, non pas sans doute réprimer des irrégularités réelles, mais empêcher des irrégularités possibles ; et un homme qui savait, depuis plusieurs années déjà, user à son profit de l'autorité fédérale, ajugé, cette fois encore, l'occasion bonne pour intervenir. Philippe était apparu comme le vengeur du Dieu contre les Phocidiens ; la guerre commencée contre Amphissa, exactement à cette date même, allait lui permettre d'établir définitivement son hégémonie. Il a pu se présenter aussi comme le réorganisateur de l'administration financière : c'eût été un titre de plus à la reconnaissance de ceux pour qui rintérêtoul'aveuglement le transformaient en bienfaiteur. Mais, selon son habitude, il n a pas imposé sa volonté. Les deux ambassadeurs qu'il envoyait ostensiblement à Thèbes, peut-être les a-t-il chargés en même temps d'indiquer à Delphes le moyen pratique de resserrer les ressorts détendus du contrôle. Le nom des deux Thessaliens rappellerait discrètement, dans le décret qui institue le nouveau collège, la part que le roi avait prise à cette création.

Il ne manque même pas à ce système lappui d'une contreépreuve. Si la mesure a été prise contre le collège international qui était auparavant le seul intermédiaire entre le conseil et les entrepreneurs du temple, quelque fait sans doute laisse entrevoir le sentiment avec lequel les naopes ont accueilli la réforme annoncée. Or leur liste est précisément conservée pour Palaios-

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automne, et le petit nombre des présents — ils sont dix-neuf — peut paraître significatif, mais certaines absences le sont bien davantage. Il n'y a pas de naope macédonien, cela peut être une habileté de plus; les Athéniens, pour cette seule fois, n'ont envoyé personne, et surtout le naope delphien, Thomme indispensable, manque. C'est évidemment un état exceptionnel dont témoigne cette liste. Tout se tient, et la véritable origine du nouveau collège semble le plus naturellement expliquée.

Je ne songe pas à le nier, ce petit nombre des naopes présents est une circonstance notable. L'absence du Delphien surtout paraîtra extraordinaire : ni la maladie, ni une autre cause du même ordre, c'est-à-dire à laquelle la volonté humaine n'avait point de part, ne peut suffire à en rendre compte. Je crois bien que la mesure n'a pas été prise contre les naopes : mais il est possible qu'elle n'ait pas flatté leur amour-propre. Quelques-uns se sont dispensés, et parmi eux le plus nécessaire de tous, d'assister à la première session où les fonds étaient remis à leur collège par le collège intermédiaire. C'était une assez grosse somme: quinze talents, mais les trésoriers qui sont astreints à rendre compte de leur gestion tous les six mois surveilleront avec exactitude l'emploi que les naopes auront fait de l'argent k eux confié. Comme, d'autre part, le compte sur l'ancien fonds de dépôt est arrêté et le fonds de roulement sans doute épuisé, les trésoriers sont assurés que les naopes ne toucheront plus qu'à une seule caisse, celle qu'ils tiennent euxmêmes. Cette subordination à un autre collège qui devait contrôler tous leurs paiements a paru sans doute aux naopes difficile à accepter, au moins la première fois. Puis les rouages ont fonctionné, le nouveau entre les anciens ; le jeu de toute la machine a été plus sûr et plus régulier qu'avant, et le delphien Simylion, qui avait été naope depuis Damoxenos, a reparu sous Damochares pour remplir ces fonctions de longues années encore.

L'état où les trésoriers trouvèrent à leur arrivée l'administration financière, avec ces revenus si considérablement augmentés en si peu de temps, justifierait à lui seul peut-être la création du collège nouveau. Dans ce sens, on peut le dire, la cause déterminante de la réforme, ce fut l'amende des Phocidiens. On n'a pourtant pas le droit de rejeter comme inutile l'hypothèse que je viens de présenter. Elle n'est fondée — il iaut y revenir — que sur la présence d'un nom propre en un

point du texte où on ne Tattendait pas. La base est fragile, je Tavoue, pour y étayer toute une théorie, mais il est impossible d'expliquer que les deuxThessaliens soient nommés au début de l'acte, si cette place exceptionnelle n'est pas l'indice du rôle qu'ils ont joué dans la délibération d'où cet acte est sorti. L'intervention de Philippe est possible, presque probable si l'on veut ; elle n'est pas prouvée.

Si on l'accepte, le jugement d'ensemble que Ton doit porter sur cette administration financière en sera-t-il profondément modifié? Certes nous n'attribuerons plus aux seuls amphictvons tout le mérite de la réforme financière. L'idée de former un nouveau collège sur le modèle exact de leur conseil suprême leur a été suggérée du dehors, ils n'ont fait que la réaliser. Mais, dans cette réalisation même, il faudra chercher s'ils n'ont pas montré des qualités réelles d'ordre pratique: je veux dire l'habileté dans le choix et l'adaptation des moyens, l'insertion entre des rouages déjà existants d'un nouveau rouage qui doit ne pas gêner le jeu de l'ensemble, mais le régulariser au contraire. Le tableau de l'administration telle que les trésoriers la comprirent mettra en évidence un fait : la modification apportée en 339 fut bien un progrès. L'idée en a peut-être été donnée par Philippe ; mise en pratique, ellea les caractères d'une œuvre grecque.

En étudiant les revenus du Dieu, on a vu ^ que le nouveau collège assistait à la perception de deux d'entre eux : le produit des locations et des fermages, et les versements de l'amende phocidienne.

A ce point de vue, la réforme n'a donc modifié en rien les attributions des naopes, qui continuent à faire rentrer, après comme avant, le seul revenu du sanctuaire qu'ils aient à surveiller, le produit des souscriptions et des collectes. Mais on relève maintenant une première différence entre les deux collèges internationaux : les naopes, lorsqu'il s'agit de percevoir ce revenu, ne portent pas leur titre de naopes : ils portent le nom d'ipYupsXoYiOvxeç. Au contraire, les trésoriers

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