‹ L'Administration Préfectorale dans le Département de la Côte-d'OrChapitre 15 sur 98 · Administration Militaire · texte numérisé non relu

Administration Militaire

Successeur des administrations centrales, le préfet exerce en matière militaire les fonctions que leur avait attribuées la loi organique de la conscription du 19 fructidor an VI (5 septem-

(1) Min. Intérieur au préfet, 22 ventôse; Préfet au Min. Intérieur, 30 ventôse (Arch. dép., M/1, 6/11). Procès-verbal du 4er germinal (M/1, 5/1).

(2) M/1, 5/1 : «les champs de Dijon sont désormais les champs de l’honneur ». Vandal, L’avènement de Bonaparte, IT, p. 284 : « les premiers préfets furent avant tout des collecteurs d'impôts et des recruteurs d'hommes ». CF. Chavanon et Fournier, Bouches-du-Rhône, pp. 41-43 : 158, 159.

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bre 1798). Il est l'intermédiaire entre le gouvernement, les défenseurs-conscrits et les autorités de la 18e division militaire (1). La législation consulaire accrut encore l'influence du préfet et de ses auxiliaires directs dans les levées de conscrits.

La loiet les arrêtés du 17 ventôse an VIII (8 mars 1800) prescrivirent la formation d'une armée de réserve, l’appel immédiat de 30.000 hommes et déterminerent les formes du recrutement. Chaque département devait fournir un certain nombre de conscrits que le préfet, et ensuite les sous-préfets, répartissaient d'autorité entre les arrondissements et les communes. Les maires interviennent pour dresser les listes et présider à la désignation des hommes à mettre en marche. Les sous-préfets sont chargés de prononcer sur toutes les questions relatives au remplacement ; les préfets veilleront à faire compléter, le cas échéant, le contingent de chaque commune {2} La Côte-d'Or dut fournir 421 conserits (3).

Bien que les documents fassent défaut ou soient trop imprécis, on peut penser que la formation d’une seconde armée de réserve et la continuation de la guerre exigèrent de nouvelles levées (4).11 semble que les populations côte-d’oriennes mirent assez peu d’empressement à écouter les proclamations de Guiraudet. En thermidor le préfet leur explique longuement que pour « arracher » aux ennemis la conclusion de la paix «il faut. leur présenter à la fois la foudre et l'olivier ». Guiraudet ordonne aux maires de dénoncer les conscrits qui ne seraient pas partis à l’armée (5).

En l’an X, la loi du 28 floréal (18 mai 1802) appelle aux

(1) La 18e division militaire comprenait alors les départements de la Côted'Or, de la Haute-Marne, de la Saône-et-Loire, de l'Aube et de l'Allier. Elle était commandée par le général de division Meynier ; Meynier avait servi en Italie et de l'avis de Bonaparte, ne paraissait pas capable d’être employé à l’armée active (Arch. dép., R/1, 13 : R/3, 13 vote du conseil municipal de Dijon, 41 thermidor an X, Correspondance de Napoléon, 272, 42471).

(2) Duvergier, XII, pp. 250 ss.

(3) Journal, 30 ventôse ; la classe de l'an VIII compte 2.500 jeunes gens.

(4) Darmstädter, Bas-Rhin, XVIII, p. 538, ne connaît pas de levée en l’an VIII et en l'an IX. La statistique de Vaillant ne nous renseigne qu'à partir de l’an XIII (Il, p. 42).

(5) Journal, 15 thermidor an VII.

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armes 30.000 hommes de la conscription de l’an IX et 30.000 de l’an X ; elle prescrit la constitution d’une double réserve d’égale force numérique. Légalement, c’est le conseil général qui doit répartir le contingent départemental entre les arrondissements. Mais sa session s’est achevée le 15 prairial et le texte législatif n’est parvenu à la préfecture que le 17. Guiraudet procède donc par lui-même à la répartition. Il convoque les conseils d’arrondissements pour fixer le nombre de conscrits que fournira chaque commune ou groupe. de communes (1).

L'événement le plus important de l’histoire militaire de la Côte-d'Or sous le Consulat décennal est la formation à Dijon et dans les environs de la première armée de réserve, celle qui avec Bonaparte et Desaix remporta la décisive victoire de Marengo (14 juin 1800). Ce n'est pas le lieu de décrire la concentration des divers corps de troupes, d’en indiquer la composition et la force, de suivre tous les détails techniques de cette organisation. Il suffira d'indiquer le passage de Bonaparte à travers le département et le séjour qu'il fit à Dijon. Ce fut pour lui une occasion de donner des instructions aux chefs des différentes administrations, de redire son désir de la paix et de s'instruire sommairement des besoins des habitants (2). Après le départ de l’armée commandée nominalement par le général Berthier, la Côte-d'Or ne cessa pas d’être un lieu de passage et de séjour pour de nombreuses troupes. Au camp de Remilly se prépara la seconde armée de réserve sous le commandement du général Brune (3).

Ces mouvements et ces concentrations n’allèrent point sans de lourdes réquisitions et sans grandes surcharges au service normal des étapes. La correspondance échangée entre le préfet, le général Brune et Carnot, ministre de la guerre, témoigne des difficultés que rencontra l’approvisionnement des armées consulaires (4). La campagne de Marengo et la signature d’un

(4) Duvergier, XIII, p. 435; arrété préfectoral, 30 prairial an X (Arch. dép., R/1, 23).

(2) Journal, 20 floréal.

(3) Journal, 30 prairial, 30 messidor.

(4) Min. Guerre au préfet, 5 floréal, 6 prairial (R/3, 8). Brune au méme (R/3, 2).

double armistice en Italie et en Bavière ne mirent pas fin à la lutte entre la République et l'Empire. Les compagnies auxquelles avait été adjugée la fourniture des vivres et des divers objets nécessaires aux troupes exécutèrent mal leur contrat ; les maires se préoccupèrent peu d'assurer la nourriture et le logement des soldats de passage ; ceux-ci réclamèrent plus que le règlement du 25 fructidor an VIIT ne les y autorisait. Aussi bien pendant l'an VIII, l’an IX et l’an X, le préfet se montre fort préoccupé du bon fonctionnement des étapes (1).

Enfin Bonaparte signe la paix avec l’Empire à Lunéville le 9 février 1801 ; les préliminaires de Londres (1% octobre 1801) se transforment le 27 mars 1802 en la paix d'Amiens (2). Les armées françaises regagnent peu à peu le sol de la République. I1 faut les loger. Les casernes sont rares en Côte-d'Or et les municipalités se refusent à en construire. À l’unanimité Île conseil municipal de Dijon déclare que 800 ou 900 hommes de garnison sont amplement suffisants pour assurer la tranquillité de la ville et « pour entourer le général divisionnaire de la considération qui lui est due, considération qu’il obtient encore bien plus par son mérite et par ses qualités personnelles que par la force la plus imposante ». Guiraudet partage cette conviction et proteste contre l'intention manifestée par les autorités militaires de loger la 18° demi-brigade chez les habitants (3).

Peu militaristes, on le voit, les Dijonnais se désintéressent fort de porter l'uniforme de la garde nationale. Leur indifférence est partagée par les autres citoyens du département. A la fin de lan VIII, les élections des officiers sont rendues impossibles par l'absence des électeurs. Au commencement de lan X « officiers. et sous-officiers refusent de continuer un aussi long service et le confient journellement à un petit

(4) Arrêté, 26 fructidor an IX (R/3, 8). Correspondance de Napoléon, 5179, 5736.

(2) Fournier, Napoléon, I, pp. 202, 244,213. u

(3) Maire de Semur au sous-préfel, 15 fructidor an X : délibération du conseil municipal de Dijon, 44 thermidor an X (R/3, 13). Préfet au général de la 48° division, 28 thermidor an X (R/3, 8).

nombre de mercenaires incapables de le faire convenablement ». Les efforts du maire de Dijon n’aboutissent qu’à reconstituer les six compagnies sur le papier (1).

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