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L'application du Concordat

Pendant tout l'empire le diocèse de Dijon, rattaché à la métropole de Besançon, comprit les deux départements de la Haute-Marne et de la Côte-d'Or (2). Pour le diriger le Premier Consul fit choix d’un évêque constitutionnel. Agé d’une cinquantaine d'années, Henri Reymond avait adhéré avec empres-

(1) Les cultes protestant et israélite n'ayant qu'une très faible importance en Côte-d'Or (Vaillant, 1, p. 283, 285), il ne sera question dans ce chapitre que du culte catholique. Sur la législation ecclésiastique du régime impérial cf. Poullet p. 864-885.

(2) Il faut tenir compte de ce fait tout particulièrement en ce qui concerne les crédits alloués par le Conseil général de la Côte-d'Or qui escompte une mesure analogue de la part de l’Assemblée Haut-Marnaise.

sement aux réformes ecclésiastiques de la Constituante. Les électeurs de l'Isère le nommèrent évêque constitutionnel de Grenoble. Bonaparte le classa on ne sait pour quels motifs parmi les prélats du clergé assermenté dont il voulait la nomination (1).

Le préfet Guiraudet attendait avec impatience l'arrivée de Mer Reymond. Il procéda le 17 prairial an X (dimanche 6 juin 1802) à l'installation du premier évêque concordataire de Dijon. La cérémonie eut lieu à Saint-Bénigne au milieu d’une grande affluence de fonctionnaires. Mer Reymond futmis en possession de son siège à la fois par l’autorité civile et par les représentants de l’ex-clergé constitutionnel, l’évêque Volfius et son conseiller Leprince (2). Ms Reymond témoigna la plus parfaite considération pour son collègue démissionnaire ; il le nommera chanoine de son église cathédrale. En attendant, ïl le mit à la tête du conseil épiscopal dont il s’entoura jusqu’à la nomination des vicaires-généraux. L’abbé Leprince, ex-chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon, avait secondé Volfius dans l’administration du diocèse « avec beaucoup de sagesse et de modération », d’après une note anonyme vraisemblablement destinée au conseiller d’État Portalis. Le Premier Consul l'avait nommé évêque de Bayonne; sa santé l’obligea de refuser l’offre gouvernementale. Elle le contraignit également à décliner les pressantes sollicitations de Ms Reymond qui aurait souhaité faire de l'abbé Leprince son premier vicairegénéral. Il le chargea du moins de le seconder avec Volfius durant ja réorganisation de son nouveau diocèse (3).

Le premier évêque concordataire aurait volontiers recruté ses auxiliaires immédiats parmi les ex-constitutionnels. Outre Leprince, il aurait désiré avoir près de lui un autre ex-vicaire épiscopal, Mignard. Le gouvernement consulaire approuva

| (4) Henri Reymond est ainsi annoté : « a des connaissances :.… mœurs régulières ;.… du nombre de ceux que le Premier Consul a désignés dans sa dre note de nomination » (AF/IV, 1044).

(2) Préfet à Portalis 6 floréal an X (V 1). Procès-verbal 47 prairial an X (Arch. dép. V/1, 4). C£. G. Dumay, Les évêques de Dijon (Mémoires Commission Antiquités Côte-d'Or XII, 1889-1895), p. 36-39.

(3) Notes (AF/ IV, 1044) ; « caractère sage, doux et modéré: a des talents et de la vertu » dit-on encore de l’abbé Leprince. Rapport de Portalis 30 fruc-tidor an X. (Arch. Nat. F/19, 417).

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d’abord ce choix. Puis, fidèle à sa politique d'équilibre et de pacification il exigea que les deux vicaires-généraux d’un évêque constitutionnel fussent pris parmi les prêtres insermentés. Mignard dut démissionner. Il fut remplacé par un extrésorier de Saint-Étienne qui s'était montré fort hostile à Volfius, Nicolas Claudon (1). Le second vicaire-général appartenait également au clergé dijonnais ; ancien chanoine de Saint-Jean l'abbé Colin avait « un talent pour la prédication très remarquable dans les temps actuels ». C'était un homme d’ «esprit conciliant » et fort disposé à entretenir de cordiales relations avec les autorités civiles ; il figure sur une liste de candidats à diverses fonctions ecclésiastiques qui circula dans les bureaux de la préfecture (2):

ME: Reymond avait constitué un conseil épiscopal composé de cinq ex-constitutionnels, Volfius et quatre de ses vicaires épiscopaux : Leprince, Girarde, Deschamps et Toussaint. Deux de ces collaborateurs de la première heure devinrent chanoïnes titulaires et un troisième chanoine honoraire. Lorsque Volfius se retira, sa place fut attribuée à Champagne, autre ex-vicaire épiscopal (3).

Après avoir ainsi constitué l’administration supérieure de son diocèse, M: Reymond s’occupa de déterminer les limites et les sièges des nouvelles paroisses et d’en désigner le clergé. La première de ces opérations n’alla pas sans provoquer les réclamations en sens contraire des communes intéressées ; le préfet et l’évêque durent remanier la carte ecclésiastique du département en tenant davantage compte du nombre des

{1) Arrêtés consulaires 30 fructidor an X, 21 germinal an XI (F/19, 417). D'après Vaillant (Il, p. 405, 406), M® Reymond aurait sollicité en vain, pour le même motif, le concours de l'abbé Bailly, ancien professeur au collège de Dijon. Chomton, Hist. de l'église Saint-Bénigne de Dijon, 1900, p. 322. Mort en 1811 Claudon fut remplacé par l’abbé Lemaitre.

(2) Arrêté consulaire 30 fructidor an X : Guillemot, président par intérim de la Cour d’Appel au Secrétaire d'Etat, 6 août 1809 (AF/IV, 1046). La feuille isolée qui porte le nom des candidats recommandés par les bureaux de la préfecture se trouvait par hasard dans M/8, 33/1 ; elle doit figurer aujourd’hui dans une liasse de la série V.

(3) Evêque au préfet 22 thermidor an X ; circulaire du conseil épiscopal (V 19): Liste des vicaires épiscopaux dans Jarrot, Le clergé constitutionnel en Côte-d'Or (Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Dijon, XVI, 1898), p. 143.

habitants, des ressources locales en bâtiments cultuels, de la facilité des communications. Pommard et Volnay furent séparés, chacun de ces villages étant assez important pour devenir une succursale. Des communes de Vandenesse et de Maconge l’une obtint un desservant, l’autre fut rattachée à celle de Mailly. La succursale d’Agencourt et de Boncourt fut transférée à Quincey. On créa une seconde paroisse à Beaune. La Côte-d'Or comprit six cures de 1"° classe, 30 de 2 et 420 succursales (1).

Nommer les curés et les desservants était en 1802 chose délicate. Le clergé catholique se répartissait en deux groupes principaux, les assermentés et les insermentés. Mais parmi eux combien avaient varié d'opinions au cours de la Révolution, rétracté ou oublié leur serment, ou par contre accepté des formules moins absolues que celle de la Constituante (2) ! Me Reymond dut faire abstraction de ses préférences personnelles, essayer de satisfaire les passions opposées et les rivalités locales, dégager la vérité au milieu de témoignages multiples et contradictoires. Le préfet l’aida de son mieux dans cette tâche difficile ; le voltairien Vaillant correspondit avec les maires, enquêta parmi ses employés et eut, sembletil, une part prépondérante dans la réorganisation du clergé côte-d’orien. Dans l’ensemble, en Côte-d'Or comme dans le Bas- Rhin et le Pas-de-Calais dont les évêques sont des ex-jureurs, les prêtres demeurés unis au Pape furent ou maintenus ou promus et les constitutionnels, moins favorisés (3).

L’entourage de Mer Reymond et les bureaux de la préfecture eurent cependant assez d'influence pour éviter aux assermentés toute rétractation solennelle et faire nommer à la première cure du diocèse un ex-vicaire épiscopal et ex-commissaire du

(1) Arrêtés 17. nivôse an XII; 21 prairial an XI ; 23 thermidor an XI (F/10, 417). Journal, 30 pluviôse an XIII. Etat du 8 floréal an XI (AF/IV, 1044). Vaillant, I, p. 282.

(2) On ne connaîtra bien la réorganisation du clergé côte-d'orien après le Concordat que lorsque le biographe de Volfius, M. Gazin-Gossel, nous aura renseignés sur le passé de nombre des ecclésiastiques auxquels le nouvel évêque fit appel.

(3) Maire de Perrigny à Vaillant 6 vendémiaire an XI (V 28): notes M/8, 33/1. Cf. sur le résultat d'ensemble Jarrot (Bull. d’hist. diocèse Dijon XVI), p.203. Dämst”dter XVII, 555. Chavanon et Saint-Yves, p. 247.

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