LUE
Directoire près de la municipalité du canton de Bonnencontre. Le premier curé concordataire de la cathédrale fut en effet l'abbé Girarde (1). L'église de Seurre, cure de 2 classe, eut pour curé un ami du général Veaux ; l'abbé Pingeault bon Patriote pouvait écrire : « mes ennemis sont ceux de la Révolution ». Le desservant d'Avot est un protégé du terroriste Legouz; le curé de Bligny doit sa nomination au conventionnel Oudot ; certains habitants de Précy, mécontents du choix épiscopal, firent appel à Berlier (2). Aïnsi les deux clergés furent représentés, inégalement, dans le nouveau.
Les populations avaient manifesté un vif intérêt au choix de leur pasteur. Les fonctionnaires municipaux ou de simples citoyens écrivent à l’évêque, au préfet ou à Vaillant pour leur manifester leurs désirs. Ils ont soin de faire remarquer en faveur de leur candidat qu’il « a constamment prêché l’obéissance aux lois et à l'autorité eivile » ; l'adversaire est « le point de réunion de tous les prêtres non assermentés ou rétractés ». Tous désirent « un prêtre dont la modération nous assure la tranquillité ». Le difficile est de discerner les modérés (3). Les habitants n’acceptent pas toujours la décision épiscopale même lorsqu'elle a été approuvée par le préfet et par le gouvernement. On organise la résistance, rarement violente (4), plus souvent insidieuse. Cette attitude est, d'ailleurs, fréquemment inspirée par des ecclésiastiques hostiles à ME Reymond. Le vicaire-général Colin organisa un petit complot autour de la nomination de l'abbé Taisand à la cure de Bligny-sur-Ouche. Taisand était un ex-constitutionnel que le conventionnel Oudot, devenu juge au Tribunal de Cassation, avait fait nommer à l'insu du préfet. Guiraudet fut
(1) Journal 5 brumaire an XI. Chomton, Saint-Bénigne, p. 322-324.
(2) Pageault à Veaux 1er vendémiaire an XI (V 27). Maire d'Avot au préfet 4 janvier 1812 (V 26). Délégués de Bligny à Colin, 3e complémentaire an XI (V 13). Delavault, notaire à Portalis 4 prairial an XI (F/19, 337),
(3) Hélyotte au préfet 27 floréal an X ; pétition des habitants de Val-Julien 16 floréal an X ; maires de Tachère, Belleneuve, Arçon, Etevaux, Cirey au préfet 27 (hermidor (V 13). Maire de Seurre au même 6 prairial an X (V 27).
(4) Par exemple à Darcey : sous-préfet de Semur au préfet 21 prairial an XI (V 21). Journal 25 florcal an XI ; à Létang-Vergy (maire au préfet 48 thermidor an XI. M/6, 93/a).
fort vexé du procédé. Colin exploita ce sentiment ; des villageois de Bligny allèrent à Paris solliciter du «conseiller d'État chargé de toutes les affaires des cultes » le déplacement de Taisand. Portalis refusa en observant que le Concordat rendait inamovibles les curés et qu’il serait toujours impossible de satisfaire à la fois tous les partis de Bligny. L'abbé Taisand fut reçu par « plus de 400 personnes... avec une impatience sans égale ». Le vicaire général tint le préfet au courant de ces négociations infructueuses (1). L'abbé Claudon, de son côté, parait bien avoir secondé les agissements de son collègue Colin (2).
Met Reymond eut enfin à rédiger de concert avec Guiraudet les règlements de police cultuelle. Les deux administrateurs tombèrent vite d’accord pour éviter la persistance des fêtes supprimées par la nouvelle législation. Cependant l’évêque ne peut pas ne pas accéder aux instantes sollicitations des Nuitons qui le pressent d’autoriser la célébration d’une messe solennelle le jour de la Saint-Symphorien. Le maire et le sous-préfet s’'émeuvent de cette illégalité. Guiraudet demanda à M# Reymond d’expliquer sa conduite. L'évêqne le fit aisément; il n'a agi « que pour ne pas mécontenter.. les vignerons ». Le préfet se déclara satisfait et informa le vigilant Frémyet qu'il n’y avait aucune suite à donner à cet incident car « on peut être rassuré sur les intentions de M. l'évêque et du curé de Nuits ». Il recommanda aux maires d'exercer la plus grande vigilance et de résister à « l'impulsion d’une aveugle et dominante majorité (3) ». Guiraudet, qui appréciait peu la présence des croix sur les chemins ou l'érection d’autres signes extérieurs du culte sur la voie publique, n'insista pas
(1) Maire de Bligny-sur-Ouche au préfet 6 floréal an X ; 1er fructidor an XI, 4e compl. an XI, chef de bureau Pein au même ; délégués villageois à Colin, 3e complémentaire an XI ; Portalis au Min. Intérieur 23 brumaire an XII : « pour l’en éloigner sa démission serait indispensable et les choses
n'en iraient pas mieux puisque chaque parti réclamerait successivement contre le dernier prêtre nommé » (V 13. F/19, 417).
(2) Cf. G. Dumay, Mémoires Com. Antiquités Côte-d'Or, XII, p. 38 n. 1.
(3) Préfet à Evêque 26 fructidor an XI ;
réponse 28 fructidor ; circulaire aux maires 16 messidor an XI (V 138).
cependant afin d'en obtenir de l’évêque la prohibition (1). Par contre, il se montra résolu à limiter le nombre et la durée des sonneries religieuses. Cette question des cloches avait été, on s’en souvient, l’une des plus irritantes sous le régime de Séparation. Un règlement concerté par l'évêque et par le préfet essaya de la résoudre par un moyen terme qui ne satisfit personne. D’aucuns auraient voulu sonner et souvent et longtemps ; les autorités civiles et les lecteurs du Journal de Carion auraient volontiers mis fin à ce « tintamarre ». Ms Reymond, cédant aux instances des premiers, pria Guiraudet de s’entendre avec lui pour élaborer « un règlement définitif et uniforme » sur l'emploi des cloches. C'était demander la modification des règles existantes, Le préfet le comprit et refusa tout net. Guiraudet annonça même à l’évêque son regret d’avoir autorisé les sonneries pour les agonisants et pour les défunts qui avaient une douloureuse influence sur l'esprit des malades et lui déclara : « Si je me déterminais à vous proposer quelque changement ce ne serait que pour réduire le nombre des circonstances où ilest permis de sonner (2). »