DU VA FEES
détails ne laissent pas d’être curieux ou instructifs. À Beuray, un journalier «illitéré » est consigné parmi les opposants ; le fonctionnaire détenteur du registre certifie son identité. Chez le greffier d'Arnay-sur-Arroux intra muros, un aubergiste signe le vote négatif qu'il vient d'émettre mais deux citoyens portés sur le registre des « non » se ravisent et s'inscrivent sur l’autre. À Saulon-la-Rue un manouvrier et un gendarme votent négativement. À Semur, le citoyen Menassier, dont nous connaissons l'indifférence politique, inscrit sur le registre de non acceptation qu'il tient en sa qualité de « juge de paix pour la troisième fois» sa signature et cette déclaration philosophique, littéraire et antimilitariste : « Le feu n’est point de la lumière; Cedant arma togæ. L’ordre seul est durable. » Est-ce crainte de ne point pleinement comprendre ces aphorismes ou conviction préétablie ? Les vingt-six votants qui se sont rendus chez le digne humaniste se sont tous inscrits sur le registre d'acceptation ; le propre huissier de Menassier leur en a donné l'exemple (1).
Ce n'est pas le seul cas où l’on rencontre sur les registres des professions de foi ou des vœux. Les acceptants de Bagnot demandent aux consuls «la liberté de pouvoir sonné les trois points du jour et... la conservation de tous nos titres et papiers dans les archive respective dans chaque commune ». À Gisseysur-Ouche le notaire et le géomètre motivent leur vote «espérant bien des hommes qui ont tant bien fait». Par contre à Plombières un notaire et un vigneron ne consentent qu'avec regret à donner leur approbation à la nouvelle Constitution: « Je l’accepte dans l’espoir qu'elle sera enfin la dernière; que sous son égide, les propriétés seront sacrées et inviolables ; qu’elle sera rectifiée dans les dispositions que le temps et l'expérience prouveront être vicieuses ; qu’elle rétablira la paix intérieure et procurera la paix extérieure et mettra un terme à l’effusion de sang humain dont la cessation est réclamée depuis si longtemps par l'humanité gémissante; que le gouvernement qu'elle crée n’abusera pas du pouvoir énorme et des facultés
(1) A Choisy (B/IT, 130) il y eut quatre oui et quatre non; le citoyen Tribouillard, maréchal, signe d’abord sur le registre des non puis sur celui des oui. Curley (B/I1, 129). Beurey (B/IT, 129). Auxonne (B/II, 132 a). Semur (BIT/132 b). Saulon-la-Rue (BI11/126). Arnay (B/II, 131 6).
pécuniaires, peut-être trop considérables qui lui sont attribuées, pour asservir le peuple français et rétablir le despotisme absolu (1). »
Les motifs qui ont déterminé la plupart des adhésions à la Constitution de frimaire sont ceux qui avaient facilité la reconnaissance du gouvernement de brumaire. L'administration municipale du canton de Montbard, dans lequel 841 votants viennent de transformer le Consulat provisoire en Consulat décennal, écrit au ministre de l'Intérieur : « Le désir de la paix, l’espoir d’un gouvernement stable sont les seuls motifs qui ont engagé plus des deux tiers des votants à se prononcer... Leur espoir commence à se réaliser puisqu'ils voient disparaître les lois de circonstance et les citoyens éclairés et dignes de toute la confiance appelés à remplir les premières fonctions de l'État. » Les autorités de Frolois expriment également leur espoir de paix et de bonheur dont « la sagesse, la vertu et le génie » des consuls lui semblent de sûrs garants. Le présidentde Molème atteste de ses concitoyens « la confiance. dansle nouvel ordre de choses et dans les promesses qu’on nous fait d’une paix honorable et prochaine ». Ce besoin de paix et de calme se retrouve dans la correspondance du commissaire Maret 2). Il est certain que le prestige de Bonaparte et la confiance instinctive que l’on avait en lui ont contribué au succès du plébiscite; les allusions aux hommes qui « ont bien mérité de la patrie » en sont la preuve ; l'absence de rappels de son séjour d’autrefois dans le département est plus surprenante (3).
Dans l’ensemble, le plébiscite de nivôse an VITE fut un véritable triomphe pour le gouvernement consulaire. Par 27.893 voix contre 16, la Côte-d'Or ratifia le coup d'État. Le chiffre des abstentions est considérable : près de 60.000 sur un nombre approximatif de 87.000 citoyens. Mais le succès grandit si on