‹ L'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 1 sur 100 · RUE DE LILLE · texte numérisé non relu

RUE DE LILLE

VIE DE CERYANTES.

L*histoira des grands écrivains, aHH»n dit souvent, est i*bistoire de leurs ouvrages. En général, tien de plus vrai: la plupart dea écrivains de l'Europe moderne sont tout entiers dan^ les monuments qu'ils ont laissés de leur génie, et l*lniérét de leur biographie nuit eidttsivement de la gloire de leurs travaux, liais il n*en est pas ainsi des écrivains qui ont illustré l'Espagne au grand siècle de sa littérature. Tous, avant de se consacrer A la vie littéraire, av^ent vécu de la vie active; tous, avant de tenir la plume, avaient manié Tépée ; tous , dans la première moitié de leur car-» rière , s'étainu mClés au" mouvement qui emportait leurs conipatriules sur les clianips de bataille de l'Europe et de l'Aiiique, ou dans les conlrées inconnues du liouvt an monde récemment découvert. Celte exisL» lier animée, of parfois aventureuse, des ('rrivains espagnols, donne;, si je ne m'abuse, un attrait de plus à leur histoire : l'honinir iiu< i esse à Tauleur. Telle est, du moins, Tiuipressîoii que j t prouve quand je lis la vie de Garcilaso ou d Ercilia, de Lopc ou de Calderon. Puisse !e lecteur partager ce sentiment en parcourant la vie de Cervantes, que je vais essayer de raconter ' !

Depuis qu'un badinage incomparable a rendu immortel le nom de Cervantes, l'érudition espagnole a recherché curieusement quels étaient les ancêtres de l'auteur du don Quichotte. Les Cervantes, originaires des Âsturles, étaient venus à une époque reculée s'éta* blir en Castille. Au xm* siècle, plusieurs chevaliers de ce nom accompagnèrent le saint roi don Ferdinand à la conquête de Baeia et a celle de Séville, et , selon l'usage, ils eurent une part dans la distribution du territoire conquis. Plus tard encore, ce nom se retrouve parmi ceux des conquérants du nouveau monde. Au commencement du XYi' siècle, un Juan de Cervantes était corrégldor d'Osuna, et ses belles qualités lui gagnèrent, à ce qu'il paraît, l'estime et l'atta-

• On s'est principalement aidé pnnr celte notice Ho rexcellenl iravnil publié par le savant et conscioni'.ieiix don Martin Fcriiiindcz de Navarretc, sous ce titre ; Vula de Miguel de Cet vante» Saai edra, Madrid, I8»9.

TIE DE CBftVANTES.

ciiemciit des habitauts de ce pays. don Juan eut pour lils Ho* drigite de Cervantes, qal épousa, vers 1540, dofta Leonorde CorliiiaSf dame noble du bourg de Barajas, laquelle lui donna quatre enfants : d'abord deux filles « Andréa et Luisa^ et ensuite deux Als, Rodrigue et Miguel. Ce dernier est le héros de cette biographie.

Miguel de Cervantes Saavedra naquit à Alcala de Hénarës : il y fut baptisé à l'église paroissiale de Santa-lf aria la Mayor ( Salnte-Marie- Hajeure ) , le 9 octobre 1S47« C'est un fait aujourd'hui démontré par les meilleurs témoignages. 'Ainsi « Ton doit désormais n'attacher aucuné Importance aOx prétentions de Hadrld, de Séville, de Tolède, de Luoena Y d'EsquIvIas et d*Alcaiar de San Juan , qui disputaient a Alcala l'honneur d'avoir donné naissance k l'un des plus glorieux enfants de l'Espagne.

Nous avons pou (le reiiscigiienients sur les premiers temps tic la ¥le de (ATvaiUcs, Ou sau cepcudaul , ])ar ses propres confidences, que, dès ^aplusjeuue âge, il avait un tel 8[oùt , une telle passion pour la lecture, qu'il lisait jus(nrau\ chilloiis de papier que son avide cunosité ramassait dans les rues. Nous savons encore, et par lui-même également , que , vers Tâge de dix à douse ans, il vit jouer ( à Madrid « ou à Ségovie ? } le fameux Lope de Rueda , dont les talents, comoie poète et comme acteur, le frappèrent vivement : à la fin de sa longue carrière il aimait à rappeler les divers rôles où il l'avait vu , et se plaisait à réciter des fragments des comédies du Thespis espagnol , demeurées^ après plus d'un demUtècle, dans ses flouvenirs.

D'après les conjectures les plus vraisemblables, Cervantes dut faire ses premiers conrs & Alcala. Il passa ensuite à Salamanque pour y terminer ses hautes études, et fut Immatriculé deux ans parmi les étudiants de cette université célèbre. U eut ainsi le loisir d'observer sur les lieux mêmes les mceurs universitaires qu'il a si bien peintes dans plusieurs de ses ouvrages.

Cervantes se truinait alors place sous la direction d'un hinnanisle distingué, nommé Juan Lopez de !loy<)s, à (jui il inspira une affection et une estime toutes particulières. Celui-i i ju>us a laissé de ses sentnnents un ténioii^'nage précieux à recueillir. A la mort d'Elisabeth de Valois { octobre 15G8 ), Juan l.opez fut cliar[;é , par b mtmicipalUé de Madrid , de composer les allégories el les de\ises(|ni devaient orner le mausolée de la reine. Pressé par le temps, le brave hinnanisle emprunta le secours de ses meilleurs élèves ; et dans la relation qu'il publia touchant la maladie, la mort et les obsèques de la reine I il mentionne plusieurs pièces , les plus délicates

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