CHAPITRE V
pot d'eau froide , el il se U^ouvait guéri et reposé , disant que cette eau était un précieux breuvage que lui avait apporté le sage Esquife^ un grand enchanteur, son ami. Mais c'est à moi qu'en est toute la faute , à moi qui ne
vous ai pas avertis des extravagances de mon oncle , pour que vous y portiez remède avant que le mai arrivât au point où il est venu, et pour que vous brûliez tous ces excommuniés de livres dont la maison est pleine, car ils ne méritent pas moins d*étre brûlés que des ouvrages d'hérétiques. — C'est aussi mon avis, reprit le curé, et le jour de demain ne se passera [)as sans qu'ils soient condamnés au feu et qu'on en lasse un mio-dorjé. I>e cette façon ils ne pourront plus donner i personne l'envie de faire ce qu'a fait très^ robablement mon pauvre ami. »
Don Quichotte et le laboureur entendaient de la porte tousces propos, si bien que celui-ci acheva de connaître la maladie de son voisin. 11 se mit donc à crier ; « Ouvrez suMe-K^hamp au seigneur Baudouin et au seigneur marquis de Mantoue, qui vient grièvement Uessé, et au seigneur More Aben-Darraez qu'amène prisonnier le valeuieux Rodrigue de Narvaez f^ouverneur d'Antéquéia. « A ces cris tout le moïKle sortit , et reconnaissant aussitôt les uns leur ami , les autres leur oncle et leur maître, lequel n'était pas epcore descendu de l'âne, par la raison qu'il ne le pouvait pas, coururent l'embrasser. Mais lui : « Arrêtez-vous tous dit-il. Je viens nialemeni blessé j)ar la faute de mon cheval; qu'on me porte à mon lit, et qu'on a)>pelle , si c'est possible , la sage Urgande aân qu'elle examine et panse mes blessures. — £h bien I reprit pour lors la gouvernante, mon cœur ne me disait-il pas bien de quel pied boilaîL mon maître?... Allons , montez, seigneur, avec la grâce de Dieu ; j)as n'est besoin d'appeler cette Urgade , nous saurons bien ici vous panser. Mau-
* Ce n'est pas Bsqnife , c*ett AUjuifo qni écrivit la Chrwiiq%M éPÀmadit de Grèce. La nièce (1< • ! >ii Quichotte, peu aa fait du personnel des romans de chevalerie, estropie le nom de ce sage.
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dits soient, je le répète, maudits soient mille fois pour une , ces livres de chevalerie qui oui mis votre grâce ea cet état ! » On porta aasaitôt don Quichotte dans Bon lit ; mais quand on voulut examiner ses blessures , on nVn trouva aucune. « J*ai seulement , dit-il , le corps tout moulu par suite d'une grande chute que j'ai laite avec Rossmante mon cheval, en combattant contre dixgéanta, les plus démesurés et les plus formidables qui se puissent rencontrer sur les trois quarts de la terre. — Bah I bah ! dit le curé , voici des géants en danse ! Par le signe de la croix, demain avant la nuit ils ser ont tous brûlés I » Ils firent ensuite à don Quichotte mille questions ; mais à toutes il n'avait qu'une réponse , c'était qu'on lui donnât à manger et qu'on le laissât dormir , les deux choses dont il avait le plus besoin. Ainsi fut fait. Puis le curé s'iiifurma au long , pics du paysan, de toutes les circonstances relatives à sa rencontre avec don Quichotte. L'autre raconta tout, y compris les extrava^ gances que soit là-bas , soit en route , il lui avait entradu dire. Cela ne servit qu*à augmenter chez le curé le dé* sir de faire ce qu'il fit en effet le lendemain , à savoir, d'envoyer chercher son ami le barbier maître Nicolas, et de s'en venir avec lui à la maison de don Quichotte.