CHAPITRE Xl
Une torche étsil restée brûlant par terre auprès du preniidr que sa mole avait renversié. A la lueur de la torehe don Quichotte put voir cet homme. Il s'approcha
de lui et lui posant la pointe de sa lance sur la gorge , il lui cria de se rendre , sinon qu'il le tuerait. « Je ne suis que trop rendu, répondit Thomme à terre; car je ne puis bouger et j'ai une jambe cassée ; mais si vous êtes gentilhomme et chrétien je supplie votre grâce de ne pas me tuer; elle commettrait un grand sacnlf^ge; je suis licencié et j'ai reen les premiers ordres. — Et qui diable, étant homme d'Église, vous a conduit ici? reprit don Quichotte. — Qui ^ seigneur ? répondit l'autre ; mon malheur. — Ëh bien, repartit don Quichotte, un autre plus grand vous menace , si vous ne répondez surle-champ à toutes les questions que je vous ai d'abord adressées. — 11 est facile de satisfaire votn^ o^nîee, répondit le licencié. Vous saurez donc que , malgré ce que j'ai dit tout à Theure , que j'étais licencié, je suis simplement bachelier Je m'appelle Aionzo Lopez et suis natif d'Âlcovendas. Je viens de la ville de Baeza avec onze autres prêtres , ceux qui précisément se sont enfuis avec les torches; nous allons à Ségovie accompagnant un corps mort qui est dans cette litière. C'est le corps d'un gentilhomme qui mourut à Baeza, où il â été quelque temps déposé dans un caveau. Mais, comme je vous ai dit , nous portons ses os à Ségovie où est la sépulture de sa famille. — Et qui Fa tué ? demanda don Quichotte. — Dieu , par le moyen d'une fièvre maligne qu'il lui a envoyée, répondit le bachelier. — En ce cas , reprit don Quichotte , le Seigneur m'a dispensé de la peme que j'aurais prise pour venger sa mort si toot autre l'eut tué ; mais le couj) étant venu de telle main , je n'ai plus ({Li à me taire et à plier les épaules , cl j'en ferais autant si cette main se fût appesantie sur moi. J'apprendrai à votre révérence que je suis un chevalier de la Hftndiè appelé doit Quichétle , et que ma préfesstoi est d*tilef par te mùûAe i*edréssaot les torts , et ré^yarant
IGi liO> (illCHOTTE.
les injustices. — Je ne sais trop , répondit le bachelier, comment tous ledressez les torts ; car de drcnt que j'étais vous mVez fait tordu en me laissant avec une
jaiiibe (tassée , qui ne se reverra jamais plus droite de sa vie; et l'injustice que vfuis avez réparée en nnoi , en été de m'en faire une irréparable ; et je cont^i lère comme la plus grande mésaventure de vous avoir rencontré , vous qui allez cberchant les aventures. — Toutes choses n'ont pas même succès, répondit don Quichotte; le mal est venu, seigneur bachelier Alonzo Lopez , de ce que vous et vos compagnons ( lir miniez la nuit vêtus de ces surplis, des torches à la main , marmottant entre vos lèvres et portant des insignes de deuil, tels enHn que vous ressembliez tout à fait à une apparition de l'autre m^ri lc. Je n'ai donc pas pu me dispenser de remplir mon devoir en vous attaquant, et je vous aurais attaqué alors même que j'aurais su de science certaine , comme je Tai cru et pensé , que vous étiez des démons échappés de l'enfer. — Puisque ainsi l'a voulu la mauvaise fortune , répondit le bachelier , je vous supplie , seigneur clicvalier errant, qui avez commis sur moi une telle erreur , de m'aider à me dégager de cette mule sous laquelle ma jambe est prise entre la selle et l'étrier. — Je parlais donc pour demain? dit don Quichotte, et qu'attendiez-vous donc pour me conter votre souci? >» H cria aussi tôt à Sancho de venir; mais celui-ci n'avait garde de se liaLer , occiipf' «ju'il était à dévaliser un mulet de liât que ces bons prêtres menaienl chargé d'excellentes provisions de bouche. Sancho ht de son gabau une manière de havre-sac, et Tayant rempli de tout ce qu'il put y faire entrer, il en chargea son âne , puis il accourut aux cris de son maître , et lui aida à dégager le seigneur bachelier de dessous la mule. Ensuite , rayant remis en selle, il lui rendit sa torche, et don Quichotte l'autorisa à suivre le chemin qu'avaient pris ses compagnons, en le chargeant de leur demander pardon de sa part de l'ofténse que les circouslances ravaienj;
Oigitized by