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ce bon don Roger de Grèce; car je sois sûr que inaciemoiselle Lucinde aurait été charmée de Daraide et
Garaya, et des ingénieux propos du berger Dariiiel et des admiiablcs vers de ses bucoliques f|n'il chantait avec tant de grâce, d'esprit et d'enjouement ; mais le temps viendra de réparer cette faute , et cela ne sera pas difficile. Il vous suffira de vouloir bien vous en revenir avec moi dans mon village ; car là je jjourrai vous donner plus de trois cents ouvrages qui iunt les délices de mon âme et les délassomoiils do ma vie bien que je croie me rappeler qu'il ue m'en reste plus aucun , grâce à la malice et a l'envie des méchants enchanteurs. Et daignez me pardonner cette contravention à la promesse i\ue nous vous avions laiLo de ne point interrompre votre récit; mais, dès que j'entends parler de cbevalerie et de chevaliers errants, il ne m'est pas plus aisé de m'empêcher d'y joindre mon mot qu'il ne serait possible aux rayons du soleil de cesser de répandre la chaleur, ou à ceux de la lune l'humidité. Ainsi , pardonnez-moi et veiullez continuer, ce qui est Tessentiel pour le moment. »
Pendant que don Quichotte débitait le discours qui vient d'être rapporté, Cardénio avait laissé tomber sa tôte sur sa poitrine dans l'attitude d'un homme tout pensif; et bien que par deux fois don Quichotte l'eût prié de continuer son histoire, il demeurait toujours la tête baissée et silencieux. Mais enfin , après un long moment, il releva la tête en disant ; u Je ne puis pas m*6ter une chose de la pensée , et personne au monde ne me l'en ôtera ; et celui-là serait un grand maraud qui penserait et croi rail le eouti aire : c'est que ce belitre insigne de maître Élisabad avait des relations intmies avec la reine Madasime. — Oh ! pour cela non , de par tous les diables ! s'écria don Quichotte enflammé de colère, et donnant un démenti assaisonné comme de coutume. Et voilà vraiment une grande malignité , ou pour mieux dire une grande coquinerie; car la reine
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Madasime Ait une princesse d*une incomparable vertu , el Ton no peut supposer qu'une si haute dame se fût à
ce point oubliée avec un guérisseur do hernies. El (]ui-
coutjuc dira le coiiLraire en u Tinuiii cmiinu" un inisérable coquin. Et c'est ce que je lui ferai voir à jiitMl ou à cheval, armé ou désarmé, de jour ou de nuit, enba comme le mieux il lui conviendra. ^ Cependant Card4nio le regardait fixement, car il venait d'Aire repria d'un accès de folie, et ii'éiail pas plus eu état de continuer son hisiuirc que don Qu't'^io^l^ de rentondre, tant oelui*ci s était piqué de l'injure (aito à Madasime. Chose étrange ! il avait pris parti pour elle , comme si elle eût été sa véritable et légitime souveraine, tant ces maudits livres lui avaiunl Luunié la cervelle! Or donc , Cardénio, que sa folie avait re})ris , s'éiatil entendu donner un démenti et traiter de coquin, avec d'autresgenlillesaes semblables, il pritmal la plaisanterie, et ramassant un gros caillou qu^il trouva sous sa main , il en porta un tel coup dans la poiu lue de don Quichotte qu'il le fit tomber à la renverse. Sauebo Panza, voyant ainsi traiter son seigneur, se jeta sur le fou le poing fermé ; mais le fou le reçut de telle sorte que d*une gourmade il l'envoya par terre , et puis , lut montant sur Testomac , il lui foula les côtes tout à plaisir. Le chevrier qui voulut défendre Sancho eut le môme sort; et, après les avoir tous trois battus et moulus , notre pauvre fou les laissa , et s'en fut tranquillement se réfugier dans les bois de la montagne. Sancho se* releva ; mais enragé d^avoir été ainsi rossé sans raison , il s'en prit au chevrier, lui disant que c'était sa taule, puisqu li ne les avait pas avertis que cet homme était sujet à ces accès de folie ; que s'ils Tavaient su , ils se seraient tenus sur leurs gardes. Le chevrier répondit qu'il le leur avait déjà dit, et qui> , si l'autre ne l'avait pas entendu , ce n'était pas sa faute. SaiK lio repartit; le chevrier répliijua ; et la Qii de toutes ces répliques fut de s'empoigner à la barbe , et de se donner de telles gounnades que » ai don Qui«-
ohottene les eti séparés, ils se meltaieni en pièoee. Saocho , sans lâcher le clievrier, disait : <i Laissez-moi
faire , soi Gêneur chevalier de la Triste-Figure ; celui-ci est vilain coin me moi , et n'a jms clé armé chevalier, et je puis bien tout à mon aise tirer satisfacliou do Tinjure qu'il m'a faiie en combattant avec lui main à main, comme un honnête homme. — C'est vrai, dit don Qui<ehotle; mais je sais qu'il n'y a nullement de sa faute dans ce qui nous esi ;ii l ivé. » En disaiU cela , il leur fit faire la paix. Puis il deuiandade nouveau au chevrier sM serait possible do retrouver Cardénio ; car il avait le plus vif désir de savoir la fin deson histoire. Le chevrier lui répéta ce qu'il lui avait déjà dit : qu'il ne savait pas
au juste où se tenait (lardénio; niais qu'en parcourant avec soin res alentours , on ne manquerait pas de le retrouver ou daus son bon sens ou dans sa folie*