‹ L'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 65 sur 100 · CHAPITRE XXXIV. S^l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV. S^l

tirer de là , mieux vaul loi dire naSvement la vérité , que de noo» laisser prendre en flagrant menionge. — Ne ¥008 inqoiéies pas, madame , répondit Léonella; d'iei

à demain, je penserai à ce que nous devons lui dire : peut-être, à cause de la place où elle est , iiourronsnous cacher la blessure sans qu'il s'en aperçoive , et le ciel daignera seeonder un deaiein ei honnête. Calmes» vous, madame , et tâchez de yoos remeitro , afin qne monseigneur ne vous trouve pas dans nn pareil trou^ ble. Pour le reste, laisbez-lf' à mes soins et u la bontd de Dieu, qui vient toujours en aide aux bonnes inteu«

tlUQS. »

Anselme avait écouté et vu représenter avec la piup grande attention la tragédie de la mort de son honneur , tmgédie ou les acteurs avaient joué leurs p6les avec tant de naUnel et de perfection , (|u on eût dit que c'était la vérité même et non pas une tirtidii II attendait impatiemment la nuit, ahn de pouvoir sortir de ohes lui et aller voir son bon ami Lotario, pour se féliciter avec lui de ce qu^en mettant à Tépreuve la vertu de sa femme» il avait trouvé un si pur diamant. Camille et Léonella s'arrangèrent pour faei li ter 'fea sortie ; et lui, s'échappent aussitôt, courut chez Lotario. H le trouva, et Ton ne saurait véritablement conter et la tendresse aveo la»* quelle il l'embrassa , et ce quHl lui dit de son bonheur, et la manière dont il vanta Camille, Lotario Técoutait sans pouvoir donner aucun signe de joie , songeant a l'erreur où était son ami , et se reprochant de Tavoir aussi cruellement outragé, Anselme voyait bien que Lotario ne partageait point sa joie; mais il attribuait ces dispositions a cç que sou ami avait laissé Camille blessée, et s'accusait de ce malheur. Il lui dit donc, entre autres choses , de ne pus s'iiujuiéter du l'aventure de Camille, et que sans doute sa blessure était légère, puisqu'elle et sa suivante étaient convenues de la lui cacher. » D'après cela, ajoutartrili n'aie plus d'inquiétude; dispose-toi au contraire à te réjouir avec moi,

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puisque, grâce à ton eiitremige et à ton adresse, je me Yois parvenu à la plus haute félicité doai j'aie pu con-* oevoir le désir. Désormais, mon unique passe-temps

sera de composer des vers à la louange de Camille , pour- lui donner dans les siècles futurs un renom éternel. » Lotario approuva fort cette belle résolutioa , eu lui offrant de Taider pour sa part à élever un si glo* rieux monument.

Sur ce , Anselme resta le mari le plus délicieusement trompé qu'il y eût au monde. Lui-même conduisait par la main à sa maison , croyant y mener l'instrument de sa gloire, celui qui avait anéanti son honneur, et que Camille recevait d'un visage courroucé mais d'une âme riante et joyeuse. Ce stratagème réussit encore quelque temps; enfin, peu de mois après, la forlune tourna sa rour; la trahison, jusque-là si bien dissimulée, parut au grand jour, et Anselme paya de sa vie son imprudente curiosité.

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