CHAPITRE XXXIV
atteindre Lolario , ou plutôt feignant qu'elle ne pouvait y réussir : « Puisque le sort , s'écria-treUe , ne veut pas absolnment accorder satisfaction à mon juste désir, il
ne sera pas du moins assez puissant pour m'empêcher de lesatislaireen partie. »• Et faisant un elVurt pourdégager des mains de Lotario l'épée qu'il avait saisie, et puis, la tournant contre elle-même et en dirigeant la pointe vers une place où l'arme ne pouvait blesser grièvement , elle se l'enfonça aunlessus du sein gauche , près de l'f^paule; après quoi elle se laissa aussitôt tomber ;\ terre , eomme sans (Connaissance. Lotario et Lëoueiia étaient également surpris, confondus, et ils ne savaient que penser de la chose , lorsqu'ils virent Camille étendue à teire et baignée dans son sang. Hors de lui , sans haleine, Lotario s'élança pour arracher l'épée; mais quand il vit eoiiil)i( n légère était la blessure, il perdit toute crainte , et admira de nouveau la sagacité, le sens et l'esprit infini de la belle Camille. Du reste , pour s'acquitter aussi de son rôle, il se mit à faire une longue et triste lamentation sur le corps de Camille , comme si déjà elle eût cessé d'être , s'accablant de malédictions , et niaudissaut également celui qui était la cause première de ce malheur. Et sachant que son ami Anselme était à l'écouter, il disait de telles choses , que quiconque l'aurait lui-même entendu , aurait eu bien plus de pitié de lui que de Camille , alors même qu'on Teût crue cent fois morte. Léonella la prit dans ses bras et la posa sur le lit, en sujjpliant Lotario d'aller chercher quelqu'un pour la panser en secret. Elle lui demandait aussi conseil sur ce qu'elle devait dire au seigneur Anselme de cette blessure de sa mdtresse , au cas où celui-ci serait de retour avant qu'elle fftt guérie. Ix>tario lui répondit de (lire tout ce (ju'elle voudrait, car il n'était pas en état de donner un ( onaei! raisonnable ; il l'engagea seulement à tacher d'arrêter le sang qui coulait, ajoutant que pour lui il allait en un Keu où on ne le verrait plus. Puis il sortit avec de grandes démonstrations de dou-
leur et de regrets. Mais dès qu'il se vit seul et bien bûp que personne ne pouvait Tapercevoir, il fit mille lignes de croix, émerveillé du jeu parfait de Camille et da
l'adresse avec laquelle Léonelial avail secoudée. Il considérait combien Anselme devait être persuadé tju'il avait pour femme une seconde Porcie, et désirait se retrouver avee lui pour célébrer enaemble le menao&ge le mieux ourdi et la vérité la mieux diaaimulée que Ton eût pu jamais imaginer.
Lotario parti, Léonella étaiicha, comme iiniis avons dit , le sang de aa maîtresse , qui n'avait coulé que juste assez pour donner <»rédit à sa ruse ; et , après avoir lavé la blessure avec un peu de vin, elle la banda de son mieux, en prononçant, au milieu de ces soins, des discouis qui , indépendamiiient de ceux qu'avait tenus Lotario , auraient suffi pour faire Ci oire à Anselme qu'il possédait en Camille la vivante image de la vertu. Aux paroles deLéonella vinr^t se joindre celles de Camille, qui s'accusait de lâoheté , puisqu'elle avait manqué d0 cœur au moment ou il lui eût été le plus nécessaire d'euHvuir pour « oiei" une vie détestée. KUe demandait conseil à sa suivante pour savoir si elle devait ou non révéler toute l'aventure à son cher époux ; mais cell^i l'engagea à s'en bien gardai», car ce serait le mettre dans l'obligation de se venger de Lotario , ce qu'il ne pouvait faire qu'au pdril de sa vie ; ajoutant qu'une épouse dévouée , loin de donner à son mari des occasions de querelles , devait s'appliquer soigneusement à les lui éviter. Camille répondit que cet avis lui semblait exeel*lent , et qu'elle le suivrait; mais qu'il fallait, en tout c^s, chercher pour Anselme une explication à cette blessure, dont il ne [>uuvait manquer de s'apercevoir. A cela, Léonella répondit que , mènie pour plaisanter, elle nè savait pas mentir. « Et moi , ma ebàfs, repartit Camille, le sais-je davantage? je n'oserais inventer ni soutenir un mensonge , quand bien même il s'agirait de ma vie. 8i nous ne ti ouvoos pas le moyen de nous