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LA CHAINE. DE TOULOUSE A TARDES

devait être fortifiée ; il sufTit, pour s'en convaincre, d'examiner les jours étroits dont elle est percée ; ce ne sont pas des fenêtres, mais des meurtrières. La tour, que l'on a relevée en ces dernières années, était un donjon. Longtemps elle porta les traces des mutilations que lui firent subir les huguenots; deux pans en avaient été reconstruits hâtivement en pierres, les deux autres seulement en bois. Cétait donc un édifice militaire et religieux à la fois: un logis de chanoines, une collégiale, à fordinaire; dans les jours de guerre et de carnage, un logis de soldats.

L'entrée principale, placée aujourd'hui au nord de la nef, a été reconstruite également après le terrible passage de Montgommery et de ses lansquenets, car les huguenots, tous nobles ou bourgeois, n'ayant point de peuple, et par conséquent point de milice, faisaient la guerre à l'aide des mercenaires. Ces loups d'Allemagne se plaisaient fort au saccagement des temples papistes. La porte romane, qu'ils avaient renversée, fut remplacée par celle-ci qui est de style ogival flamboyant, apparemment préféré par les chanoines aux modèles de la Renaissance. C'est le seul morceau gothique de l'église, d'ailleurs entièrement romane, avec les voûtes en berceau de ses trois nefs et ses trois absides, restaurées à cette heure.

A l'intérieur, tout est grand et simple. Tout est curieux aussi, par exemple les escaliers et les passages pratiqués dans la partie supérieure du choeur, et dont la disposition stratégique est évidente. Au reste, il n'est pas aisé de se figurer l'édifice, et particulièrement la tour, tels qu'on devait les voir avant le xvi'^ siècle; l'imagination des architectes modernes a pu se donner carrière. Sous cette tour était une autre porte bien plus petite, qui vient d'être soumise au travail de « restauration », comme le chœur ; on l'a surchargée de sculptures, qu'on prétendait restituer. Pourtant, elle est étroite et basse, et ne dut être qu'une sorte d'entrée dérobée. Dans les débris de la plus grande, employés naguère à restaurer le cloître, situé au côté sud de la nef, on a découvert

un magnifique fragment de sculpture représentant la Tentation du Christ; on y a voulu voir, peut-être avec raison, le jambage de cette porte détruite.

Un autre morceau superbe, extérieur à l'église, et où le gothique et le roman se trouvent mélangés, c'est la salle capitulaire,avec ses arcades à colonnes de marbre et sa belle voûte à compartiments, soutenue par deux énormes piliers; elle est postérieure au monument lui-même de plus de cent cinquante ans, et, longtemps enfouie à moitié, n'a été vraiment mise à jour que par les travaux récents. Le zèle des architectes a donc été^ ici, très utile; ce succès ne justifie pas d'autres erreurs. L'église était ruinée, sans doute, en quelques-unes de ses parties, mais ce délabrement n'exigeait point un rhabillement si complet et si souvent conduit à J'aventure.

Saint-Gaudens a des « édifices » modernes, son hôtel de ville, parexemple ; nous favonsvu, pointregardé. L'heure nous presse, nous regagnons la gare ; nous allons traverser cette belle plaine de Rivière, et d'abord laisser à notre droite Valentine, une bourgade qui fut une ville, fondée au Iv^siècle parun des trois Valentiniens.- Les traces des Romains sont ici partout^ nombreuses et certaines. ALabarthe^nousdescendons pour examinerun de ces monuments très rares en France, dont Tusage est réellement indéterminé, et qu'on est convenu d'appeler des « piles romaines » (je renvoie le lecteur au dessin). Le train suivant nous conduit à Martres de Rivière, dominé par une tour élevée sur une sorte de promontoire boisé ; au pied du coteau, dans les champs d'Ardrège, on a découvert les débris d'un temple et un autel de Diane.

A Montréjeau, nous débarquons. Sous les grands arbres d'une avenue qui conduit de la gare au pont sur la Garonne, il fait noir comme dans un four. Le fleuve gémit en se brisant contre les piles. Montréjeau est encore une villette haut juchée, Mons regalis, Mont Royal ; c'est un roi qui la fonda, Philippe le Hardi, représenté par Messire son sénéchal. D'ailleurs il partagea les

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