‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 39 sur 78 · LA VALLEE D OUEIL. — SAINT-AVE.NTLN. — LES LACS D UO · texte numérisé non relu

LA VALLEE D OUEIL. — SAINT-AVE.NTLN. — LES LACS D UO

à grandir au biM'd inômc do la cuvette sinistre et agitent leurs misérables branches au-dessus de Feau. L'autre rive est formée d'un grand escarpement vertical et nu. Au fond, trois pics ; partout des champs de neige, partout des débris.

LE LAC D'ESPIXGO.

Espingo est à 1,900 mètres. On traverse , en sautant sur les pierres, le torrent qui descend du troisième lac, celui de Saousat, qui est à près de 2,000; on franchit de nouveaux escarpements : un chemin court mais douloureux. Le lac, bien plus petit que celui d'Espingo, qui n'a pourtant que 600 mètres de longueur, est encore plus désolé; ce n'est qu'un entonnoir entre des parois verticales; le soleil n'y descend pas, les truites n'y peuvent vivre. Toute la beauté de ce paysage de monts, c'est au sud, entre des pyramides blanches, la double dépression du Portillon et du Port d'Oô, que sépare une pointe aiguë; nous la connaissons déjà: c'est la Tusse de Montarqué.

Le sentier n'estplusqu'uneescalade, etil ne fautpas moins d'une heure de peines énormes pouratteindre un cirque semé d'éboulis^, au fond duquel se creuse la troisième cuvette. Le laquet de l'Abesque de la Coume sera comblé dans quelques années. Plus de nappe d'eau, des trous ou des gouffres ouverts entre les énormes roches qui sont venues encombrer son lit. Ici roulent pendant six mois les avalanches de neige et de pierres.

Nous nous élevons sur des pentes d'une raideur effrayante. Parfois une herbe courte et glissante augmente le péril : le guide nous recommande de noustenirtoujours à droite : ils'agitd'éviter des quartiers de granit détachés du mont par les anciens glaciers ; les lames déglace les ont curieusement striés au passage. De grands lits de neige descendent obliquement dumême côté. Nous rasons le pied d'une haute muraille qu'une crête glacée couronne: c'est le Spujoles (3,050 m.). Nous franchissons un dernier ressaut, et nous nous trouvons sur une sorte de plateau couvert de ruines. Il semble que l'écroulement des monts va continuer autour de nous, avec des bruits formidables qui troubleront enfin ce morne silence. Nous avons bien dépassé le monde vivant! A nos pieds, s'étend le lac supérieur. L'aspect en a été avec raison comparé à celui d'un cratère ; des blocs de glace flottent sur cette eau sombre. Enfermé entre le pic d'Oô et le Montarqué, le lac glacé d'Oô est à la limite des neiges perpétuelles (2,670 mètres).

Eh bien! ces pentes de neige sont plus douces et plus aisées que les gazons perfides qui recouvrent parfois les roches inférieures. Une demi-heure de marche sans effort à travers ces longues couches blanches nous conduit au Port d'Oô (3,002 m.).

Il faut déterminer exactement la situation du port, qui sépare le pic d'Oô, ou du Port d'Oô, du Seil de la Baque. Le Seil, à l'est, arrondit son énorme croupe blanche ; le pic, à l'ouest, élève à 3,114 mètres la pointe déchirée de sa pyramide. Le Port lui-même n'est qu'une crête si étroite que personne n'oserait s'y aventurer, si elle était suspendue au-dessus d'un abîme ; d'autant que le spec-

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