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L'ÉGLISE DE 8AIST-AVEXTIN

dérive clairement de cnstellum ; les comtes de Commingcs y eurent un château, qu'un incendie a détruit. Quelques murs en subsistent encore, et dans une des parties les moins mutilées, on remarque deux fenêtres à encadrement de marbre sculpté;

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l'une porte la date de l't94. A cette époque, il n'y avait plus de comtes de Comminges; la maison forte avait de nouveaux seigneurs.

Avant d'entrer dans la vallée d'Oô, nous devons une visite à la célèbre église de Saint-Aventin ; ce n'est qu'un court trajet. Le village de Saint-Aventin où nous entrons déploie ses maisons de chaume sur les deux bords de la route. Un chemin conduit à l'église, située au-dessus du village et dont la porte est ombragée par un nouvel ormeau gigantesque. C'est ici que fut enseveli le bienheureux Aventin, pâtre de la vallée d'Oô, qui^ de son vivant, avait fait de grands miracles. Toutes les créatures de Dieu éprouvèrent sa douceur et sa charité. Un jour qu'il gardait son troupeau dans les montagnes, au bord d'une forêt, un ours sortit en boitant du fourré, vint à lui et lui présenta sa patte, où ranimai maladroit avait laissé se loger une grosseépine. Aventin le soulagea tout comme si c'eût été un chrétien. Le bruit d'une action si généreuse se répandit parmi les ours du voisinage ; ils en témoignèrent leur reconnaissance à leur manière, et c'était la bonne: ils quittèrent la contrée.

La façade de l'église de Saint-Aventin n'a rien de remarquable. En revanche, la partie latérale (à droite) présente une superbe porte romane. L'ensemble de la décoration est original; on ne rencontre pas souvent ces petits arcs placés ici à la naissance du toit. Trois autels votifs, avec des inscriptions romaines, ont été encastrés dans la muraille; deux sont dédiés au dieu Abellion, l'une des anciennes divinités les plus fêtées dans ces montagnes. Le maitre-autel est consacré aux dieux mânes.

ABELLIOXM CTSOXTEN.

CISSONBON NIS.FIL V. S. L. M.

Abellionij Cisonten, Cissonbonnis fil[ius). — A Abellioni^ Cisonten, fils de Cissonbonnis, etc.

Cette version, sur laquelle il n'y a pas, d'ailleurs^ de doute possible, a été donnée par M. Julien Sacaze, dans son Epigraphie de Luchon. Ce fin érudit a décrit presque tous les autels votifs du pays luchonnais; ces monuments sont nombreux (1).

<( La plupart desvillages modernes, écritM. Sacaze, paraissent avoir été bâtis sur fenplacement d'anciens pagi, s'il faut en juger par le grand nombre de monuments gallo-romains (|ue l'on y a trouvés. Chaque lieu avait son génie protecteur, sa divinité topique. Ilixo (ou Lixo) était adoré à Luchon ; Abellion à Saint- Aventin, à Garin, à Billère et dans les régions voisines. Iscitt, à Garin; Exprcenn, à Cathervielle ; Aherbelst, à Saint-Aventin; Alardoss, à l'extrémité septentrionale de la vallée de Luchon; Baicorrix, à Montmajou; Tutèle^ à Poubeau ; les Montagnes, à

(1) M. Julien Sacaze, qui a exploré toutes les Pyrénées françaises, de la Méditerranée à l'Océan, a recueilli un grand nombre d'objets très intéressants au point de vue de l'histoire et de l'art ancien. Ses collections occupent une partie du rez-de-chaussée et de l'entresol de sa maison, sur le boulevard du Midi, à Saint-Gaudens; nousénumérerons les plus importantes:

1" Collection épigraphique, comprenant des autels votifs dédiés à plusieurs divinités, Abellion, Baicorrix, Ilixon, Arixon, Bios, Mars-Daho, Jupiter, Tutoie, etc. ; des inscriptions funéraires où se lisent des noms ibériens et des noms gaulois; des colonnes milliaires, etc.

2° Collection de tous les objets trouvés par M. Sacaze dans les cromlechs celtiques de la Plaine de Rivière, près de Saint-Gaudens (plusieurs vases, bracelets et fibules en fer, torques et anneaux en bronze).

3" Collection de vases, d'armes et parures en fer et en bronze, recueillis par MM. Piette et Sacaze, dans les tumulus gaulois d'Avezac-Prat (Hautes-Pyrénées).

4° Collection de poteries, bracelets en bronze, etc., trouvés par MM. Sacaze et Piette dans les monuments mégalithiques du pays de Luchon.

5° Collection de plus de 80 vases, d'un grand nombre d'objets en bronze et en fer (armes et parures), d'amulettes et bijoux en pierres précieuses, provenant des antiques sépultures à incinéi-ation de Golasecca, dans la Haute-Italie. Les cromlechs de cette station préhistorique présentent des ressemblances frappantes avec ceux que M. Sacaze a découverts, en 1875, dans les environs de Bagnères-de-Luchon, au centre des Pyrénées.

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Luchon et dans bien d'autres localités ; les Nymphes, à Luchon également, où plus d'un malade reconnaissant leur élevo des autels: Votum solvit liboratus morbo; enVinles dieux mânes,partout.))

Quels étaient ces dieux? La deuxième inscription de Saint- Aventin est dédiée au dieu Aherbelst. Or, « Aherbelst signifierait bouc, dans son radical, et noir, dans sa terminaison». Dieu des boucs noirs. Les vallées de l'Arboust et de F Oueil ont toujours eu d'abondants troupeaux. Aherbelst, Abellion et tout Tescadron divin étaient donc des génies protecteurs du bétail, des prairies et des bois ; divinités primitives que l'habile politique des Romains accepta, bien loin de les bannir. Ces conquérants assimilèrentles nymphes des sources de Luchon aux nymphes de leur mythologie^ d'ailleurs si peu nationale, et mélangée de tant d'éléments exotiques. Ils souffrirent qu'on adorât Mars à côté de Baicorris, et Cérès auprès de Tutèle. L'Olympe celtibérien et l'Olympe latin firent ménage ensemble.

L'église de Saint-Aventin est du xii^ siècle. Elle est assise sur une terrasse au-dessus du cours de la Neste d'Oô ; la façade postérieure des maisons du village regarde le torrent. Eglise et village sont dominés par un long chaînon, le crête de Saspugne.

La porte du sanctuaire de Saint-Aventin a deux voussures reposant sur des colonnes à chapiteau unique ; le tympan représente le Christ dans un nimbe crucifère, soutenu par quatre anges portant les attributs des évangélistes. Sur le côté droit, un grand bas-relief portant la Vierge et l'Enfant Jésus. D'autres bas-reliefs racontent la vie et la mort du saint berger, patron de l'église. Les bases des colonnes sont formées de lions accouplés. L'intérieur du monument présente trois nefs à six travées, dont les voûtes portées, par des arcs doubleaux, sont en plein cintre, les piliers carrés et sans tailloirs, continuant la saillie des arcs. Les basses nefs ont été disposées de façon à laisser au-dessus de leurs voûtes la place d'une croisée qui éclaire la nef centrale. L'abside ronde est un bon modèle du xii"

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siècle, avec une jolie décoration d'arcs reliant les contreforts. Le chœur, fermé par une grille en fer de la même époque, une rareté, une merveille presque unique, renferme le tombeau du saint, placé derrière le maitre-autel, qui porte un rétable de bois peint et doré ; là, des sculptures intéressantes donnent une nouvelle édition de la vie du bienheureux Aventin.

Deux vieux bénitiers demeurent à peu près intacts : l'un est décoré d'un écusson portant un lion et une rosace ; aux angles, des figures, les mains jointes ; à la face antérieure, deux colombes buvant dans un calice. Le deuxième bénitier, du plus pur style roman, est de marbre blanc et fait voir, au fond, dans un cercle lobé, l'Agneau pascal; sur la tranche, des poissons ont été gravés au trait.

On dépense volontiers une grande heure dans le village de Saint- Aventin ; ce n'est pas du temps perdu. Laissant Castillon à notre gauche, nous cheminons vers Cazaux, où nous devons rencontrer les curiosités d'une autre antique église, devenue célèbre, grâce aux découvertes et aux travaux de M. Bernard, peintre luchonnais. Le modeste édifice est surmonté d'une tour qui porte une flèche habillée d'ardoises ; la tour est percée de baies divisées par des colonnettes soutenant de petits cintres ; c'est du joli roman. L'intérieur ne présente qu'une nef du xii*" siècle, divisée en trois travées, etuneabside demi circulaire ; l'intérêt, ici, est tout entier dans les peintures murales qui recouvrent les voûtes, et qui ont été exécutées longtemps après la construction de l'égUsG. On ne connaissait, en 1(S7;3, que celles de la nef; M. Bernard a découvert celles de l'abside et les a restaurées avec une rare sûreté de main. M. Bernard, en môme temps, a recherché les artistes obscurs à qui les fresques sont dues ; il en est arrivé à conclure, après une étude attentive, qu'il y eut aux XV* et XVI* siècles, dans le Comminges et les pays avoisinants, une ou plusieurs compagnies de peintres. Les noms de quelquesuns sont connus, celui de Guillaume de Laporte, par exemple, qui

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était d'Orthez et travaillait vers M'25, pour le compte de la dame Isabelle do Foix; celui do Jean de Mopoey, qui vivait encore en 1506; ceux enlin, reconnus parM.d'Agos, deJean Bermeilet Jean

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Boo, qui peignirent les étranges fresques de Téglise de Bourisp, toutes remplies de sentiment dévot et d'amusement profane.

Les recherches les plus actives n'ont pu révéler le nom du peintre de Cazaux. « L'artiste, dit M. Bernard, dans une notice intéressante, n'a point choisi un i)oint général dont tous les sujets convergeraient vers un centre commun. » Ces sujets sont très divers : des scènes delà Passion ; la création de l'homme et de la femme; Adam et Eve chassés du paradis terrestre; saint Jean-

Baptiste prêchant au peuple et pris par Hérode ; la grande scène du jugement dernier, qui figure sur la voûte de la deuxième travée ; le Christ, assis sur l'arc-en-ciel, montre ses cinq plaies saignantes ; la Vierge Mère fait couler de son sein un jet de lait qui pénètre dans la plaie du cœur. A gauche du grand juge est assis saint Jean-Baptiste ; les anges sonnent delà trompette aux quatre vents du ciel ; le grand saint Michel, bardé de fer, tient la croix au lieu de l'épée, et s'en sertpour terrasser les démons. A la gauche du tableau apparaît aussi la tète monstrueuse de Satan, dont la bouche vomit du sang et du feu. Un autre démon, bizarrement vêtu d'un costume mi-parti, orné de figures immondes et grimaçantes, harponne les damnés avec un croc, les empile dans une hotte et va les jeter dans l'antre infernal.

Les fresques de l'abside, qui représentent l'Annonciation, la Visitation, laNativité, les Anges aux pasteurs, l'adoration des Mages, etc., sont celles que M. Bernard a surtout restaurées. C'est un important etcurieux travail, qui a rendu l'artiste fort populaire dans le pays luchonnais; et ce n'est que justice.

Tous les villages de cette vallée de l'Arboust offrent le double intérêt de leur situation pittoresque et de leurs richesses archéologiques. Nous quittons Cazaux, montant vers Garin ; le petit torrent du même nom, qui borde la route, s'épanche en cascatelles dans la vallée ; il va joindre la Neste d'06. Le village regarde les glaciers; le torrent le traverse; son clocher neuf s'élance audessus des vieux toits de chaume. Garin a son cimetière préhistorique. On y a trouvé dix-neuf urnes, placées au centre de petits cercles de pierre; et parmi les cendres qu'elles contenaient, des fibules et des bracelets en bronze. La montagne d'Estivère, dont les pentes viennent expirer au point même où l'on a rencontré ce champ funéraire, contient ungrandnombrede cromlechs etdes alignements de pierres, dont l'un n'a pas moins de 500 mètres de longueur. Quelques-uns des cromlechs renfermaient aussi des urnes cinéraires.

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Au delà de Garin, sur un plateau très bien cultivé, nous touchons le hameau de Saint-Tritous. Voici deux chapelles, l'une dédiée à sainte Anne, vieille masure sans caractère, l'autre à saint Michel. Un sentier parait glisser jusqu'aux puissantes roches qui surplombent le bourg d'Oô. Seulement, il est aisé de s'égarer dans ces moissons sur pied ; ces blés sont d'une hauteur peu commune. Un jeune garçon, qui vague aux environs du village, s'approche et s'offre à nous conduire. Nous le suivons à travers le fourré d'épis jusqu'au bord de la combe. Là, mon compagnon de voyage lui présente une pièce blanche. Il s'excuse, il n'en veut point. Ce qu'il en a fait n'est qu'une complaisance due à tout voyageur; à Garin, ce n'est pas la coutume de se faire payer pour si peu. Le garçonnet est de Garin. Je note ce beau trait: nous ne l'avons rencontré qu'une fois dans toutes les Pyrénées que nous avons explorées désormais de Biarritz à Perpignan.

Ce jeune guide désintéressé est, de plus, fort intelligent. Il nous a conduits précisément au point où il faut se placer pour bien jouir du tableau qu'offre la vallée de l'Arboust dans son haut cadre de montagnes. A nos pieds le joli village d'Oô, dont les maisons, couvertes de chaume, se perdent dans des feuillages ; son clocher d'ardoises reluit au grand soleil. Au-dessus de nos têtes, les monts s'enchevétrant, les longues pentes se croisant ; on dirait une série de V, ou d'angles aigus renversés, qui ne laissent passer à leur pointe que le torrent et le chemin qui le suit. L'ouverture s'élargit, à mesure que les plans s'éloignent ; le dernier écartement laisse voir le rideau des glaciers.

Ce chemin devient bientôt pierreux ; à peine quelques arbres maigres ; mais, en revanche, après quelques pas encore, de véritables forêts d'orties géantes, puis des ronces : quelques vipères se pâment au soleil. Le rude sentier, enfin, aboutit à l'église, entourée du cimetière et dominant le village. Un des plus gros arbres du pays l'ombrage presque tout entière. La vue, de cette terrasse, est belle : au nord les coteaux qui portent Cazaux, Saint-

Aventin, Castillon, et dont les pentes sont, comme nous le savons déjà, couvertes de cultures ; au premier plan le village, avec ses toits de chaume et les murs en escaliers, qui soutiennent les jardins au-dessus des maisons, tout cela noyé sous une végétation puissante; des vergers en forêts, et sortant des feuillages, une grande tour carrée en briques, coiffée d'un énorme capuchon d'ardoises. L'église d'Oô, où nous entrons, est un bon morceau d'architecture romane. Les fenêtres de son abside pourraient même passer pour un modèle achevé du xii'' siècle. Près du cimetière, une étrange croix colossale. Elle est faite d'un tronc de sapin, dont l'extrémité supérieure a été fendue. On y plante la croix de fer, on relie fortement la partie que cette opération a brisée ; puis aux deux tiers de la hauteur du sapin, on enfonce des coins qui font renfler l'arbre jusqu'à ce qu'il éclate encore. Ces coins restent fichés en couronne; c'est un ornement de plus. Ces croix primitives, dont l'usage est certainement très ancien, sont assez communes dans l'Arboust et l'Oueil; il parait que nous en avons manqué une que nous eussions dû voir à Saint- Aventin.

Une tradition se conserve parmi les habitants d'Oô : il y aurait eu jadis à Saint-Tritous, une ville qu'un tremblement de terre autrait détruite. En ce coin de pays, on peut supposer tous les cataclysmes; le sol est couvert de traces redoutables. D'énormes blocs errants, pareils à ceux que nous avons déjà vus au pied de Biiourtède, encombrent la vallée ; les abords du village d'Oô sont hérissés de ces quartiers de monts arrachés par la marche des glaces. Si les yeux se reportent vers le nord, c'est-à-dire vers Garin, il est aisé de se rendre compte de la formation de ce plateau. Ce n'est qu'un entassement gigantesque de ces blocs, la moraine même du glacier, sur la(|uclle un sol végétal s'est fixé avecle cours et le secours des siècles. A Oô, nous touchons à une altitude de mille mètres. L'ancienne mer de glace remplissait la combe occupée par le village; le glacier est maintenant à 2,000 mètres plus haut.

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On sort ilu village d'Oô, on franchit le torrent, le pont est à gauche (ki cliemin. Directement devant soi, on a le glacier du Seil de la Baque(la \'ache); et marchant tout droit vers le sud, on va bientôt passer dans le bassin supérieur. Ce n'est plus ici la vallée d'Oô, c'est la vallée d'Astos, profondément encaissée, très verte d'abord, ombragée de merisiers et de frênes. Le versant des

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montagnes est encore gazonné, et les prairies descendent jusqu'au bord du torrent; les pâturages montent jusqu'aux cimes; ce quartier est celui des pasteurs. Gouaux d'Arboust est le premier village, assis au pied du mont de Sérias. En moins d'une heure on atteint le plan d'Astos, immense pelouse qui n'est que le lit d'un ancien lac. Au nord, les hauteurs sontencoreverdoyantes ; de tous les autres côtés, ce cirque de prairies est encadré dans de hautes murailles grises, au-dessus desquelles s'élancent des pointes neigeuses. Les granges d'Astos forment un véritable hameau, où Ton trouve le repos et le gîte et des chevaux pour monter au lac.

Le val d'Esquierry s'ouvre à droite, à gauche le val de Médassoles ; celui-ci est le chemin du Céciré, cette étrange montagne de faite, posée comme une tour sur le Superbagnères. Les fresques de la grande galerie des Thermes, à Luchon, représentent la déesse Esquierry sous les traits d'une fille blonde, qui met des fleurs sur son front. Esquierry est une des régions pyrénéennes les plus recherchées par les botanistes ; toutes les plantes alpestres y abondent. Mais la beauté du val, pour le touriste qui s'élève vers les lacs, c'est son poétique torrent, formant une cascade connue sous le nom de la Madeleine. On a trouvé que cette gerbe verdoyante rappelait la grande chevelure éparse de la pécheresse. Au delà du débouché d'Esquierry, le chemin, bordé de quartiers de roches brisées, décrit des lacets infinis au pied d'une montagne où la verdure a reparu : c'est la serra Crémat (2,131 m.). Tout à coup un barrage énorme se dresse en travers de la vallée ; il faut le gravir par un étroit sentier tournant ; parfois, aux coudes qu'il décrit, on revoit le torrent roulant en cascades, et toujours le glacier au fond du tableau. A gauche le Quairat, à droite le Montarqué. Comme on contourne la dernière pointe de ce rude promontoire qui semble fermer Faccès du lac, on entend le grondement sourd de la grande cascade. Un moment, on peut se reposer sous un bouquet de sapins. On redescend alors vers le torrent, on franchit un petit pont ; un deuxième petit promontoire rocheux reste encore à gravir ; mais le sentier est facile. On est arrivé, on a le lac sous les yeux.

Presque tous ces lacs de haute montagne causent la même impression de désenchantement au touriste qui a peiné pour les atteindre. Ce n'est point ce qu'on espérait ; on songe à ces magnifiques mers intérieures qui battent le pied des Alpes. Quelle différence ! Dans nos Pyrénées, où les lacs de plaine, celui, par exemple, qui occupait le riche bassin de Valentine sous la terrasse de Saint-Gaudens, celui qui remplissait la basse vallée actuelle de Luchon, sont écoulés depuis plus de quarante siècles peut-

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être, on ne rencontre plus que ces hauts miroirs flottants, encastrés dans des murailles sombres. L'effet en est médiocre, il faut bien le dire. Le lac d'Oô a près de quarante hectares de superficie, et l'on est frappé d'abord de sa petitesse. Les regards désappointés se portent vers la cascade, qui offre, du moins, un dédommagement superbe. Elle s'élance d'une hauteur de 270 mètres, et rencontre^ à moitié de sa chute, une saillie de roches où elle se brise. Une pluie lumineuse enveloppe la partie inférieure, qui retombe en écharpe ondoyante trois fois plus large que la partie supérieure. La cascade d'Oô, si célèbre, a perdu pourtant quelque chose de sa beauté primitive ; il paraît qu'au commencement de ce siècle, elle roulait encore dans le lac. Elle tombe à présent sur des roches éboulées, que l'eau traverse en bouillonnant.

Quant à la beauté du lac même, on apprend lentement à la reconnaître. Tandis que nous regardons la cascade, des lueurs bizarres, des reflets métalliques passent devant nos yeux. C'est la nappe d'eau qui nous envoie ces jeux de lumière. Tout à l'heure, elle était d'un blanc grisâtre ; des nuées qui pesaient sur la combe, se sont éloignées et coiffent maintenant à gauche un pic noir; l'eau est devenue d'un bleu franc, traversé de petits frissons argentés. Ces miroitements de couleur commencent à nous réconcilier avec le lac ; nous lui pardonnons la petitesse apparente de ses proportions , en considérant mieux que la sublime rigidité de son cadre l'écrase. C'est d'abord une haute muraille de granit, lisse ou portant de maigres sapins clairsemés. A droite seulement, une ligne de sapins court à la cime des roches, par-dessus lesquels s'élance la pointe blanche de Quairat ; à droite, le formidable rempart s'élève en long triangle dentelé ; au centre, par-dessus la cascade, en ligne presque directe, on découvre la crête de la Spujoles, et la Tusse de Montarqué.

Une barcjue stationne sur le bord septentrional du lac, et en un quart d'heure porte les touristes au pied de la cascade. La traver-

sée coûte un franc et vingt-cinq centimes, ce qui n'est pas cher; on peut se reposer, et l'on trouve des vivres dans le chalet où se tient le fermier du lac^ car cette libre nappe d'eau aérienne est affermée, — à un prix même très élevé, 2,500 francs et quelques menues redevances, pour les trois mois d'été. L'administration des domaines de l'Etat est âpre au gain. Le fermier, embarrassé pour payer un tribut si rude^ fait argent de tout, — et même de rien. Si vous n'entrez pas dans sou auberge, vous n'en paierez pas moins la taxe. Si vous vous révoltez contre une tyrannie si extraordinaire et refusez de payer, je ne sais trop ce qu'il en arrivera. Il y a peut-être une geôle dans le chalet.

Le mont le plus rapproché du lac inférieur (notre lac d'Oô), c'est le pic Néré, à l'ouest; on ne le découvre point. La haute muraille ne s'entrouvre qu^au midi, sur les glaciers. Le chemin des lacs supérieurs devrait monter directement vers le sud, mais il décrit entre les roches de terribles méandres, et d'abord franchissant le déversoir du lac qui s'écoule entre des roches aiguës, contourne la rive à l'est. Il est assez nouvellement tracé; son nom sufTità dire les agréments qu'il offre aux marcheurs : VEscala nous porte en quelques minutes à un mamelon recouvert d'affreux, sapins chétifs et tors, qui ont des airs de gnomes étendant leurs bras velus. A trois cents mètres environ au-dessous du monticule, nous découvrons le lac creusé comme une cuve entre ses rudes parois. Un couloir s'ouvre devant nous, hérissé de débris; des paquets de neige durcie demeurent dans les anfractuosités des roches, et il est aisé de voirque les pluies doiventy rouler des torrents de pierres; la marche y devient encore plus difficile; on glisse, on se meurtrit les pieds sur ces graviers. Enfin, après une heure et demie, nous atteignons une horrible pelouse jaunie, couvrant de son herbe rase la croupe de la digue qui sépare les deux bassins. C'est ici le lac d'Espingo, une cuvette à l'eau grise et morne. Sur la rive gauche, un champ de roches brisées. Des sapins essaient depousser dans les fissures. Deux arbres ont réussi

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