‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 47 sur 78 · LA BAROUSSE. — MAULÉON · texte numérisé non relu

LA BAROUSSE. — MAULÉON

Jean IV crArinagnac, qui s'intitulevicomte «par la grâce de Dieu», prend ses villes et le fait prisonnier lui-même. Charles VII en voulait aussi au comte Mathieu de Comminges ; on ne sait comment une plainte sortie de la tour sinistre de Bramevaque était arrivée jusqu'à lui. La captive faisait supplier le roi de lui rendre justice. Poton de Xaintrailles, bailli de Berry, marcha contre le Comminges ; Mathieu enleva sa femme et, grâce à la connivence du comte son frère, la mit dans une des tours du château de Foix. Cependant le Comminges était occupé : les Etats du comté furent convoqués à Toulouse, et de concert avec l'autorité royale, il fut réglé que la querelle entre les deux époux serait éteinte; que le Comminges demeurerait au dernier survivant des deux, et, après la mort de celui-ci, ferait retour à la couronne; quen attendant, Mathieu régnerait sous la condition de confier à « de bons Français » le gouvernement des places, et que la comtesse Marguerite serait transférée à Poitiers, où elle vivrait librement. Au fond, il y avait accord entre Charles VII et le comte usurpateur qui « baillait sa femme au Roy », mais qui gardait ses Etats durant sa vie. Marguerite mourut à Poitiers en 1453; puis ce fut le tour de Mathieu. Le Comminges devint province royale, rattachée au gouvernement de Gascogne.

Bramevaque, autrefois, s'écrivait Bramabaque. La forteresse, plus tard remaniée, fut l'ouvrage de Sanche d'Aragon, seigneur des Quatre Vallées, et tige de lamaisond'Aure. La ruine actuelle a dû être très vaste ; il en reste le donjon et une chapelle. — Le donjon a deux étages, qu'un escalier reliait à la plate-forme ; les voûtes en berceau paraissent encore solides. La chapelle exiguë est de style roman. De sa prison de la tour, Marguerite de Comminges avait pour fermer son âpre horizon la montagne de Troubat ; ses yeux pouvaient encore, dans le fond de la combe, se reposer sur les toits rouges du village resserré entre la base du rocher et quelques monticules autour desquels serpente la rivière d'Uurse. Tout en bas, est assis à présent un moulin.

Le chemin escarpé qui contourne la roche féodale traverse le village ; on embrasse la vallée, en forme de conque, dont le bord s'ouvre seulement à l'ouest, et que recouvre une épaisse végétation. Des roches grises et rouges, ruinées comme les montagnes, déchirent la verdure ondoyante ; au deuxième plan court une ligne de monts bleuâtres. Ce paysage est de grand style.

En sortant de Bramevaque, on retrouve la route qui suit constamment rOurse, on traverse Créchets, Sarp. Au moment de glisser au fond de la vallée de la Garonne, on découvre à gauche d'abord le clocher de l'église de Valcabrère, puis la masse de Saint-Bertrand, la montagne et l'église, que nous cachait auparavant un mamelon boisé. Le chemin descend vers Loures, dont le clocher pointe entre les arbres.

La situation de Loures est charmante : l'auberge au bout du village, entre la route et de belles prairies, regardant le chaînon au pied duquel Barbazan se blottit ; sur l'autre rive, de petits monts très escarpés, d'une couleur grise qui prend des teintes violettes au soleil couchant, et que domine au sud le Pales de Burat. L'hôtellerie est remplie des baigneurs de Barbazan qui préfèrent ce lieu ouvert à la station thermale resserrée et close. Nous dinons sous la treille ; tous les dîneurs sont des gens du pays. Le service est bien un peu rustique ; deux grosses servantes ont des façons si rudes de poser devant vous l'assiette blanche que toute la vaisselle en est écornée ; elles apportent un plat gigantesque de bœuf aux oignons qui ne serait point de mise à Luchon, sur la table de l'Hôtel d'Angleterre; mais le ragoût est bien lié, le vin est frais, et c'est un amusement que d'entendre les vivacités du patois dans la bouche des convives. Il y a deux gros fermiers avec leurs femmes qui étalent des chaînes d'or; une vieille personne de grande mine, toute vêtue de noir, qu'on appelle la baronne, est assise entre un colporteur coiffé du large béret sombre et un douanier malade. C'est un singulier mélange. On demande les lumières, car l'obscurité descend vite sous l'épais-

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