VALCABRÈRE
Le matin, une calèche nous emporte vers Saint-Bertrand-de- Comminges,à travers une plaine légèrement vallonnée. Un cercle de monts la ferme à l'est et au sud; de ce dernier côté, un haut mamelon très sombre porte une masse de bâtiments à son faite : c'est la basilique et sa puissante tourcarrée, que couronne un vieil ouvrage de défense. Là était l'oppiduwde lacitédes Convènes, Lugclunurn Conveymrum. Aux Convense, peuple celtibérien, seraient venus s'adjoindre, suivant une tradition, les soldats de Sertorius vaincu, sur Tordre du vainqueur Pompée. Nous traversons des villages dont les masures sont assises sur un lit de ruines. L'importante cité était reliée par trois grandes voies à Dax^, Agen et Toulouse; la ville proprement dite couvrait toute la plaine de ses amphithéâtres, de ses maisons de plaisance, de ses palais, de ses
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sépultures et de SCS temples; elle s'étendait jusqu'à la Garonne et comptait plus de 50 mille habitants. Puis, un jour, le flot des barbares s'abattit sur toutes ces richesses; ils vinrent, égorgèrent et brûlèrent, et en se retirant « ne laissèrent plus que le sol nu )) (585 ap. J.-C).
Les maisons du bourg de Valcabrère bordent notre route. Ici, tout est souvenirs et débris. De vieux murs ont des assises romaines ; dans une de ces maisons, la dalle du foyer est une pierre tumulaire antique, l'évier en est une autre. Un cimetière était là : on a trouvé des urnes funéraires contenant des ossements d'enfants; les restes des enfants n'étaient pas incinérés. Sur l'emplacement d'une villa, on a découvert des meules portatives, percées au centre pour laisser passer le grain; un morceau de bois fiché dans un trou servait à les mettre en mouvement. M. le baron d'Agos, auteur d'une savante notice sur Valcabrère, fait observer que cette manière de moudre était systématiquement pénible, puisque les Romains en avaient fait un châtiment pour les esclaves. Le baron d'Agos a sans cesse étudié depuis quaranteans le sol de Lugdunum, etil estime que les « fouilles sérieuses » sont encore à entreprendre. Quant à lui, il a recueilli nombre de pièces rares qui ont, du moins, payé ses efforts, entre autres un ravissant petit Mercure en bronze, haut de 8 centimètres 1{2, portant une couronne de laurier attachée derrière la tête avec des bandelettes qui retombent sur les épaules. Sur l'épaule droite, un léger manteau. De la main droite aussi il tient une bourse à deux flocons ; de sa main gauche, le caducée.
Valcabrèreeutune existence aumoyenâge. Ce futla capitale delà Barousse. Les la Barthe, seigneurs des Quatre Vallées, y avaient leur château. De rudes seigneurs, dont l'un, au commencement des temps nouveaux, se fit une place dans riiistoire générale de France; celui-ci était Paulde laBarthe, dit le maréchal de Thermes, qui commandait une aile de l'armée française à Cerisola, en 15 1 'i, et reprit Dunkerque aux Anglais en 1558. Un de ses parents, ({ui
faisait peut-être aussi la guerre, sut mettre à bon profit pour son pays les loisirs de la paix, car, en 1550,11 présenta au roi Henri II vingt-quatre fils qu'il avait eus de la même femme, laquelle était
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PORTE DE l'Église de valcabrère
encore vivante! C'est en son château de Valcabrère, le Castel-Bert, que Bernard do la Barthe renouvela les privilèges des Quatre Vallées, l'an 1300. Le Casiei-Ber^ regardait la Garonne; il n'en reste
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que le donjon, avec une salle voûtée et une partie de la porte.
Les Templiers eurent aussi à Valcabrère une maison et une léproserie. Il parait même que cette maison, élevée sur un emplacement où ne se voit plus qu'une ruine informe, était une comman- . derie. Tous les sept ans, le jour anniversaire de la prise de Jérusalem par Saladin, après la bataille de Tibériadeet le massacre des chevaliers du Temple, ordonné par le vainqueur, le commandeur de Valcabrère apparaissait sur la plate-forme de son château, et par sept fois appelait les chevaliers. Une voix lui répondait : L'Ordre est mort; le saint Tombeau n'a plus de champions ! — Il poussait alors sept cris de douleur et rentrait dans sa tombe.
Lamerveillede Valcabrère, c'est son église — le plusancienmonument religieux des Pyrénées, tout simplement. Et ce n'est pas seulement l'antiquité, c' est le caractère aussi qui en est unique. Visiblement la cathédrale de Saint-Just fut bâtie à la hâte avec les débris de la malheureuse cité des Convènes ; car ce fut une cathédrale, où le successeur de l'évêque Rufin, qui gouvernait l'Église de Lugdunum au moment du sac, — et peut-être ce Rufin lui-même, -^transporta le siège épiscopal. « Voulant se construire un temple, les habitants durent le faire avec les matériaux qu'ils avaient sous la main, les plaçantpêle-mêle et même quelquefois àcontre-sens. » La basilique serait de la fin du vi^ siècle ou du commencement du vif; elle fut dédiée à saint Just et saint Pasteur, deux enfants martyrisés en Espagne sous Dioclétien.
Un cimetière la précède ; on y entre par une porte cintrée qui parait être du xii" siècle L'arc repose de chaque côté sur un double chapiteau. Deux pierres antiques ont été encastrées dans le massif; l'une présente un buste inachevé et au-dessus en lettres grecques, le monogramme du Christ ; l'autre est une pierre tumulaire avec une inscription latine : « Julius Celticus affranchi d'Eros, à la mémoire de Julia Salvinia, affranchie du même personnage etde son propre fils, Julius Victor.» Le cimetière est vaste,
admirablement romantique ; de vieux débris de tout âge sont enfouis sous la grasse végétation, déjà méridionale, de cette plaine abritée par des monts boisés^ loin des neiges.
Le portail de la basilique est bien plus moderne que l'église même : quatre statues en cariatides, sous quatre chapiteaux, portent l'arcature encadrant le tympan qui présente Jésus assis sur un trône dans une gloire, le nimbe crucifère au front, la main droite bénissant, entouré des quatre évangélistes. Deux anges encensent le Seigneur. Ces statues ont environ deux mètres de hauteur et représentent deux personnages en robe longue, un prêtre et une femme. Cette dernière a fort tourmenté les archéologues; les uns ont voulu y voir une comtesse de Comminges, d'autres la reine Clotilde, femme de Clovis. M. d'Agos reconnaîtrait plutôt une certaine grande dame du pays, dont l'histoire est racontée par ^'ital, qui, en 1 190, sur l'ordre du pape Alexandre III, écrivit longuementlaviede saintBertrand. Cette personne illustre, que l'historien ne nomme point, étaitaffreusement tourmentée par le démon : « elle parlait de choses qu'elleaurait dû taire » ; ces possédées tiennent toujours des discours abominables. Bertrand vint et força le mauvais esprit à sortir de la « puissante dame ». Les trois autres personnages, suivant le même auteur, seraient saint Bertrand lui-même, un prêtre et un diacre assistant.
Deux des chapiteaux racontent le martyre de saint Just et de saint Pasteur; le troisième, celui de saint Etienne; le quatrième se rapporte encore à la légende de la possédée. La porte estmunie d'une ferrure des plus anciennes ; on y voit un fer à cheval, tel que les pèlerins du xir siècle en clouaientsouventà laporte des églises, en l'honneur du cavalier saint Martin, patron des voyageurs. A droite, encastrés dans le mur, deux superbes fragments sculptés, d'une antiquité certaine.
On descend dans la basilique par six marches; le sol s'est exhaussé autour du monument, la poussière des siècles a monté. Trois nefs; dix piliers cruciformes soutenant les voûtes; trois
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absides^, dont la principale renferme le sanctuaire. La table de l'autel est une pierre antique.
Antiques aussi ces piliers. Le second porte une frise sculptée : un bouclier, un casque, des armes, le tout malheureusement recouvert de badigeon ; le troisième est chargé d'inscriptions et flanqué à sonpiedd'un chapiteau qui sert de bénitier; au cinquième est appuyé un autre chapiteau à feuilles d'acanthe, autre bénitier ; au septième, un bloc qui semble avoir été la base d'un grand autel votif. Puis ce sont à tous des colonnes et des frises accolées ; la plus belle friseest au neuvièmepilier,elleaétéplacéeàrenvers. Toutici est merveilleux, tout est incomplet, mutilé, entassé sans ordre, au hasard : de superbes enroulements de feuillages brisés, des armes, un trident, un étendard avec l'aigle romaine. M. d'Agos, que je cite toujours parce qu'il a sans cesse étudié la basilique depuis vingt ans, pense que la plupart de ces pièces ont dû faire partie d'un arc triomphal. Pourtant, il faut convenir qu'une belle obscurité plane sur tous ces grands débris. Le pavé est formé de larges dalles de marbre, évidemment tumulaires ; elles n'ont point recouvert des tombes, elles étaient préparées seulement et attendaient les morts de distinction ; une seule porte une inscription, et par une ironie bien amusante, cette inscription est de... 1811, dédiée au restaurateur du culte, à Napoléon.
Du vn^ au xiV siècle, on n'a cessé d'ajouter à cet entassement bizarre et magnifique de Saint-Just. Derrière le maitre-autel s'élance un léger édicule ogival à deux étages, très richement orné, qui porte une châsse de pierre où furent placés les restes d'une comtesse de Comminges. C'est la pièce la plus moderne de l'église, qui dès ce moment avait cessé d'être cathédrale, le grand sanctuaire de Saint-Bertrand ayant été réédifié et Saint-Just n'étant plus qu'une collégiale. C'est l'église paroissiale de Valcabrère, à présent, et depuis plusieurs siècles la victime d'un véritable pillage. Ce débris extraordinaire n'apasétédéfendu, d'abord du mauvais vouloir des chanoines, qui n'aimèrent pas ce temple chrétien construit
tout entier avec des restes païens, puis de l'avidité des collectionneurs. Chacun en arracha un lambeau ; le Musée de Toulouse est rempli de fragments provenant de Finsigne basilique ; mais combien se sont égarés, ont été enfouis dans des collections privées, ou même ont entièrement disparu ! Saint-Just n'est plus C|u'une ruine; mais de quelle lumière vivante cette accumulation de choses mortes éclaire le drame de 585, cette aventure sanglante de Gondowald, quidévora la belle cité des Convènes, le dernier foyer de la civihsation gallo-romaine au cœur des Pyrénées!
En ce temps-là, Clotaire, le quatrième fils de Clovis, qui, ayant égorgé les fils de son frère Clodomir, dépouillé la fille de son frère Childebert et reçu l'héritage de son neveu Théodebald, régnait seul sur les nations franques, mourut à son tour, en demandant comment il se faisait que le roi du ciel osât tuer de si grands rois. Il laissait cinq fils : Caribert, Contran, Chilpéric,SigebertetGondowald, né d'une femme de basse condition qui avait été infidèle. C'est pourquoi le roi Clotaire ne voulait point reconnaître ce Gondowald pour un enfant de sa race. Le jeune homme s'était réfupjié près de son oncle Childebert; Clotaire le fit reprendre: on lui rasa la tête. Son frère Caribert, roi de Paris, eut pitié deluiet lui offrit un asile; mais Sigebert, roides Austrasiens,leressaisit, et de nouveau Gondowald vit tomber ses cheveux. Il se tint caché pendant plusieurs années, puis s'enfuit et passa en Italie, de là à Constantinople. Sa chevelure avait repoussé, il portait le signe de son rang ; il put se présenter à l'empereur Justin II, successeur de Justinien, en lui disant : Je suis le fils du roi Clotaire.
Cependant la guerre s'était allumée dans les Gaules entre Sigebert et Chilpéric, époux de Frédégonde. Deux serviteurs que cette reine avait ensorcelés frappèrent Sigebert de leur couteau empoisonné, et il rendit l'âme. Sa veuve, Brunehautla Visigothe, demeurait au pouvoir de ses ennemis. Peu après, Chilpéric mourut assassiné comme son frère, et Frédégonde fut soupçonnée. Craignant d'être dépouillée par ses sujets, elle se réfugia dans la
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cathédrale de Paris avec ses trésors, et manda Oontran, roi de Bourgogne : « Que mon seigneur vienne et prenne le royaumede son frère ; j'ai un petit enfant que je mettrai dans ses bras. » Gontran accepta et vint; les grands d'Austrasie prirent peur de cette alliance, et envoyèrent à Constantinople desdéputés à Gondowald : — « Viens, tu es appelé par les plus puissants ! » — Gondowald se laissa persuader, suivit les députés et débarqua à Marseille. Il se vit entouré de Muniniole, patrice des Bourguignon ;de Didier, duc de Toulouse, et des ducs Boson, Bladdast et Waddon. Il avait aussi avec lui des évêques, et traversant Toulouse, Bordeaux, Poitiers, menaçant la Loire, il envoya Zotan et Zadulf, portant les baguettes sacrées, vers Gontran, qui les fit fouetter et mettre à la torture. Une armée de Bourguignons marcha vers l'Aquitaine et Gondowald, repoussé bientôt de place en place, se retira dans la ville fortifiée du Comminges, sur le mont. L'autre ville, celle d'en lias, avait été déjà ruinée par les Vandales. Gondowald, qui avait fait entrer ses mulets chargés d'argent et d'or, rassembla les habitants et leur demanda s'ils voulaient se défendre; mais les ducs aimèrent mieux les chasser.Ainsi, les révoltés se trouvèrent avoirdes vivres en abondance, du vin etdublé pour cinqans. Mais plusieurs avaient déjàfaitleur paix avec le roi Gontran, et d'abord Didier, duc de Toulouse. Waddon, Bloxldast et Mummole demeuraient auprès de Gondowald, et aussi l'évêque Sagittaire. Les Bourguignons arrivaient, pillant les églises sur leur passage ; Leudésegilde les conduisait. Ils campèrent dans la plaine, s'amusant à détruire tout ce que les Vandales et les Goths avaient laissé debout; mais si quelques-uns de leurs soldats s'écartaient du camp, ils rencontraient les habitants réfugiés dans les bois et dans les gorges, et ils étaient tués, en sorte que la fureur de ces barbares était grande. Ils tentèrent des assauts contre la forteresse, et, d'abord, ils furent accablés de traits et de pierres ; l'évêque Sagittaire, tout armé, se tenait sur le mur, excitant les défenseurs. Mais le zèle de ceux-ci vint promptement à se
refroidir. Les Bourguignons commencèrentà jeter des faisceaux de broussailles dans les fossés ; de là ils insultaient Gondowald, criant qu'il n'était point le fils de Clotaire, et l'appelant tondu. En môme temps Leudésegilde envoyait secrètement des députés à Mummole. Peu après, réunis dans l'église, Mummole, Waddon, révêque et un homme puissant de Comminges, qui s'appelait Charulf, délibérèrent de nuit et se jurèrent délivrer leur roi. Ils allèrent le trouver et lui dirent: Tu ne peux espérer de merci qu'en t'humiliant. Eloigne-toi de cette ville. Va trouver ton frère et demande ton pardon. — Longtemps encore ils parlèrent, essayant de lui faire croire que s'il se rendait dans le camp, près de Leudésegilde, il aurait la vie sauve. Lui, les écoutait : — Vous m'avez donc trompé, dit-il ; vous en répondrez devant Dieu!
Il ôta son baudrier d'or et s'achemina vers la porte de l'ouest, où l'attendait Ollon, comte de Bourges, chargé de le conduire à Leudésegilde. Aussitôt, Mummole fit refermer cette porte. Gondowald vit bien à la mine sombre des Bourguignons qu'il était perdu sans ressource. — « Juge éternel^ dit-il, veux-tu te venger des innocents ? Je te confie ma cause! » Et comme on suivait le chemin qui descendait vers la vallée, Ollon le poussa du pied; il tomba près d'un rocher qui surplombait une profonde ravine où coule l'Ourse ; les soldats le saisirent et le précipitèrent. La roche en a gardé le nom de Matacan (tue chien), car, d'en haut, ils criaient: chien ! chien! — D'autres soldats coururent, et comme il vivait encore, le frappèrentde leurs lances, lelièrentparles pieds, et le traînèrent autour du camp. On le laissa sans sépulture. Et puis on se demanda ce qu'on ferait des traîtres qui l'avaient livré. Waddon et Charulf achetèrent leur salut lâchement, donnant leurs fils en otage. Mummole fut tué d'un coup de lance. L evêque Sagittaire, se voyant entouré de glaives, avait ramené son capuchon sur sa tête ; il reçut un si terrible coup deframée, que la tête vola avec le capuchon. Alors les Bourguignons passèrent les soldats et ce qu'il restait des habitants au fil de l'épée; ils mirent
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le feu à la ville haute et s'acharnèrent à renverser et raser les monuments de la ville basse ; en quelques endroits, ils firent passer la charrue.
Lorsque, maintenant, on arrive au pied du promontoire qui porte la ville de Saint-Bertrand, on voit adossés à la roche des restes informes qui disparaissent à demi sous les lierres ; en y regardant avec attention, on s'aperçoit que la maçonnerie décrit un demi-cercle, parfois interrompu, mais dont le dessin général se reconstitue aisément.
En avant est placé un bâtiment d'exploitation rustique ; on y entre avec la permission du maître, et sous la verdure parasite, on retrouve des traces de gradins. Là fut un amphithéâtre. Or Leudésegilde s'assit sur des degrés pour recevoir les ducs, le patrice et l'évêque, traîtres envers le roîGontran et son neveu Chîldebert, le fils de Frédégonde, et traîtres aussi envers Gondowald. C'est peut-être ici que la tête de l'évêque vola sous la hache franque.
On gravit une rampe abrupte ; l'église se profile au faîte du coteau, avec sa tour et les énormes contreforts qui soutiennent cette masse pesante. On contourne la ville en passant au pied des fortifications, et l'on reconnaît que ces larges murailles ont d'antiques assises. Quelques parties sont presque entièrement romaines, formées alternativement de pierres taillées et de rangées de briques. En d'autres parties, on a fait usage de tout, faute de choix ou faute de temps ; des fûts de colonnes, des fragments d'autel ont été encastrés dans la maçonnerie et font corps avec elle. On entre dans la ville par la porte Cabiroles, qui regarde l'est; on a devant soi toute la plaine: à gauche le confluent de l'Ourse et de la Garonne, à droite les monts des Hautes-Pyrénées; au fond du tableau, la tour de Barbazan. La porte est surmontée d'une inscription tronquée :
TMP.XXVI. côs.
CIVITAS CONVEN.
A... 26 fois empereur, consul 5 fois, père de la patrie, la cité des Convènes. A côté, une tête de loup. Plus bas, une deuxième inscription singulièrement différente, car elle donne tout simplement la taxe du poisson fixée par le Chapitre, à la date de 1661 : les truites à 5 deniers la livre, les « sièges » à 3 deniers, les « loches «également, les « cabilax » à 2 deniers.
Faisons le tour de l'enceinte. Au midi, la porte Lyrissen, aujourd'hui démolie; dans le mur d'une maison bâtie sur le rempart, une autre plaque romaine, avec une inscription moins frappante; au couchant, la porte Majou, cintrée comme la porte Cabiroles, mais plus curieuse. D'abord elle est surmontée de la prison, en étage; à l'extérieur, ont été sculptées les armes du cardinal de Foix, un des évêques de Comminges; dans le mur est scellée une pierre tumulaire creusée d'une niche où se voient un buste et deux chars attelés chacun de deux chevaux, avec cette inscription : c( Auxdieuxmânes d'Andossus,filsde Primulus, consacré par Sabine, fille de Fronto, en exécution du testament de Mincius ». Audevant de la porte, on reconnaît les traces d'un ouvrage de défense. Tout près est le roc de Matacan ; on peut mesurer la chute de Gondowald, que les lances attendaient au fond de l'abîme. De ce côté, et surtout au nord, les murs anciens ont disparu ; ce n'est plus qu'une maçonncriegrossière. C'estpeut-êtreici que porta l'attaque de l'évéque Urbain de Saint-Gelais, qui fut contraint de reprendre d'assaut la ville épiscopale occupée par les huguenots en 1586, après cinquantejours de siège.
Ce n'était pas la première fois que ces huguenots tenaient la ville. En 1570, Mongommery avait passé, avec ses terribles bandes, au pied du mont, brûlant les villages, à l'entour, suivant sa coutume; mais, sachant la place bien gardée, il ne l'attaqua point. En 1577, lacité épiscopale fut plus maltraitée. Un parti de huguenots se présenta au point du jour; une femme nommée Palerette, qui avait été gagnée, leur donna entrée par sa maison, située sur le rempart. Pendant ce temps, les chanoines chantaient ma-
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tines. L'cnnomi se rua coiilrc la l)asi]i([uo, enleva les lampes d'arij^ent, la croix, les calices, mit le feu à divers endroits de réijlise; les rétables de plusieurs chapelles fureni biiilrs. Puis, «gorgés de butin, les bandits se l'ctii-èrent, Dubliant la Palui-elle, (jui fui pendue.
Revenons à la porte Cabiroles. A droite, en pénétrant dans la cité, est un hôtel du xv!*" siècle attenant à un logis du xv® : ce fut