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le palais épiscopal depuis J617, De ce même coté, quelques autres maisons présentent des portes cintrées en marbre, surmontées d'écussons soit aux fleurs de lys de France, soit à la croix pattée de Comminges, les demeures apparemment des chanoines ;à gauche est un autre logis du xv^ siècle; ce fut celui du riche marchand Bridaut, flanqué d'une jolie tour d'escalier. Au-dessus de la porte est le portrait en pied du richard, avec son nom et ses armes parlantes: une bride. Cette maison a été récemment achetée par le sénateur Hébrard.
Tout ici a un aspect particulier. Entre ces hauts logis, les rues
LES PYREXEES.
ont dû toujours être muettes ; c est bien une cité cléricale, recouvrant une ruine. Nous avançons vers Téglise, et retrouvons à un mur de soutènement, des bases romaines.
Sauf la période des guerres religieuses, la ville si fortement murée ne connut qu'une paix profonde. Pourtant l'autorité du Chapitre ne s'était pas établie sans orage. En 1305, les gens de Valcabrère se lèvent en armes, une belle nuit, marchent à l'assaut de la colline, surprennent et brûlent les faubourgs. Je laisse à penser
LA MAISOX DE SAINT BEUTRAXO
s'ils furent excommuniés ! Valcabrère se voyait à regret destitué du rang qu'il avait occupé pendant plusieurs siècles, depuis le sac de Lugdunum. Le gouvernement de la cité restaurée des Convènes devait pourtant être assez doux ; c'était vraiment le gouvernement parlementaire que saint Bertrand avait établi : au sommet, l'évêque, le Chapitre formant son grand conseil; au-dessous, les archiprêtres chargés de l'adminis-
VALCABRÈRE. — SAINT-BERTUAMJ-DE-COMML\GES. 261
tration spirituelle des paroisses ; il y en avait un par vallée.
Le Saint, institué évoque de Comminges eu 1073, avait eu tout de suite la passion de réédifier l'ancienne basilique de la métropole des Convènes ; il en puisa la force et les moyens d'abord dans sa grande réputation de sainteté et la vénération docile du peuple^ ensuite dans la puissance de sa maison, car il venait des comtes de l'Ile-Jourdain, et sa mère était la fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse. Cependant T église actuelle n'est pas entièrement celle de Saint-Bertrand; elle est en partie l'ouvrage de Bertrand de Goth, évêque de Comminges, puis archevêque de Bordeaux, enfin pape à la fin du xiii" et au commencement du xiv^ siècle, le même Clément V qui transporta la résidence des souverains pontifes de Rome à Avignon, le même dont la mémoire reste chargée d'une terrible complicité avec le roi Philippe le Bel, dans l'obscure et sanglante affaire des Templiers.
Au bout de la longue rue morne^, voici les restes de la maison épiscopale bâtie par le Saint, avec ses fenêtres géminées ; on franchit une porte d'enceinte surmontée du lion de l'évêque Jean de Mauléon, qui vivait au seizième siècle. La place qui s'étend devant la basilique était le cimetière. La façade du monument s'enlève flanquée desatour, dont la partie supérieure est garnie de hourds en bois. C'est ici, assurément, un ouvrage militaire. On est en devoir, nous dit-on, de le faire disparaître dans une de ces restaurations téméraires si fort aimées des architectes — et pour cause. — Il paraît que ces hourds, d'unsi curieux caractère, seront remplacés sous peu par une flèche banale — mais coûteuse.
En somme, ce qui reste de l'œuvre de saint Bertrand, c'est cette tour, le portail, et les deux murs latéraux, avec leurs petites fenêtres cintrées.
Le portail, surmonté d'une niche, où se voyait autrefois une statue de la Vierge, est accompagné de quatre colonnes et divisé en deux baies par un pilier de marbre blanc, le chapiteau présentant des têtes de lions. Dans une large arcature ont été
sculptés les douze apôtres; au tympan, l'adoration des Rois Mages et des Anges encensant la Mère de Dieu. En 93, on a brisé les couronnes des Mages : on ne voulait plus d'insignes royaux. — On monte" à ce portail par quatorze degrés faits de dalles antiques.
L'église a une seule nef, et point de piliers, sauf les deux qui supportent la tour et qui appartiennent à la construction primitive. Elle offre donc deux parties très distinctes, dont la première, toute romane, paraît avoir été affectée jadis au service paroissial ; la seconde, toute gothique, contient une enceinte fermée ; le chœur était réservé au Chapitre. On compte dans ce chœur soixantesix stalles, outre le siège épiscopal, et il occupe la largeur presque entière de la nef, puisqu'il ne laisse autour de lui qu'un couloir de trois mètres et l'espace ménagé aux chapelles. Ce curieux et opulent édifice inséré dans la basilique, et construit tout entier en bois sculpté;, est dû à l'évêque Jean de Mauléon, qui le consacra dans la nuit de Noël de l'an 1535.
La voûte de la nef à grandes nervures est d'un aspect large et superbe; les clefs, qui en ontété peintes, portent des figures et les écussons des évêques, parmi lesquels celui de Mgr de Mauléon, de gueules au lion d'or armé de sable, reparait sur toutes les parties de l'édifice. Six chapelles seulement sont disposées autour de l'église, cinq autres rayonnent dans le demi-cercle de Tabside ; toutes sont d'époques différentes, mais presque toutes ont été remaniées par ce Jean de Mauléon, passionnément amoureux de sa Cathédrale. Ce travail est surtout frappant dans la chapelle Notre-Dame, qui est du temps de Clément V et s'ouvre sur la nef par deux arcs ogivaux retombant sur des colonnes. Là, est placé le tombeau de Mgr Hugues de Castellione, construit en 1547. Le prélat, en habits pontificaux, est couché sous un dais sculpté. Les faces latérales sont couvertes de bas-reliefs représentant les funérailles du prélat. L'ensemble du mausolée est de marbre blanc, d'une pureté de style et d'une finesse d'exécution qui en
VALCAlHŒliE. — SAINT-BEUTHAXD-UE-r.OMMIXGES. 5r,3
font une œuvre admirable. Il paraît que naguère une grande intrigue a été nouée : — il s'agissait de transporter ce monument au musée de Toulouse. Ce musée est un ogre.
Il faut mettre un peu d'ordre dans l'étude des différentes curiosités de cette église extraordinaire, peut-être unique; et d'abord examiner le buffet d'orgue. C'est assurément le plus riche qu'il y ait en France; adossé à une fenêtre de l'édifice primitif qu'on a murée, il est porté par cinq colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens : encore une œuvre de Mgr de Mauléon et du xvr siècle. Aussi l'opulente et fine décoration de la boiserie est-elle entièrement païenne. Dans ce sanctuaire, tout rempli de la mémoire d'un grand Saint et achevé par un pape français, voici les travaux d'Hercule exécutés en bas-relief; plus loin, des hommes nus, des gladiateurs, une frise charmante, composée d'armes et d'instruments de musique. Mgr de Mauléon n'y mit point de malice ; il était tout plein du goût de son temps et y obéissait. Nous autres, qui n'avons ni cette naïve fureur païenne, ni cette sincérité de foi chrétienne peut-être au fond du cœur, — nous ne pouvons nous empêcher de penser à la parole de l'Ecriture : La contradiction est le sel de la terre !
Le merveilleux buffet enveloppe la chaire, portée sur l'une des colonnes ; le dôme qui la surmonte représente le feuillage d'un palmier ; ses panneaux font voir trois évangélistes, avec leurs attributs, puis les armes de l'évêque Mauléon, son nom Jehan et sa devise : Omnis amor tecuni.
Les grandes boiseries du centre de l'église se divisent en trois parties : le jubé, le chœur et le sanctuaire. La porte principale est sous le jubé, pièce vaste et magnifique, supportée par quatre colonnes, et décorée, au-dessus de la ligne de la porte, d'une frise chargée de vingt figures de saints, avec les attributs que leur a donnés la légende. La partie supérieure forme une tribune surmontée d'un arc triomphal et de la croix; là se plaçaient les chanoines pour entendre les sermons.
Dans les soixante-six stalles du chœur, je crois revoir le Chapitre en surplis: treize chanoines, huit vicaires généraux, cinq archidiacres et les officiers et les prébendiers. Quand Févêque siégeait,
SAIST-BEKTKAXD. — LA PORTE DE L'EGLISE
VALCABRERE. — SAINT-RERTRAND-DE-COlM^riNGES. 265
les cérémonies étaient solennelles. Je vois les Révérends gravement assis. Trente-huit des stalles sont surmontées d'arceaux portant sur des colonnes corinthiennes et formant le dais. Au-dessus, une frise d'arabesques, où figurent les écussons des évoques et l'écu de France, et qui supporte en couronnement des cartouches triangulaires séparés par de fines colonnettes, accompagnéesd'ornementsetde figurines. Au dossier des stalles, des figures en demirelief, les prophètes, les sibylles, les vertus théologales, des évangélistes, des apôtres, des saints. Le siège épiscopal est placé, regardant Fautel, du côté de l'épitre ; il est couronné d'un dôme que surmonte la statue de saint Michel. Entre la dix-huitième et la dix-neuvième stalles, décorées des deux figures de saint Jean TEvangéliste etde saint Bertrand, est lepassage qui donne entrée au chœur sous le jubé. Là, on a placé un prodige de sculpture, l'arbre de Jessé, — ou Farbre généalogique de Jésus-Christ, — dont les rameaux portent quarante figurines hautes de huit centimètres. On songe avec mélancolie à la singulière destinée de fhumble artiste qui exécuta ce travail d'un achèvement si extraordinaire. Il y dut dépenser une bonne partie de sa vie. Vingt ans après sa mort, on ne savait plus son nom.
Les vingt-huit stalles qui n'ont pas les honneurs du dais sont rangées au-dessous des premières. Elles ne sont pas moins richement ornées, sauf les figures des dossiers. Outre leur mérite artistique, on peut observer qu'elles en ont un autre qu'on appelait alors la commodité, qu'on appelle à présent le Confortable. Par exemple^, les appuis-main sont surchargés de sculptures ; les accoudoirs présentent une surface unie. Les prébendiers, — car c'étaient leurs sièges, — pouvaient assujettir leurs coudes et tenir les mains jointes sans fatigue. Ils étaient jeunes ; à cet âge, la prière est parfois un refuge contre les rêves. Cette longue vie recluse dans la cité conventuelle déconcerte les habitudes de notre vie moderne, dont l'agitation sans trêve est stérile si souvent.
Cependant il paraît que la petite ville portée sur des débris romains, blottie sous sa haute cathédrale, fut jadis un foyer de savoir et de bonne compagnie, et comme l'abrégé d'un monde. Il y eut à Saint-Bertrand une Société — avant tout ecclésiastique, où les chanoines, presque tous de maisons très nobles, quelquesuns fort riches, tenaient le premier rang. On y comptait aussi des laïques. Quelques familles considérables s'étaient établies à Saint-Bertrand. Les chanoines recevaient leurs amis et leurs parents de la province. M. d'Agos nous a fourni, dans un de ses ouvrages, la liste complète du personnel du Chapitre au moment de sa dispersion en 1790. L'évêque, Mgr d'Osmond, avait donné sa démission quelques années auparavant, et son successeur n'était pas nommé. Dans le chœur, le trône épiscopal était vide. L'un des vicaires généraux présidait les offices solennels. L'autel en marbre rouge de Sarrancolin, qui a la forme d'un tombeau, surmonté d'un couronnement semblable à celui du chœur, était alors d'une grande richesse; il portait six chandeliers d'argent massif. Le rétable peint et doré retraçait la vie du Christ et de la Vierge. Au-dessus, dans cinq niches, les statues de Notre-Dame, de saint Jean-Baptiste, de saint Sébastien et de deux évêques.
Au pied de l'autel, des tombes.
Maintenant rentrons dans la nef. Quinze fenêtres éclairent le grand vaisseau de l'abside; toutes ont eu leurs riches vitraux; une seule a conservé le sien : elle est au chevet. Nous allons de chapelle en chapelle, suivant les parois extérieures de la boiserie du chœur. La décoration païenne a reparu : des guerriers romains et des seigneurs nous regardent du haut de la frise; puis ce sont depimpantes châtelaines. Et toujours des sujets antiques : Lucrèce se perçant le sein. — Ce chemin profane nous conduit au lieu le plus sévèrement chrétien de toute l'église, lieu trois fois saint, où se pressait jadis le concours des pèlerins, dont les pieds ont usé les dalles. Ici, est le tombeau de saint Bertrand.
Jean de Mauléon a enlevé toute majesté à Pédicule sacré
VALCAiniERE. — SAINT-IiEirn!AND-l)E-nOM>ÎINGES. 2G7
dû au cardinal de Foix (143-2) ; sa face principale était adossée au maitre-autel ; depuis la construction du chœur, le monument est caché dans l'ombre du couloir qui sépare de l'abside l'œuvre magnifique de révoque profane. La châsse d'ébène et d'argent repose au fond d'une niche à cintre surbaissé , surmonté d'une arcature ogivale. Deux niches plus petites renferment des reliques d'autres saints. Il faut remarquer que le petit édifice est en pierre. Les autres faces sont couvertes de peintures qui redisent la vie et les miracles de Bertrand. Des miracles innombrables , une pieuse vie dépensée au service de Dieu, des pauvres et des humbles. Dans les voyages que saint Bertrand entreprenait sans cesse pour les soins de son apostolat, il portait avec lui un petit coffret antique, sculpté, à figures, cerclé de lames de cuivre, où se lit cette devise en lettres du xiii^ siècle: Per l'anior de ma. dona. combat ah. aquesta. Libra. « Pour l'amour de Dieu et de Ma Dame, je combats sous cette livrée. » La dame;, c'était la Vierge. On conserve le coffret.
J'ai presque épuisé le catalogue très sommaire des curiosités de cette église. Cependant je n'ai point parlé du... crocodile. Le monstre est susjoendu à la voûte, près de 1 un des autels. N'ayez peur, il est bien retenu par deux bons cercles de fer. Or donc^, c'était en un temps qu'on ne dit point. Il y avait alors des crocodiles dans les ravines où coule le torrent d'Ourse. Le plus féroce imitait les vagissements des enfants pour attirer la chair fraîche, et l'hypocrite fut bien étonné quand, un jour, ce futl'évêque qui se présenta. D'ailleurs, ce gros morceau ne lui fit pas peur ; il s'élançait; mais saint Bertrand étendit son bâton pastoral. Et le crocodile, transformé en agneau, le suivit jusqu'à l'église; on le saisit, et depuis huit cents ans le voilà pendu à cette voûte. Et c'est bien fait.
A droite de la nef, si l'on regarde le jujjé, une porte délabrée s'ouvre au-dessus de deux marches disjointes. Là est le cloitre, au sud de l'église; le seuil est usé; la porte poussée, nous voyons
une ruine : ce beau cloître;, de l'époque primitive des constructions, œuvre de saint Bertrand, est découronné. Des branchages et de grandes herbes courent au-dessus des cintres romans, que soutiennent des colonnes géminées, posées elles-mêmes sur des socles antiques. Sur trois des quatre côtés, sept arcades. A l'un des piliers sont adossées quatre statues représentant les Evangélistes; un deuxième est fait de deux parties d'une colonne antique; le chapiteau de celui-ci est du vieux roman à entrelacs. Les autres chapiteaux présentent des figures d'animaux, quelques-uns des cavaliers. Le quatrième côté,portant une voûte àarêtes,est adossé au mur de l'église. Ce cloître, autrefois, était pavé de tombes.
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SAIXï-BEUTKAND — LE CLOITRE
Les inscriptions subsistent; on les trouve aux murs du fond, sur les arcs-boutants, sur les piliers, sur les dalles. Chanoines, Archidiacres, Prébendiers, tous prêtres; et c'est miracle qu'on n'ait point violé ces pierres et dispersé ce sol rempli de poussière cléricale. La mémoire des prélats plane sur cette foule de mémoires obscures. Les arêtes des voûtes se croisent sur cinq clefs
VALCABRKRE. — SAIXT-BERTRAND-DE-COMMINGES.
décorées des armes de T Ile-Jourdain, de Mauléon et de têtes mitrées d évoques. Presque toutes ces inscriptions sont des xin* et XIV'' siècles, quelques-unes plus anciennes. Quant aux grandes tombes qui s'élevaient autrefois sous ces arceaux, elles ont disparu, sauf du côté nord, appuyé à la basilique. Ici, on en compte encore sept. L'une, qui offre l'écu plusieurs fois répété de Hugues
LA PORTE StAJOU
de Castellione, est demeurée vide depuis que les restes de son illustre habitant ont eu les honneurs, dans l'église, d'une magnifique couche neuve ; quatre autres ont été construites en 1283, 1300, 1305, 1334: ce sont des sépultures d'archidiacres et de chanoines couchés sous la chasuble et l'étole, les mains croisées. Deux autres ont reçu la dépouille de deux chevaliers, et la première, la plus ancienne de toutes, qui présente une figure, cuirassée, éperonnée, n'a pas d'inscription. Un écu seulement, celui de la maison de la Barthe.
Le cloitre portait autrefois la bibhothèquc du couvent. Les livres accumulés en nombre immense , ont disparu ; puis la salle s'est écroulée. Que de savoir effacé, que de grandeurs,
et que de paix évanouies! Personne, dans la petite ville, ne se soucierait beaucoup d'entrer sous cette ruine à la nuit noire; qui sait si les ombres de cette armée de prêtres endormis ne se réveillent point au son des heures? Peut-être les trouverait-on se pressant à la large baie ouverte dans le mur, sur le côté sud du cloître, à cent mètres au-dessus du cours de l'Ourse, qui longe le pied d'un mont boisé, — etde là regardant la terre des vivants.
BTATUE ANTIQUE DE MEISCUIIE, EX BIIONZE
(trouv(;e à LugJunum (Saint-Bertrand-de-Comminges). Collection de M. le baron d'Aços).