‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 64 sur 78 · CNE RUE DE PAMIERS · texte numérisé non relu

CNE RUE DE PAMIERS

Le vieux Pamiers est une ile, entourée par un petitbrasde l'Ariège; à l'ouest, entre ce rameau delà rivière et le grand bras, puis, sur l'autre rive, se sont étendus les quartiers neufs. Au sud, au lieu dit leMasSaint-Antonin, il y eut jadis un monastère, Tun des plus .puissants du Midi. Les abbés étaient co-seigneurs de la ville avec les comtes; seulement, étant plus fins politiques, ils ménageaient le peuple, le tinrent étroitement uni avec eux et, pour le gagner tout à fait, lui permirent de se donner une constitution démocratique. Les comtes devaient s'incliner devant la mitre de leurs rivaux et

devant le bonnet des consuls. Le dépit de n'être point le maitre dans la plus grosse cité de ses Etats fut la cause principale qui jeta Raymond-Roger dans le parti de l'hérésie.

Il lui en coûta cher. Tandis qu'on le dépouillait de ses châteaux de Foix, de Montolieu, de ^liglos, de Miramont, de Montréal et de Lordat, Simon de Montfort tenait un « parlement s à Pamiers. Amaury, fils de Simon, prit possession du château et prêta serment de fidélité à l'abbé. Dès lors, les moines de Saint-Antonin se crurent et s'arrogèrent le droit de conférer à qui il leur plairait le « paréage d de la seigneurie, — au roi Louis IX d'abord, puis au roi Philippe le Hardi; mais celui-ci, qui avait enfermé le comte Roger-Bernard II à Carcassonne, le reçut en grâce, le délivra et lui rendit son bien, c'est-à-dire son château deTamiers et le fameux « paréage d. A partir de ce moment, les prélats devinrent ennemis des rois, et la célèbre querelle de Bernard de Saisset, abbé de Saint-Antonin, d'abord, puis évêque de Pamiers, avec Philippe le Bel, n a pas d'autre origine. La lutte, bien plus célèbre encore, de ce roi de la violence et de la rapine avec le pape Boniface VIII, qui défendait révêquCj son serviteur, n'a point d'autre commencement.

Saisset, pourvu du titre d'évêque, qui lui donne plus de force, vient, au nom de Boniface, trouver Philippe à Paris, en son Louvre, et lui commande de délivrer le comte de Flandre, que le roi y tient prisonnier. L'orgueil de Philippe s'irrite, et voici que le comte de Foix, Roger-Bernard 111. arrive pour attiser cette colère souveraine. Il accuse l'évêque de travailler en secret à unir tous les princes du Midi contre la maison de France. L'un d'eux, élu par ses pairs, prendrait le titre de roi du Languedoc, et le comte ajoute que c'est à lui que Saisset a offert cette grande couronne. A l'instant, Philippe dépêche à Pamiers ses députés, flanqués de sergents d'armes; l'évêque est saisi et emprisonné; son camérier et son trésorier sont mis à la torture, son trésor épiscopal et ses meubles sont pillés, ses biens confisqués. Le prélat, pour s'arra-

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cher à ses persécuteurs, fuit sous un costume d'emprunt, et celui de ses moines qui, par dévouement, avait revêtu les habits pontificaux pourtromperles gardiens, est égorgé. Bernard de Saisset peut gagner Rome, etBoniface lance les premières excommunications contre le roi de France. Le reste de cette tragique histoire est connu : le Pape est traité chez lui, dans son château d'Anagni, comme l'évêque l'avait été dans son monastère de Saint-Antonin. Ceci n'est point de notre sujet. Mais, à Pamiers, j'ai rencontré cette haute et rude figure de Bernard de Saisset; je devais dire pourquoi la mémoire du premier évêque de la vieille cité est demeurée populaire : Saisset voulut réagir contre l'œuvre farouche accomplie par Simon de Montfort, et dont les profits avaient été recueillis par le roi de France. L'hérésie était effacée, il essaya de rendre la liberté au Midi.

Il ne subsiste de l'ancienne abbaye de Saint-Antonin que des débris informes; les casaques noires du sired'Audoula brûlèrent en 1586. L'église cathédrale fut alors transportée au centre de la ville. Ce qu'elle offre de plus remarquable, c'est la hardiesse de son clocher gothique, une tour octogonale, à fenêtres triangulaires, assise sur un vaste bâtiment massif, muni de créneaux et de mâchicoulis. Ces églises fortifiées n'étaient pas utiles, à Pamiers, seulement contre l'ennemi extérieur ; elles servaient aussi dans les guerres des rues, qui furent très fréquentes au xvi^ siècle surtout, pendant les troubles religieux. En 156G, les catholiques ayant fait une procession, les huguenots fassaillent ; les catholiques se défendent; les chanoines sont à leur tête, cuirassés, armés jusqu'aux dents. — L'abbé étant devenu évêque, les moines avaient cédé la place à un Chapitre. — Au cœur de la ville, aussi, l'église Notre-Dame-du-Camp est une place de guerre autrement forte que la cathédrale. Qu'on se figure une formidable construction, toute en briques, une haute muraille crénelée, maintenue par deux tours. Notre-Dame-du-Camp est du xiV siècle. L'intérieur des deux sanctuaires n'a rien de très frappant; la

cathédrale a été remaniée, presque reconstruite au xvii* siècle. Notre-Dame-du-Camp a été restaurée — ou restituée — il y a moins de vingt ans. Le portail en est curieux — mais d'un gothique entièrement neuf, pas une des anciennes sculptures n'ayant été conservée.

PAMIERS. — XOÏi;E-D AME-DU-CAMP

A Pamiers, il ne faut pas non plus négliger de voir le clocher de l'église de Sainte-Marie. Toute la ville, d'ailleurs, est des plus intéressantes, avec ses rues étroites, sordides, mais si pittoresques. Les vieux logis y abondent ; nous donnons le dessin d'une maison de l'époque de la Renaissance. Une autre, plus connue — et c'est pourquoi nous avons choisi la première — appartenait aux abbés de Boulbonne, qui s'élevait au milieu d'une forêt, entre Pamiers et Mazères. C'est à Boulbonne que Simon de Montfort vint pour faire bénir son épée, avant la bataille de

Muret. En 1587, le sire d'Audou renversa l'abbaye et n'en laissa pas une pierre. Les abbés de Boulbonne avaient une maison à Pamiers. On en retrouve le débris bien dénaturé dans les bâtiments du Lycée, qui méritent une visite et une étude. Mazcres, l'ancienne résidence des comtes de Foix, fut plus tôt

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