PAMIERS. — MAISON DE LA KE X A IS S A SCE
TARASCO.V ET L'ARIÈGE
TARASCOX,
Nous regagnons Foix et prenons, sans faire halte, le chemin de Tarascon, en remontant le cours de l'Ariège. Le pech de Montgaillard nous montre de plus près les ruines de la dernière place de guerre de Roger-Bernard serré de tous côtés par Simon de Montfort. A droite, le reste d'un autre fortin ; à cheval sur T Ariège, un moulin croulant. Le cadre qui enveloppe tous ces débris du vieux temps frappe surtout par sa nouveauté.
Ce sont d'autres Pyrénées, aux arêtes plus tourmentées, aux tons plus chauds. Par-dessus le triple étage des pechs, à la base verte, à la pointe blanchâtre et nue, on entrevoit à droite, par moments, une cime neigeuse. Point de doute que ce ne soit le Montcalm, avec sa haute flèche, la Pique d'Estats.
Le village de Saint-Antoine borde la route; plus loin, Saint-Paul; à droite, Montoulieu. Ici fut un château des comtes de Foix; à Saint-
Antoine est une aciérie, qui, si elle eût existé jadis, aurait trempé de bonnes épées pour ces batailleurs de l'hérésie. L'Ariège roule dans une gorge et passe sous un pont fortifié. On sort du défdé : de grands plis boisés montent sur l'autre rive; celle-ci est hérissée de montagnes en loques. En avant, une pyramide isolée.
LE PONT DE SAIXT-ANTOIKE
Toutes ces hauteurs ont une couleur rousse et brûlée, l'aspect méridional. Mercus est ombragé par des noyers, également roussis. Le village possède une ég-lisc romane, plantée sur une roche; la porte latérale, regardant le sud, est charmante. N'était la crainte de paraître trop curieux, je demanderais pourquoi on a flanqué toutrécemment le coté oriental d'une tour, portant un clocher, sans communication aucune avec l'église? De plus, en ce pays où tous les clochers sont en forme d'auvents revêtus
d'ardoises, celui-ci est habillé de pierre. L'architecte a cru, d'ailleurs, imiter le style roman. On croit ce qu'on désire.
Au sortir de Mercus, les yeux commencent à s'attacher, sur la rive gauche, à une pyramide étrange, nue, rocailleuse, tronquée à son faite; involontairement, on cherche dans la vallée les morceaux de la pointe écroulée: ce mont s'appelle le Soudours. Sur
EGLISE DE M F. r. C U S
la rive droite, des escarpements dont la ligne verticale est interrompue à moitié de la hauteur par un soulèvement de roches déchirées ; au-dessus, le moutonnement delà chaîne ; au faite, la ligne des neiges. Le regard, fatigué d'aridité, se repose au bord du torrent, sur quelques bocages et sur l'ondoiement d'un rideau de grands peupliers.
Le cadre de la petite ville de Tarascon a la même rudesse: de tous côtés, ces « pains de sucre d dénudés, effrités. Le faubourg, pourtant, est assis dans un petit bassin, au milieu des ruines de la montagne ; l'aspect en est gai et vivant. Point de villette mieux éclairée; toutes ces roches calcinées ont des réverbérations cuisantes, et le lit de l'Ariège, semé de bancs de cailloux
blancs qui luisent sous la transparence de Feau, forme comme un grand chemin de lumière.
Le faubourg est resserré entre deux mamelons; l'un porte la vieille ville et les ruines de son château, l'autre une tour à signaux ; au-devant, un calvaire. Si l'on s'avance au delà du pont, on aperçoit le clocher de l'église, pointant sur le fond brun d'une gorge, entre trois monts. Malgré soi, on revient à ce pont: on s'oublierait à regarder les clartés de l'Ariège, qui reçoit le torrent de Vicdessos. Il faut bien, pourtant, monter au vieux Tarascon, encore à demi enveloppé de ses anciens murs.
Deux portes sont bien conservées, surtout la porte de Lacoussade. La voûte en est intacte. La rue qu'elle commande, grimpe regardant la hauteur que couronne la tour à signaux; une autre rue va tortueusement entre deux rangées de hautes masures, aux toits en larges auvents; le soleil n'en frappe que le côté droit; l'autre côté se profile avec des reliefs extraordinaires dans l'ombre rousse. Toute la cité ancienne tient ainsi groupée sur la butte rocheuse et isolée que domine le Castella. L'enceinte de la forteresse est en partie debout : des pans de muraille partout, une grosse tour cylindrique effondrée. Louis XIII fit raser le château; on chercherait dans toute l'histoire, sans y trouver un roi si résolument démolisseur : c'était Richelieu qui dirigeait les pioches. Le Castella avait été plusieurs fois pris et repris pendant les guerres de religion. Il paraît que le jeu favori du parti victorieux consistait à précipiter les vaincus du haut des murs. En 1569, d'Audou s'empare de la petite place par surprise ; dans l'église (Notre-Dame de la Daurade) il trouve un prêtre catholique en prière; on le tue. Quelques jours après, le capitaine Montgascon, chef des catholiques, reprend Tarascon. La garnison huguenote est égorgée ; on réserve les bourgeois religionnaires pour l'amusement que je viens de dire. Soixante-six furent jetés dans le gouffre.
C'est grand dommage que la tour farouche n'offre plus de plateforme d'où l'on puisse embrasser le panorama des monts. Du ro-
TARASnOX. — VICDESSOS. — LE PAYS DU FER. 395
cher lui-môme, la vue est assez belle sur la vallée de TAriège et sur celle de TOriège (c'est le nom le plus ordinaire qu'on donne au torrent de Vicdessos), qui ne parait être qu'un défilé entre des monts calcaires amoncelés ; — puis sur les cimes blanches d'Aulus, le massif de Bassiès, et toujours sur le Montcalm, dépassant toute cette partie de la chaîne, et fermant l'horizon.
Redescendus dans la ville basse, nous déjeunons dans une auberge médiocre; une grosse maritorne nous sert fort mal : c'est que dans la salle voisine , il y a une noce ; le devoir de la fille est auprès de nous, sa curiosité est à côté. Mais, après un mauvais repas, nous fumons des cigarettes dans une galerie de bois, au-dessus de l'eau, en face du Soudours. Le mont biscornu est percé de grottes : toutes les montagnes de cette région sont trouées; ce sont des cribles. Parfois, une des couches calcaires qui servent de voûtes à ces mystérieuses cavernes s'effondre; un matin, on s'aperçoit que la montagne a changé de forme.
Il faut bien que nous visitions quelques-unes de ces grottes ; celle de Bédeillac s'impose. Elle s'ouvre à une faible distance de Tarascon.
Longeant le pied du Soudours, et remontant au nord, c'est la route d'Aulus que nous suivons; nous favons faite en partie dans le sens opposé, en allant d'Aulus à Massât. Ici, elle s'engage dans le petit val delà Courbière, traverse un ruisseau et s'élève à droite pour joindre les pentes du gros Soudours. La montée est rapide ; on arrive au hameau de Surba, et l'on embrasse d'abord une vue panoramique de Tarascon et de la vallée de l'Ariège. En montant encore un peu, on découvre tout le tableau de la chaine. Au loin, le pic des Trois Seigneurs, des villages semés sur les escarpements, Banat, Rabat ; plus haut encore, Gourbet. La valléede Rabat, quivas'élevantjusqu'auxbases des grands monts, fut le bien des descendants de Loup de Foix, né des amours du comte Raymond-Roger et de la Louve de Pennautier ; c'était la première baronnie du comté.
Les pentes deviennent encore plus raides, et se couvrent d'une herbe courte. Des flancs perpendiculaires du Soudours, des blocs se sont détachés, des roches toutes blanches, maintenant éparses, — comme d'énormes moutons sur ces bandes gazonnées; le