‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 67 sur 78 · USE RUE DE TAIIASCON · texte numérisé non relu

USE RUE DE TAIIASCON

mont tout entier vacille; il semble que la moindre poussée ferait rouler ces quartiers branlants. En face se dresse le roc de Calâmes (1,000 mètres). Presque au sommet, deux tours. Le chemin monte encore, et joint le petit village de Bédeillac, au pied du Calâmes. Le plateau de Bédaillac est d'ailleurs une sorte do col, ouvert entre le Calâmes et le Soudours. La des-

cente vers l'est ne serait pas moins rapide que ne Ta été la montée; d'en haut nous découvrons, au milieu de frais pâturages, le joli village de Saurat,

Du village de Bédcillac, on voit aussi les deux énormes orifices des deux grottes superposées qui s'ouvrent aux flancs du Soudeurs; mais, avant de s'y acheminer, il faut aller en chercher le gardien. Le bonhomme ne se fait point prier pour accompagner les visiteurs ; c'est son industrie, elle en vaut une autre. Il s'est muni d'une demi-douzaine de bottes de paille; il montre le chemin, allant devant, courbé sous le faix. Le trajet n'est pénible que pour lui, par un petit sentier montueux; l'arcade de la grotte basse, la seule que l'on visite ordinairement, s'agrandit naturellement à mesure qu'on approche; à cent pas elle paraît immense. Elle s'ouvre dans une belle roche grise et jaune, que le soleil de trois heures fait étinceler. On passe le seuil, et sous la voûte, d'abord, on ne voit rien que des ténèbres qui s'enfoncent dans le vide. L'œil peu à peu s'aguerrit; on commence à distinguer les dépressions et les reliefs, et dans la grande cavité sombre, d'autres trous noirs qui sont les galeries. On marche parmi de hautes herbes, qui paraissent être d'un vert intense et luisant. La voûte s'élève, formant un arc colossal. On allume des branches do paille, et c'est d'abord un lourd frôlement d'ailes, puis une formidable volée qui tourbillonne, — tout un monde de chauves-souris et d'oiseaux nocturnes qu'on vient d'arracher à la paix de cette ombre éternelle.

On avance parmi les pierres détachées de la voûte, qui devient moins régulière ; on sent une forte impression de moiteur, puis d'humidité chaude et gluante. Les oiseaux continuent de fuir devant nous. Le sol se hérisse de débris, les parois se fendent, la croûte de Fantre est en travail. Ces vieilles murailles suintent; on entend les gouttes d'eau qui tombent et les stalactites brillent. C'est le moment où le cicérone, le bonhomme aux bottes de paille, va dérouler son savoir. A ces cristallisations

la légende a donné des noms : voici le Bénitier, plus loin la Chaire, le Géant, les Cloches, la Procession des Capucins, l'Ange, le Tombeau de Roland. L'imagination des gens du pays s'exerce depuis des siècles dans ces profondeiu^s sombres, et dans le siècle où nous sommes, qui a remplacé la légende par l'hypothèse, la Science est venue à Bédeillac faire son enquête. On y a découvert des outils et des armes de l'âge de la pierre polie. Le

LA nOUTE DE VICDESSOS

champ des suppositions est ouvert ; il est contigu à celui de la fable.

Quant à nous, au milieu de ce chaos souterrain, de ces roches et de ces cristaux qui affecteront, en effet, toutes les formes que voudra Ijien leur donner le caprice ou le rêve, nous brûlons quelques fils de magnésium. La flamme en est intense et vive. Toute cette décoration mystérieuse s'éclaire et s'anime : c'est un spectacle féerique.

. De Tarascon, le lendemain, nous allons à Vicdessos. Cette fois, il faut remonter l'Oriège, laissant à gauche la route qui conduit aux bains d'Ussat , puis aux bains d'Ax par la haute

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vallée de l'Ariège. A rembranchemcnt de deux chemins, s'élève, sous un couvert d'arbres, l'église de Notre-Dame de Sabart. Ici, Charlemagne planta une abbaye de moines cuirassés qui devaient arrêter le flot des Sarrasins roulant du haut des monts, et voilà Texplication de ce caractère religieux et militaire que garda jusqu'en 1789 cette « viguerie » du Sabart, dont j'ai marqué l'ancienne délimitation dans le chapitre précédent. L'église, sans doute reconstruite plus d'une fois, a été saccagée par les huguenots. Je retrouve encore ici le terrible sire d'Audou.

On la releva au milieu du xvii'' siècle; la façade outragée par les « casaques noires » fut alors rebâtie dans le style du temps, qui devait passablement jurer avec l'intérieur roman, formé de voûtes en berceau. D'énormes piliers carrés les soutiennent; les trois nefs sont à peine éclairées, par des jours étroits et rares.

On a tout récemment érigé une façade nouvelle. Un portique monumental supporte une manière d'ouvrage crénelé que domine un campanile couronné de la statue de Notre-Dame. L'architecte a sans doute voulu rappeler le caractère militaire et religieux de l'édifice; les intentions étaient bonnes, l'exécution est moins heureuse. Tout cela est lourd, très recherché de style, mais sans caractère. — Dans l'église, je remarque deux restes de vitraux superbes qui auront échappé aux soldats du sire d'Audou. — Notre-Damede Sabart est flanquée d'un séminaire et d'une maison de secours pour les prêtres infirmes : « une pépinière » et une jachère — jeunes vignes, et branches mortes.

Après la chapelle de Sabart^, la vallée de l'Oriège se resserre. On chemine entre des montagnes nues ; elles ont une superbe allure sauvage. A droite, au bord du torrent, les forges du Saut d'El Teil et de Saint-Julien, puis le village de Niaux. La grotte de Niaux est célèbre. Trois calèches ont amené des visiteurs : c'est le dessus du panier des baigneurs dUssat, quelques femmes très parées, et des hommes très corrects. Tout ce mondelà n'a point du tout des airs de géologues. La grotte n'est

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pas effrayante, l'entrée n'en a rien de commun avec la porte du paradis, c'est plutôt celle de l'enfer, qui est bien plus large. Le fermier conduit tout ce beau monde et nous suivons modestement; nous aurons le profit du spectacle. On allume des feux de Bengale : nous avons été plus modestes à Bédeillac.

EUIKES DE MIGLOS

Les lueurs, rouges cette fois, se répandent sur l'eau noire de deux petits lacs intérieurs, et les dames ont des exclamations de terreur, à la pensée qu'elles auraient pu pénétrer dans l'antre sans lumière, et s'aller tout droit engouffrer dans ces abîmes.

La visite est terminée : nous reprenons notre route, et

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gravissant la rude montée de la Pujade, qui nous élève à cent mètres au-dessus du torrent, dans un frais bassin de prairies coupées de bouquet, de bois, nous commençons d'apercevoir les profils de la grande ruine de Miglos.

C'était une des seize chàtellenies du comté de Foix. La masse du château apparaît tout entière, quand on a dépassé le village de Capoulet. Elevé sur une croupe boisée qui domine la vallée, ce débris a la mine altière. Un énorme donjon carré dont le faite est ébréché, une tour un peu moins haute, qui garde ses créneaux, se détachent sur le rideau croisé des monts. La forteresse commandait et défendait tout un riche canton minier. Les roches déjà prennent ici des tons rougeâtres : c'est leroyaume du fer. Sur la rive gaucho du torrent, le haut village de Lapège, dominant Junac, nous montre des cultures obtenues sur les pentes presque verticales qui descendent dans les ravines; à l'ouest, les plis rocheux, parfois recouverts de bois maigres, s'écartent un moment, et nous laissent entrevoir une ligne blanche, hérissée d'aiguilles brunes : c'est le pic de Sauvés, jeté en avant du pic Rouge de Bassiès, qui est lui-même une vedette du Montcalm. Sur la même rive, des hameaux se cachenttout près de l'eau dans des arbres ; au-dessus, lUier et la ruine d'un château s'accrochent à la montagne. Sur la rive droite, le chemin court au milieu d'un champ de débris, blocs énormes de roches écroulés ; de ce côté, encore la montagne s'effondre. Puis c'est un site bien différent : un bocage, des ruisseaux qui roulent de toutes parts vers l'Oriège, bordé de vieux peupliers.

Ce nouveau bassin est charmant dans sa verdure épaisse, que traversent les reflets rouges d'une forge et qui retentit du bruit des marteaux. La route est sillonnée de chariots portant du minerai, le sol en est tout noir. A droite un village, un château moderne dont les ombrages et les belles pelouses regardent sur l'autre bord du chemin une cascade tombant d'un escarpement boisé : c'est la montagne de Ptancié, là sont les mines.

L'exploitation de la mine de Rancié, la plus riche du pays de Vicclessos, remonte fort loin; mais ce fut Gaston Phœbus qui la régularisa. La prospérité des mines s'accrut rapidement ; au XVII* siècle, on comptait plus de quarante forges, alimentées par le minerai de Rancié ; il y en a maintenant une soixantaine. L'extraction de ce minerai appartient à plusieurs paroisses. Un de ces villages que nous traversons n'a plus d'hommes : ils sont làhaut, dans les galeries qui creusent le mont; les femmes battent le blé. Point d'aires à battre, l'opération se fait sur la route ; nos chevaux écrasent les épis, les vieilles maugréent, les jeunes nous lancent l'injure toute crue, en patois heureusement. Dans toute cette partie de la montagne, on n'aime point le touriste, et, d'ailleurs, on ne le voit guère. Nous ne sommes plus ici aux environs des deux Bagnères, sur les grands chemins sillonnés de calèches. Ces femmes ont tort d'en vouloir aux étrangers : ces intrus dans leur désert ne leur rendent pas des sentiments si peu chrétiens : nous admirons leur courage. Ce sont elles qui ensemencent ces étranges morceaux de champs suspendus au versant abrupt des monts ; la peine est dure, le profit maigre. Ces belles créatures, car elles sont fortement plantées, donnent la vie aux enfants et font croitre le blé qui les nourrira, quand le lait ne suffira plus. Deux fois mères.

Pourtant, il parait que la culture et les mines donnent quelque profit, car on ne trouve plus de traces, dans cette partie de l'Ariège, de l'industrie des orpailleurs. Ces pauvres gens cherchaient les paillettes cVor roulées par le torrent; à ce métier fantastique, ils gagnaient vingt sous par jour. Le fer et le blé donnent davantage.

Tout ce pays, déjà si bien défendu parla nature, était naguère hérissé de châteaux et de fortins. Sur un mamelon rocheux, l'un des derniers soulèvements au pied du Sauvés, voici encore un de ces débris. Nous traversons le torrent, nous touchons à Vie-

dessos. Ce grand village est enveloppé d'un rideau de frênes et de saules; le ruisseau de Suc, accourant du pied de la Pique d'Endron, vient y tomber dans l'Oriège ; le roc de Berquic et le Risoul le dominent au sud. Par-dessus tout cela, six rangées de monts. Au dernier étage le Montcalm, tout un panorama de neiges.

Le bourg lui-même a de Tattrait, une propreté assez rare dans un pays de mines, et tout enveloppé comme il est de feuillage, d'eaux limpides, de chaumes dorées, grâce aux cultures conquises sur les rochers; on l'habiterait volontiers quebfues semaines, en face des éblouissements de la haute chaîne. Au bord de la rivière on a ménagé une promenade plantée de vieux arbres ; Vicdessos n'est vraiment qu'une longue rue; c'est la route même bordée de maisons, dont la file est interrompue sur l'un des côtés par ce bocage. — En face, est l'auberge; la route continue de monter la vallée de l'Oriège et se dirige vers Auzat.

Aucun document connu n'établit que Charlemagne ait traversé ces montagnes; mais ce n'est pas une raison : le grand Empereur eut le don d'ubiquité, comme le Roi des Rois dont il s'était fait l'image. Il vint donc ici et y planta le château de Mont-Réal (mont royal), que les comtes de Poix gardèrent avec grand soin, car la forteresse commande un des passages de l'Andorre. Il est vrai que le chemin n'est pas souvent praticable; on en serait averti par la seule disposition des champs taillés en gradins sur les versants, pour briser l'avalanche qui glisse, Auzat est étranglé entre les monts. Une seule rue étroite, pavée de cailloux. Trois cônes tout blancs, d'une blancheur morte, pareille à celle d'une masse d'ossements , dominent le bourg ; le plus élevé porte à sa pointe un autre château.

Beaucoup de maisons sont fermées; les habitants sont à la montagneavec leurs troupeaux,et,là-haut,fontdes fromages. Dumoins, ceux qui restent s'amusent. Nous touchons à la fin d'août, et la fête du 11 Juillet va toujours. C'est très national, puisiju'on

t06 LES PYRÉNÉES.

danse. Le lieu de cette réjouissance sempiternelle est resserré comme tout le village : une petite place rectangulaire au bord du torrent ; au fond, une estrade parée de feuillages et de rubans tricolores. Trois musiciens y prennent place : un violon, un cornet à piston, un hautbois. Une demi-douzaine de couples jouent des jambes, riant, bramant. Naturellement, c'est un dimanche. A l'une des extrémités de la place aboutit le pont jeté sur rOriège; sur l'autre bord est une auberge, où nos chevaux sont déjà logés. Nous arrivons à notre tour; une femme longue et jaune, en grand deuil^, est assise, tricotant, le dos tourné à la croisée par laquelle nous nous amusons à regarder encore les danseurs : — Eh ! la mère, on est très gai dans votre pays. — Il y a partout du mauvais monde! dit-elle.

Peste! elle est sévère la matrone! L'envie me vient de la dérider; et comme nous demandons seulement de l'eau fraîche qu'elle nous apporte en grommelant, je lui offre une pièce de vingt sous. L'épreuve a réussi, j'entends un merci bien articulé, suivi d'un gloussement. C'est le rire de la veuve.

Sur la petite place, que semblent écraser les trois cônes blancs, les danseurs se trémoussent, le violon grince, le hautboisglapit, le cornet à piston mugit. Nous nous engageons dans la rue la plus tortueuse, la plus sombre que j'aie peut-être jamais vue; je doute qu'à l'heure où le soleil tombe perpendiculairement sur le reste du monde, il puisse faire passer ici la pointe seulement d'une de ses flèches. Le plus curieux, c'est que sur le sol de cette horrible ruelle, on bat le blé aussi tranquillement que dans la vaste cour d'une ferme normande. On pourrait jeter bas ce boyau noir; l'espace ne manquerait point pour écarter les maisons.

A peine sommes-nous sortis du village, qu'un large cirque bien cultivé s'arrondit devant nous. Il semble que les hautes neiges n'engendrent pas ici trop de froidure ; nous sommes à une altitude de plus de huit cents mètres, et notre surprise est grande en rencontrant un champ de maïs.

TARASCON. — VIGDESSOS. — LK l'AYS DU FEU.

A ce joli bassin entouré d'escarpements boisés, un défilé succède. Il est sauvage, courant entre deux monts pelés. Des aspects de roches volcaniques. Un peu de végétation pourtant au-dessus de rOriège, qui coule profondément encaissé; l'autre rive porte la plus haute des trois pyramides blanches^ couronnée de sa

ACZAT — LE MOST-EÉAL

ruine fantastique : c'est la tour d'Olbier. La montagne est creuse, sillonnée de souterrains taillés dans le roc, qui permettaient à la garnison de descendre à couvert au bord de l'eau. On dit même qu'un puits la traverse jusqu'à sa base, et que les Sarrasins avaient trouvé le moyen de faire monter jusqu'à la forteresse le flot clair du torrent ; car c'étaient des Sarrasins, c'était le diable qui se tenait perché là-haut! On conte encore que d'autres hardis compagnons en font leur repaire. Dans la tour d'Olbier, on trouverait les ballots des contrebandiers. Aussi la douane veille, —

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de loin et d'en bas. Au sortir du défilé est un poste; au-devant un banc de pierre. C'est là qu'il faut demander de s'asseoir, quand on n'a point une mine de contrebande. Les yeux, courant tout droit à l'échancrure que la vallée forme entre deux monts, s'arrêtent à une ligne d'aiguilles blanches, flanquée d'une tour, àgauche; une autre énorme pyramide monte sur la droite; au milieu se creuse un large vallonnement rempli de neige : c'est la masse du Montcalm, avec la Pointe d'Argent, son plus haut contrefort, et la Pique d'Estats, sa couronne. Etrange pays : là-bas cette immensité des neiges ; ici un myrte croit au pied de la maison des douaniers.

Les blancheurs du grand mont (3,080 mètres) se détachent en vigueur sur ce fond d'orage ; le ciel^ d'un noir d'encre, repousse l'immense névé ; les douaniers nous assurent que de toute l'année ils n'ont pas aussi bien vu le Montcalm. Quant à nous, il semble que notre excursion de ce côté soit arrivée à son terme ; ce n'est pas par le col d'Estats que nous voulons aller en Andorre. Pourtant, il n'est encore que trois heures; il n'y a plus de route, mais nous avons laissé notre équipage à Auzat, et, libres de nos mouvements, il ne nous parait pas impossible d'explorer du moins la vallée jusqu'à la rencontre de l'Oriège et du torrent de Bassiès, qui descend à l'ouest de la montagne de ce nom. Aussi bien, les Guides que l'on trouve dans toutes les mains, nous ont parlé, comme à tout le monde, de la cascade de Bassiès, l'une des plus belles des Pyrénées. Donc, en avant!

Tout près de la cabane des douaniers, une curiosité nous attend ; c'est un gouffre qui rappelle le trou de Bounéou, près de Bagnères-de-Luchon,à l'entrée de la vallée du Lis. Ici, la cascade n'a pas vingt pieds de haut et pas plus de largeur; mais la nappe de cristal roule avec une grâce si puissante entre les rochers qui l'enserrent, que le spectacle vaut la peine d'être regardé longuement. Le chemin, aussitôt après, s'engage entre le torrent et des pentes vertes ; on ne découvre plus que le centre du massif

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neigeux du Montcalm. C'en est fini bientôt des aspects riants et sublimes; nous cheminons sur la rive droite de l'Oricge, dans un champ d'éboulis. La moitié de la montagne s'est écroulée ; l'arrachement vacille au-dessus de nos têtes; les blocs rougcâtres ont roulé dans le lit du torrent, qui s'y brise à grand fracas. Aucun autre bruit, pas un être vivant, si ce n'est une vipère qui de temps en temps traverse le chemin. Ce lieu est vraiment un désert. Même silence morne qu'au sommet des monts.

La vallée brusquement s'infléchit à droite, ce qui nous rend la vue du Montcalm. Une cascade maigre roule du même côté de plus de cent mètres de hauteur. Elle doit être assez belle au printemps ; mais enfin ce n'est point ce filet d'eau que l'on a pu comparer à la grande chute de Gavarnie !

Toutes les. hauteurs de la rive gauche sont couronnées de rares sapins; la seule beauté du site sauvage est décidément dans le panorama du Montcalm, dont nous nous sommes beaucoup rapprochés. Nous voyons la base nue de la pointe d'Argent, puis un premier banc de neige, au-dessus duquel la pyramide s'élance; la tète du mont porte un diadème étincelant. A gauche, les aiguilles se succèdent, dominant l'immense vallonnement qui creuse le massif ; dans la mer de neige, nous distinguons très bien de longues fissures bleuâtres. Des sillons blancs montent au flanc de la Pique d'Estats ; la cime est en fourche, aux deux pointes neigeuses.

Le tableau nous parait plus complet du point où nous sommes arrivés que deux heures auparavant, de la cabane des douaniers. Le même fond sombre rejette en avant les reliefs des crêtes et la lumière des neiges; mais des nuées s'élèvent, et piquent le ciel noir de taches rougeâtres ; l'orage éclatera au-dessus du mont.

Pourtant nous nous sommes promis de chercher et de trouver la cascade. On l'appelle la chute de Bassiès; il faut donc que ce soit le torrent de ce nom qui 1 épanche. Nous poussons jusqu'au

confluent du Bassiès et de l'Oriège, nous traversons une gorge profonde; au débouché de ce vilain passage, nous revoyons en face la Pointe d'Argent, le mont au pied robuste^ au front éclatant.

Mais de cascade point.

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