TAREES ET LA VALLEE
« Tarbes est une belle ville et grande, étant en plein pays et en beaux vignobles. » C'est Froissart qui parle.
Ces vieux chroniqueurs ont le mot juste ; nous disons, nous autres : la plaine de Tarbes ; Froissart dit : le plein pays — c est-àdire la contrée grasse , la région cultivée par excellence. Ce n'est pas une plaine^ en effet, c'est un bassin formé d'un entrecroisement de vallées qui se creusent au pied des derniers mamelons. De toutes parts on voit la chaîne, mais naturellement d'en bas ;ces grandes murailles coiffées de tours et de pyi'ainidcs ont sûrement leur beauté ; pourtant on ne distingue point les plans; ce ne sont <|ue des masses.
Cette « plaine » de Tarbes a vraiment un grand air de richesse, que Froissart avait bien vue. L'Adour la traverse et des canaux la sillonnent. L'Adour— ou plutôt les Adours,— carc'estun nom générique, comme dans une autre partie des Pyrénées les « Gaves », et dans une autre encore, les « Nestes », — apportent partout la fertilité, comme leNil, et, tout comme le fleuve d'Egypte, ils débordent, mais point régulièrement, seulement quand il leur plaît, sans avertissement préalable à leurs riverains. C'est même ici le côté pittoresque de ce pays de cocagne : des torrents en plaine. Les bords en sont parés d'une verdure puissante, tout est vert ; trop de vert ! Ces lignes de vigoureux peupliers coupant le paysage deviennent bientôt monotones ; la vigne grimpe aux arbres, les pampres forment berceau au bord des routes ; les maïs sont plus grands que des hommes.
En entrant dans la ville, je rencontre un jardin de plaisance. Il est bien planté, bien dessiné, mais ce qu'il offre surtout de particulier, c'est une riche poussée de végétation. 'Ce « jardin Massey » est l'œuvre d'un directeur des parterres à Versailles, qui en dota sa ville natale, et lui donna son nom ; il était né à Tarbes, comme Théophile Gautier et Barrère de Vieuzac, l'Anacréon de la guillotine. Le jardin Masscy est abondamment arrosé. En avançant dans la ville, on ne voit, on n'entend partout que de l'eau.
Je prends logis sur une place, à l'angle d'une longue et large rue; au milieu de la cour de l'hôtel de la Paix, jaillit une source énorme. Cette courtrès vaste, entourée de bâtiments àgaleriesde bois, au-dessus desquelles flottent de grands stores de calicot blanc, serait un lieu des plus tranquilles sans cette eau endiablée, qui mugit sous les dalles. La place, c'est le Maùbourguet : du premier regard, on reconnaît, ici, lepointcentral, auquel se relient les deux parties de la ville. Lasoudure est relativement moderne. J'ai bien présente à l'esprit la description de Froissart, qui dit : — « Il y a ville, cité et chastel, le tout fermé de portes et de murs et séparés l'un de l'autre ». Cette mention très expresse, comme