‹ L'Adour, la Garonne et le pays de FoixChapitre 8 sur 78 · TAREES ET LA VALLÉE · texte numérisé non relu

TAREES ET LA VALLÉE

on le voit, m'a donné l'envie de consulter Grégoire de Tours. J'y trouve que dès 575 on voyait à Tarbes « la cité où était l'évêque », — et le bourg.

Tarbes fut romaine, visigothe, et toute cette histoire-là est bien loin. Les Sarrasins la dévastèrent; j'ai déjà fait connaître, dans le premier volume de cet ouvrage, la tradition qui place leur suprême défaite sur la lande de la Lanne-Mourine, au pays de Lourdes, où les débris de leur grandearmée, vaincue à Poitiers, auraient été écrasés par les Bigorrans , que conduisait le prêtre Missoulin. Les cendres de ce pieux vainqueur furent déposées à Tarbes. La ville, après avoir suivi, au ix'' siècle^ les destinées du royaume d'Aquitaine, devint la capitale du comté de Bigorre, fut occupée parles troupes du roi Philippe le Bel, puis par les Anglais, reprise par les Français au xiv*" siècle, et enfin entra dans le domaine de la maison de Foix au xv^ Les grandes épreuves qu'elle eut à subir lui vinrent de la Ptéforme.

Tarbes, alors, fait partie du royaume de Navarre, qui est échue àla maison de Foix. La reine Jeanne d'Albret.quetantd'historiens se sont ingéniés à représenter comme le modèle de la matrone rigide et de la reine sans reproche, et qui fut. en réalité, une virago fanatique et féroce, a défendu dans ses Etats, en 1566, la célébration de la messe ; ses sujets catholiques se cabrent, une partie des États se réunit à Tarbes, bien que le siège ordinaire en fût à Pau. Ces Etats de Bigorre se composaient de l'évêque et de six abbés, de douze barons de la comté, et de vingt-neuf députés des villes. Naturellement, aux Etats de 1567, à Tarbes, les abbés sont tous présents ; le plus riche après celui de Saint-Pé, sur le gave de Pau, c'est l'abbé de l'Escaladieu, sur TArros, auprès deBagnères. Tandis qu'il siège parmi les députés insurgeants, un bandit de la vallée d'Aurc, Jean Guilhem, se déclare l'ennemi personnel du Pape, lève une troupe de pillards, s'en vient saccager l'opulente abbaye, et s'y trouvant bien et grassement, en fait son quartier général. Quelques seigneurs cathoHques'

accourent avec leurs hommes, Jean Guilhem est pendu. — Mais la guerre est allumée.

Le roi de France, avisé du danger cjui menace les catholic|ues de Béarn, Foixet Bigorre^, envoie des ordres à son Parlement de Toulouse, qui dépêche àTarbes le seigneur deSarlabous, afin de donner du cœur aux Etats; ceux-ci chargent Arnaud de Pardaillan, baron de Gondrin et d'Antin, sénéchal de Bigorre, et le baron de Bazilhac, de veiller à la tranquillité publique, tandis qu'ils donnent commission au seigneur de Terride d'arrêter les troupes huguenotes de la reine, que commande le baron d'Arros. La reine Jeanne a décrété que les catholiques seraient exclus de tous les emplois ; les Etats de Tarbes décident que ce seront au contraire les calvinistes. Jeanne d'Albret ne se trouve point assez sûre de la sévérité du baron d'Arros, et place le comte de Montgommery à la tête de ses soldats.

Montgommery renverse tout sur son passage, emporte et saccage les villes, et, enfin, éclairant sa marche par l'incendie des monastères, des églises et des villages, arrive devant Tarbes, qu'il prend et traite si bien, que la ville demeure abandonnée. L'année suivante, un officier catholique, le capitaine Bonasse,' se jette dans ces ruines avec 800 soldats et y rappelle les habitants. Les huguenots le suivent de près, reprennent la ville et passent au fil de fépée ce qu'il reste de ces huit cents hommes après l'assaut, et une partie du peuple. Les survivants n'osent donner la sépulture aux morts. La paix dite de Saint- Germain, en 1670, leur permet enfin de respirer, car la reine Jeanne y a été comprise, en même temps que les chefs protestants de tout le Midi ; les négociateurs du roi de France ont glissé quelques stipulations en faveur des malheureux catholiques de Béarn etdeBigorre. Jeanne d'Albret, aux reproches qu'on lui adresse sur la cruauté de ses capitaines, répond: « Je ne fay rien par force; il n'y eust n'y morts, n'y emprisonnements, n'y condamnations, qui sont les nerfs de hi force ». Qui aurait-

TAlîBES ET LA VALLEE.

on condamné^ puisqu au préalable, et sans jugcincnt, on avait tué tout le monde ?

Cette place du Maubourguet est donc le point central entre les deux quartiers qu'on appela naguère le « bourg vieux » et le bourg neuf; elle est très vaste, et une partie sablée, défendue par des chaînes de Tinvasion des véhicules et des cavaliers, sert de pro-

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