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truction, des disposilifs plus avantageux d'organes déjà conMSS sans compter l habiieté de l'opérateur qui doit entrer pour beaucoup dans les résullats obtenus. Or, rien de tout cela n’est utilement brevetable, 11 sufurait même, cest probable, qu'un homme connaissant bien la question ait assisté aux expériences Wrignt, pour quil puisse copier ieur appareil et obtenir, en peu de temps, des resultats anaiogues, peut-être mére meilleurs, sans qu'ils aient le moyen légal de s'y cpposer avec eflicacilée. Dans ces conditions, rl s'explique fort bien pourquoi les Wright exigent, avant l'exécution de nouvelles expériences et d'un programme convenu, l'engagenrent préalable de ieur verser en cas de succés, une somme fixée. Les intérêts des deux parties se louvent ainsi sauvegardés. £
Envisageons donc, en premier lieu, l'hypothèse de la vente à un £tat. La première application que pourrait prévoir un tel acquéreur éventuel, serait l'utilisation militaire de l'aéroplane. Or, après examen des relations internatcnales, les Wright considèrent la France comme une des puissances ies plus exposées à ne guerre possible ; ils savent, en mème temps, que le gouvernement français est le premier à s’etre officiellement occupé d'essais d'applications militaires d'appareils aériens, ainsi qu'en témoignent les expériences remarquables du Lebaudy. En ce qui concerne spécialement l'utilisation pour la guerre des plus lourds que l'air, ils n'ignorent pas que l’on poursuit activement des recherches de ce genre dans i'établissement militaire de Chalais-Meudon ; ils craignent même, et ils le disent, de se voir bientôt rattrapés chez nous. Il est donc temps d'agir. C'est en France que leurs offres ont le plus de chances d'être accueillies ; c'est à ce pays qu'ils s'adressent tout d'abord, pour la vente de leur appareïl. Mais ils ne lui en proposent pas, en même temps, la propriété exclusive, ils prennent bien soin de le spécifier. Ils espèrent sans doute, une fois la France en possession de leur invention, voir d’autres pays ôbligés de se maintenir à sa hauteur et recommencer ainsi une Iructueuse opération.
Si les Wright s’adressaient en premier :ieu à leur propre gouvernement, diverses raisons d'ordre sentimental leur rendraient peut-être ensuite difficites, de nouveaux pourparlers avec d’autres pays. De plus, ne l'oublions pas, le gouvernement américain qui avait iargement subventionné Langley pour des recherches du même ordre, s’est subitement lassé et après l’insuccès du célèbre professeur en 190%, il lui a refusé tout nouveau crédit (Voir Aérophile de mars 1904). Le moment n’est donc peut-être pas très favorable pour une offre de vente d’un plus lourd que l'air, au gouvernement des Etats-Unis.
Reste l'hypothèse de ja vente à un particulier ou à un syndicat. Cette catégorie d’acquéreurs peut avoir l'intention, soit de faire une affaire, soit d'arriver à la démonstration d’une découverte scientitique, dans un but tout à fait désintéressé.
Or, l'appareil Wright n'est point comme nous l'avons dif pius haut, utilement brevetable. Nous avons, en outre, trop peu de renseignements sur les condilions dans lesquelles il fonctionne, pour savoir si, en dehors de cette question de monopole, essentielle pour l'acquéreur, il pourrait rendre des services pratiques et donner lieu ainsi à des commandes. Dans ces conditions, les capitalistes de fous les pavs, qui sont habitués à ne risquer leurs capitaux qu'avec l’espoir d'en retirer un bénéfice, s’abstiendront. Et les capitalistes Américains, dont on nous a vanté la réelle hardiesse, demeurent encore plus capitalistes que les autres à ce point de vue.
Les frères Wright devraient donc trouver cette variété de détenteurs de la richesse qui sont en même temps des Mécènes. Il en existe bien queiques spécimens aux Etats-Unis mais ils demeurent plus rares qu'en France. De plus, si les Américains paraissent avoir pris depuis peu quelque avance sur nous, en matière d'aviation, ils le doivent aux efforts persévérants d’un petit groupe d'hommes d'action ; mais il s’en faut de beaucoup que ces questions passionnent la masse comme chez nous. Il n’y a donc point aux Etats-Unis ce qu'il y a en France, c'est-à-dire ce courant d'opinion, cet intérêt général, ce milien sympathique et favorable à une idée, dont l'influence sur le geste des Mécènes demeure indéniable. Si les Wright ont vraiment senti qu'iis avaient besoin de découvrir un donateur désinfèressé par amour de la science pure, plutôt qu'un homme d’affaires, pour arriver à être récompensés de leurs longs efforts et de leurs succès, il n’y à pas à s'étonner qu'ils aient cherché, du premier coup, à le trouver en France.
Mais les frères Wright, en admettant qu'ils soient sincères, font cependant, selon nous, et en toute hypothèse, un faux calcul.
Maintenant que l'éveil est donné, quelque soin qu'ils prennent pour garder ieur secret, même si leur aéroplane démonté est remisé en quelque enceinte bien close en attendant la bienheureuse promesse de versement d'un million contre de nouvelles expériences, on saura bientôt, par la tenace indiscrétion des reporters, ou la trahison rétribuéc ou non d’un de leurs aides, à quoi s’en tenir sur leur appareil. Dans ces conditions, aucun gouvernement, aucun spéculateur, ne consentira à payer un mülion, ce qu'il espèrera avoir avant longtemps pour rien.
Quant aux Mécènes capables de verser cette somme ils préfèreront, avec raison, la consacrer à encourager les chercheurs de leur propre pays, qui peuvent arriver rapidement avec de pareils sacrifices financiers, à égaler ou à dépasser les résultats annoncés par les Wright, soit en les imitant, soit par des moyens tout différents et meilleurs.
. Les irères Wright risquent donc ainsi de ne tirer aucun avantage pécuniaire de leur invention à moins qu'ils ne se décident à suivre le conseil que ieur donne M. Archdeacon dans les Sports, et sur lequel nous clôturerons cette longue discussion.
« Soyez beaux joueurs, et allez trouver le gouvenrement américain en lui disant que ee lui donnez votre invention, pour être utilisée par vous au mieux des intérêts du
yS.
« Ainsi, vous lui ferez une honte d’une facon fort ingénieuse de sa lésinerie. Ensuite,
vous inscrirez votre nom dans la liste des grands cœurs et des plus géniaux inventeurs de humanité.
« En outre, vous acquérerez à votre pays unc gloire sans pareille, qui pendant des siècles rayonnera sur le monde entier.
« En dernier lieu, étant donné l’admirable invention par vous réalisée, et le désintéressé abandon que vous en auiez fait à votre pays, il me parait impossible que son gouvernement ne vous décerne pas, par acclamations, un million au moins, comme récompense nationale. ; : à
« Je prendrai égalenient la liberté de vous rappeier qu'il y a, en France, un modeste prix de 50.000 francs, qui porte le nom de Prix Deulsch-Archdeacon, qui sera remis au premier expérimentateur ayant parcouru en aéroplane un circuit fermé, non pas de 38, mais de 1 kilomètre seulement. Cela ne vous fatiguera assurément pas beaucoup de venir faire un court voyage en France, simplement pour « ramasser » ce « petit prix », qui viendra ainsi s'ajouter: au superbe cadeau que votre pays ne pourra manquer de vous faire.
« Ainsi, vous aurez tout oblenu sans rien demander, el vous aurez mérité, avec la reconnaissance de votre pays, l'estime et l'admiration de l'humanité toute entière.
« Si vous ne faites pas cela, on vous aura vit chipé votre invention, et vous. vous risquez, non seulement de n'en tirer aucun profil financier, mais encore de n'en pas conserver pour vous seuls la gloire — si elie existe. »
Nous en arrivons maintenant aux premiers résultats de l'enquête de contrôle entreprise par nous-même avec le concours de plusieurs de nos amis. Ces résultats, étant donnés les distances et les délais de communication, ne sauraient être bien détaillés à l'heure où nous écrivons ces lignes. Tels qu'ils se présentent. ils sont loin d’être défavorables aux prétentions des Wright.
Tout d'abord, voici la réponse à un câblogramme adressé le 29 novembre par l'Auto à son correspondant de New-York, à notre instigation.
New-York, 1° décembre. — Te rédacteur du Scientific American, autorité de premier ordre, dil que les journaux ont été dans l'impossibilité d'obtenir des informations sur les résultats des expériences des frères Wright failes en septembre. Les Wright refusent lout renseignement. — John WETMORE.
Cette dépêche, sans nous apprendre rien de nouveau, nous montre tout au moins que les Wright demeurent conséquents avec eux-mêmes dans leur attitude à l'égard de la presse américaine.
De son côté, notre exceilent ami et collaborateur occasionnel, M. Frank S. Lahm, doyen des pilotes de i’Aéro-Club de France, que cette question passionne au double titre de citoyen américain, soucieux de la gloire de son pays, et d'aviateur convaincu, avait eu vent — c'est le cas de le dire — il y a quelques seniaines, de certaines rumeurs vagues concernant les récentes expériences Wright. Il avait prié un de ses amis et compatriotes, M. Nielson Bierce, qui occupe à Dayton une situation des plus en vue de lui dire ce qu'il savait. D ed
M. Bierce répond à la date du 25 novembre qu’en ce qui concerne la machine volante des frères Wright il ne possède aucun renseignement « résultant de son investigation personnelle ». 11 a seulement connaissance que deux jeunes gens du nom de Wright, fort connus à Dayton et fort intelligents, se sont livrés avec succès à des expériences de ce genre dont il a vu quelques vagues échos dans les journaux. Ces expériences ont eu lieu hors de Dayton, dans un endroit retiré. peu accessible au public, ies frères Wricht désirant faire leurs essais en toule tranquillité. à
Cette lettre ne nous apporte aucun élément nouveau.
Mais dès qu'il eut pris connaissance de la lettre très explicite adressée par les aviateurs américains à l’Aérophile, M. FE. S. Lahm câblait le 1°” décembre à un de ses correspondants de Mansfield (Ohio), M. Weaver, le priant de se rendre à Dayton pour faire une enquête sur les assertions des frères Wright. M. Lahm avait choisi M. Weaver parce qu’il le savait capabie d'accomplir en toute :onscience cette mission délicate et d'apprécier à leur valeur les témoignages recueillis.
Or, voici, moins un quatrième mot, mal transmis et incompréhensible, ce que M. Weaver, homme absolument sûr, télégraphie de Dayton à M. Lahm
« DAYTON (Ohio: 3 décembre 1905. — Prétentions complètement vérifiées... »
Il S'agit, c'est entendu, des prétentions des frères Wright : leurs déclarations à l'Aérophile reçoivent ainsi une première confirmation dont il serait vain de nier l'importance en attendant les renseignements détaillés qui ne peuvent manquer de suivre par iettre cet intéressant câblogramme.
Enfin, notre grand confrère quotidien l'Auto qui n’avait pas hésité à envoyer à Dayton un de ses rédacteurs, M. Robert Coquelle, spécialement pour y faire une enquête sur les déciarations Wright, a recu le 12 octobre dans la soirée le télégramme suivant :
« DAYTON (Ohio), par cûble. p.Les frères Wright refusent de montrer leur appareil. ie J'ai vu des témoins et il est impossible de douter de ia réussite de leurs expériences — COQUELLE. »
— — sn me ame
Sans être un spécialiste des questions de locomotion aérienne, notre excelient confrère, Robert Coquelle, journaliste expérimenté, rompu aux difficultés de l'information, a dû procéder consciencieusement au contrôle des témoignages à recueillir sur les expériences passées. Nous aurons plus tard de lui, par lettre et oralement, des renseignements détaiilés sur son ‘enquête.
Conséquents avec eux-mêmes, les Wright refusent de montrer leur appareil tant qu’ils n'auront pas l'engagement d'un acquéreur sérieux pour la somme dun million de francs payable après exécution d'un programme convenu. Ceci nest pas pour nous étonner, nous avons dit pourquoi. Après le câblogramme ci-dessus il devient de plus en plus difficile, à notre avis, de niettre en doute les magnifiques expériences d’aéroplane à moteur annoncées par les frères Wright.
ES
Guelie sera la solution de l’intéressante question Wright qu: nous avons été appelés à poser ? Nous l'ienorons. Mais il ne peut résulter de cet incident que des effets heureux pour l'Idée aérienne : soit qu'il ait mis en lumière les travaux des deux inventeurs, soit qu'il ait permis de faire justice d'une supercherie scientifique qui à trop duré. Dans ce dernier cas même, cette chaude alerte sftimulera le zèle de nos chercheurs et ramènera sur les travaux d'avialion l'attention publique, toujours lente à s'émouvoir, malgré les efforts si généreux et si convaincus de queiques personnalités dévouées.
Si les résultats obtenus par les Wright se trouvaient définitivement confirmés, n'oublions pas que l'aviation est née en France, que les bases théoriques comme les premiers résultats expérimentaux du vol mécanique, sont dûs à la pléiade des aviateurs et des chercheurs français, tels les Launoy, les Bienvenu, les Thibault, les Duchemin, les Ponton d'Amécourt, les Penaud, ies Marey, les Tatin, les Richet, etc. Si par pure nonchalance il à pu arriver que nous nous soyons laissés devancer, nous égalerons quand nous le, voudrons bien et nous dépasserons même, soit en nous inspirant de ce qui a été fait depuis, ameurs, soit par des moyens plus personnels, les résultats qui auraient pu être atteints hors de chez nous. |
Si la nouvelle qui nous arrive aujourd'hui d'Amérique, nest pas vraie, elle le sera demain. Rappelons-nous les avertissements que nous donnèrent, ü n'y a pas longtemps des voix autorisées comme celles de MM. Tatin, Archdeacon, Ferber, et terminons par ces quelques paroles prononcées dès 1903 par le distingué président de la Commission d'aviation de l’Aéro-Club de France
« Messieurs les savants, à vos compas. Vous, Messieurs les Mécènes et vous aussi, Messieurs du gouvernement, la main à la poche ou bien nous sommes battus. » Si ce n’est déjà fait, ajouterons-nous.
AÉROPHILE