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LA PREMIÈRE ASCENSION MONTÉE AU GAZ D'ÉCIAIRAGE

L'histoire de la découverte de l'éclairage au gaz était, jusqu'à présent, restée assez confuse : divers pays, tels que la Belgique, la France, l'Angleterre, l'Allemagne, se dispulaient l'honneur d'avoir donné naissance à l’auteur de ce grand progrès industriel.

L'opinion commune, chez nous, attribue la paternité de cette invention à l'ingénieur Philippe Lebon, né à Brachay (Haute-Marne), le 29 mai 1767, mort à Paris, le 2 décembre 1804. C’est pour honorer le savant qu'ils considéraient comme le créateur de leur industrie que les groupements professionnels et les syndicats du Gaz eurent l’idée d'organiser, à l’occasion du centième anniversaire de sa mort, d'importantes manifestations de gratitude. L’Aéro-Club de France et, à sa suite, tous les aéronaules français, tinrent à sy associer, le gonflement des ballons étant, après l'éclairage et la force motrice, une des plus importantes applications de l'hydrogène carboné : de celte initiative sont nées les superbes fêtes aérostatiques dont nous donnions le compte rendu dans notre dernier numéro. Participer à l'hommage rendu à Philippe Lebon, c'était la certilude d'honorer la mémoire d'un homme de premier ordre, qui fut, tout au moins, comme on le verra, sans contestation possible, un des plus actifs ouvriers de la première heure.

Mais la grande société d'encouragement à la locomotion aérienne n'avait point, ce faisant, la prétention de prendre parti dans le débat rétrospectif qui divisait les érudits et les chercheurs ; c’eût été sortir de son rôle qui est tout autre.

Cependant, le succès même des fêtes du Centenaire de Philippe Lebon a ravivé les controverses historiques depuis longtemps ouvertes ; des faits nouveaux ou peu connus ont été mis en évidence, des documents inédils ont été produits. La pleine lumière se fait enfin dans un débat resté si longtemps obscur, chose d'autant plus fâcheuse qu'il s'agissait d’une question d'éclairage.

Parmi les écrivains qui ont le plus contribué à remettre au point les discussions historiques el les polémiques auxquelles a donné lieu le « Centenaire du Gaz », et à nous guider au milieu des innombrables contradictions qui existent entre les auteurs, il faut mettre hors de pair un érudit belge des plus connus et des plus distingués, M. Boghaert-Vaché, collaborateur assidu de l'Intermédiaire des chercheurs el des curieux, des plus importants journaux de Belgique tels que le Soir et le Petit Bleu, et de plusieurs journaux français.

Notre savant confrère s’est surtout attaché à remettre en lumière le nom et les travaux d'un savant belge trop longtemps oublié, même dans son pays, Jean-Pierre Minkelers, professeur à l'Université de Louvain et à démontrer avec preuves à l'appui que ce dernier éclaira son laboratoire au moyen du gaz extrait de la houille, longtemps avant les premiers essais de Lebon, de l'Anglais Murdoch ou de l’Allemand Winzler. De plus, particularité fort intéressante pour les aéronautes, Minkelers entreprit précisément ses recherches pour servir la science aérienne.

Avec une amabilité dont nous ne saurions trop le remercier, M. Boghaert-Vaché a bien voulu écrire spécialement pour l’Aérophile les deux arlicles que nous avons la bonne fortune de publier ci-dessous.

Le premier est une élude des plus consciencieuses et des plus sûrement documentées sur les origines de l'éclairage au gaz et sur l'application inaugurale du gaz de houille au gonflement d’un ballon, application faite dès 1783 par Minkelers.

Par qui fut lancé le premier ballon au gaz d'éclairage ?

Le 2? décembre 190%, centième anniversaire de la mort de Lebon, la France a fêté le centenaire du gaz d'éclairage dont elle attribue la découverte au célèbre ingénieur de Brachay — et les aéronautes ont pris jusqu’au surlendemain une part considérable à la célébration de ce jubilé.

Or, cinq mois auparavant, le 10 juillet 1904, Maestricht avait élevé par souscription internationale un monument à Jean-Pierre Minkelers, « inventeur de l'éclairage au gaz », et l'on avait rappelé que c’est pour servir la science aéronautique que le professeur de l'Université de Louvain commença ses recherches.

Où est la vérité ? Voici pour les lecteurs de l’Aérophile un exposé chronologique des faits qui suffira sans doute à l’établir.

Les recherches de Minkelers datent, je le démontrerai tout à l'heure, de 1788. Trois ans plus tard, le professeur Pickel en Allemagne, lord Dundonald en Angleterre, faisaient à leur tour des essais d'éclairage par le gaz. À partir de 1792, un autre Anglais, William Murdoch, installait cet éclairage dans maints établisseuents industriels de son pays. Vers 1796, en France, les études techniques de Philippe Lebon (né à Brachay, dans la Haute-Marne, le 29 mai 1767) s'orientaient vers la même question, et le 28 septembre 1799 il obtenail un brevet de quinze années pour « des moyens nouveaux d'employer les combustibles plus utilement, soit pour la chaleur, soit pour la lumière, et d’en recueillir les divers produits », brevet complété le 25 août 1801 par un certificat d'addition. En. cette même année 1801, Henfrey dotait de l'éclairage au gaz Baltimore, d'où les procédés nouveaux se répandirent dans toute l'Amérique beaucoup plus rapidement qu'ils n’allaient se propager dans la vieille Europe.

L'application pratique, l'application en grand de ces essais, commence en 1807. in Allemand, Winzer (alias Winsor), qui était allé s'établir à Londres, s’associa avec Murdoch, et bientôt, grâce à eux, le gaz illumina quelques rues de la ville. L'éclairage du pont de Westminster, en 1813, marqua un élan décisif ; et au s1 décembre 1823, la canalisation avait dans la Cité un développement de 200 kilomètres.

Dès 1811, un Belge, Ryss-Poncelet — lequel allait s'associer avec Cornélie de Brambilla, la veuve, Belge elle-même, de l'ingénieur français Lebon, pour l'exploitation du brevet de ce dernier, — avait fait à Liége une installation d'éclairage an gaz dans les locaux de la Société d'émulation. En 1818, la ville de Bruxelles accordait une concession à la Compagnie impériale et continentale de Londres.

Dans l'entre-temps, Winzer était arrivé d'Angleterre à Paris, y avait pris un brevet d'importation et avait commencé par éclairer le passage des Panoramas. Mais la populalion se montrait très réfractaire el devait le rester longtemps ; te Tableau de Paris de 1839 montre que la grand'ville utilisait encore en cette année-là beaucoup plus d'huile que de gaz pour son éclairage : on y comptait 11.654 becs à l'huile et 1.162 au gaz.

A cette date pourtant, la cause du gaz était définitivement gagnée. Il avait triomphé à Berlin en 1826, à Vienne en 1833, — et il allait envahir le monde, jusqu'au moment où s'engagerait entre lui et l'électricité la lutte dont nous sommes aujourd'hui les témoins.

Dès le mois de juillet 1897, dans le Petit Bleu de Bruxelles, j'ai affirmé que l'éclairage au gaz naquit en Belgique et j'évoquais le souvenir — {rop oublié depuis une remarquable lecture académique de Charles Morren en 1855 — de Minkelers. Ce fut l'origine d’une campagne de presse que j'ai, pour ma part, continuée dans le plus répandu des journaux belges, le Soir, dans la plus importante des revues d'érudition française, l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, et dont les résultats ont été considérables :

En 1898, les édiles de Maestricht, la ville natale de Minkelers, décidaient qu'une plaque commémorative serait placée sur la façade de la maison où il naquit.

En 1900, dans le pavillon du gaz de l'Exposition universelle de Paris, figuraient les travaux manuscrits et imprimés de Minkelers, les notices qui lui ont été con-

sacrées, et toutes les grandes publications techniques des deux mondes s'occupèrent à leur tour de la revendication belge.

En 1901, le regretté Leone Mariani, directeur général de la Sociela italiana per i! gaz, de Turin, faisait placer un médaillon de marbre blanc, avec le profil et le nom de Minkelers, au-dessus de l'entrée principale du superbe hôtel que l'archi- :tecte Luigi Beria achevait pour la Société, à l'angle des rues dell’ Arsenale et dell Arcivescovado.

En 1902 enfin, un comité international se constituait à Maestricht, sous la présidence d'honneur de MM. G. Ruijs de Beerenbrouck, commissaire de la reine dans le Limbourg hollandais, et V. de Stuers, membre de la seconde Chambre des Etats-Généraux, et la présidence effective de M. Beauduin, bourgmestre de

Maestricht, pour ériger le monument qui, l'an dernier, à consacré la gloire de Minkelers.

Et il convient de résumer dans l'Aérophile, de façon définitive, les titres incontestables de celui-ci.

Les aérostats venaient d’être inventés : le 5 juin 1783, les frères Montgolfer avaient émervellé les habitants d'Annonay par leur ballon à air chaud ; le 27 août, le physicien Charles avait lancé à Paris le premier ballon gonflé à l'hydrogène pur. Mais l'hydrogène revenait à un prix élevé, et partout les études continuaient. En Belgique, Louis-Engellert d’Arenberg, d’Arschot et de Croy, le célèbre « duc aveugle » (1750-1820), qui avait fait des dons précieux au cabinet de physique de l'Université de Louvain, pria trois professeurs de cet établissement, Minkelers, Van Bochaute et Thysbaert, de rechercher, eux aussi, un gaz léger et peu coùûteux qui püt enlever les aérostats.

Ce gaz — le gaz d'éclairage extrait de la houille, — ce fut Minkelers qui le trouva.

Jean-Pierre Minkelers était né à Macstnicht le 2 décembre 1748. Elève brillant du collège des jésuites de cette ville, puis de l'Université de Louvain, passionné pour les sciences naturelles, il avait été nommé en 1772 professeur à l’Alma Mater. C'est là qu'il dirigea les recherches demandées par le duc d’Arenberg. Toutes les matières d'origine végétale ou animale, distillées en vase clos, donnent des gaz : Volta le constatait dès 1777; on en essaya tour à tour une infinité. Enfin, « le 1 octobre (1783), écrit Minkelers dans son Mémoire sur l'air inflammable tiré de différentes substances (un opuscule imprimé à Louvain l’année suivante, ce qui rend impossible toute contestation de date), avant mis de la houille dans un canon de fusil, j'ai obtenu de l'air inflammable en abondance, et très promptement. Quatre onces de houille me donnèrent un pied cubique, mesure de France, de cet air, lequel, ayant été pesé, fut trouvé quatre fois plus léger j que l'air atmosphérique ». Le commun accord avec ses collègues, il lui donna la préférence sur tous les autres pour le gonflement des aérostats.

La première expérience en fut faite le 21 novembre dans le parc du châ-

Clichbé du Petil Bleu teau d’Arenberg, à Héverlé : un petit

La statue de Minkelers à Maestricht. ballon en baudruche « s'éleva rapide-

ment, lit-on dans une lettre adressée

par Dey, le secrétaire du duc, à Fau-

jas de Saint-Fond, l'historiographe des expériences des frères Montgolfier : et dès

qu'il eut dépassé le bâtiment, il rompit le fil au moyen duquel on voulait le retenir;

on put le suivre des yeux jusqu'à sa disparition totale, et nous n'en entendimes

plus parler ». D’autres ascensions, de ballons plus grands, eurent lieu à Héverlé, à Bruxelles, à Anvers, à Louvain (ie

Van Bochaute, qui était membre de l'Académie de Bruxelles, fit connaitre ces résultats à la savante compagnie dans les séances du 22 décembre 1785 et du

(1) Pour la relation de ces premières ascensions de ballons g É ’éclai ï ,. (D: Pour, elation > s ascens e b: S gonflés au gaz d'éclairage, voir: 1 Mémoire sur l'air inflammable tiré de différentes substances, rédigé par MNT Et professeur de philosophie au Collège du Faucon, Université de Louvain : Louvain 1784 ; pages 34-35 : 2° Première suite de la description des expériences aérostatiques de MM. de Montgolfier et de celles auxquelles

celle découverte a donné lieu, par M Faujas de Saint-Fond; Paris, chez C G û L à ; s ; : 4 Cuchet, DE Serpente, 1784 : pages 241 à 246 (tome II de la Description). 1 RE NE LR

8 janvier 1784, et ils furent communiqués officiellement à l'Académie de Berlin, dont le directeur, Achard, venait de demander « différens éclaircissemens sur ce qui s'était fait dans les Pays-Bas par rapport aux machines aérostatiques ».

Par cela seul qu’il utilisa le premier pour le gonflement d'un ballon le gaz employé aujourd'hui encore dans l’aérostation, le nom de Minkelers mériterait d'être universellement connu. Mais il indique en son Mémoire (dont j'ai retrouvé un exemplaire à la Bibliothèque royale de Belgique : Varia, 70712, Aérostats, I), qu'il est possible de purifier ce gaz dans l’eau de chaux ; il en connaissait toutes les propriétés, et, chaque année, à l'Université, il s’en servait pour éclairer son auditoire : le fait à été attesté par Van Hulthem, le célèbre bibliophile, qui devint son élève en 1785 ; et en 1872, M. Michel Smiets apporta au XIIe Congrès néerlandais, tenu à Middelbourg, de nouveaux témoignages du même fait, tirés, notamment, des papiers inédits de Minkelers.

Cr, les Anglais, qui ont célébré, il y a quelques années, le centenaire de la découverte du gaz de houille, attribuée par eux à William Murdoch, n'ont jamais fait remonter plus haut que 1792 les expériences de celui-ci. Quant aux Français, voici en quels termes leurs titres ont été exposés, dans la Grande Encyclop‘di?, par M. Daniel Berthelot :

« La découverte du gaz d'éclairage est due à l'ingénieur français Philippe Lebon. Il eut l'idée de brüler le bois en vase clos, et de faire passer les produits gazeux de la combustion à travers une couche d’eau : les matières bitumineuses et ammoniacales s'y condensaient, et il s’en dég ageait un gaz pur qui, enflammé, donnait une belle lumiére. Il perfectionna successivement avec beaucoup de patience et de ténacité son procédé. Dès 1786, il faisait fonctionner ses « thermolampes » ; en 1799 (6 vendémiaire an VIII), il prenait un brevet. C'est dans l’ancien hôtel Seignelay, à Paris, qu'il fit la démonstration publique de ses appareils ; il illumina les appartements, les cours, les jardins, au moyen de becs de gaz disposés en forme de rosaces. de gerbes, de fleurs. Le rapport officiel adressé au ministre constate que les résultats ont dépassé « les espérances des amis des sciences et des arts ». Bonaparte, alors premier consul, et le ministre de la marine, furent frappés de ce fait que l'invention de Lebon permettait, en distillant le bois, d'obtenir du goudron à bon marché, point de vue qui n'était pas sans importance à un moment où l’on projetait de reconstruire en grand la flotte. On accorda à Philippe Lebon la concession d’une partie de la forêt de Rouvray, près du Havre. Il admit à travailler avec lui des étrangers ; de nombreux Anglais, vinrent le visiter — et, rentrés chez eux, n'oublièrent pas ce qu'ils avaient vu. »

Ainsi, c’est le gaz de bois qu'utilisait Lebon, et ses premiers essais qui datent en réalité de 1796. ne seraient en tout cas point antérieurs à 1786 d’après ses plus complaisants biographes. Je rappelle que le 1% octobre 1783, c'est-à-dire longtemps avant les Anglais, Minkelers obtenait à Louvain le gaz de houille, celui qui allait être employé partout ; et il l’appliqua à l'éclairage, dans son cours, avant l'apparition des thermolampes au gaz de bois de Lebon. Il faut insister sur cette date du 1% octobre 1783, inexactement rapportée par tous les auteurs qui n’ont point eu sous les yeux le Mémoire même de Minkelers, el récemment encore, à l'Académie de Belgique, par M. le chevalier Marchal, secrétaire perpétuel (Bulletin de la classe des sciences, 1902, pages 16-17, et Moniteur belge, 9 juillet 1904, page 3489).

Il me reste à exposer brièvement la fin de la carrière de Minkelers. Les événements politiques, la suppression de l'Université de Louvain, conséquence de Ia réunion des provinces belges à la République française, le ramenèrent à Maestricht, où il exerça la profession de pharmacien, qui était celle de son père. Lors de la création des écoles centrales, on le chargea des cours de physique et de chimie à l’école du département de la Meuse-Inférieure, et il la dota de laboratoires bien outillés, où il poursuivit d'intéressantes recherches personnelles ; ce fut lui également qui décrivit le célèbre gisement du Masasaurus à Maestricht, et Cuvier s’est servi de sa description dans ses Recherches sur les ossements fossiles.

Après la fondation du royaume des Pays-Bas, l’Académie de Bruxelles ayant été réorganisée, il en fut, le 3 juillet 1816, nommé membre ordinaire (il existe

dans les archives de l'Académie un Mémoire sur une nouvelle machine électrique, que Minkelers lui avait adressé dès 1785) ; il fut appelé aussi à la présidence de la eommission médicale de la province de Limbourg. Une attaque d'apoplexie vint malheureusement lui rendre tout travail impossible dans les derniers temps de sa vie, qui se termina le 4 juillet 1824 à Maestricht. Son nom fut donné à la rue des Seigneurs (Heerenstraat) où il habitait.

Maintenant, me permettra-t-on d'ajouter que ni Lebon (1796), ni Murdoch (1792), ni même Minkelers (1783), ne mérite réellement le titre de « découvreur du gaz d'éclairage » ? J'ai trouvé tout récemment, en effet, dans l'Histoire de l’Académie royale des sciences de Paris, année 1781, un mémoire sur la décomposition de l'acide nitreux lu par Berthollet à la compagnie le 7 février 1781, et qui débute par ces lignes restées jusqu'ici ignorées de tous les historiens de l'éclairage au gaz, même de ceux qui sont en même temps des chimistes (pages 228-229) :

Avant que de considérer la décomposition du nitre par le charbon, jai pensé qu'il convenoit d'examiner avec plus de soin qu'on ne l’a fait, le gaz que le charbon lui-même contient, et qu'il est possible d'en chasser par une forte chaleur.

Hales a reliré 180 pouces cubiques d'air de 158 grains de charbon de Newcastle. Mais il confond cet air avec l'air atmosphérique ; d’ailleurs, le charbon de terre est un bitume, et c’est le véritable charkon que j'ai en vue.

M. Priestley dit qu'il reçut en trois portions d'environ une chopine chacune, l'air dégagé de deux mesures de charbon qu'il avoit mises dans un grand vaisseau de verre el auxquelles il avoit appliqué l’action de la chaleur. Il observa que dans chaque période du procédé l'air troubla l’eau de chaux, qu'il y eut plus d'air fixe dans la première porlion que dans les suivantes, et que le résidu étoit inflammable.

M. Sage dil, dans son Analyse des blés (page 95), qu'ayant distillé de la poudre de charbon, le récipient qu'il avoit adapté à la cornue se trouva rempli de vapeurs qui s'enflammèrent lorsqu'on approchoit la flamme d'une chandelle ; elles ne répandoient pas d’odeur sensible et brüloient à la manière de la vapeur inflammable dégagée du zinc et du fer par l'acide marin.

M. Scheele a observé que le charbon donnoit par l'action du feu un gaz dont la première, portion étoit de l'air phlogistiqué, et le reste de l'air inflammable...

J'ai soumis du charbon en poudre à l’action d’une grande chaleur dans un appareil pneumato-chimique ; j'ai reliré environ 720 pouces cubiques de gaz par once.

Les textes auxquels Berthollet fait allusion et que j'ai recherchés, sont extrèmement intéressants. En voici deux de Priestlev, qui se rapportent spécialement au gaz de houille et que j'emprunte à la vieille traduction française, faite par Gibelin, des Experiments and Observations on different kinds of air (Londres, 1774-1777) :

J'ai trouvé qu'on peut obtenir de l'air inflammable du charbon de lerre non calciné. (Tome I, Paris 1777, page 303.)

Le charbon de terre distillé dans un vaisseau de verre ne donne point d'air fixe, mais seulement de l’air inflammable qui, étant allumé dans une jarre à grande ouveriure, brûle avec une flamme vive, léchante, sans explosion. (Tome IV, Paris 1780, préface, page xLvI.)

Bien d’autres « précurseurs » ont été nommés par Schilling dans son traité classique de l'éclairage au gaz, par Victor Fournier dans le Vieux-Neuf, par moimême dans mes articles sur Minkelers. En présence d'une suite beaucoup plus ininterrompue qu'on ne le soupçonnait, il nous faudra peut-être, tout en laissant à chacun sa juste part dans l'invention de l'éclairage au gaz, considérer comme le premier « découvreur » ce médecin français, Jean Tardin, de Tournon, lequel dès 1618 serait parvenu à extraire l hydrogène carboné de la houille, ainsi qu'il semble résulter de son Histoire naturelle de la fontaine qui brusle près de Grenoble : Jean Tardin sur qui l’on trouvera des détails dans une étude intitulée De l'éclairage au gaz en France et publiée par M. Blondeau de Carolles dans les suppléments du Conslilulionnel des 7 et 21 avril 1841. C'est en ce xvir siècle aussi que le mot gaz lui-même était introduit dans la science par un autre médecin, fameux celui-ci par son étude des fluides aériformes : Jean-Baptiste Van Helmont, de Bruxelles (1577-1644) — le dernier de ces grands alchimistes auxquels M. Marcelin Berthelot, dans une lettre adressée le 18 décembre 1904 au journal belge la Conquêle «de l'air, attribue, sans citation de textes, la trouvaille du gaz d'éclairage.

Mais du point de vue aéronautique, la question est tranchée sans discussion possible : le premier ballon gonflé au gaz d'éclairage fut lancé, conformément aux indications de Minkelers, le 21 novembre 1783, dans le parc d'Héverlé, où sera inaugurée bientôt, au cours de la fête internationale qu'organise l'Aéro-Club de Belgique, une stèle commémoralive, — et Philippe Lebon, dont la biographie est d’ailleurs encore mêlée de tant de légendes, n’a aucun titre spécial à

l'hommage des aéronautes.

Il est piquant de constater, au surplus, que la commémoration du 2 décembre dernier évoquait à la fois, par une coïncidence certes insoupçconnée des participants, le souvenir de la date de la naissance de Minkelers (2 décembre 174$) et celui de la date de la mort de Lebon (2 décembre 1804) !.…

A. BOGHAERT-VACHÉ,

de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut.

Nous examinerons tout à l'heure, en les comparant, les litres de Minkelers et de Philippe Lebon à l’aumiration des savants et à la reconnaissance des aéronautes. Mais, hâtons-nous de le dire tout de suite, il est impossible de ne pas s'associer pleinement aux très jusles conclusions du remarquable arlicle qu'on vient de lire, conclusions élayées sur des documents irréfutables.

Toutefois, avant d'aborder, avec M. Boghaert-Vaché, l'exposé des travaux et des mérites de Lebon, il importe d'insister sur l'impossibilité signalée par nolre distingué collaboraleur d'attribuer à une personnalité déterminée la découverte, non seulement du gaz d'éclairage, du gaz extrait de la houille tel que nous le connaissons aujourd'hui, mais encore, ce qui est un peu différent, la paternilé de l'éclairage au gaz quel que soit le gaz employé.

Il existe en effet, dans la nature, des hydrocarbures à l’état gazeux susceptibles de produire de la lumière. Qu'il s'agisse par exemple du gaz des marais, du grisou, des mines de houille, des vapeurs émanant des gisements de naphle dans les districts pétroliers, leur inflammabilité avail été aès longtemps observée, parfois même utilisée. C’est ainsi que les Grecs, au temps d’'Homère, connaissaient les feux éternels des bords de la Caspienne sortant des sources de pétrole exploitées actuellement à Bakou. Dès le x° siècle, assure-t-on, les Chinois ulilisaient, comme gaz d'éclairage, certaines vapeurs de pétrole recueillies dans des canaux en bois. On trouve également, paraît-il, selon notre confrère la Conquéle de l'air, à Salso-Maggiore (Italie), des sources de pétrole dont les habitants du pays ont capté les vapeurs au moyen d'une canalisation appropriée, et qui leur fournissent ainsi un éclairage au gaz absolument graluit.

En ce qui concerne les recherches el les observations anciennes relalives à la production artificielle de gaz doués d’un pouvoir éclairant, qui ont plus parliculièrement porté sur le gaz extrait de la houïille, M. Boghaert-Vaché mentionne les noms de Jean Tardin, de Hales. de Priestley, de Sage, de Scheele, de Berthollet, regrettant de ne pouvoir citer, car ils sont trop, .es noms de tous ceux dont les efforts successifs, prolongés et complétés de siècle en siècle, ont déblayé le terrain et préparé les voies à la science moderne. Il est juste, toutefois, d'ajouter encore à cette liste des « précurseurs », comme les appelle très heureusement M. Boghaert-Vaché, deux noms relevés dans les Transactions philosophiques de la société : royale de Londres.

Citons en premier lieu Thomas Shirley, qui sionale, en 1667, l'existence d’une source de feu dans le district houiïller de Wigan, et attribue son origine à 1a couche de charbon que renferment les profondeurs du sol.

En 1739, les Transactions publient une lettre adressée à Robert Boyle par le révérend John Clayton. Dans cette lettre, écrite au plus tard en 1691, année de la mort de Bovle, Clayton décrit des expériences faites par lui sur le gaz obtenu par la distillation de la houille dans une cornue. Il avait recueilli ce gaz dans des vessies de sorte que si son produit, probablement fort chargé d’impuretés. se fût (rouvé assez léger pour que la vessie s’enlevât. c’est à Clayton qu'aurait pu revenir, bien par hasard, la gloire de l'invention des ballons, découverte à côté de laquelle il passait sans s’en douter.

Nous en arrivons maintenant aux travaux de Philippe Lebon. Cette fois encore, dans la note qu'on va lire. M. Boghaert-Vaché, rendant hommage aux mérites de l'illustre ingénieur. mort trop tôt pour donner toute sa mesure, rectifie avec une érudition très sûre les inexactitudes, les détails erronés ou contradictoires qui abondent dans ses biographies.

Un peu de Iumière sut Philippe Lebon

1 L'ingénieur français Philippe Lebon naquit à Brachay, dans l'arrondissement et à 20 kilomètres de Wassy, Haute-Marne, non en 1769, comme on le répète généralement, mais le 29 mai 1767. (Lettre de M. Antoine Consieny, maire de Brachay, à M. Boghaert- Vaché, en date du 15 juillet 1904.) Voici le texte de l'acte, que j'ai publié le premier dans lIntermédiaire des chercheurs et curieux : |

Philippe, fils légitime du sieur Jean-François Lebon, garde du Roy, véléran de la prévôté de son hôlel et grande prévôté de France, et de dame Marie-Antoinelte-Victorine Mauvoisin, son épouse, paroissiens de Brachey. 9 ;

Est né le vingt-neuvième jour du mois de May mil sept cent soixante sepl, a élé batizé le même jour par moy prêtre, curé dudit Brachey soussigné, lequel a eu pour parein le sieur Philippe Legendre de Betoncourt, écuyer ancien maréchal des logis de gendarmerie et chevalier de l’ordre royal et mililaire de l’ordre de Saint-Louis, et pour mareine dame Françoise Laurent, épouse du sieur Joseph François Bouquin, ancien conlrolleur des patrimoines de la ville de Joinville qui ont signé ainsy que ledit sieur Lebon père de l’enfant.

DURAND, curé Françoise LAURENT BOUQUIN LEBON LEGENDRE DE BETONCOURT CHARPENTIER

2° Les premières recherches scientifiques de Lebon furent faites à Brachay. Elles ne s'orientèrent vers la question de l'éclairage qu'en 1796. Il les continua à Paris, dans son hôtel de la rue de l’Ile-Saint-Louis, et en 1798 — bien qu'il paraisse s’être toujours borné à distiller le gaz du bois — il avait pleinement reconnu la possibilité d'obtenir le gaz d'éclairage du bois, ducharbon de terre, des huiles, des résines, des graisses et autres combustibles. (Revue Contemporaine, de Paris, 30 septembre 1865, pages 224 à 246, article de M. Jules Gaudry, parent de Lebon. Sur l'époque de l'invention qui ne peut, en dépit de l'opinion courante, remonter à 1786 voir aussi le Bulletin de la Sociélé d'encouragement pour l'industrie nationale, Paris 1811, n° LXXXVII, compte rendu de la séance générale du 4 septembre 1811, page 237.) ; à é

3° La dale, indiquée presque loujours inexactement, du brevet de quinze années qui ful délivré à Lebon pour « des moyens nouveaux d'employer les combustibles plus utilement, soit pour la chaleur, soit pour la lumière, et d'en recueillir les divers produits », est le 28 septembre 1799 ; un certificat d’addition lui fut accordé le 25 août 1801. (Textes dans la grande publication officielle : Descriplion des machines ef procédés spécifiés dans les brevets d'invention, de perfectionnement et d'importation dont la durée est expirée, tome V, Paris 1823, pages 123 et 124% ; cf. le Journal des Débats du mercredi 18 juin 1823, 4 page.)

4° On n'a point manqué de répéter ces jours-ci encore dans tous les journaux (voir notamment le Petit Journal et le Matin du 7 décembre), que Lebon fut assassiné. À ce propos, il convient de reproduire ces lignes finales de la notice consacrée à celui-ci dans la Grande Encyclopédie : « Une mort prématurée l’enleva malheureusement à la science en « 180%, avant qu'il ait pu réaliser praliquement tous ses projets, demeurés en partie à l’état « d’ébauches. On a même raconté qu'il avait élé assassiné par des Anglais intéressés à se « débarrasser du véritable inventeur de l'éclairage au gaz. Mais il paraît bien établi, par « quelques lettres de lui-même et de sa veuve, qu'il succomba aux suiles d’une affection de «goutte. » Et il serait intéressant de savoir sur quel document contemporain s'appuient les tenants de la version de l’assassinat. Mes recherches personnelles ne m'ont rien fait découvrir. (Cf. le Mémoire sur la distillation du bois adressé le 29 avril 1811 à la Société d’encouragement par Cornélie de Brambilla, veuve de Lebon.)

& ! A. BOGHAERT-VACHÉ.

Les points essentiels de la courte existence de Lebon étant ainsi bien exactement établis par M. Boghaert-Vaché, ajoulons quelques détails qui feront plus complètement connaître la vie et les travaux de cet homme de génie.

A l’âge de vingt ans, en 1787, Lebon entrail à l'Ecole des Ponts et Chaussées et remportait, en 1791, le prix d'un concours qui avait pour objet le perfectionnement des machines à feu, lisez machines à vapeur, il se classait ainsi du premier coup comme l'ingénieur français le plus compétent en la matière, et, sur la proposilion de plusieurs savants contemporains, se voyail altribuer, le 18 avril 1792, une somme de 2.000 livres à titre de récompense nationale et comme encouragement à continuer ses expériences sur l'amélioration des machines à feu.

Entre temps, malheureusement, l'administration l’envoyait à Angoulême en qualité d'ingénieur des Ponts et Chaussées.

Loin du grand foyer d’études qu'était deja Paris, démuni de ee néaie à RE 8 ses recherches ebon sollicitait souvent CCR SE de pour se rendre soit à Paris, La maison natale de Lebon (d'après une photo soit à Brachay, où il s’élait organisé un

de M. Aubriot, curé de Brachay) laboratoire. |

Ce fut pendant un de ces congés, dit le baron Ernouf, qu'il pril son premier brevet (1). Les découvertes importantes mentionnées dans son certificat d’addition, furent faites pendant une autre absence justifiée d'abord par de graves affaires de famille, mais prolongée au delà du terme réglementaire « par l'amour des sciences et le désir d'être utile ». Cette absence irrégulière faillit d’ailleurs lui coûter sa place. Néanmoins, en raison des molits qui l'avaient provoquée, la Commission d’enquête nommée pour statuer sur son cas, le déclare à l'abri de tout reproche. Lebon regagne donc son poste où d’ailleurs le gouvernement oubliait parfois de lui payer ses appointements. En 1801, il est appelé à Paris et attaché au service du pavage, et c’est vers la fin du printemps de 1803 qu'il fait dans l'hôlel de Seignelay, vaste demeure louée par lui, sa première expérience publique d'éclairage au gaz de bois.

La note de M. Boghaert-Vaché a déjà fait connaître à nos lecteurs l’histoire des derniers mois de la vie de Lebon (2).

Pour bien apprécier l'importance de l’œuvre scientifique de Philippe Lebon, il faudrait pouvoir publier in extenso son brevet primitil eb 1e certificat d’addition encore plus important qui s'y rattache. Etant donnée la longueur de ces documents, il n’y faut pas songer. Disons seulement que, dans le brevet de l'an VIII, l'inventeur décrit sa {thermolampe, comme il l’appelle, appareil au moyen duquel il produit simultanément de la chaleur, de la lumière, du goudron et de l'acide pyroligneux. Dans le brevet additionnel, excellent mémoire scientifique, il décrit en détail les procédés d’une véritable fabrication industrielle admirablement étudiée ; il énumère toutes les applications possibles du gaz obtenu : lumière, chaleur, sans oublier son application à la force motrice. et il doit être considéré comme le créateur du premier moteur à « gaz inflammable » (3), du premier de ces moteurs à ex- ue ee plesion dont l’automobilisme nous fait aujour- Statue de Philippe Lebon à Chaumont d’hui apprécier l'importance et les rrogrès inouïs. par A. Péchiné.

Lebon décrit également tous les appareils nécessaires à la fabrication en grand et à l’épuration du gaz obtenu.

. Cette fabrication industrielle, il la réalise même dans la pratique pour sa célèbre expérience de l'hôtel Seignelav. Il construit une petite usine, pose des canalisations assez développées, branchées sur un générateur central et desservant des becs nombreux et

PU) Ce brevet ne fut en effet délivré, comme le dit M. Boghaert-Vaché, que le 6 vendémiaire an VIII (28 septembre 1799), mais la demande avait été déposée le 17 fructidor an VII. Les travaux dont il garantit la propriété remontent probablement à plusieurs mois auparavant.

Quant au certificat d’addition encore plus important que le brevet primitif lui-même et dont voici le titre exact : Développement des vues et moyens proposés pour employer plus utilement les combustibles et consignés dans un brevet d'invention accordé au scussigné le 6 vendémiaire an VIII sur sa pétition en date du 17 fructidor an VII, il fut délivré le 7 fructidor an IX (25 août 1801) sur demande déposée le 8 messidor an IX.

Nous avons pu voir, grâce à l’obligeance du très aimable M. Leclerc, un des hauts fonctionnaires de la Compagnie centrale d'éclairage par le gaz, les photographies directes du brevet et du certificat

d’addition faites sur les originaux existant au Conservatoire des Arts et Méliers, par le photographe assermenté de notre grand musée industriel.

. (2) Nous avons eu sous les yeux, grâce à l’obligeance de M. Leclerc déjà cité (voir la note ci-dessus) l’acte de décès légalisé de Lebon. Il y est dit que le célèbre ingénieur est mort à 10 heures du matin. La cause du décès n’y est pas mentionnée, mais l'heure indiquée tendrail, conformément aux conclusions de M. Boghaert-Vaché, à faire écarter la légende d’un assassinat commis en plein jour dans un endroit aussi fréquenté que les Champs-Elysées le jour du Sacre de Napoléon I*.

(3) Lebon a eu l’idée, en effet, d'utiliser la « force expansive » produite par la combinaison de « l’air inflammable » avec l'air atmosphérique au moment de l’inflammation. Il indique les moyens de recueillir cette « force €expansive, d'en modérer l'énergie et de ne la déployer qu’à mesure el à proportion des besoins et de la solidité des machines que l’on pourra employer. Suit la description et le dessin d’une telle machine dans laquelle l’inflammation serait, comme aujourd’hui, produite par une étincelle fournie par une machine électrique, qui serait mue par celle à gaz, de manière à répéter les détonations dans des instants dont l’intermiltence pourrait êlre réglée et déterminée ». De la lecture de ce document, il ressort sans contestation possible que Lebon à merveilleusement défini du premier coup la succession des opérations que réalisent nos moteurs à explosion actuels : Aspiration d'air el de gaz dans le rapport convenable, compression du mélange, inflammation et évacualion des produits de la combustion. (Voir l'Automobile du 16 novembre 1904.)

éloignés r a la lous les éléments d'une exploitalion gazière industrielle telle que nous la CR L'analogie se complète de la disposition très rationnelle, très étudiée et fort bien entendue au point de vue purement commercial comme au point de vue technique, pour retirer de la matière première tous les produits qu elle doit donner, et pour : l'utilisation des sous-produits tels que le goudron et l'acide pyroligneux. " e ne

Si l’on objecte que Lebon ne distillait pas la houille comme nous le faisons aujourd'hui, mais bien le bois, on peut répondre que l'illustre ingénieur mentionne explicitement le charbon de terre comme propre à remplacer le bois (1). Nous ne nous attarder ons pas non plus à faire remarquer que le gaz de bois obtenu par Lebon élait vraiment un pi oduit nouveau et constituait à lui seul une découverte, alors que le gaz extrait arliliciellement de la houille et ses propriétés éclairantes élaient dès longtemps connus. Ce serait là une

éfaite ass uérile. k à M re surtout à faire ressortir dans l'intérel de la gloire de Lebon, c'est précisément le côté industriel de ses découvertes el de ses procédés, quelle que Soil d ailleurs la valeur propre du gaz qu'il employait. Avec lui, nous entrons tout à fait dans la voie de l'éclairage industriel dans les applications pratiques. Cela est si vrai qu'après la délix lance de son brevet additionnel, c'est au gouvernement quil s'adresse, offrant de construire des thermolampes pour le chauffage et l'éclairage des monuments publics. Il est vrai ue les Anglais opposeraient, dans le même ordre d'idées, les travaux de Murdoch en 11:92, -les Allemands les essais de Pickel, sans parler de Winzler qui ne s'associe avec Murdoch qu'en nn essais furent-ils conduits avee l’admirable méthode scientifique qu'on peul conslater dans ceux de Lebon ? Nous l'ignorons.

Nous signalons cependant un fait singulier que nous tenons de M. Leclerc. S'occupant officiellement de l'organisation du pavillon du Gaz à l'Exposilion universelle de 190, M. Leclerc fit des démarches auprès des personnalités qualifiées el compétentes des divers pays qui prétendaient à l'honneur d'avoir donné naissance au créateur de l'éclairage au saz : Belgique et Pays-Bas Angleterre et Allemagne, leur demandant de vouloir bien lui envoyer pour les faire figurer à l'exposition, les pièces el documents à l'appui de leur assertion. M. Bolsieu, direcleur de l'usine à gaz de Bois-le-Duc, S'occupa activement de soutenir les revendications de ses compatriotes en ce qui concerne la priorité de Minkelers, et c’est par son intermédiaire que parvinrent à M. Leclerc les divers documents relalifs à Minkelers, documents dont M. Boghaert-Vaché signale la présence à 1 Exposilion de 1900. Quant à l'Angleterre et à l'Allemagne, aucune réponse ne fut donnée, Est-ce à dire que ces deux pays auraient élé en peine de fournir à l'appui de leurs prétentions des preuves de première main, des documents originaux capables de résisler à un examen crilique altentif ? Loin de nous cette pensée. Nous souhaitons au contraire que, parmi les compatriotes de Dundonald et de Murdoch, de Pickel et de Winzler, quelque lecteur de lAérophile puisse nous donner sur ce qui les touche des renseignements précis qui nous manquent pour

le moment, Ka s

Quoi qu'il en soit, nous en avons maintenant assez dit sur Minkelers et Lebon, les deux pionniers de la première heure qui nous sont connus avec cerlilude, pour bien apprécier leurs mériles respectifs.

A Minkelers revient inconteslablement l'honneur d’avoir pensé le premier à utiliser « l'air inflammable » provenant de la distillation de la houille pour le gonflement des ballons, et d'avoir mis cetle idée à exéculion, Nous lui devons, semble-t-il, en même temps, la première application raisonnée de ce gaz à l'éclairage.

Le professeur de Louvain avait-il d’ailleurs complètement atteint le but de ses recherches qui était, on le sait, de fournir à l’aérostation un moyen de gonflement plus commode el moins onéreux que le gonflement à l'hydrogène dont l'application venait d’être faite par Charles et Robert? Il est permis d'en douter. Son procédé lel qu'il est décrit ne présente pas, sur celui de Charles, les avantages désirés. Le gaz léger est prodtut lentement, en petite quantité. et, si l’on en fût res'é là, c’est très probablement l'hydrogène, plus facile el guère plus coûteux à obtenir en grande quantité, doué, en outre, d’une légèreté spécifique beaucoup plus grande, qui remplirail encore, la plupart du temps, l'enveloppe de nos aérostats.

Pour que l’heureuse idée de Minkelers porlât tous ses fruits, pour qu'elle devînt pratique, pour qu'elle contribuât vraiment au développement de l’aérostation, les moyens de fabrication devaient être améliorés, perfectionnés, développés. Il fallait que son procédé de laboratoire se transformât en un procédé industriel.

C’est à celte préparation industrielle que Lebon a surtout visé. Il n'avait en vue. il est vrai, que les applications à l'éclairage, et accessoirement à la force motrice. il n'ulilisait même point le gaz de houille et ne paraît pas avoir même songé au gonflement des ballons.

(1) Après la mort de Lebon on s’attacha uniquement à distiller la houille, mais si le gaz ainsi oblenu était peut-être plus éclairant que celui de Eebon il était loin de le valoir au point de vue de la pureté. Il répandaiïil une odeur fétide, assez analogue à celle du gaz fabriqué dans certaines petites usines rurales insuffisamment outillées et laissait des enduils charbonneux dans les pièces où on le faisait brüler. C’est à ces inconvénients que le gaz dut de rencontrer, au début, en France et en Angleterre, tant d'adversaires acharnés. Ces inconvénients ne furent guère corrigés chez nous que vers 1840 par une suffisante épuration préalable.

« D'ailleurs en Amérique ou l’on trouve plus d’anthracite que de houille et où il existait naguère de grandes forêts, dit M. Eugène Rodier, la fabrication du gaz d'éclairage au moyen du bois a recu une grande extension. En 1876 encore (je ne sais si les choses n’ont pas changé depuis), les villes de Wilmington, de Macou, de Columbia et de Montgomery élaient éclairées par ce procédé. »

EL cependant, sans s'en douter, en poussant ainsi à la fabricalion en grand d'un gaz léger facile à se procurer et relativement peu coûteux, il donnait à lidée de Minkelers toute son ampleur el contribuait puissamment à la vulgarisation de l’aérostalion.

C'est donc à bon droil que le 4 décembre dernier, les aéronaules français pouvaient honorer sa mémoire, comme ils seront heureux de rendre hommage à celle de Minkelers dans la fête internationale du gaz que nos voisins belges préparent pour l’année qui commence.

Pour compléter ce débat, il élail intéressant de rechercher à quelle époque eut lieu la première ascension montée au gaz d'éclairage. Notre éminent confrère, M. Wilfrid de Fonvielle a bien voulu nous communiquer à ce sujet la note qu'on va lire :

le premier ballon monté gonflé au gaz d'éclairage

te grand progrès dans l'aéronautique usuelle, est dû à Charles Green, célèbre aéronaute anglais, l'inventeur du guiderope. Né à Londres en 1785, Green était àgé de trente-huit ans lorsqu'il exécuta cette ascension mémorable, le 19 juillet 1821.

L'éclairage au gaz s était déjà beaucoup développé en Angleterre, en avance sur la plupart des pavs continentaux. Dès 1807, Pall-Mall fut éclairé au gaz de houille et à la fin de 181% on construit à Londres des usines assez puissantes pour fournir le gaz nécessaire au gonfiement d'un grand ballon. Le ministère britannique tenait beaucoup à ce que le couronnement du roi Georges IV, déjà fort impopulaire à cause de sa conduite scandaleuse et de ses démêlés judiciaires avec la reine Caroline sa femme, qu'il avait accusée d’adultère avec un certain Bergami, attaché à ses écuries en qualité de postillon, fut marquée par quelque innovation de nature à exciter l'enthousiasme.

Cette innovation, ce fut l'ascension de Green dans un aérostat gonflé au gaz d'éclairage. L'expérience fut exécutée à Green-Park, promenade publique dont par un hasard singulier, l'aéronaute portait le nom. Le départ eut lieu comme nous l'avons indiqué le 19 juillet 1821, sur les bords de la rivière Serpentine, devant une multitude iminense. L'’aérostat de Green porta dans l’histoire le nom de « ballon du couronnement ».

La pratique inaugurée par Green dans cette circonstance solennelle, ne tarda pas à se répandre sur le continent aussi rapidement que le permit le développement de l'éclairage au gaz.

Les deux aéronautes français qui ont employé les premiers le gaz de houille peur le gonflement de leurs ballons, sont Garnerin l'aîné, pour les descentes en parachute de sa fille Elisa et Margat, pour les ascensions officielles dont il était chargé. C’est ce Margat qui faisait partie de l'expédition d'Alger, en qualité d’aéronaule.

Mais les moyens d'obtenir du gaz restèrent longtemps si précaires en France, que Giffard dut interrompre ses expériences de dirigeabilité aérienne, parce que l'usine des Ternes, qui éclairait l’'Hippodrome, ne voulut pas continuer à fournir du gaz au mois d'ectobre 1552 comme elle l'avait fait pour l'ascension du 24 septembre.

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