LES BALLONS-SONDES EN HAUTE MER
Ascensions de ballons-sondes exécutées au-dessus de la mer
par S. A. S.le Prince de Monaco, au mois d’avril 1905.
En avril 1905 S. A. S. le Prince de Monaco a réalisé pour la première fois le plan de faire des ascensions au-dessus de la mer. Ces ascensions ont élé exécutées d’après deux méthodes que j'avais proposées. en se servant de ballons de caoutchouc fermés, pouvant monter avec une force ascensionnelie constante et atteignant ainsi de très grandes hauteurs.
Nous avons employé chaque fois un système de deux ballons, dont l'un devait éclater ou se détacher à une certaine hauteur, tandis que l'autre, plus petit, qui commencait à tomber après la perte du premier ballon, devait servir de parachute à l'instrument. Un flotteur était attaché à 50 mètres du ballon. Dès que ce flotteur atteignait la surface de l'eau, le ballon se maintenait à une hauteur de 50 mètres au-dessus de la mer, servant aussi de marque au navire qui était à la poursuite des appareils. En effet, immédiatement après le lancer, la Princesse-Alice commençait à suivre les ballons à toute vitesse pour quon ne les perde pas des yeux. Cela put être réalisé dans la plupart des cas. Deux fois cependant les ballons furent cachés par des nuages subitement formés : cela n'a pas empêché de retrouver plus tard dans l'un des cas le ballon et l'instrument, se tenant au-dessus de l'eau. Dans les cinq ascensions qui ont élé exéculées, le succès n'a donc failli qu'une fois (1.
Il va sans dire que ces ascensions ne peuvent se faire que par un beau temps clair et quand la vitesse des courants aériens supérieurs n'excède pas trop la vilesse du navire. D'après les expériences faites l’année dernière, avec nos ascensions de cerfs-volants. ces conditions ne semblent pas très rares.
En jugeant nos premières ascensions il faut tenir comple de ce que les conditions atmosphériques étaient alors défavorables. Effectivement, au mois d'avril, la mer entre la Corse et la Principauté de Monaco était presque toujours occupée par une dépression barométrique causant de forls courants aériens et rendant parfois très difficile la poursuite des ballons.
Nous avons employé deux méthodes pour faire tomber le système des ballons, dès qu'ils atteignent une hauteur donnée. Pour employer la première méthode, on gonfle plus fortement le ballon chargé des flotteurs. de sorte qu'il éclate plus tôt que le ballon servant de parachute. Cette méthode permet d'atteindre des hauteurs assez grandes, mais elle a le défaut de ne pouvoir fixer suffisamment la hauteur maxima, et par là la durée de l’ascension. Sans doute, on peut régler cette hauteur en gonflant plus ou moins le ballon ; mais le moment où le ballon éclate dépend encore d'autres causes, comme la qualité du caoutchouc, et il y a ainsi loujours quelque incertitude sur la hauteur maxima obtenue. Avec la seconde méthode on n'attend pas l'éclatement du ballon, mais on le décroche automatiauement. À la pression voulue, la plume du barographe de l'enregistreur forme contact : une petite pile sèche de poids minime actionne un électro-aimant qui ouvre le crochet par où
(1) Le syslème complet, composé de deux ballons, d'un flolteur et d'un instrument, a élé relrouvé le 6 mai dans le golfe de Saint-Tropez, à 168 milles dans l'ouest de son point de départ.
le ballon supérieur est retenu. On règle le contact d'avance pour limiter l'ascension à une hauteur voulue. È
En modifiant le degré de gonflement des ballons et le poids du flotteur emporté on peu? faire varier dans de larges limites la vilesse verticale de la montée et de la descente. Dans Îa plupart des cas on préférera une grande vitesse verticale, pour assurer la ventilation du thermographe enregistreur et pour abréger la durée de la poursuite. Dans les ascensions décrites plus loin la vitesse verticale était de 5 mètres le plus souvent : la durée de l’ascension, qui dépendait de la hauteur maxima, variait entre 33 minutes et 58 minutes L’instrument enregistreur était muni de mon thermographe à tube et en plus d'un thermographe bimétallique du système de M. Teisserenc de Bort.
Dans la description qui va suivre je ne parlerai pas des résultats météorologiques et ne décrirai que la méthode.
4 avril 1905, 9 h. 35 m., a. — Ascension avec deux ballons de 1.500 m/m de diamètre, sans crochet automatique. ee presque sans nuages, le vent est faible, en bas, mais augmente considérablement avec la hauteur. Après 15 minutes. les nuages qui se sont formés cachent les ballons. Le second ballon avec l'instrument est retrouvé le lendemain à 6 h. du matin, se tenant au-dessus de l'eau.
Altitude maximum : 8.900 m. Tempéralure minimum : — 46°.3.
Durée de l'ascension : 58 minutes. Vitesses verticales : à la montée, 5 m. 6 par seconde : à la descente, 4 m. $.
? avril 1905, 3 h., p. — Deux ballons de 1.500 m/m : crochet automatique réglé pour la pression de 300 m/m. Temps clair. Le navire suit les ballons dans la direction du SE : après 20 minutes, on observe que le ballon supérieur se détache. A la descente le ballon est perdu de vue-pendant un certain temps. À 5 h., p. on le retrouve, se tenant à 50 mètres au-dessus de l'eau. Tout est ratnené sans accident.
Altitude maximun : 6.870 m. Tempéralure minimum’: — 36°,2. Durée : 45 minutes. Vitesse verticale : à la montée, 5 m. 6 : à la descente. 4 m. 7. 1% avril, 3 h. 25 in... p. — Deux ballons de 1.500 m/m de diamètre ; crochet automatique,
réglé pour 350 m/m seulement, parce que les courants supérieurs paraissent très forts. Temps clair. Direction des ballons N 85° E. Le navire suit à toute vitesse : après 19 minutes. on voit que le déclanchement a fonctionné ; le ballon est redescendu à 4 h. À 5 h., tout est ramené à bord en bon état.
Altitude maximum : 6.050 m. Température minimum : — 28° ,2. Durée : 47 minutes. Vitesse verticale : 5 m. (montée), 3 m. 8 (descente). 19avril, 10 h., a. — Deux ballons de 1.350 m/m et de 1.500 m/m de diamètre initial. Le
premier est fortement gonfié pour qu'il éclate bientôt. Temps clair. Le ballon, qui ne cesse d'être visible, éclate après 11 minutes. À 11 h. 45 m., &« tout est ramené à bord.
Altitude maximum : 4.010 m. Température minimum : — 10°. Durée : 33 minutes. Vitesse verticale : 5 m. 4 (montée), 3 m. 2 (descente). - 19 avril, 10 h., a. — Deux ballons de 1.350 m/m et de 1.500 m/m de diamètre initial. Le
ballon supérieur n'est pas gonlié plus fortement que le ballon inférieur ; car nous avons l'intention d'atteindre une grande hauteur. Temps clair. La vitesse horizontale des ballons. petite au commenc ement, augmente à mesure que les ballons montent : le navire reste en arrière. Après 37 minutes, le “ballon supérieur éclate : le ballon inférieur, qui commence à desce does est encore visible pendant 7 minutes.
Enfin, il disparait derrière un nuage Ge ne peut étre retrouvé, bien que le navire continue dans la direction observée à la fin. D’après la vitesse verticale, qu'on peut évaluer avec une assez grande précision d'après la force ascensionnelle, le ballon a dû monter à 12 kilom. au moins. Au moment où le ballon a éclaté, la hauteur angulaire était de 38°. La distance a donc été de 20 kiloin. Cela prouve qu'on pourra voir les ballons jusqu'à cette distance avec de bonnes jumelles.
Ces ascensions au-dessus de la Méditerranée ont démontré que la méthode des ballonssondes, qui a eu tant de succès sur terre, peut également être employée au-dessus des océans avec un grand avantage. Dans des conditions, plus favorables que l'on peut, d'après nos expériences, trouver dans la région des alizés et des calmes, on attendra des hauteurs de plus de 15 kilom. sans perdre les ballons de vue. On étudiera ainsi non seulement les courants aériens dans le voisinage de l'équateur jusqu'à de grandes altitudes, mais encore d'autres phénomènes météorologiques tels que la position de cette zone isotherme découverte par MM. Teisserenc de Bort et Assmann.
On peut donc applaudir vivement au projet de S. A. S. le Prince de Monaco de continuer pendant l'été prochain les ascensions des ballons-sondes au-dessus de l'Atlantique.
IT. HERGESELL
Concours de Bigault de Granrut
Nous donnons ci-dessous le règlement officiel de ce concours dû à la généreuse initiative de M. Charles de Bigault de Granrut, membre de l'Aéro-Club de France, qui fut le premier à avoir l'idée d'épreuves de ce genre et dont l'exemple sera certainement suivi comme il l'a été déjà, sur une échelle plus grande, dans le concours de La Pelile Gironde. Nous publions en même temps la carte du périmètre
à atteindre.
Concours Ch. de Granrut. — Carte du périmètre à atteindre
Règlement. — Il est fondé par M. Charles de Bigault de Granrut, pour les pilotes de l’Aéro-Club de France, un concours permanent d'atterrissage au plus près de sa propriété de Loivre (Marne), à 12 kilom. ou N.-0. de Reims, concours ouvert à dater du 1®% juillet 1905 et clos le 31 décembre 1905 à minuit.
NI. de Granrut s'engage à verser à la caisse de l’'Aéro-Club de France une somme de cinquante franes toutes les fois qu'un pilote du Club. élevé du Parc des Céteaux Ge Saint-Cloud atterrira, pendant ce laps de temps, dans un rayon de 90 kil. autour de Reims.
À la clôture du concours, l'attribution des sommes ainsi versées se fera de la façon suivante : une moitié de la somme totale sera partagée entre les pilotes,
proportionnellement au nombre de leurs atterrissages dans le ravon imposé ; l’au 11 lé gra 60: an) OE | F É AS a a sera a partagée entre les pilotes, en rapport inverse de la dis ance de leurs divers points d'atterrissage effectifs à iété Lofye ei k ssage effectifs à la propriété Oivr "is comme but. js en ; Les pilotes désireux de participer à l'épreuve devront prévenir de leur départ ut-ce à la dernière minute, le secrétariat de l'Aéro-Club, qui avisera M. de Bigault de Granrut par un télégramme, où même téléphoniquement si faire se peul \ | Ce règlement a été approuvé à l'unanimité par la Commission Sportive de l'Aéro-Club de France dans sa séance du 20 juin 1905. :