‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 301 sur 698 · LONDRES · texte numérisé non relu

LONDRES

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remises aux Assurés des Polices originales.

en aluminium, très rapprochés, en forme de lames ou

aubes concaves vers le sol, et obliques aux montants du cadre. =

Ce cadre à jalousies est monté articulé sur un fuselage dans lequel seront placés le moteur et le pilote et qui porte à l'avant le propulseur constitué par deux roues à aubes, coaxiales, tournant en sens inverse. À l'arrière, existe un empennage en lames d'aluminium servant de gouvernail de profondeur. ù

Lorsque l'appareil est au repos, le cadre à persienne se rabat horizontalement de manière à diminuer l’encombrement. Le

Sous l'effet de la vitesse, le vent frappant les lames d'aluminium relève la persienne qui prend en pleine marche la position presque verticale, sans jamais l’atteindre.

Les caractéristiques de l'appareil sont donc les suivantes :

Disposition de la surface portante en forme de persienne, avec aubes concaves vers le sol, nombreuses, très rapprochées très peu profondes ;

Forme rectangulaire de la surface qui se tient d’ellememe presque verticale avec son grand côté en haueur ;

L’articulation de la surface portante avec la masse.

Les avantages de ce dispositif résumés par l'inventeur, sont : « que l’envergure est très faible ; que le centre de poussée de l'air est fixe, que les oscillations produites d'ordinaire par l’écartement du centre de poussée et de gravité de l'appareil, sont évitées. La Bleue prend d'elle-même l’inclinaison voulue correspondant à la vitesse de déplacement. La résistance à la pérétration diminue avec la vitesse automatiquement, de sorte que le travail consommé augmente moins vite que le carré de la vitesse. Le déplacement transversal du corps produit une variation d'orientation de la surface capable de rétablir l'équilibre, comme à bicyclette, où il produit, dans le même but, une variation d'orientation de la roue directrice.

Les nombreuses expériences faites, ont prouvé que malgré le rapprochement des aubes, ce dispositif a une efficacité de sustentation égale à celle des autres systèmes si on la rapporte à la surface développée, et bien supérieure si on la rapporte à l'encombrement. Des surfaces composées d’aubes de 5 millimètres de profondeur et 2 millimètres 5 d’écartement, portent aussi bien que d’autres.

La question de rigidité seule a fait adopter la profondeur de 25 m/m. Les expériences ont également montré I stabilité parfaite dans les remous de l'air et l’absence de toute oscillation. »

M. Maurice Carron estime que pour enlever un appareil pesant avec son pilote 200 kilog., il suffirait d’une persienne de ? m. x 4 m. soit 8 m° d'encombrement : la sustentation serait obtenue à 60 kilom. à l'heure. La surface portante serait reliée au fuselage par un axe perpendiculaire au sens de l'avancement et articulé à la cardan. Toute la masse inferieure se trouverait ainsi suspendue à la persienne, comme à un cerf-volant.

L'aéroplane « Rep-Il bis. », monté par M. Maurice Guffroy a fait à Buc le 23 avril un vol de 300 m. parfaitement stable, malgré un vent de 6 m. par secoñde.

L'aéroplane Maurice Farman. — Biplan monté par M. Maurice Farman vole plusieurs fois 300 m., près du sol, à Buc, le 26 avril.

Les essais de Santos-Dumont. — Par un temps calme, le 15 mai, de dix heures à midi, Santos-Dumont à bord de son monoplan Demoiselle, a fait quelques vols réussis, dont un de plus d’un kilomètre.

Vers midi, il a faussé une des roues de lancement : la réparation fut aisée, le célèbre aviateur put reprendre ses essais à la fin de l'après-midi.

Ils ont été arrêtés vers 7 h. par un retour au sol un peu dur ; une roue et trois tubes furent faussés.

Les biplans Farman et Wright en Danemark. — Prochainement, deux aéroplanes seront expérimentés près de Copenhague : un biplan Farman, piloté par le D' Folmes-Hansen sur le nouvel hippodrome de Klanpenborg, à 15 km. de Copenhague, puis un biplan Wright, monté par Léon Delagrange, au champ de manœuvre d'Amac, et à Aarhus-Jutlands.

L'aéroplane « Cody ». — Au cours de leur visite au camp d'Aldershot, le 14 mai, le prince et la princesse de Galles ont assisté à un essai de l’aéroplane de M. Cody, qui, après un vol de 200 mètres à 3 mètres de haut, atterrit brutalement, brissnt son châssis.

Henry Farman au camp de Chälons, dans son aéroplane décrit ici même (Aérophiüe du 15 mai), a fait le 12 mai, malgré le vent, un vol de 12 kil., disent les uns, de 3 min. suivant d’autres.

Les essais de M. Jean Gobron. — M. Jean Gobron sur son aéroplane Voisin, muni d’un moteur d'aviation Gobron, a fait le 12 mai, divers vols de 500 à 600 mètres.

L’aviation en Allemagne.

De notre correspondant. — Trois aéroplanes attendent le mois de juin pour commencer leurs expériences sur le champ de Bornsttet, près de Sans-Souci, à Postdam. On travaille beaucoup et comme tous les Allemands, méthodiquement ; cela dure peut-être au début plus longtemps, la suite n’en va que plus vite.

On a fait d'intéressantes expériences avec le biplan. Voisin acheté l'an dernier, par l'intermédiaire de la Berliner Luftschiffer Verein. En voici un aperçu :

A l'extrémité d'un mât M est une roue à gorge R sur laquelle passe une cordelette attachée en bas à un dynamomètre D et d'autre part, à une roulette à gorge R, sur laquelle roule l’attache de l’aéroplane Voisin. Sous la surface inférieure est un secteur divisé en de-

grés devant lequel se meut la corde portant le poids P. Un anémomètre A, complète le tout. On connaît le poids de l'appareil, le poids P, ainsi que la surface de résistance au vent de l'appareil, la vitesse du vent, D la traction, C l'angle pris par l'appareil ; avec différents poids P, et par différentes vitesses du vent, on arrive à des constatations très utiles.

— Voici le principe essentiel du biplan Reissner, dont je vous ai signalé le vol de 40 mètres, au premier jour d'essai, vol interrompu par une chute (fausse manœuvre ?). Les surfaces sont mobiles autour du centre de poussée ; à ce centre pendent le moteur et l’aviateur, etc, et de ce point part l'axe de l’hélice.

— À propos d'aviation, la Motor Luftschiffstudiengeselischaft qui a déjà fondé avec l'A. E. G. une Société de Constructions Aéronautiques vient de constituer une nouvelle « Société Wright » qui a acheté les brevets des fameux Américains et qui va construire ici. C’est le capitaine de Kehler qui à Rome a volé avec Wright, qui a fait le marché ci-dessus.

Laboratoire d'aérodynamique en Allemagne. — Le professeur Prandtl qui a fait pas mal d’études pour la Motor-Luftschiff Studien Gesellschaft et déterminé les formes des carènes des Parseval II et III, vient d'installer à Gottingen une station d'expériences aérodynamiques. Il a réussi à résoudre la difficulté d'obtenir un courant d'air constant et égal dans tous les points de sa section, ce qui est de grande importance pour le calcul des hélices et des surfaces en mouvement.

Un nouveau terrain d'aviation en Allemagne, le champ de manœuvres de Bornstedt, près Postdam, est mis à la disposition des aviateurs.

E. RüCKSTUHL

Legagneux à Vienne. — 23 avril. — L'aviateur français Legagneux a volé 200 mètres environ à 2 mètres de haut. À la descente, l'appareil heurtant le sol de son aile droite, a été gravement endommagé.

27 avril. — Legagneux parvient à décrire à 6 mètres de haut, un cercle fermé de 4 kil. en 3 m. 26 s. Les officiers d'état-major et du régiment des chemins de fer présents, l'ont chaleureusement félicité.

258 1" Juin 1909

28 avril. — L'aviateur avait couvert 3 kilomètres en 3 m. 50 $s., quand un vent violent d'ouest jeta à terre l’aéroplane. Graves avaries aux ailes et aux roues.

L'aéroplane dont se sert Legagneux est, comme nous l'avons dit, un triplan d'Henri Farman que celui-ci à transformé pour le vendre à une Société autrichienne ; c'est ainsi qu'il a placé des patins à côté des roues. Farman espere obtenir ainsi de meilleurs atterrissages. Dès que l'appareil aura effectué une vingtaine de kilomètres devant la Société autrichienne, celle-ci prendra livraison de l’aéroplane d'Henri Farman

Les monoplans « Antoinette » a Châlons.

Nous avons signalé, comme il convenait, les progrès rapides des monoplans Antoinette au camp de Châlons. Ces progrès poursuivis avec méthode et ténacité par les trois pilotes de ces appareils, MM. René Demanest, Hubert Latham, le capitaine Burgeat, s’accentuent de jour en jour.

C’est ainsi que le 18 mai, M. Hubert Latham inscrit pour un des prix de 500 mètres récemment créés par la Commission d'aviation de l’Aéro-Club de France, le gagnail aisément. Quelques minutes après, ayant pris à son bord M. René Demanest en qualité de passager, il exécutait sans difficulté le même parcours. ÿ

Le 20 mai, M. Latham emmenaït successivement à son bord, son mécanicien Maurice Primard, puis M. Labouchère ,et leur faisait faire à chacun un vol de 600 mètres. |

C'est, on le voit, l'avènement du monoplan à deux places que l'on ne croyait peut-être pas si rapproché et qui permettra, comme l'appareil Wright, d'initier rapidement les élèves-pilotes à la manœuvre. Il est intéressant aussi de noter avec quelle aisance un monoplan Antoinette enlève et transporte la surcharge d'un passager, répartie sur une trentaine de mètres carrés seulement de surface portante, C'est le meilleur éloge que l'on puisse faire de la qualité des surfaces étudiées par l'ingénieur Levavasseur, de la régularité et de la souplesse du moteur Antoinette. |

Superbes vols d’Hubert Latham. — Par les arbres. — Le 20 mai, dans la matinée Ne tham, absolument maître de son monoplan Antoinette à réussi un superbe vol de 12 min. 50 s., après avoir effectué une série de vols en 8 au dessus du petit bois qui occupe le centre de l'aérodrome de Bouv. * .

Ensuite, le brillant aviateur prenait successivement à son bord, deux passagers, MM. Jean Bunau-Varilla et Jean Gobron, et faisait avec chacun d'eux un vol de 800 mètres.

La stabilité de l'appareil était parfaite et le départ s'exéculta non pas en descente, mais à la remontée de la côte qui se trouve à la sortie des hangars.

Le 21 mai, vol de plus de 9 minutes, qui atteignit plus de 25 mètres de hauteur. En passant au. dessus du bois qui occupe le centre du camp, Hubert Latham abandonna des deux mains ses gouvernails pour répondre au salut du correspondant du Matin qui se trouvait là. Puis, montant encore, il traversa la haute rangée d'’arbres de la route de Mourmelon à Châlons et après être passé dans l’autre partie du camp, revint atterrir près de son hangar.

Hubert Latham établit les nouveaux records de durée et de distance en monoplan. — Le lendemain, Hubert Latham couronnait cette magnifique série d’expériences en battant haut la main les records de durée et de distance en monoplan portés par René Demanest, toujours avec un Antoinette, à 13 min. 23 s. et 17 kilom. (30 avril 1909).

Dans son Antoinelle IV, Hubert Latham fit donc le 82 mai, un vol de 37 min. 37s. Ce vol qui atteignit, par instants, près de 40 mètres de hauteur, fut aussi aisé aussi audacieux, aussi sûr que les précédents : les obstacles terrestres n’impressionnèrent nullement l’aviateur admirable de sang-froid et de précision.

L'expérience ne fut interrompue par aucune panne ni aucune difficulté d'ordre matériel. M. Hubert Latham s'arrêta quand il le voulut bien.

Cette rapide progression du monoplan constitue sans doute l'événement le plus important de ce début de saison.

LES Dirigeables en Allemagne

Les aéronats. — Les garages.

De notre correspondant de Berlin. — Il y a une dizaine d'années, l’empereur Guillaume IT disait : « Notre avenir est sur l’eau ! », et l’on a construit des navires, beaucoup, on en construit toujours et tant que la plus grande nation maritime s'en émeut vivement. Depuis, un autre océan est ouvert à l'humanité : l'air. Et celuici aussi, les Allemands le convoîtent et veulent y devenir les maîtres. Ils le deviendront, car ils se donnent un: peine énorme et travaillent beaucoup, d'autant plus qu'ils se sont aperçus que « Michel » dort en général et s° réveille. le plus souvent, quand c’est trop lard. LL automobilisme, ils ont reconnu son importance et ne dcrirent plus. Déjà, ils possèdent le plus de dirigeables et les plus grands du monde; d’autres encore plus grands sont en construction, sans compter les projets à l’étute.

La Société de Constructions Aéronautiques « Zeppelinn » sera à même, à partir d'octobre prochain, de fabriquer au moins huit dirigeables par an. Le hangar de construction, en briques et béton armé mesure 200 mètres de long. 45 mètres de large et 25 mètres de haut. D permettra la construction simultanée de deux dirigeables ; 3 paires de rails traverseront le hangar dans sa. longueur et se prolongeront à l'extérieur. Le plancher esf en bois, posé sur une couche de béton. Une grande tente est en construction pour l'abri provisoire de dirigeables ; le premier à y entrer sera le ballon Zeppelin 1 numéro militaire), qui est, en ce moment, dars le hangar flottant de Manzell. Il doit le quitter au plus tôt pour faire place au Zeppelin II, en voie de finilion.

Près au grand hangar est une usine à gaz hydrogène. Le procédé consiste à faire diffuser au travers de cylindres en fonte, chauffés au rouge, du gaz d’eau obtenu par la réaction de la vapeur d’eau sur le charbon rouge qui donne un mélange d'H et de (C?0*. Une usine de 175 mètres de long et 37 mètres de large contiendra toutes les machines nécessaires.

Un grand hangar est en construction, à Metz. Un autre va être construit à Cologne, ce dernier aura 160 mètres de long, 40 de large et 30 de haut et pourra au besoin renfermer deux « Zeppelin » ou un « Zeppelin » et deux dirigeables plus petits. Le premier qui y entrera sera le Zeppelin 11, dont nous parlons plus haut.

Un troisième hangar est en construction sur le terrain de l'Exposition Internationale Aéronautique de Francfort.

A la fin de 1908, une Société de transports aériens s’est constituée. Elle possède des procédés d’atterrissage brevetés et se servira probablement de hangars tournants. Le premier de ces halls sera construit à Stuttgart: en 1910, on entreprendra une série de voyages réguliers: (Cologne, Francfort, Stuttgart, Friedrichsafen et peut-être Zurich et aussi Munich, en se servant daéronats « Zeppelin ».

Ici, à Berlin, s’est constituée dernièrement une Société pour encourager l'aéronautique. Elle va acheter un terrair aux environs, y installera des hangars pour aéroplanes, des tribunes payantes et. si tout marche bien, un grand hangar pour dirigeables.

A Bitterfeld, il v a le hangar du Parseval III: Berlin, trois hangars pour dirisgeables ;: un quatrième, à l'Est, est en construction. Le 6 mai. les membres du Reichstag ont rendu visite aux aérostiers militaires À Tegel. On leur a montré tout ce que l’on avait fait avec les 300.000 marks qui avaient été mis à la disposition du service et le major Gross a profité de l’occasion pour leur faire comprendre que ce n'était pas l’heure

l’Aérophile 259

de se reposer sur ses lauriers ! Un très grand dirigeable semi-rigide serait en construction, et il lui faudrait un bangar beaucoup plus grand.

L'Allemagne possède deux Parseval, deux Gross, deux Zeppelin, en tout, six dirigeables, plus un ballonécole, le Gross 1907. Un Parseval IV de cube moyen est en construction et d’autres projets en cours d'exécution. Elle possède, avec les hangars tlottants de Manzell, onze hangars à dirigeables ou les possédera dans quelques mois. « Michel » ne dort plus!!!

Le « Gross I ». — Apres une sortie de simple démonstration effectuée le 10 avril et écourtée par la rupture, d’ailleurs réparable du bord, d’une transmission le dirigeable Gross 11 a fait sa première sortie, à Tegel le 26 avril vers 10 h. 1/2 du matin. 11 évolua environ une heure au-dessus au champ de manœuvres et des environs. Le major Sperling était pilote; à bord, deux ingénieurs civils au service des aérostiers, l'ingénieur en chef Basenach et le chauffeur-chef Rüddel.

Vers 6 heures du soir, deuxième ascension d'une heure et demie.

— Le 2 mai, troisième ascension à 9 heures du matin, durée 1 h. 1/2.

— Le 3 mai, quatrième ascension de 9 h. 12 à 11 h. 1/2. Pendant l'atterrissage, par suite d'une fausse manœuvre des sapeurs qui amenaient le dirigeable au guiderope, la queue stabilisatrice heurta le sémaphore de tir et le brisa. ;

La queue elle-même ne fut guère endommagée, puisque le lendemain 4 mai, au matin, avait lieu la cinquième ascension de 6 h. 3/4 à 9 h. 10. Après avoir manœuvré au-dessus des banlieues du Nord, Reinickendorf, Reinersdorf, puis, au-dessus de Berlin jusqu'au château, retour à Tegel. Le vent était assez vif et a atteint vers la fin plus de 8 mètres. Le 5 mai, devant les députés du Reichstag, sixième ascension, mais le vent élant supérieur à la vitesse propre du ballon, latterrissage eut lieu 5 minutes après.

Le Gross II est semblable au Gross 1 qui va être expédié à Metz. Dans ses voyages de janvier, le Gross 1 n'avait plus d'empennage vertical sous la quille ; de même le Gross 11. Tout le reste est semblable : stabilisateur avant ; gouvernail double de hauteur assez à l'avant ; les deux hélices à trois branches tournant dans le même sens ; la queue stahilisatrice avec le gouvernail vertical ; les 2 ballonnets avant et arrière et le poids à coulisse dans la quille qui, chez le Gross 1, pesait 75 kilos et est probablement le même dans le Gross 11. Les deux moteurs développent chacun environ 75 HP. L'enveloppe d'environ 5.000 m°' à, comme celle du Gross 1, une pointe obluse, puis un gros corps, mais cette fois, l'arrière affecte la pointe aiguë du Parseval II préconisée par le professeur Prandti, de Gôttingen.

J'ai observé plusieurs des ascensions du Gross II el il me faut dire que ses belles manœuvres m'ont enthousiasmé. Sous l'influence du gouvernail de hauteur, peutêtre aussi des ballonnets et du poids, le ballon se relève ou s'incline vers le bas vivement et sûrement, el l'action du gouvernail de hauteur est augmentée de par la position très inclinée de l'enveloppe. Ces manœuvres se font très vite et c’est pourquoi je ne crois pas que les ballonnets et le poids soient en jeu. Je n'ai pas encore vu les dirigeables français, mais je ne puis me figurer qu'ils manœuvrent mieux.

Le dirigeable « Parseval I ». — [Le Parseval II à fait le 5 mai, à 9 heures, sa première ascension qui dura une demi-heure par un vent de 11 mètres.

A bord, le major de Parseval, capitaine von léna, ingénieur en chef Basenach, l'ingénieur Kiéfer et un mécanicien. Par la présence de la pointe avant, l’enveloppe a été allongée de 2 mètres. La stabilité serait méilleure, E. RUCKSTUHL

Le « Parseval I ». — Le ballon dirigeable Parseval IT à fait, le 15 mai. une ascension de quatre heures environ, près de Berlin.

Mais un incident assez curieux est survenu au cours de la sortie. Après une heure environ de vol, on vil le dirigeable qui revenait de Spandau, faire des efforts pénibles afin d’atterrir. 11 était comme plié en deux et l'une des extrémités pendait, dégonflée, ayant perdu toute rigidité.

Le ballon réussit à descendre sans avarie et, immé-

diatement regonlilé, il reprit son vol jusqu'après deux heures.

Il est probable que cette panne provient d'un mauvais fonctionnement du ventilaleur qui maintient le ballonnet intérieur sous pression, pour assurer la rigidité de la carène.

Le nouveau dirigeable militaire anglais. — [Le prince et la princesse de Galles ont visité le 14 mai, à Aldershot, le nouveau ballon militaire anglais, le Baby, et assisté à une sortie au cours de laquelle le ballon monté par un capitaine et un soldat, décrivit dans les airs à la modeste vitesse de 12 kil. à l'heure, une boucle fermée de 1.600 mètres de développement.

Notre photo donne une idée suffisante de cet engin qui paraît être, en raison de ses dixensions réduites, un simple modèle d’études. Sa carène de 100 pieds de long, pisciforme et trapue, paraît peu propre aux

Le nouveau dirigeable militaire anglais.

grandes vitesses. A l'arrière, est un empennage dont le principe est le même que celui des dirigeables Villede-Paris et Clément-Bayard, mais de forme différente. Il consiste en trois ballonnets communiquant avec le récipient à gaz proprement dit, et qui ressemblent assez à trois nageoires étalées, deux étendues latéralement de part et d'autre de la carène, la troisième au-dessus formant quille.

A l'extrémité arrière de la poutre armée, de 40 pieds de long, formant nacelle, se trouvent des plans stabilisateurs et le gouvernail vortical.

Le dirigeable militaire « Lebaudy ».

Le dirigeable Lebaudy vient d'être regonflé au parc de Chalais-Meudon, pour servir à l'instruction du personnel (officiers, pilotes et sous-officiers mécaniciens) qui doit former les équipages de nos nouveaux aéronats militaires, La Liberlé et Le Colonel Renard, dont les essais de réception doivent être entrepris prochainement,.

Comme on le sait, le Lebaudy a de forts anciens et brillants services ; ses premières envolées remontent à 1902, son moteur a dix ans d’existence et certaines parties de l'enveloppe en étoffe caoutchoutée sont en place depuis 1904. Mais ce dirigeable qui a servi de 1902 à 1905 aux magistrales expériences, entreprises par MM. Lebaudy et qui constitue depuis 1905 la première unité de notre flotte aérienne, est encore en très bon état de marche.

Pour dresser le personnel aux opérations du départ et de l'atterrissage toujours délicates, surtout lorsqu'elles s'effectuent au milieu du parc boisé de Chalais- Meudon, on multiplie les ascensions le plus possible.

C'est ainsi que dans la période du 15 au ?2 mai, cinq sorties ont été effectuées aux alentours de Meudon et Versailles — autour de Paris — et au-dessus de l’aérodrome de Juvisy.

Ces manœuvres d'instruction continueront jusqu'aux premiers jours de juin, époque à laquelle seront entrepris des essais de campement en plein air, ayant pour but d'étudier la possibilité pour un ballon dirigeable de suivre une armée en campagne. Ces essais seront très sévères, de facon à permettre une opinion netle, dût le matériel en souffrir ou même être complètement sacrifié.

De plus on essaiera également dans cette prochaine

260 1 Juin

campagne un nouveau système de hangar démontable qui rendrait de grands services dans les applications militaires des dirigeables.

Le premier réseau français de transports aériens. — Dans le but de populariser le tourisme aérien par dirigeables, la Compagnie Transaérienne, récemment créée, vient de commander à la Société Astra, cinq croiseurs aériens déjà en chantier : deux de 3.500 mètres, un de 5.000 mètres cubes et un de 7.000 mètres cubes. Pour donner abri à ces nouveaux navires aériens et pour permettre l'établissement des lignes de navigation projetées, un certain nombre de hangars sont déjà construits ou en construction. Le hangar de Sartrouville assurera le service de Seine-et-Oise (Ouest), avec Rouen comme but. Un double garage pour deux dirigeables en bordure du champ de manœuvres d’Issy-les-Moulineaux est déjà terminé. Avec un hangar à Juvisy et un autre à Fontainebleau, il servira à garer les ballons de la ligne du Sud de Paris. Le hangar de Meaux-Beauval, dont nous avons signalé la création, sera le principal centre des expériences aéronautiques de la nouvelle Compagnie et assurera le service de Seine-et-Marne.

Le nouveau hangar à ballons de la Société Astra,

à Issy-les-Moulinaux. (Photo Rol).

Pour la Champagne, un hangar est en construction à Reims. A Nancy, comme on le sait, le hangar destiné au ballon dirigeable d’excursion qui fera le service pendant l'Exposition Internationale, est déjà achevé. A Orléans, nouveau garage et amorce de la ligne aérienne Paris-Bordeaux-Pau ; des hangars sont projetés à Tours, à Bordeaux et la ville de Pau sera dotée prochainement, comme on sait, d'un aérodrome qui permettra des ascensions dans la région des Pyrénées. Enfin, à Clermont-Ferrand et à Lyon, de nouveaux hangars sont encore en projet.

Ceci pour cette année.

Ainsi se trouve constitué un premier réseau français de transport aérien avec son matériel « ascensions et ses gares. Le mérite revient en grande partie à un homme dont l'aéronautique française ne saurait trop admirer l'intellisente libéralité et l’audacieuse munificence. Tout le monde a reconnu M. Henry Deutsch de la Meurthe, dont l'influence et l'autorité ont été pour la Compagnie Transaérienne, un stimulant énergique et bienfaisant.

Toutefois, il ne saurait être question, pour le moment, d'un service absolument régulier comme celui d’une ligne d'omnibus ou de chemin de fer. On s’est placé surtout au point de vue du tourisme dans les limites que permet l’état actuel de perfectionnement des ballons dirigeables. Ces limites sont assez étendues pour que l'on puisse compter sur des sorties à peu près quotidinnes, on pourrait même dire quotidiennes pendant la belle saison. |

Les localités desservies auront donc à leur disposition trois moyens de transports rapides la voie ferrée, l'automobile et, si le temps est assuré, les navires aériens qui présenteront à leurs passagers un aspect rouveau du monde et leur procureront des impressions que nul mode de locomotion ne saurait leur donner.

Les Fêtes de Jules VERNE à Amiens

Le 9 mai, à Amiens, on a inauguré un monument du statuaire Roze, à la mémoire de Jules Verne (1), le grand romancier de sport et d'aventures. û

Avant la fête aéronautique, organisée par la section aérienne de l’Automobile-Club de Picardie et du Sport d'Amiens, avec le concours de l’Aéro-Club de France, M. Jules Claretie, de l'Académie Française, a, dans un très joli discours, dit comment Jules Verne fut à la fois un précurseur et un apôtre de la locomotion de l’avenir, un professeur d'énergie :

« Je vois que la devise de l'Académie d'Amiens est précisément celle que notre cher Jules Verne aurait pu choisir : Tentanda via est. Il] chercha, tenta, inventa toujours. fut le plus savant des conteurs et le plus amusant conteur des savants. La science, a-t-on dit, a prix notre temps au collet. Et à l’heure où le merveilleux se réfugie dans le téléphone, le phonographe, la télégraphie sans fil, les rayonsmiroirs, espions du corps et perceurs des murailles, le roman d'aventures devait nécessairement sortir du laboratoire el le romanesque se faire scientifique. Phileas Fogg, Hatteras, Michel Strogolf. le captaine Grant, furent les Athos. les Porthos et les Monte-Cristo d’une époque nouvelle. Le monde semblait trop étroit à ces chercheurs d'impossible. Jadis. Jules Verne avait dans le « Musée des Familles », publié une petite nouvelle, « un drame dans les airs, l’histoire d'un aéronaule qui, prenant à son bord un passager. s'aperçoit que ce passager est fou. « Coupons ces cordes !.… Allons dans l’espace ! » Et le fou coupe les cordages du ballon. N'est-ce pas là déjà la première idée de ces « Cinq semaines en ballon » qui allaient faire la fortune litléraire de l’auteur acclamé des « Voyages extraordinaires » ?

Tentanda via est. — J'ai entendu deux savants illustres, Joseph Bertrand, le grand mathématicien et M. Janssen, l’astronome dire : « Jules Verne a popularisé la science »! Il a fait mieux. Il a prévu, il a prédit l'avenir. Successeur d'Edgar Poë, dont il continua le Gordon Pym, il fut le précurseur de Wells, le nouvellisite des étonnements futurs. Il a proclamé la loute-puissance du sous-marin qui protège les côles en assurant leur défense, il a devancé cette conquête de l'air qui est la préoccupation admirable, l'obsession sublime du xx° siècle. Le poèle est un devin, disait-on. On peut le dire aussi de cerlains romanciers ; et vraiment, Jules Verne ful prophète.

« Cyrano de Bergerac avait imaginé un voyage fantastique dans les confins de la Lune et du Soleil. Jules Verne réalisa ce rêve au moyen de ce canon monstre dont son génie inventif sembla rendre la fabrication possible. Et c'est la marque même de cet écrivain prestigieux : il donne à l'impossible de la possibilité. Il rend palpable l'improbable.

« Il nous arrache à nos tristesse, terre à terre. Il nous entraine ou il veut, et l'on peut dire après l’avoir lu, comme le Don César de Hugo :

J'arrive des pays les plus exlravagants!

« Cest le vasle pars du rêve, du rêve qui console. Et Jules Verne aurait pu mettre en exergue la parole de Jean-Jacques : « Le pays des Chimères est le seul digne d'être habité ».

« Et toujours gai, et toujours prêt, et toujours alerte! J'ai cité jadis à propos de Jules Verne ce que Dumas père disait de lui-même : « Ce que je fais est amusant, cela tient à ce que je me porte bien‘! » Celte santé matérielle, intellectuelle et morale, ce fut la force de celui que j'appellerais volontiers votre compatriote d'élection et ce fut la cause de son succès.

< Dans un admirable livre, inquiétant et attirant à la fois, le « Horla », Guy de Maupassant a rêvé ce que le monde voit aujourd’hui et il semble que le grand romancier d’ « Une vie » ait vu passer dans sa folie les réalités que nous touchons du doigt.

« Comme tout est pauvre, mesquin, misérable, avarement donné, sèchement inventé, lourdement fait! s'écriait-il. Maïs, me direz-vous, le papillon! Une fleur qui vole! J'en rêve un qui serait grand comme cent univers, avec des ailes dont je ne puis même exprimer la forme, la beauté, la couleur et le mouvement. Mais je le vois... il va d'étoile en étoile, les rafraîchissant et les embaumant au souffle harmonieux et léger de sa course! Et les peuples de là-haut le regardent passer, extasiés et ravis! »

« Ce papillon gigantesque, cetle fleur qui vole, cette libellule colossale, c’est l’aéroplane et Jules Verne avait, lui aussi, comme Maupassant, vu passer dans le ciel conquis les véhicules de l’air libre !

« Je regrelle qu'un des admirateurs et un des collaborateurs intellectuels de Jules Verne, Nadar, que Verne mit dans un de ses romans sous de transparent pseudonyme de Michel Ardan — Ardan, anagramme de Nadar — ne soit pas à mes côlés pour apporter l'hommage de l’aviateur au propagateur du plus lourd que l'air. Nadar s’en était fait l’apôtre, Verne en fut le publiciste. »

« On a réclamé pour notre France des professeurs d'éner-

() Voir la biographie de Jules Verne, dans l'Aérophile de

mars 1901.

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l'Aérophile du 1‘ Juin 1909 XV

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