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UN IMMENSE AÉRODROME AUX PORTES DE BORDEAUX

Créée en décenibre dernier par les Aéro-Clubs du Sud- Ouest et des Pyrénées, la Ligue Méridionale Aérienne, bien que née sur les bords de la Garonne, a travaille en silence depuis sa fondation ; mais elle semble avoir accompli d'excellente besogne.

Elle s'était donnée, comme première mission, de créer un aérodrome digne de ce nom. Après de nombreux pourparlers avec 90 propriétaires des landes bordeluises, elle à maintenant la possession de tous les terrains nécessaires.

Entre la route de Bordeaux à Arcachon el li roule

«le Bordeaux à Bayonne, s'étend un iminense terruin

découvert, meulte, plat el désert, qui occupe lemplacement de bois de pins incendiés el qui porte-le nom de landes de Croix-d'Hins, de Barats el de Pot-au-lin.

La superficie de ces landes dépasse 3.000 heclares (90 kilometres carrés) d’un seul tenant. Elles s'étendent sur les communes de Ceslas, Mios et Biganos, el comiimencent, à vol d'oiseau, à 14 kilomètres environ de Bordeaux.

Le sol est absolument plat : entre le point le plus haut el le point le plus bas, la différence de niveau ne dé passe pas 3 metres.

Ni route, ni voie ferrée, ni ruisseau ne les traversent, Sauf des broussailles de genêts el d'ajoncs, qui vonl cire détruites par le feu, ces grandes landes sont absolument nues.

La Ligue Méridionale Acrienne s’est assuré, dans ces landes, la propriété de 700 hectares avec facullc d'agrandissement, qui constitueront l'aérodrome pruprement dit.

Cet aérodroine s'ouvrira directement à la gare de Croix-d'Hins (grande ligne de Bordeaux à Bayonne), dont il ne sera séparé que par un chemin qui le reliera à la route de Bordeaux à Arcachon, distante à peine de 300 mètres.

La Ligue Méridionale Aérienne va faire construire sur ces terrains des hangars-garages et des ateliers de réparations.

Elle y provoquera l'établissement d'un laboraloire acrodynamique et d'une station aérologique.

Elle aménagera le sol en une immense pelouse, avec plales-Tormes de roulement et pistes de lancement.

La région des Landes. — Il est difficile de se faire une idée très nette de ce qu'on appelle les Landes de Gascogne, si l'on n'a pas parcouru cette immense résion qui s'étend de la Garonne à l’Adour, et qui semble admirablement disposée pour les essais et la pratique de l'aviation.

C'est un plateau très peu élevé, très peu peuplé (8 habilants par kilomètre carré), sans agglomération importante, pourtant très bien partagé quant aux routes et aux chemins de fer.

Les machines volantes n'y rencontreront, comme obstacles, que des bois de pins maritimes, arbre dont la hauteur dépasse rarement 13 ou 14 mètres.

D'immenses clairières dénudées séparent ces bois de pins les uns des autres. Les landes de Croix-d'Hins, dont nous venons de parler, sont une de ces clairières, et, à proximité, il en existe plusieurs autres presque aussi grandes.

l’'Aérophile à 271

Plan de l'aérodrome de la Ligue méridionale aérienne,

Régime des vents. — Le département de la Gironde est l’un de ceux où la vitesse moyenne du vent est la plus réduite.

Si, méme, on fait abstraction d’une vingtaine de jours de tempêles £ycloniques, d'ailleurs annoncées à l'avance, la Gironde passe en tète des déparlements francais au point de vue de la tranquillité de l'atmosphère.

Tous les aéronautes savent combien, au départ de Bordeaux, la vitesse des ballons est réduite. Exemple : le 14 mai, le ballon Malqré-Nous, en trois heures, fait 16 kilomètres, quoique étant/monté jusqu'à 1.600 mètres pour trouver du vent. Le 20 mai, le Cadel-de-Gascogne parcourt 10 kilomètres en deux heures dix.

Et encore, à Bordeaux, le vent soufile quelquefois à la marée montante, tandis que les landes de Craoixd'Hins sont hors de la zone des vents de mart

L'avenir de l'avialion à Bordeaux. — I n'existe cerlainement pas de terrains aussi vastes et aussi bien disposés pour l'aviation, à proximité d'une grande ville (Bordeaux, avee ses communes suburbaines, à 320,000 habitants), dont la place dans l'histoire des sports soit aussi connue et aussi illustre, Les aviateurs pourront, à l'aérodrome de Croix-d'flins, faire des vols en ligne droite de 5 où 6 kilomètres, à 4 mètres de terre, ls pourront essaver leurs machines sans le moindre danger sur un circuit de 15 kilomètres.

La Ligue Méridionale Aérienne, qui compte déjà plus de deux mille membres, pense pouvoir disposer de ressources considérables. Elle créera ou provoquera la création de prix récllement pratiques, dont un grand nombre se courront sur son aérodrome. Elle s’intéressera à tous les genres de machines volantes.

La Ligue Méridionale Aérienne et l'Aéro-Club du Sud- Ouest, tous deux présidés par M. C. F. Baudry, lun des meilleurs pionniers de la navigation aérienne, convient les aviateurs à venir visiter ces immenses terrains, le samedi 19 juin prochain.

Le départ aura lieu en automobile, vers 10 h. 1/2.

Un déjeuner sera servi sur le terrain.

Le soir, diner offert aux membres de lAéro-Club de France el des sociétés affiliés, au café de Bordeaux, par lAéro-Club du Sud-Ouest.

Le lendemain dimanche, concours de 10 ballons (dislance minima) sur Ja promenade des Quinconces. — Rallie-ballons automobile

La proverbiale hospilalité de l'Aéra-Club du Sud- Ouest, et de son président est trop connue pour quil soil utile de recommander aux avialeurs et aux aéronaules de ne pas manquer de faire le voyage de Bordeaux et de répondre à l'appel qui leur en fail.

Rappelons que le siège social de la Ligue Méridionale aérienne est à Bordeaux, 1, rue Franklin.

272 15 Juin 1909

Plus d’une heure en monoplan

MAGNIFIQUES PERFORMANCES D’HUBERT LATHAM A BORD DE L’ « ANTOINETTE IV ».

Le record français de vol mécanique et le record mondial du monoplan battus.

Nos lecteurs ont suivi les progrès rapides d'Hubert Latham à bord de son monoplan Antoinette IV (V. Aérophile du 1* juin, p. 258). Ils permettaient d’augurer des succès plus décisifs encore : les voici réalisés aujourd'hui.

Depuis la mémorable journée du 22 mai, où il avait ravi à Demanest, par 37 min. 37 se£. le record mondial du monoplan, Hubert Latham poursuivit son entrainement quotidien. Le vaillant sportsman, d'accord en cela avec les aviateurs les plus compétents, n'hésite pas, on le sait, à faire de la hauteur. L'appareil évolue alors dans une atmospère moins troublée que la zone en conlact immédiat avec les aspérités du sol. En outre, à 30 ou 40 m. de hauteur, s'il survenait quelque panne, l'aviateur a le temps de manœuvrer pour regagner le sol tangentiellement et sans dommage ; trop près de terre cela n'est plus possible. De fait, une seule fois le 25 juin, l’Antoinette IV subit quelques dommages dans un atterrissage un peu brusque et justement, ce jour-là le pilote évoluait à 3 ou 4 mètres de hauteur seulement. Les dégâts étaient d’ailleurs réparés aussitôt et l'entraînement continuait, sans le moindre accroc, marqué le 3 juin par un vol d’une douzaine de minutes, hors du terrain d'entrainement concédé aux aviateurs, par-dessus les obstacles divers, arbres, ligne télégraphique, etc... qui subsistent au camp de Châlons.

Par 1 h. 7 min. 37 sec., Hubert Latham dans son monoplan « Antoinette IV » établit le record mondial des monoplans et bat le record français de vol mécanique. — [Le 5 juin, à 6 h. 40 du s., Hubert Latham prenait son vol.

Après deux tours du champ d'entraînement, dit notre confrère Robert Guérin, du Malin, témoin oculaire, l'Antoinette IV, gagnant successivement 25, 30, 35, 40 m. de hauteur s'enfuit hors de l'aérodrome, tandis que le ronronnement régulier de son 50 chx. Antoinette s'affaiblissait graduellement dans le lointain.

« Passant au-dessus du petit bois qui agrémente la pelouse des aviateurs, au-dessus de photographes et de spectateurs, il se dirige vers la campagne, franchit les hangars, les peupliers de la route, les boqueteaux de sapins, évoluant dans le soleil couchant qui dardait ses derniers rayons dans un ciel orageux. Il revint à

l'aérodrome, évolua, franchit de nouveau la route, revint, évolua encore.

« Mais la pluie tombe ! Latham n’en a cure. Il tourne toujours jusqu'au moment où inondé, transpercé par l'eau du ciel, les yeux bouffis par le vent et la pluie, n'y voyant plus, il atterrit au milieu des acclamations des spectateurs qui le portent en triomphe jusqu’au hangar. »

Le retour au sol eut lieu à 7 h. 47 min. 37 sec. ainsi qu'en témoignent les signatures d'une centain- d’ofli-

ciers au bas du procès-verbal que l'on s’em a de dresser. La longueur du parcours aérien r être mesurée, mais la durée du vol atteint 1 h. 7 se£.

Le record du monde du monoplan éta Latham le 22 mai, avec 37 min. 37 sec., est do. que

doublé.

Le record français du vol mécanique que Paul Tissandier à bord de son aéroplane Wright venait de porter le 20 mai à 1h. 2 min. (V. Aérophile du 1", p. 256) est dépassé de plus de 5 minutes.

Ce vol du 5 juin ne constitue pas seulement une admirable prouesse sportive. II marque une nouvelle et decisive étape de l'aviation. Il justifie les idées et les travaux de toute une école d'aviateurs, la plus ancienne, la plus complètement française. Le monoplan préconisé par les premiers pionniers de l'aviation en France, de Penaud à Tatin, réalisé par Blériot et Esnault-Pelterie, n'avait pu encore atteindre-aux résultats des appareils à deux surfaces. Depuis le 5 juin, l'avance -prise par le biplan est rattrapée.

Le mérite en revient à la Société Antoinelle et à son directeur technique, le savant ingénieur Levavasseur. C’est le couronnement d'une longue série d'efforts et de travaux, intimements liés à la naissance et à l’histoire de l'aviation en France. Inventé par Levavasseur en vue de d'aviation, le premier moteur Antoinelte figurait sur le monoplan que l’éminent technicien et son associé M. Gastambide construisirent en 1904. Dès 1996, le même moteur Antoinette permettait les premières envolées de Santos-Dumont et quelques mois plus tard les progrès et les triomphes successifs du biplan Voisin de Delagrange et d'Henri Farman, ceux de Blériot, et les encourageantes tentatives de beaucoup d’autres. Sa réputation se répand chez les aviateurs du monde entier. Mais ayant créé le premier moteur d'aviation, la Société Antoinette a tenu à lui donner elle-même des ailes. A Mourmelon-le-Grand, en bordure du camp de Châlons elle fit édifier deux hangars servant à la fois d'atelier et de garage pour trois monoplans. Levavasseur s'y transporta avec quelques ouvriers d'élite; les pilotes des appareils René Demanest, Hubert Latham et le capitaine Burgeat l'y rejoignirent. Pendant de longues semaines la petite colonie travailla avec acharnement. Levavasseur observait le vol de ses engins, étudiait les imperfections, y portait patiemment remède. Il est arrivé ainsi à une mise au point si parfaite, que le pilote d'un monoplan Antoinette peut se permettre, comme l'a fait Latham, d'abandonner, en plein vol, les commandes des dispositifs de stabilisation, sans qu'il en résulte aucun trouble dans la marche de l'appareil.

Les pilotes des Antoinette, Demanest et Latham ont droit aussi aux plus grands éloges ; les sportsmen se

Le monoplan Antoinette IV d'Hubert Latham avant le départ pour le record des monoplans. (Photo Branger).

l’Aérophile du 15 Juin 1909 VI]

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