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Une École Supérieure d'Aéronautique
Jusqu'à ces temps derniers, en dehors des établissements d’aérostation militaire, l’enseignement aéronautique n'existait pour ainsi dire pas. Certaines sociétés avaient bien organisé des cours forcément très élémentaires ; ces cours étaient suivis avec plus ou moins d’assiduité par des jeunes gens désireux de faire leur service militaire dans les troupes d’aérostiers. De temps en temps quelques conférences de vulgarisation étaient faites ; les conférenciers réunissaient généralement un auditoire nombreux et sympathique, mais composé d'amateurs qu venaient plutôt chercher des distractions intellectuelles qu’un enseignement précis, et qui, la conférence finie, ne gardaient, pour la plupart, qu'un souvenir très vague de ce qu'ils avaient pu entendre.
On a cherché depuis quelque temps à combler cette lacune. Pendant l'hiver de 1907-1908, M. Tatin avait fait un cours d'aviation à la mairie du quatrième arrondissement ; l'hiver dernier d’autres cours ont eu lieu de divers côtés : c’est ainsi qu'une série de conférences ont été données sur l'initiative de la Ligue Nationale Aérienne aux élèves-pilotes faisant partie de cette association. En dehors du monde aéronautique, ce besoin à été compris, et j'ai, pour mon compte, fait une série de six conférerces sur l'aviation à la Société d'encouragement pour l'Industrie Nationale, et un cours libre d’aéronautique en treize lecons à la Faculté des Sciences de l’Université de Paris.
Ces cours ont été suivis par des auditoires nombrcux, attentifs, et très assidus. Il y avait certainement là un besoin à satisfaire ; étant donné le développement de la navigation aérienne, ce besoin est permanent et ne peut aller qu'en grandissant.
Aussi, de différents côtés, on s’est demandé s’u n'y avait pas lieu d'organiser d’une facon durable l'enseignement supérieur aéronautique dans notre pays. Il y a plusieurs manières de procéder. On peut fonder des chaïres dans des établissements existants, c'est-à-dire répéter chaque année ce qui a été fait à titre d'essai en 1909. On pourra donner dans ces chaires un enseignement élevé et contribuer ainsi à la diffusion et au progrès de la navigation aérienne. D'autre part, on pouvait penser qu'il serai: préférable d'organiser des écoles spécialement corsacrées à l'aéronautique, et dont les cours seraient suivis par des jeunes gens ayant acquis antérieurement une bonne instruction scientifique, désirant se spécialiser dans cette nouvelle branche de l'art de l’ingénieur. Ceux qui fréquenteraient les cours de cette école ne seraient pas seulement des auditeurs désirant acquérir, en amateurs, des conmaissances spéciales, ce seraient des élèves proprement dits, faisant de l'étude de la locomotion aérienne leur occupation principale, suivant des cours variés se rapportant au même but, exécutant des travaux pratiques, subissant des examens oraux ou écrits, et, comme consécration de leur travail et des connaissances acquises par eux, recevant à la fin de leurs études un diplôme spécial d’ingénieuraéronaute.
Tous ces projets étaient dans l'air, et l’on se demandait comment les réaliser, quand les difficultés
furent aplanies grâce à l'intervention d’un homme d'initiative.
Le commandant Roche comprit l'importance du but à atteindre, se forma, à lui-même, la conviction que le moment était venu d’une semblable fondation, et résolut de l’entreprendre.
Comme, jusqu’à ces derniers temps, il ne s'était pas occupé d’une manière spéciale des choses de l'aéronautique, il n’est pas utile de le présenter aux lecteurs de l’Aérophile. Entré à l'Ecole polytechnique en 1881, il en sortit dans l'arme du génie. Il ne se contenta pas de faire honorablement son service en France, mais, homme d'action avant tout, il prit part à plusieurs expéditions coloniales en Afrique et en Indo-Chine, et put là donner la mesure de l'étendue de ses connaissances techniques et de l'énergie de son caractère. Entre temps, il occupa en France des postes de choix. Parvenu jeune au grade de chef de bataillon et décoré de la rosette d’officier de la Légion d'honneur, il aurait pu, en restant dans l’armée active, espérer une carrière brillante, il préféra prendre sa retraite. Mais retraite, pour lui, n’était pas synonyme d'inaction, Pe: de temps après sa rentrée dans la vie civile, il fixa sa résidence à Marseille en qualité de directeur d'une école privée d'ingénieurs. Cette école est très appréciée dans la région et, en deux ans, sous l’hab:l2 direction du commandant Roche, le nombre des élèves a plus que doublé.
En venant à Paris pour s'occuper de la fondation d'une école spéciale d'ingénieurs aéronautes, le commandant Roche apportait donc avec lui une expérience couronnée de succès de la direction d’une école d'ingénieurs. Il se mit dès son arrivée en rapport avec un certain nombre de personnalités qui l'encouragèrent dans son projet. Il était facile dès le premier abord d'apprécier les sérieuses qualités intellectuelles et morales du fondateur. Il donnaic d'ailleurs une preuve de sa confiance dans la réussile, en déclarant qu’il entreprenait à ses risques et périls la fondation de l'école, sans demander pour le moment aucun concours financier. Il parvint ainsi à grouper autour de lui un comité de patronage avec lequel il se mit d'accord sur tous les points fondamentaux de l’organisation de la future école. Ce Comité a tenu, il y a quelques jours, ue première réunion, et à été constitué comme Conseil de perfectionnement de l'Ecole supérieure d'Aéronautique. La composition de ce Conseil est, à elle seule, une garantie de la valeur de la future école Voici les noms de ses membres par ordre alphabétique :
MM. Appell, membre de l'Institut, doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Paris ; d'Arsonval, membre de l’Institut, professeur au Collège de France ; Bertin, membre de l’Institut, ancien directeur des Constructions navales ; Carnot, membre de l’Institut, ancien directeur de l'Ecole supérieure des Mines ; Chautard, député, ancien président du Conseil municipal de Paris ; Dastre, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des Sciences de l'Université de Paris ; Dausset, conseiller municipal, ancien président du Conseil municipal de Paris ; Deslandres, membre de l'Institut, directeur de l'Observatoire de Meudon ; Doumer, ancien président de la Chambre des députés ; d’Es-
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tournelles de Constant, sénateur ; Guillain, inspecteu, général des Mines, député, ancien ministre des Colonies, président de l'Union des Industries métallurgiques et minières ; le général Langlois, sénateur ; Lecornu, ingénieur en chef des Mines, professeur à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole supérieure des Mines ; Loreau, ancien député, ingénieur des Arts et Monnfactures, président de la Commission aérienne mixte ; Edmond Perrier, membre de l'Institut, directeur du Muséum d'Histoire naturelle ; Painlevé, membre de liInstitut, professeur à la Faculté des Sciences de Paris et à l'Ecole Polytechnique ; Quinton, président de la Ligue Nationale Aérienne ; le commandant Renard, ancien sous-directeur de l’'Etablissement Central d'Aérostation militaire de Chala:sMeudon ; le commandant Roche, directeur de l'Ecole supérieure d'Aéronautique ; Eugène Sartiaux, ingénieur en chef des services électriques des Chemins de fer du Nord.
Dans sa première réunion, après avoir constitué son Bureau (1), le Conseil de perfectionnement à ariêté ainsi qu'il suit les bases principales du fonctionnement de la future école :
1° Seront admis de droit les anciens élèves des écoles polytechnique, centrale, des ponts ct chaussées, des mines et des constructions navales. Les licenciés às sciences, (mécanique et physique générale) seront adnns après uné épreuve de dessin de machine. Les aulres places seront données au concours.
2" La durée de l’enseignement sera de une année;
3° Les cours principaux porteront sur toutes les branches de l'aéronautique : aérostation et aviation, et sur les machines motrices, notamment sur les moteurs à explosion. Des conférences sur des sujets variables chaque année seront, en outre, faites de manière à tenir les élèves au courant de l'évolution de la navigation aérienne et des sciences qui s'y ratlachent ;
1° Indépendaniment des cours, les élèves auront à exécuter des travaux pratiques se rallachant à l’aéronautique et aux moteurs ;
2° Les élèves qui participeront à tous les cours el à tous les exercices pratiques et auront subi avec succes les examens recevront un diplôme d'ingénieur-acronaute ;
6° Indépendamment des élèves proprement dits, des auditeurs libres pourront suivre un où plusieurs cours, inais Sans participer aux travaux pratiques, sans subir d'examens el Sans pouvoir obtenir de diplômes.
7° Les élèves ingénieurs devront verser une somme de 1.000 francs pour leurs études. La somme à verser par les auditeurs libres sera variable suivant le nombre et l'importance des cours qu'ils demanderont à suivie (2).
Toute cette organisation est à peu près calquée sur celle de lEcole supérieure d'Electricité, qui fonctionne depuis plusieurs années d'une manière très satisfaisante, et a su conquérir une réputation légitime, non seulement en France mais dans le monde entier. Nous ne pouvons mieux faire que de souhaiter à l'Ecole supérieure d'Aéronautique une destinée semblable.
En Allemagne et dans d'autres pays, des écoles analogues sont sur le point d'être fondées ; la France ne peut se laisser distancer dans cette voie, et le pays qui fut le berceau de la navigation aérienne
(D) Composition du bureau : président : M. Doumer ; vice-présidents : MM. Appell, Guillain, Renard ; secrcaire : commandant Roche.
(2) On espère que les cours pourront commencer au mois de novembre prochain. Pour tous renseignements s'adresser au commandant Roche, directeur de l'Ecole, Hôtel de Bellevue, 39, avenue de l'Opéra, Paris.
doit être aussi le premier où un enseignement supérieur d'aéronautique soit organisé sur des bases s0lides et rationnelles. Tous les adeptes de la navigation aérienne doivent donc faire des vœux pour le succès de la nouvelle école, et contribuer par les moyens en leur pouvoir à favoriser son fonctionnement et son développement dans l'avenir.
Commandant Paul RenarD