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Catalogue de Luxe 1969 des Etablissements DE DION-BOUTON

l’Aérophile

magea alors que l'appareil regagnait Juvisy, arrimé sur une automobile.

Puis l’aviateur reprend ses essais. Le 19, à 7 h. 25 du soir, il vole deux tours complets à 15 mètres de hauteur, atterrit pour effectuer quelques petites réparations, repart à 8 heures et couvre trois tours d'aérodrome (5 kil. environ) à 18 mètres de haut. à î

Le 20, vers 7 heures du soir, l'excelient aviateur réussissait quelques nouveaux petits vols à bonne hauteur. Il mettait ensuite son biplan à la disposition d’un débutant, le comte Karl Hedberg de Caurnet, de Moscou, Celui-ci, qui montait pour la première fois, roula sur le sol, mais, sur une fausse manœuvre de l’équilbreur, l'aéroplane piqua du nez et capota. L'aviateur a été légèrement blessé à la jambe; le biplan est presque entièrement brisé.

Delagrange à Argentan. — Delagrange, qui est allé s'installer pour quelques jours sur le champ de courses d'Argentan, effectue plusieurs exhibitions intéressantes avec son biplan Voisin, muni d'un 8 cylindres Antoinette, le même appareil qui fit, l'an dernier, « la campagne d'Italie ».

Le 7 juin, Delagrange réussit quatre envolées superbes, mais endommage une aile contre un piquet, ce qui l'immobilise pour le reste de la journée. Le lendemain, ayant réparé, l’aviateur exécute deux vols successifs de 1 kilomètre environ à 5 mètres d'altitude. Mais il fauche ses roues au cours d'un atterrissage brutal.

Le 9 juin, nouvelles expériences en présence d’une.

assistance considérable. Après un premier essai infructueux, Delagrange réussit trois beaux vols : le premier de ? kilomètres, à 12 mètres de hauteur, le second de 2 kil. 500 à 20 mètres, le troisième de 1.500 mètres à 25 mètres d'altitude. Après un atterrissage impeccable devant les tribunes, l’aviateur repart pour un quatrième vol de 3 kilomètres à 30 mètres d'altitude. À 9 heures du soir, cinquième vol sur deux tours de piste (4 kilomètres) à 20 mètres d'altitude : l’aviateur est porté en triomphe.

Le 10 juin, à 6 h. 1/2, Delagrange fait un vol de 2 kilomètres, à 15 mètres de hauteur, malgré un vent du nord assez violent et se fait acclamer par 6.000 spectateurs. À 9 heures, second vol de 2 kilomètres.

Le vendredi 11, dernier jour d'expériences, le Comité d'Argentan offre à Delagrange un banquet et lui remet un objet d'art.

L'aviateur se rend ensuite au champ de courses.

A 8 h. 12 du soir, il exécute un premier vol de 1.000 mètres à trois mètres de hauteur, puis un deuxième vol de six kilomètres et demi à vingt mètres d'altitude, sortant du champ d'expériences, passant sur une ferme et une prairie remplie d'arbres.

Le troisième vol fut de six kilomètres ; l'aviateur passa

à cinq mètres au-dessus des tribunes, sorlant de l'aérodrome à travers champs, passant une deuxième fois sur la ferme et regagnant son hangar par un double virage magnifique d'audace et d’habileté. Delagrange est porté en triomphe.

Les aéroplanes « Borgnis-de Savignon ». — Là multiplicité des appareils construits ou mis en essais à Paris et autour de Paris fait un peu trop oublier les aviateurs qui poursuivent en province, des efforts mériloires. k

Réparons cette injustice, tout au moins pour l'un d'entre eux, M. Borgnis. M. Borgnis fut un de ceux qui s'intéressèrent les premiers à l'aviation. Des 1900, il apportait son concours financier à la société créée pour l'exploitation de l’ « Auto-aviateur », le curieux appareil imaginé par Firmin Boumon, aviateur des temps héroïques.

Il poursuivait ensuite avec ce dernier les études de l’aéroplane Bousson-Borgnis, essayé à Issy-les-Moulineaux, et construisait enfin un troisième appareil, un triplan à la légère armature d'acier, déjà reproduit dans l’Aérophile du 15 février dernier.

Améliorant son modèle, M. Borgnis construisait le nouveau triplan représenté par notre photo. Cet appareil de 80 m°, actionné par un moteur 6 cyi. de 28 chx, pèse 570 kilog. monté et en ordre complet de marche. Son armature en tubes d'acier est tendue de soie vernie. Il présente, dans le prolongement de la surface du milieu, des ailerons latéraux stabilisateurs mobiles pivotant autour d’un axe horizontal. L'hélice de 3 m. 50 de diamètre, commandée par chaîne et démultipliée, tourne à l'arrière des plans porteurs. Le tout est monté sur un chariot de lancement à 4 roues. Cet appareil donna de premiers résultats encourageants à Gennevilliers. Malheureusement, le terrain était insuffisant. Il fallut chercher un autre champ d'expériences. Sur la demande du comte de Savignon, un jeune sportsman passionné d'aviation, M. Borgnis se décida, pour l'immense plage qui borde la baie d’'Iffignac, pres de Saint- Brieuc. C’est là qu'est installé l'aérodrome de l'Union Aérienne des Côtes-du-Nord. L’aéroplane y a été transporté. MM. Borgnis et de Savignon y termineront la mise au point en attendant l'achèvement d'un nouvel appareil, l’'aéroplane Borgnis-de Savignon, qu'ils ont éludié en commun.

Les vols du biplan Farman. — Henri Farman a repris également ses essais avec son biplan. Le 12 juin, il couvre deux tours d'aérodrome.

de 16, M. Cockburn, client de Farman, monte l’appareil, mais coupe brusquement l'allumage après un vol de 500 mètres : le biplan tombe, cassant l’un des montants de sa cellule.

; Le lendemain, Farman réussit un vol de 200 mètres l.avec l’aéroplane réparé.

Le triplan Borgnis dont MM. Borgnis et de Savignon poursuivent les essais près de Saint-Brieuc

292 1e Juillet 1909

M. Picquerez à Chartres. — M. Picquerez, qui avait fait ses premiers essais à Issy-les-Moulineaux, est allé s'installer à Chartres. Le 18 juïn, vers six heures du soir, il effectue sa première sortie sur son biplan, roule pendant 600 mètres, mais brise une hélice et doit s’arrêter.

Les Wright en Amérique

À la Maison-Blanche. — Les frères Wright quittent Dayton le 8 juin au soir se rendant à Washington. Le 10, Wilbur, Orville Wright et leur sœur, miss Katherine sont reçus à la Maison-Blanche, par le président M. Taîft. La réception ful très simple et très touchante : le chef d'Etat félicite les aviateurs de leurs merveilleux exploits, leur remet, au milieu de l'enthousiasme général, la médaille d'honneur de l’Aéro- Club d'Amérique (dont nous avons donné la reproduction dans notre dernier numéro) et conclut par ces mots : « L'Amérique est fière de vous! » Les frères \Vright répondent en quelques phrases concises, sans émotion : « Merci ! Nons n'avons que commencé, il \ a encore beaucoup à faire », et se retirent.

Les fêles de Daylon. — De grandes fêtes avaient été organisées à Dayton les, 17 et 18 juin, en l'honneur des frères Wright.

Arc de triomphe, cortèges, acclamations, salves, discours, et le soir, feux d'artifice avec portraits de feu des deux frères, rien ne manqua à la fête. Mais les aviateurs, qui avaient dû quilter leurs ateliers, ne parurent point enchantés de ce contre-temps.

En grande pompe, leur furent remises les médailles du Gouvernement, de l'Etat d'Ohio et de la ville de Dayton. Les autorités de Dayton leur ont, en outre, remis le brevet de bachelier ès sciences que leur confère à titre exceptionnel le collège de Warlham, où \Vilbur et Orville ont appris naguère les premiers rudiments de la science avant d’atlacher eux-mêmes leur nor à son incessant progrès.

Les prochaines eæpériences. — L'on espérait que les Wright exécuteraient, pendant ces deux journées de triomphe, quelques expériences. Mais les deux frères se sont contentés de poursuivre la construction et le montage de l'appareil avec lequel ils vont s'occuper de satisfaire aux conditions de leur contrat avec le gouvernement des Etats-Unis.

Ce biplan est arrivé le 20 juin, à Washington.

Premiers procès. — Il se confirme que les frères Wright vont intenter une action en contrefaçon, contre la Herring-Curtiss C* dont nous parlons plus loin.

L'industrie de l'aviation aux Etats-Unis. — 11 vient de se fonder aux Etats-Unis, sous le titre de The Herring-Curtiss C°, une Société anonyme de constructions aéronautiques au capital de 365.000 dollars (1.825.000 francs).

Elle a à sa tête M. Curtiss, dont nous avons eu maintes fois l'occasion de parler alors qu’il construisait ou expérimentait les aéroplanes de l’Aerial Experiments Association. (Voir Aérophile de 1908 et 1909 passim.) L'Aerial Experiments Association est dissoute depuis le 1° avril 1909, date à laquelle est expiré le contrat qui liait ses membres. Quant à M. Herring qui fait également partie de la nouvelle Société, il s’est fait connaitre par ses expériences de vol plané avec Chanute ; il possède plusieurs brevets d'aéroplanes automobiles.

The Herring-Curtiss C° possède à Hammondsport une usine qui occupe une centaine d'ouvriers et se dit prête à livrer des aéroplanes ou des dirigeables sur commande.

On avait parlé de difficultés surgies entre la nouvelle Société et les Wright au sujet de certains détails d'appareils qui tomberaient sous les brevets Wright. M. Cortland Bishop,président de l'Aéro-Club of America, qui s'intéresse, paraît-il, à la Compagnie Herring-Curiss, nous a déclaré que ces rumeurs, qui ne paraissent guère l’émouvoir, ont aujourd'hui un réel fondement.

Il nous a appris également que, contrairement à ce qui a été annoncé (voir Aérophile du 15 avril 1909), la Coupe d'aviation du Scientific American n'appartient pas à M. Mac Curdy, ce dernier ayant négligé de s'engager pour l'épreuve et sa performance n'ayant pas été conitrôlée officiellement.

Les aéroplanes américains a Morris Park. — A la fin du mois de mai, ont eu lieu, à Morris Park,

les essais du triplan Bokor (aéroplane monté sur roues, gouvernail de profondeur à l'avant, deux hélices propulsives, moteur 35 HP) qui réussit, dès sa première sortie, quelques petits bonds. L'aviateur espère « évoluer one au-dessus des gratte-ciel des quartiers voisIns » !

Le 8 juin, à Morris Park également, le biplan Curliss exécute deux vols de 1 mile et un demi-mile.

Le 17 juin, le Curtiss vole un demi-mile à 45 miles de Moyennes le 19, il effectue deux petits vols à 46,7 miles à l'heure.

Le Prix Osiris à Louis BLÉRIOT et Gabriel VOISIN

Dans sa séance du mercredi 16 juin, l'Institut avait à se prononcer sur l'attribution du Prix Osiris, constitué par les revenus d’un legs d’un million fait à l’Institut de France par le grand philanthrope qui attacha son nom à tant d'œuvres de haute utilité.

Le Prix Osiris — d'une valeur de 100.000 francs — doit être décerné tous les trois ans et, suivant la volonté exprimée par le donateur « servir à récompenser le Français qui, sous une forme quelconque, a fait accomplir un progrès à la science ou a produil l'œuvre la plus ulile.

Rappelons que les deux premiers lauréats du Prix Osiris ont été le D' Roux, directeur de l'Institut Pasteur, et l'historien Sorel, membre de l’Académie Française.

M. Emile Picard, membre de l'Académie des Sciences, présenta le rapport de la Commission du Prix Osiris.

Ce rapport, qui débute par un historique très compiet des travaux effectués jusqu'ici pour la conquête de l'air, demandait la consécration des progrès réalisés par l'aviation en 190$, et particulièrement des deux performances qui ouvrent l'ère des utilisations pratiques : le premier voyage de ville à ville et le premier voyage à travers champs avec escales, le vol Châlons-Reims et le vol Toury-Artenay et retour. Et le rapport se terminait par une description très étudiée des deux appareils qui ont accompli ces exploits, le biplan Voisin et le monoplan Blériot.

Apres audition de l’intéressant exposé de M. Emile Picard, les cinq sections de l'Institut de France, approuvant pleinement le choix de la Commission, décernaient à l'unanimité à MM. Louis Blériot et Gabriel Voisin, le 3° Prix Osiris.

Il est superflu de retracer ici l’œuvre des deux grands pionniers de l'aviation, œuvre dont les lecteurs de l'Aérophile ont pu suivre de succès en succès le complet développement (V., notamment, portrait de Louis Blériot dans l'Aérophile du 1" janvier 1908, et de Gabriel Voisin dans l'Aérophile du 1°" février 1908).

Il convient d’applaudir au vote par lequel l'Institut récompense aujourd'hui deux hommes qui ont prodigué sans compter leur temps, leurs efforts, risqué leur vie, pour la cause de l'aviation.

Les membres de l'Institut n'ont point voulu séparer les constructeurs des deux appareils qui avaient réalisé à peu près la même prouesse à quelques heures de distance. Rappelons, d’ailleurs que, pendant de longs mois, depuis 1904, Blériot et les frères Voisin furent associés. Et cela permit de respecter la volonté de M. Osiris, qui a exprimé le désir de ne point voir partager son prix à moins qu'il ne s'agisse de cCollaborateurs ayant contribué à une même œuvre.

Le vote de l'Institut fut téléphoné immédiatement aux ateliers de Billancourt et ce fut Charles Voisin, l’administrateur commercial de la maison, qui s’'empressa de porter à! Blériot l'heureuse nouvelle. L’excellent aviateur, qui, la veille encore exécutait quelques belles envolées à Issy-les-Moulineaux, se trouvait au Parc de l’Aéro-Club de France où la Stella donait sa fête d'inauguralion.

Blériot se préparait à monter dans la nacelle tieurie d'hortensias qui allait l'emporter dans l'atmosphère avec Mme Blériot et Alfred Leblanc, lorsque Voisin se précipita : « À nous, à nous deux, le Prix Osiris, criat-il. » Et les deux hommes, sous le coup d’une même émotion, s'étreignirent longuement.

EDMoxp POILLOT

l’Aérophile du 1° Juillet 1909

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