LES MONOPLANS DE BLÉRIOT
Le « Blériot XI » et le « Blériot XII »
En quelques jours, Louis Blériot, si longtemps malchanceux, malgré son rare mérite, se classe à son rang vérilable. 1 acroplanes monoplans, au progrès desquels il consacra de si longs, de si ingénieux, de si tenaces efforts, sont, aujourd'hui, au point. Il nous les présente même sous deux modèles différents et de qualité tout à fait exceptionnelle, comme on le verra par le simple rappel de quelques-unes de leurs caracléristiques.
Le monoplan Blériot XII, sous 9 mètres d'envergure seulement el avec une surface porlante qui ne dépasse pas 22 m°, ne pèse, sans aviateur et sans essence, mais avec l’eau, que 350 kilogrammes. Il est muni d'un moteur ENV chx, qui actionne une hélice « Intégrale » de l'excellent constructeur Chauvière, hélice exerçant un effort de traction de 75 à S0 kilos. lorsque le Blériot XIL volait le 26 juin, en emportant Blériot, Santos-Dumont, André Fournier, et 16 kg. d’essence, le poids total pouvait s’estimer à 560 kilos. Le
poids utile atteignait donc 210 kilos — mettons 209 ki- 155 — transportés à 60 kil. à l'heure par un appareil oui ne pèse, nu, que 350 kilos. L’essor se produisait à
55 kilom. à l'héure, sous une charge de 25 kilos par
inètre carré.
On chercherait vainement, je crois, parmi les volaleurs animés, des chiffres comparables.
Plus réduit, moins encombrant encore, de construclion aussi simple que robuste, le monoplan Blériot XI est tout aussi intéressant que son aîné. Ramené à un encombrement transversal minime, 7 m. 80 d’envergure et 14 m° de surface portante, il est muni d’un moeur Anzani 3 cyl. 22-25 chx, qui ne pèse que 60 kilos
(Photo Rol)
en ordre de marche actionnant une hélice « Inlégrale » Chauvière de 2? m. 10 de diamètre ; l’aéroplane complel avec son pilote et 2 heures d'essence ne pèse que 300 kilos. Dans ces condilions, il élève, soutient et transporte à 55 kilom. à l'heure, une charge de près de 22 kilos par métre carré et rien ne prouve quil n'acceplerait pas la surcharge d’un passager léger.
Le Blériol-XI] à des ailes rigides munies d’ailerons de stabilisation. Le Blériot-XI est à ailes gauchissables.
Après avoir fait ressorlir le perfectionnement des uppareils, il imporle de noter les progrès de l’aviateur. Blériot est aujourd'hui absolument inaîlre de sa manoœouvre, et notamment de ses allerrissages toujours très doux, malgré la charge considérable de la voilure C'est aussi un fait digne d'attention de le voir passer, d'un jour à l’autre, de l'aérodrome de La Brayÿelle, à celui d’Issy ou de Port-Avialion, et y conduire, avec là même sûrelé. deux appareils fort analogues sans doute, dans leur principe, mais fort différents néanmoins dans leurs caractéristiques construclives et dans beaucoup de leurs organes, notamment dans leur disposilif de stabilisalion transversale.
Les « Blériot » à Issy, à Douai, à « Port-Aviation »
Blériot, qui ne se repose pas sur ses lauriers, a poursuivi ses expériences pendant toute ia quinzaine, réussissant plusieurs performances absolument remarquables.
Le 21 juin, l'aviateur exécula à Issy quelques essais de son monopian n° XI, réussissant un premier vol de 3 minules, puis un second de 6 m. 30 s., arrêté par un manque d'huile.
Pendant que l'on remetlait en marche, le moteur prit feu — l'échappement se trouvant trop près du carburateur. Quelques poignées de sable Jetées sur l'appareil par les speclaleurs suffirent heureusement à éteinäre ce commencement d'incendie.
15 Juillet "1909
Le Blériot XI dans son vol de 50'8" à Port-Aviation, le 4 juillet. A gauche, autre aspect du même appareil. (Photo Branger)
Le Blériot XI vole un quart d'heure. — L'aéroplane n'avait d'ailleuæ pas souffert et, le 25 juin Blériot, immobilisé plusieurs jours par le mauvais temps, pouvait reprendre ses essais.
Vers S heures du soir, l’aviateur mettait en marche et partait. Malgré un vent assez violent, le petit monoplan tenait admirablement l'atmosphère pendant plus qu'un quart d'heure — 15 minutes 30 secondes exactement — couvrant une dizaine de tours du vaste terrain d'Issy. A la nuit, l’avialeur atterrissait d’impeccable façon, ovationné par les rares spectateurs.
Blériot vole une demi-heure. — Le lendemain, 26 juin, Blériot réussit une performance plus brillante encore, battant ses propres records et tenant l'atmosphère pendant plus d'une demi-heure.
A 7 h., le monoplan n° X1 s'élève et couvre une vinglaine de tours, virant d'impeccable façon et résistant merveilleusement à de violents et brusques coups de vent. Blériot, éclaboussé d'huile, atterrit après 36 m. 55 Ss. 3/5, à cause d’un excès de graissage.
A la nuit, l’aviateur exécutait un second vol, sur trois tours, irès réussi.
Premiers succes du « Blériot XII » à Douai. — Le 28 juin, à Douai, ouvrant brillamment le meeling de Douai, qui parait appelé au plus complet succès, Blériot à bord de son monoplan n° ;X/1, — le même qui enleva, le 12 juin, 3 personnes (V. Aérophile du 1* juillet, p. 290) — effectuait une superbe envolée de 2.500 m., à 40 ou 50 m. de hauteur au-dessus de l'aérodrome de La Brayelle. Il s'adjugeait ainsi la première des cinq primes de 2.000 fr. offertes par la ville de Douai pour les vols d’au moins 1 kilomètre.
— Le 30 juin, revenu à Paris, Blériot dans n° X/ effectuait successivement à Issy, un premier vol de de 200 mètres et un second de 6 m. 11 s., contraint de s'arrêter chaque fois par suite du mauvais réglage du graisseur,
Nouveaux succes du « Biériot XII »y à Douai. — Le à juillet, Blériot revenait à Douai et, au premier essai, s’'adjugeait sans douleur le Prix de la Corderie pour un parcours de 1.500 mètres en circuit fermé, dans son monoplan n° X11I.
Le 3 juillet, nouveaux essais. Le matin, vol de 5 kilom. à 30 mètres de hauteur, hors des limites de l’aérodrome de la Brayelle, par-dessus les arbres et les maisons.
Le soir, l’aviateur fait un second essai comptant pour l'épreuve de plus longue distance. Après un wol magnifique de 47 kilom. 277 en 47 m. 17 s., une panne du moteur contrain Blériot à atterrir.
Le « Blériot XI » vole 50 minutes à Port-Aviation. — Infatigable, Blériot était de retour pour parliciper avec son monoplan n° XI au meeting organisé à Port-Aviation au profit des sinistrés du Midi, le 4 juillet.
Il eut les honneurs de la journée effectuant 24 fois le tour de la piste en 50 m. 8 s., à bord de son petit appareil muni d’un moteur de 85 chx. La sûreté de son vol, maintenu entre 20 et 40 m. de hauteur, émerveilla les assistants. Le prix fondé par Mme Edmond Archdeacon est ainsi brillamment conquis.
Au Camp de Châlons
Derniers essais de !l’ « Antoinette-IlV ». — Le 23 juin, Hubert Latham exécute un beau vol de 5 minules sur un Antoinelte-IV et atterrit en vol plané. Il commence ensuite un second vol à 50 mètres d'altitude, mais il a dû atterrir après 12 minutes, le bouchon du carburaleur ayant sauté.
Puis l’aviateur clôture la série de ses essais au camp de Châlons par une série de petits vols avec vent de 25 kilom. à l'heure tel qu’il en soufile fréquemment dans le détroit du Pas de Calais que l’Antoinette-IV va tenter de traverser.
Les kiplans « Voisin » au camp de Chä!ons
Les débuts de Jean Gobron. — M. Jean Gobron, le fils du sénateur des Ardennes, faisait le 27 juin, ses débuts d'aviateur sur un biplan Voisin muni d'un moteur Gobron de 60 chx. Le débutant réussit du premier coup, une performance superbe, couvrant, en trois reprises, plus de 15 kilom. Le 29 juin, poursuivant ses essais, M. Jean Gobron volait 10 kilomètres à 70 kilom. à l'heure.
Trois personnes en biplan « Voisin ». — Le 3 juillet, le jeune aviateur faisait mieux encore : après un premier vol seul, M. Jean Gobron prenait à bord deux passagers : Mme Colliex, femme du sympathique chef de bureau technique des ateliers Voisin, et M. d’AImeïda, avec lesquels il réussissait un vol magnifique de 5 minules à 5 mètres d'altitude. Le biplan Voisin égale donc le record des passagers établi par Blériot avec son monoplan n° XII.
Le 4 juillet, Jean Gobron eùt gagné de loin le Prix de 500 mètres, de l’Aéro-Club de France ; mais il n'avait pu se procurer en temps voulu des commissaires pour le contrôle.
Essais d'Henri Farman. — Le 28 juin, Henri Farman réussit un vol de 21 minutes avec son biplan.
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l’Aérophile 321
Le biplan Voisin à bord duquel Paulhan vient de faire des débuts remarqués. On remarquera l’adjonction au tvpe classique
d'une roue supplémentaire de protection sous l’avant du fuselage.
Le 4 juillet, après un vol de plusieurs minutes, Henri Farman confiait son appareil à son élève anglais, M. Cockburn. Après un petit vol, l'avant d’un patin butait sur le sol et l’appareil subit quelques avaries ; laviateur n'eut aucun mal.
— M. Sommer, montant un biplan qui porte son nom, a fait, au camp de Châlons, le 4 juilet, de très beaux vols de 2 à 3 kilom. en circuit, s’élevant jusqu'à 10 m.
À Issy-les-Moulineaux
Les essais de Paulhan. — Le mécanicien du Ville de-Paris, Paulhan, de retour de Bar-sur-Aube, où il avail fait quelques vols en public, s’est installé à Issyles-Moulineaux, avec son biplan Voisin muni d'un moteur Gnôme rotatif 7 cyl. 80 HP.
Le 26 juin, ce débutant, dès sa première sortie, s’enlevait sur quelques mètres. Le 28 juin, nouveaux essais et nouveaux petits vols.
(Photo Rol).
Le 3 juillet, Paulhan exécutail plusieurs petits vols avec alterrissages successifs, puis une superbe envolée d'environ 8 kilomètres à 5 mètres de hauteur. Les beaux résultats obtenus par Paulhan avec son biplan Voisin pour ses débuts, sont à rapprocher de la magnifique perlormance réussie par M. Jean Gobron, également à ses débuts avec un appareil du même type muni d’un moteur différent.
Le biplan « Odier-Vendôme ». — Notre photo représente le nouvel aéroplane biplan que viennent d'achever et de mettre en essais M. Odier, qui publia ici-même d’intéressantes notes sur l'aviation et M. Vendôme, dont nous avons décrit dans l’Aérophile du 15 février, les intéressants monoplans.
On remarquera la forme spéciale des surfaces qui semble très étudiée. L'appareil est muni d’un moteur Turcat-Méry de 18 chevaux, du type courant sans allègement. Ce moteur actionne une hélice à 4 pales de 2 m. 80, démultipliée, qui ne pèse avec le moyeu et les
Le biplan Odier-Vendôme
(Pholo Branger)
322 15 Juillet 1909
boulons que 7 kilogramines. Les patins d'atterrissage sont munis de galets orientables suspendus sur ressorts à lames. L’envergure est de 10 mètres, la surface totale de 45 mètres carrés. L'appareil pèse 450 kgr. monté.
Les premiers essais contrariés par le mauvais temps ont élé néanmoins encourageants:
Le 20 juin, le biplan Odier parvient à s’enlev sieurs repris s, Mais Casse une roue en atterr
Le 27 juin, l'appareil reprenait ses exp > à 8 h. du matin. Il réussit pour la pr vol de 150 mèlres, mais, au second essai, piqua du nez, alors qu'il se trouvait à quelques mètres de hauteur. Le moteur est endommagé, les helices et les longerons des ailes sont brisées. L'aviateur est indemne.
À Port-Aviation
Les essais de de Rue. — De Rue qui, on S'en souvient, üvait effectué au cours d’une réunion à Port- Aviation, un atterrissage malheureux, à repris ses e sais le dimanche 27 juin. Après trois essais infructueux, l’aviateur s'enlevait sur cinq cent mèlres ,mais une panne d'essence contraignait bientôt le biplan Voisin à atterrir brusquement. Les roues calées dans la terre délrempée par la pluie, l’apareil piquait du nez, débarquant Son pilote, et cassant un équilibreur.
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Fête aéronautique au profit des sinistrés du Midi.
La Société d'Encouragement à l'Aviation avait eu la généreuse pensée d'organiser, le 4 juillet, à Port-Aviation, une grande journée aéronautique, au profit des sinistrés du Midi.
Bien que la journée, maussade et pluvieuse, fût peu propice à une fête en plein air, dix mille spectateurs au moins tinrent à assister à celte réunion, à la fois sportive et charilable.
Après une course de chars romains et un gymkhana automobile, dont Albert Guyot, triomphateur de la Coupe des Voiturettes en 1907, excellent aéronaute et futur aviateur fut le vainqueur applaudi, Louis Blériot. dans son monoplan n° XI, ouvrit brillamment la série des épreuves aéronautiques par un magnifique vol de 50 m. 8 s., que nous relatons plus haut, gagnant le prix offert par Mme Edmond Archdeacon.
Puis un deuxième aviateur, de Rüe, prend son vol sur son biplan Voisin muni d’un Antoinelte de 50 chx. Il
La montgolfière montée lancée à Port-Aviation, le 4 ju'llet, lors de la fête sportive au prolit des sinistrés du Midi.
L'aéroplane Voisin de de Rüe passant au-dessus des ballonnets Continental placés à 25 mêtres, à Port-Aviation, le 4 juillet. De Rüc gagne le deuxième prix de Lagatinerie, (Photo Rol.)
vole 3 min. 47, à 40 m., passant par-dessus les ballonnets Continental, et gagne le deuxième prix de Lagatinerie ?.500 fr.), car il a volé le plus vite, peut-être aussi parce qu'il à pris les virages plus courts que Blériot. Les virages du biplan Voisin, admirablement mené par de Rüe, furent en effet remarquables de précision ; l'appareil, d'ailleurs, donnait toujours, même sous les inclinaisons les plus accentuées, son habituele impression de stabilité parfaite.
M. Bonnet-Labranche fit ensuite quelques démonstrations à bord d'un planeur tiré par une automobile.
La fêle se termina par le lancement d'une montgol- Bère, montée par un jeune homme de 16 ans, Alfrid Boulanger. Le départ fut donné de façon fort habile par M. Henri Lecomte, un des derniers spécialistes du ballon à air chaud et l'engin après s'être élevé à 500 m., déposa sans accident son passager, à l'extrémité de la piste.
Ce fut une ingénieuse idée de montrer ainsi, dans une iméme journée, la vieille machine aéroslatique, qui ouvrit la première, à l’homme, l'accès de l'océan aérien et les engins les plus perfectionnés qu'aient enfantés les progrès de l'aéronautique moderne.
Les Wright en Amérique
Un càble du 23 juin nous apprenait que les frères Wright avaient demandé un délai d'un mois pour remplir leur contrat, et que le Secrétariat de la Guerre avait émis un avis favorable.
Cependant, les Wright devaient commencer leurs expériences le 28 juin ct de nombreux curieux s'é nt rendus à Washington à celle occasion. IIS furent d’ailleurs cruellement déçus car le mauvais temps contraignit les aviateurs à remettre leur premier vol.
Le lendemain, vers 5 heures du soir, les Wright se décidaient à lenter un vol malgré un vent de 10 milles
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