LA RÉCOMPENSE
Les Croix de l'Aéro-Locomotion
Au prix d'efforts opiniätres, de dangers redoutables. de sacrilices inouïs, à force d'intelligence, d'ingéniosité el d'énergie, quelques hommes, réalisant le rêve héréditaire, ont conquis, pour les autres, l'immense domaine atmosphérique. Notre admiration cherche aujourd'hui à leur faire oublier, le temps pas bien lointain, où, sous une méconnaissance presque universelle, ils lrayaient vers l'idéal et vers l'azur, enfin conquis, leur pénible sentier.
Il appartenait au gouvernement d'apporter aux ouvriers du moderne « grand œuvre » la récompense nalionale que souhaitaient notre enthousiasme et notre sympathie. Il n'y à pas manqué.
Avant de quitter le ministère des Travaux publics, Où il sut-si heureusement témoigner sa sollicitude éclairée à la locomotion aérienne, M. Louis Barthou a tenu à signer la promotion qu'il avail préparée en exécution de la loi spéciale attribuant des croix de la Légion aux avialeurs et aéronautes el aux membres du Congrès de la route.
Ce mouvement promulgué le 25 juillet, comprend, en ce qui concerne la locomotion aérienne, les promotions el nominations suivantes :
Officier : M. Bollée, industriel et président-fondateur de l'Aéro-Club de la Sarthe.
Chevaliers : MM. Blériot, ngénieur-constructeur, viceprésident de la Chambre Syndicale des ‘industries aéronautiques (quatorze ans de services militaires et de pralique professionnelle) ;
Gabriel Voisin, constructeur d'appareils d'aviation :
Léon Delagrange, administrateur de la Compagnie d'Aviation ;
Léon-Marie Levavasseur, directeur technique de la Société du moteur Antoinette ;
Archdeacon, aviateur, vice-président du Comité directeur de la Ligue Nationale ;
Tatin, ingénieur-constructeur, président d'honneur de la Commission d'aviation de l'Aéro-Club de France (a construit, dès 1879, une aéroplane mü par l'air comprimé) ;
. Maliet, constructeur de ballons et d'appareils d’avia- ION ;
Soreau, ingénieur civil, président de la Commission d'aviation de l’Aéro-Club de France.
M. Louis Barthou aurait été heureux de donner plus d’ampleur à ce véritable tableau d'honneur de la science et du sport aéronautiques, car les mérites abondent el le choix était difficile. Mais le nombre des distinctions élail limité. Dans quelques semaines l'Exposition Inlernationale d'Aéronautique pourra fournir l'occasion d'une promotion complémentaire.
D'autre part, le ministre de la Guerre a complété la promotion en inscrivant M. Surcouf, constructeur dé ballons et d'appareils d'avialion, au tableau pour la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
A côté des Français on aimera voir figurer les avialeurs étrangers qui comme Wilbur et Orville Wright, Santos-Dumont, Henri Farman, Hart ©. Berg se trouvent avoir diversement associé la France à leurs travaux, Le ministère des Affaires étrangères vient de faire paraître le 26 juillet la promotion qui les concerne.
# # # Voici quelques notes bios ru ohiques sur les nouveaux légionnaires. Le lecteur les complètera en se reportant aux portraits biographiques parus dans l'Aérophile.
Léon Bollée, né au Mans Je 1 avril 1870, ingénieur, un dés pionniers de l'automobile, inventeur il y à plus de 15 ans de la fameuse voiturette Bollée, a conquis une situation de premier ordre dans l’industrie automobile. Président-fondateur de l’Aéro-Club de la Sarthe, on sait son rôle fort utile lors des expériences de W. Wright aux Hunaudières, puis à Auvours en 1908. Chevalier de la Légion d'honneur depuis une dizaine d'an- Tiées:
Louis Blériot, né à Cambrai le 1” juillet 1872, élève de l'Ecole Centrale. Se fait connaitre comme constructeur des célèbres phares Blériot et accessoires pour
autos. Dès 1900 s'acharne à mettre au point un oiseau mécanique el un moteur léger à acide carbonique. Encouragé par la campagne d'Archdeacon, s'oriente vers l'aéroplane en 1903. Poursuit opiniatrement, malgré des chutes nombreuses et des lruis énormes la mise au point du monoplan. Premiers succès avec Blériot VI, en 1907, puis avec Blériol VII, longtemps recordman du monoplan et Litulaire le 31 octobre 190$ du premier voyage en circuit par escales à travers champs (Toury- \rtenay et retour). Gagne le 13 juillet 1909 le Prix du Voyage (Etampes-Chevilly) et traverse la Manche, de Calais à Douvres, le 25 juillet, jour de sa promotion dans la Légion d'honneur. (Voir articles spéciaux dans ce numéro.) Lauréat pour moitié du prix Osiris 1909. (Voir portrait ct biographie, Aérophile [°° janvier 1908.)
Gabriel Voisin, né à Lyon le 5 février 1889, ancien élève des Beaux-Arts (architecture). Débute en aviation sous le patronage d’'Archdeacon, fait du vol plané à Berck et sur la Seine (1903-1904). Crée avec son frère Charles Voisin les premicrs ateliers d'aviation d'où st sorti le fameux type de biplan que H. Farman, De- , grange et actuellement Paulhan conduisent aux glor.cuses victoires. A voulu se consacrer exclusivement a l’industrie nouvelle dont il fut le promoteur et dont il reste un des plus célèbres représentants. Lauréat pour moitié du prix Osiris 1909 (voir portrait et biographie, Aérophile du 1“ février 1908).
Léon Delagrange, Né en 1873, à Orléans, ancien élève des Beaux-Arts. Slatuaire estimé, plusieurs fois
récompensé au Salon. Passionné de sports, achète en
1907, aux frères Voisin, leur premier biplan, s'entraine avec ardeur, devient tilulaire de plusieurs records ravis à H. Farman, de la Coupe d'aviation Archdeacon, fait une belle campagne d'expériences en Italie (1908) et obtient de brillants succès dans les diverses épreuves d'aviation de cette année. (Voir portrait el biographie, Aérophile 1” avril 1909.)
Léon Levavasseur, né le 8 janvier 1863 à Cherbourg. Se destine d’abord à la peinture, mais dès 1880 son goût pour la mécanique l'emporte. D'abord ingénieur électricien, étudie avec le concours financier de M. J. Gastambide un monoplan pour lequel il invente le fameux moteur extra-éger Antoinette ; en prouve les qualités sur des canots de course. Le moteur Antoinette permet ensuite les premiers vols mécaniques exécutés en France par Santos-Dumont, Farman, Delagrange, Blériot. Directeur technique de la Société Antoinette, construit les fameux monoplans de Latham et Demanest. (Voir portrait et biographie, Aérophile 15 février 1908.)
Ernest Archdeacon, né à Paris le 28 mars 1863. Quelque temps avocat à la Cour, s'adonne au sport, notamment à l’automobilisme ef à l'aéro-locomotion. Premières ascensions en ballon avec F. Lhoste en 1884, avec de très beaux voyages. Un des fondateurs de l'Aéro- Club. En 1903, ému des premiers succès des Wright en Amérique, commence une admirable et féconde campagne en faveur de l'aviation française, par la parole, par la plume, par l'exemple et par ses libéralités. Crée la Commission d'aviation de l'Aéro-Club, stimule les intelligences et les énergies et devient le promoteur des succès actuels. (Voir portrait et biographie, Aérophile septembre 1900.)
Victor Tatin, né à Paris, en 1843, le savant doyen de l'aviation française, ami de Pénaud, collaborateur de Marey, inventeur et constructeur de divers instruments scientifiques, s'occupe dès 1874 du vol mécanique. Obligé d'imaginer et de construire à la fois appareil et moteur, construit dès 1879 un petit mono-
lan à air comprimé qui vole autour d'un poteau. En 1890, 1896-97, vols libres d’un petit aéroplane à vapeur, en collaboration avec le professeur Richet. Il manquait à Tatin, véritable précurseur, le moteur à essence issu de l’automobilisme. A construit de grands aéroplanes monoplans remarquables que des circonstances diverses n'ont pas permis d'essayer. Educateur de beaucoup d'aviateurs actuels qui reconnaissent de plus en plus la justesse de ses vues résumées dans son célèbre volume : Eléments d'aviation. Lauréat de l'Académie des Sciences. A construit le premier Ville-de-Paris et de nombreuses hélices pour des appareils aériens fameux. (Voir portrait et biographie, Aérophile d'octobre 1906.)
l’Aérophile 553
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