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Nos confrères : Hewartson, du Daily Mail; Fontaine et Robert Guérin, du Matin; Bradley, du New York Herald ; J. Laffite, de l'Echo de Paris ; Frantz Reichel, du Figaro ; Bertrand et Paul Sencier, de l'Intransigeant ; Cousin, de la Presse : E. Poillot, de l’Auto; Berg, Georges Bans et de Riche, des Sports ; Darzens, du Journal ; Wimille, du Petit Parisien ; Manoury, du Petit Journal ; Boureau, des Débats ; Ch. Gallié, des Grands Régionaux ; Durand, de l'Agence Havas ; R. Tampier, des Annales ; Franck Puaux, du Siècle ; Méry, du Gaulois, etc.
M. Georges Besançon présente les excuses de MM. Lépine, préfet de police ; L. Nadar, le vénéré patriarche de l'aviation, dont nous reproduisons plus loin en facsimile, la spirituelle lettre d’excuses, pleine d’ardeur et de foi enfin triomphante ; le marquis de Dion, président d'honneur, fondateur de l’Aéro-Club de France, président de la Chambre svndicale des industries aéronautiques ; lord Northcliff, directeur du Daily Mail, journal fondateur de la grande épreuve gagnée par Blériot ; le maire de Calais, le baron Zuylen de Nyevelt de Haard, président de l’Automobile-Club de France.
M. Louis Barthou, ministre de la Justice, prend ensuite la parole en ces termes :
Mes chers collègues,
Ces trois mots suffisent à vous indiquer que je ne parle pas en ministre, puisque je ne pourrais employer qu’un singulier et ne m'adresser qu'à Millerand, c’est comme membre de l’Aéro-Club de France que je me lève, et je le remercie d’avoir bien voulu me laisser l'honneur de décerner, au nom de notre Sociélé, trois médailles : d’abord, la grande médaille d'or.
J1 me suffira de lire la mention qui y est inscrite pour que vous vous rendiez comple que c’est nn acle de justice qui a été accompli par l’Aéro-Club :
« À Louis Blériot, en commémoration de la première (raversée de la Manche en aéroplane. Calais-Douvres. 95 juillet 1909. » (Applaudissements el bravos répétés.)
Vos applaudissements me dispensent d'ajouter un mot quel conque. É
Deux médailles d'argent sont décernées par l'Aéro-Club la première à M. Leblanc. (Vifs applaudissements.)
Je suis bien certain que nul plus que Blériot n'est disposé à s'associer aux remerciements que l’Aéro-Club adresse à son collaborateur. Blériot a eu le génie, le coup d'œil, l'audace ; il a réalisé la conquête. Mais à côté de lui, un collaborateur de fous les instants a prévu, a surveillé, et, dans une cerlaine mesure, préparé les événements. Il se rait injuste qu'ayant été à la peine, Leblanc ne fût pas à
l'honneur, et je suis, pour ma part, très heureux de lui décerner, en votre nom, cette médaille cemmémorative, (Nouveaux applaudissements.)
Enfin, l'Aéro-Club m'a chargé de décerrer une troisième médaille, une médaille d’argent à l’un des meilleurs et des plus utiles collaborateurs de Blériot.
Il me souvient dans ma vie sporlive, dans ma vie sportive. de spectateur (Sourires), d’avoir vu M. Anzani, par son courage admirable, par sa lémérilé, nous donner le frisson. M. Anzani a construit le moteur qui a permis à Blériot de réaliser ses vols remarquables et, en particulier, de traverser la Manche. C'est donc un acle de justice qu'accomplit l’Aéro-Club, et je suis heureux d’en être ici l'interprète. (Vifs applaudissements et bravos prolongés.)
Mes chers collègues, vos applaudissements sont la preuve que vous avez le sens de la justice, et étant donnée la fonction que je détiens, aucune constalalion ne pouvait m'être plus agréable. (Rires ct applaudissements répétés.)
Les applaudissements terminés, M. Cailletet, président de l’Aéro-Club de France, prononce l’allocution suivante :
Monsieur le Ministre de la Justice, Monsieur le Manisire des Travaux publics, Mes chers collègues,
En ce jour, qui voit la glorificalion de longs travaux, de merveilleux efforts d'intelligence et d'énergie, 1 m'est parliculièrement agréable de voir parmi nous et de saluer deux membres éminents du Gouvernement :
M. le Ministre de la Justice et M. le Ministre des Travaux publics.
Leur présence à celle fèle est le gage de l’intérêt précieux, de la bienveillance éclairée que ies pouvoirs publics n'ont cessé d'accorder au grand mouvement dont nous célébrons aujourd'hui l'aboutissement triomphal.
M. Louis Barthou avait naguère dans son département les « communications aériennes ». IL me permettra de lui exprimer toute notre gratitude, pour la sollicitude si éclairée qu’il a témoignée à l'aéronautique et pour le discernement et le tact avec lequel il a su transmettre à ses pionniers le témoignage éclatant de la reconnaissance nationale.
M. Louis Barthou, qui a déjà lant fait, particulièrement pour d'Aéro-Club de France, ne s’est pas borné à des sympathies platoniques ; il est un des rares privilégiés qui aient pratiqué les divers genres de locomotion aérienne : sphérique, dirigeable, aéroplane.
A cette connaissance pratique et directe de la queslion, il dut sans doute celte heureuse prescience qui le fit placer en têle de la promotion des légionnaires de l’aéro-locomotion, notre collègue Louis Bileriot, et fit coïncider pour lui, par une rare fortune, la récompense avec l'acte le plus digne de la mériter.
Que M. Louis Barthou veuille bien accepter la médaille spécialement frappée, que l’Aéro Club de France m'a chargé de lui remettre, en témoignage de la reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent à la locomolion aérienne.
M. Louis Barthou nous conservera au minislère de la Justice des sympathies qui resteront précieuses, mais nous sommes assurés aussi que l'hémme pçolitique éminent qui lui succède au ministere des Travaux publics, se montrera, pour le plus grand bien de l'aéronautique, le digne continuateur de ses tradilions.
M. Millerand n'a-til pas d’ailleurs, dès l’année 1900, époque à laquelle il élait ministre du Commerce, présidé avec l’autorité qui lui appartient, à l’organisation des grands concours aéronautiques de l'Exposition Universelle, à Vin cennes, concours dont notre vice-président, Henry de La Vaulx, fut lauréat.
Qu'on ne dise pas qu'il ne s'agissail alors que de ballons ; alors comme aujourd'hui, il s'agissait de l’idée aérienne dont tous les bons serviteurs ont droit à nos hommages.
Je remercie aussi :
Les groupes parlementaires de la locomotion aérienne qui se sont récemment fondés au Sénat el à la Chambre des députés et qui ont déjà fait heureusement ressentir leur aclion féconde et bienfaisante :
Le Conseil municipal de Paris, qui a su encourager libéralement la locomotion nouvelle et qui vient de faire à notre glorieux collègue, Lou‘ Blériot, une réceplion digne de ses mérites et de la populalion parisienne :
M. le Gouverneur militaire de Paris, qui ne ménagea pas aux aviateurs son concours fort ulile en mettant à leur dis position, dans la mesure du possible, les champs d’'expérience où ils prirent leurs premiers essors ;
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J'aurais garde d'omettre M. Henry Deulsch de la Meurthe, dont l'inlassable générosité et la libéralilé si éclairée — il en donnait récemment un nouvel et magnifique exemple — ont déjà tant foit pour l'aéronautique française ;
Et je dois une mention parliculièrement reconnaissante au marquis de Dion, président d'honneur, fondateur de l’Aéro-Club de France, et coutumier des idées généreuses, qui pril, en qualilé de député, l’heureuse initiative de proposer une promotion spéciale, dans la Légion d'honneur, pour récompenser les pionniers de ia locomolion aérienne.
Ce sont ces pionniers que nous fêtons aujourd'hui
Je n'ai point à vous exposer leurs mériles, universellement reconnus maintenant, aprés des heures difficiles. Tous sont de bons et vaillan!s serviteurs de l'idée aérienne et du progrès scientifique. La France, fertile en hommes, n’en acclamera jamais de plus dignes d'admiration. La civilisation universelle n'a jamais eu de meilleurs champions.
Il me sera permis, loulefois, d'exprimer, en qualité de président de l’Aéro-Club de France, notre joie loute particulière à ne compter parmi eux que des collègues et à leur adresser nos profonds ét cordiaux remerciements pour l'éclat que leurs mérites ont jelé sur le Club, en l'associant, par le fait même, à cette fète de la reconnaissance nationale.
Mais, vous serez fous d'accord avec moi — vous surtoul qui comptez parmi ses émules — pour penser que parmi nous ce soir un homme a plus particuliérement droit à nos hommages et à notre gralitude.
Nous fétons aujourd'hui un des plus grands événements de l’histoire : la traversée de la Manche en aéroplane.
Cette audacieuse entreprise tenta le courage d'un de nos collègues, Hubert Latham, supérieur à sa malchance.
Elle fut pour Louis Blériot l'occasion du triomphe.
Vous êles un homme heureux, men cher monsieur Blériot.
L'éclatante victoire que vous venez de remporler a relenti dans le monde entier. Elle semblait d'avance vous être ré servée. Vos succès antérieurs, l'appareil que vous avez conçu, exécuté, et dont vous vous êles si habilement servi, votre inébranlable confiance enfin, élaient le présage de l’admirable envolée que vous venez d'accomplir.
A peine abordiez-vous le sol de l'Angleterre que vous receviez la plus glorieuse récompense. Elle couronnait de longs et inoubliables travaux. Ne vous occupiez vous pas déjà d'aviation à celte époque, qui nous semble lointaine, et que je rappelais tout à l'heure, des concours d'aérostalion de Vincennes? Votre savoir théorique et volre esprit ingénieux vous firent ensuile crév; la Libellule, le premier monoplan qui vous permit de vous élever et de vous diriger dans les airs.
Vous aviez déjà trouvé la voie que vous alliez parcourir, par laquelle, de succès en succès, vous avez abouti à la victoire que nous célébrons en ce jour.
L'Institut de France, toujours soucicux d'encourager les amis de la science, vient de vous accorder une haute récompense en partageant entre M. Gabriel Voisin et vous, les 100.000 francs du prix « Osiris ». ce fut pour moi un bonheur de faire parlie de la commission académique qui a si jus tement consacré vos travaux.
Le peuple anglais vous a salué avec enthousiasme ; M. Richard Wallace, président de l’Aeru-Club d'Angleterre, vous traduira mieux que moi-même les sentiments que vous avez fait naïtre parmi ses compairioles, si bons juges en matière de courage et de froide résolution.
Les Français, 10s compatriotes, et leurs éminents repré sentants vous acclament.
La Presse, que je suis heureux de remercier profondément de son concours si précieux et si dévoué, a fait connaitre au monde entier les impressionnants détails de votre triom phant voyage.
La journée du %5 juillet 1909 restera une date historique dans nos annales. C’est une vraie révolution que vous et vos émules venez d'accomplir, révolulion dont nul ne peul méconnaitre la porlée, car elle est appelée à transformer peut-être les relations entre les peuples.
Je lève mon verre, avec une profonde émotion, en vous adressant, ainsi qu'a Mme Blériol, votre courageuse Compagne, qui vous à suivi, le cœur angoissé, mais plein de confiance, l'expression de notre admiration
Je bois à vos merveilleux sucrès.
Je bois aussi aux nouveaux légionnaires de la locomotion aérienne,
A l'aéronautique française toul entière, qui a su assurer à notre pays un merveill-ux patrimoine de gloire !
Salué par le Good Save the King, M. Emdine, au nom de l’Aero-Cluf of the United Kingdom, s'exprime ainsi :
Monsieur le Président, Messieurs des Ministres,
Je prends la parole au nom de l'Aéra-Cluh d'Angleterre.
Nolre pays a applaudi à la victoire remportée par M. Llériot, et je suis heureux de lui renouveler ici, au nom de mes compatriotes, mes plus vives félicitations. (Applaudissements prolongés.)
En Angleterre, l'aviation ne nous a pas laissés inditférenls. Nous avons fait beaucoup d'essais ; nous nous sommes iiviés à beaucoup d’éludes, mais je reconnais que nous scmmes en retard sur la Franc:. Nous neus efiorcerons de suivre l'exemple éclatant que vous nous avez donné, et j'espère que d'ici peu nous aurons reconquis le terrain perdu.
Ce dont nous sommes fiers, c’es{ d’avoir offert une médaille à M. Blériot. (Vifs applaudisscments.)
Les Anglais aiment les Français. (Salce d'applaudissements.) Ce sont les Aulomobiles-Clubs de chacun de nos pays qui ont pris l'heureuse initiative de l'entente qui règne entre nous; j'espère que l’Aéro-Club de France et l’Aéro- Club d'Angleterre conlribueront à la consolider et à la développer, et que dans toutes les crises qui pourront survenir en Europe, l'accord ne cessera jamais d'exister entre nos deux grandes nations. (Applaudissements prolongés.)
Messieurs, je lève mcn verre en l'honneur de M. et Mme Blériot; je bois à l’Aéro-Club de France, à la prospérité et à la gloire de la France. (Applaudissements vifs et répétés. — Cris de : Vive l'Angleterre {\
M. Hector Depasse, président du groupe parlementaire de l'aviation, s'exprime ensuite ainsi au nom des
députés
Messieurs,
Je voudrais ne rien ajouter aux paroles délicates et- pro fondes qui viennent d'être prononcées par le savant illustre qui préside l’Aéro-Club de France, mais on ne comprendrait pas que le Président du groupe parlementaire de la locomotion aérienne assistät à celte belle fête et gardàt le silence.
Madame,
Après tant d'éloges si justifiés qui ont été faits de M. Louis Blériot, je voudrais trouver et je cherche une expression belle, noble el grande qui n’ait pas encore élé employée et qui lui convienne strictement. Cette expression, je l'emprunterai aux Hellènes des âges héroïques qui arpelaient poète non pas seulement un homme qui parle ou qui écrit avec une certaine mesure et cadence, comme on les nomme en France, mais tout ouvrier d’une œuvre éminente, parfaite, sans défaut, tout auteur d'un ouvrage excellent et rare, et je dis: Mon cher poète Louis Blériot, vous avez accompli le poème de votre vie. (Vifs applaudissements). Vous avez concu la rêverie, et vous l'avez conduite du commencement jusqu’à la fin sans une hésilalion, sans une lacune; vous avez mérité d'être appelé heureux et glorieux parmi vos contemporains. (Nouveaux applaudissements.)
Messieurs, je lève mon verre à notre cher poète Louis Blériot, à tous les avialeurs, pionniers et navigaleurs de d'atmosphère qui sont ici, à ceux qui sont absents et à ceux qui n'ont pas élé heureux, parce que nous savons que les re vers, les échecs sont la matière féconde dont se forment les victoires de l’avenir. (Applaudissements prolongés.)
Au nom de l'Automobile-Club de France, le comte Récopé, en une charmante harangue, offre à Louis Blériot. une grande plaquette, la plus haute récompense de l'Automobile-Club de France, et à Alexandre Anzani, une médaille d’or.
Au nom de l'Académie des Sports, M. Henry Deutsch de la Meurthe, le mécène de l'aéronautique, félicite en termes heureux, les pionniers de l'aviation, Biériot et les nouveaux promus dans l'ordre de la Légion d’honneur.
C'est maintenant au {our de Blériot. D'une voix claire, encore qu'un peu tremblante d'émotion, le héros de la traversée de la Manche, au nom des nouveaux légionnaires remercie le gouvernement et boit à l’Aéro-Club de France.
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Suivant le protocole. les deux présidents d'honneur du banquet, vont clore la série des discours.
Le ministre de la Justice, M. Louis Barthou, se lève le premier :
Madame,
Il y a quelques instants, le comte Recopé nous emportait jusqu’en Chine sur les ailes rapides d’un aéroplane. Permeltez moi de vous rappeler que vous êtes du Bigorre el que je suis du Béarn, aussi, serions-nous surpris l’un el l’autre, comme d'un trait de mauvais voisinage et d'un manquement à des tradilions séculaires si, tout d’abord, mon hommage empressé et respeciueux n'allait vers vous. Soyez bien assurée qu’il n'y a pas là les précautions, en quelque sorte obligées, d'une coquelterie proloclaire. Je vous demande, malgré la grâce un peu ironique de votre sourire, d'y voir un hommage très sincèr2 et très profondément res pectueux, car vous avez élé une vaillante et vous avez montré un admirable courage. Volre place. madame, était ici, ce soir, au milieu de nous. (Salve d'applaudissements.)
Je ne veux pas trahir les confidences que votre mari vient de me faire, mais Je tiens pourtant à en retenir un aveu, c'est que vous avez toujours fail preuve de la confiance la plus ardente. Vous saviez que l'homme qui est à mon côté avait risqué une partie, une très grande partie de la fortune qu'il avait laborieusement acquise. Vous saviez qu’il courait de grands dangers, que sa gloire serait faite de succès, mais aussi d'audace, de risques et cependant, malgré tous les périls, vous ne l’avez pas arrêlé, vous l’avez toujours encouragé ! Vraiment, vous deviez avoir votre part dans cetle fête, après le noble exemple que vous avez donné. C'est très respectueusement, madame, que je porte votre santé. (Vifs applaudissements el bravos prolongés.)
Et maintenant, messieurs, je veux vous dire combien je suis confus du lémoignage de sympathie et de gratitude qui m'a élé donné ce soir par le Conseil d'administration de l'Aéro-Club de France. Cette médaille, les termes dans desquels elle m’a été offerte, l'accueil qui m'a été fait, tout cela me confond et m'embarrasse.
Vous savez que je suis des vôtres puisque nolre cher et illustre président a bien voulu rappeler que je détiens un record unique à coup sür parmi les ministres et déjà très rare parmi mes collègues de l’Aéro-Club : je suis allé plusieurs fois en ballon libre, une fois en dirigeable et deux fois en aéroplane. (Applaudissements.) C'est parce que j'étais des vôtres que je connaissais les hauts mérites de ceux que nous fêlons ce soir.
Ce n’est pas à moi de faire l'éloge d'une promotion que j'ai signée. Il me semble qu'en disant du bien de ceux qui ont été distingués et récompensés, je risquerais de parailre louer un des actes de ma vie minislérielle d'hier. Tout ce que je peux dire, c'est que je me suis efforcé de faire une promotion équitable, impartiale. Je crois y avoir réussi. (Nouveaux applaudissements).
Oh! messieurs, je sais qu'on peul criliquer loules les promolions, les promotions dans la Légion d'honneur comme les autres. Voulez-vous me permettre, avec la libert* et la familiarité que nous devons employer les uns à l'égard des autres dans cetle réunion, de vous dire ce qui se dégage de ma déjà très longue expérience ministérielle ? L’injustice, elle n'est pas dens les distinctions qu'on accorde, mais, trop souvent, dans celles qu’on est empéché de donner. Le Parlement, très généreux, a mis à ma disposition un certain nombre de croix pour récompenser ceux qui ont fait réaliser des progrès à la locomotion asrienne ; ces récom penses ont élé insuffisantes. D'aucuns, au début, ont été lentés de les trouver excessives, mais ce qui n'a pas élé fait hier le sera demain, d’autres occasions peuvent se représenter, Je me rappelle une fois de plus que je suis ministre de la Justice el que, par conséquent, je dois préparer l'avènement d’une justice distribulive complète. (Rires et vifs applaudissements.)
C'est dans ce sentiment que je demanderai, le cac échéant, à mon successeur et ami de compléler mon œuvre. Je sais
quel est son esprit d'équité, et je suis assuré qu'il saura répondre à l'appel que je lui adresse ce soir. (Nouveaux applaudissements.)
Pour ma part, j'ai eu la bonne fortune d’avoir confiance à un moment où l'aviation élait encore entourée d’ironie et de scepticisme, et je suis heureux d'avoir discerné qu'il y avait là un progrès qu'il fallait suivre et encourager. Je me suis rendu, je l’ai déjà dit, à Issy les-Moulineaux, à des heures matinales ; j'ai assisté tantot à des vols hésitants et incertains, tantôt à des vols admirables : c'est là que Blériot me fit ressentir des joies nouvelles.
Oh! je ne crus pas alors qu'il vous serait possible à une date aussi rapprochée, de traverser la Manche, mon cher Blériot. Personne alors n’escumplait un succès aussi grand, aussi prochain et aussi rapide. Non, mais déjà, vous m’aviez émerveillé. Avec quelle émolion joyeuse je vous ai admiré dans votre vol, sur votre aéroplane qui passait comme un grand oiseau gracieux, aux ailes victorieusement éployées ; je ne vous ai pas moins admiré quand vous êtes descendu à terre, el j'ai pu apprécier alors votre simplicité et votre modeslie qui vous assurent à la fois l'admiration et la sympathie de tous. (Vifs appiaudissements.)
L'autre jour, vous manifestiez une surprise, celle de voir le peuple de Paris venir au devant de vous pour vous ac clamer. Il y avait, mon cher Blériot, dans cetle belle mani feslation, mieux que de l'admiration. Il y avait de la gratitude, car la France vous doit un nouveau et magnifique succès moral. (Applaudissements et bravos prolongés.)
Nous avons cetle mauvaise el triste habitude de nous méconnaitre et de nous dénigrer nous mêmes, et il faut quelquefois que, dans un sentiment admirable de solidarité et d'équité, comme celui qui se dégage des très nobles paroles du président de l’Aéro-Club d'Angleterre, ce soient nos voisins qui nous rendent juslics. Nous sommes pourtant un peuple qui a toujours donné beaucoup à l'humanité. A notre glorieux patrimoine, vous avez ajouté votre nom, mon cher Blériot, et nous en concevons avec une grande fierté une profonde reconnaissance. Au dehors, personne n’a pu manifester ni jalousie, ni inquiétude. Vous avez compris, monsieur le Président de l’Aéro-Club d'Angleterre, qu'entre votre pays et le nôtre qui représentent deux grandes civilisations, un acte comme celui que nous fétons ne peut que fortifier la cordialité de nos sentiments d'entente dans l'intérêt de votre pays, du nôtre et de l'humanité tout entière. (Vifs applaudissements.)
Si j'ai parlé plus longuement que je ne voulais le faire, je m'en veux de n'avoir pas dil encore ce qu'il était de mon devoir de dire ce soir.
Je suis passé, à la suile des hasards et des accidents de la politique, du ministère des Travaux publics au ministère de la Justice. Si je ne suis plus boulevard Saint-Germain, il ne faut pas que l’Aéro Club et que les pionniers de la locomotion aérienne en éprouvent un regret quelconque ; il faut, au contraire, qu'ils manifestent leur confiance. Il y a là, à mes côtés, un homme qui est déjà un vieux camarade des luttes parlementaires ; nous n'avons pas toujours été du même côté (on ril), je me souviens encore des coups que m'a portés quelquefois la rude et âpre éloquence de mon ami Millerand (nouveaux rires) ; je m'’efforçais de les rendre ; je n'y réussissais pas loujours, mais ce que je puis dire, c'est qu'à travers ces luttes el ces divergences, nous n'avons jamais cessé de faire preuve à l'égard l’un de l’autre des sentiments de la camaraderie la plus franche, de l'amitié la plus loyale. Je ne veux pas faire l'éloge de Millerand; je dirai simplement qu'il a, avec le sens des réalités, l’une des intelligences les plus ouvertes, l'un des esprits les plus larges que je connaisse. (Applaudissements répélés.)
Il n'en faut pas davantage pour faire un excellent ministre des Travaux publics, et cela, vous en conviendrez, est grandement suffisant pour que vous ayez confiance dans l'homme qui, désormais, contribuera avec vous à favoriser les progrès de la locomotion aérienne.
Si je me suis laissé entrainer à de lrop longs développe ments (non! non!) je lirerai du moins de cette allocution familière une conclusion précise.
Je vous demande, Messieurs, de lever vos verres en l’hon neur de Mme Blériol, de notre vaillant el triompbant camarade el du ministre de la locomotion aérienne, mon ami Millerand! (Applaudissements répélés et bravos prolongés.)
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Fic-simile de la lettre d'excuses de Nadar, invilé au banquet du 31 juillet, On voit que si la main tremble un peu, si peu, le patriarche et l'apôtre de l'aviation n'a rien perdu de sa foi ardente et de son esprit incisif.
M. Millerand, ministre des Travaux publics, prononce alors le dernier toast, salué d’acclamations unanimes.
Madame, Messieurs,
En succédant à mon collègue et ami Barthou au département des Travaux publics, je savais trouver dans mes attributions de ministre des voies et communications celles, dont je suis fier, de protecteur officiel de l'aviation.
Comment me serais-je imeginé que mon premier acte ministériel serait de saluer, au nom du Gouvernement de la République, le vainqueur de l'air, l'inventeur génial, le tran quille héros dont le nom, depuis une semaine, jaillit comme une fanfare de toutes les bouches françaises ? (A pplaudissements.)
Quels résultats pratiques nous promet, dars un prochain avenir, le succès de Blériot, le profane que je suis laisse à de mieux informés ou à de plus perspicaces le soin de les prophétiser. Si les avis peuvent âlre partagés sur les conséquences immédiales de celle victoire de l'audace et du génie humain, il n’y a qu'une voix pour annoncer la conquête de l'air.
Après da lerre, après l’eau, voici que l'homme s’asservit un nouvel élément. Les imaginalions qui nous apparaissaient comme les plus chimériques, les plus folles, il semble que nous soyons sur le point de les réaliser, et que sous nos yeux, au dessus de nos rues et de nos places, évoluent déjà, en leurs élégants et hardis sillages, les hommes-oiseaux.
Si l'aulre jour, monsieur, à votre arrivée à Paris, une si débordante explosion d'enthousiasme vous a accueilli, ne l'altribuons pas seulement à la prodigieuse merveille, au miracle incroyable qui venaient d'êlre réalisés. Plus encore que le résullat obtenu, le peuple de Paris acclamait, en son sûr instinct, la réunion chez l’un des siens des qualités maitresses de notre race qui l'avaient rendu possible. La France se reconnaissait en vous. (Salve d'applaudissements.)
Ce don de l'invention qui résout par la simplicité et la logique des problèmes qu'on aurait jurés insolubles ; cette force d'âme qui affronte, comme en se jouant, des plus terrifiants périls, ne sont-ce pas les traits caractéristiques de notre génie national? En les retraçant, n'estce pas votre portrait, monsieur, que j'esquisse ? (Vifs applaudissements.)
Et comme si vous aviez lenu que personne ne püt s'y méprendre et que volre vicloire füt vra‘ment une victoire à la française, vous y avez associé le sourire et la grâce de la compagne exquise et vaillante qu'avec vous la voix populaire a confondue, dans un même élan d’admiration et de gratitude. (Applaudissements et bravos.)
Au nom du pays, soyez glorifiés, Blériot et Latham, dont vous ne me pardonneriez pas d'oublier en cet instant les efforts demain victorieux. (Nourcaur avoplaudissements et bravos.) Soyez glorifiés et soyez remerciés, messagers de la paix et de la science, dont le vol audacieux apporte à l’humanité comme la révélation d’un monde nouveau.
Messieurs, je vous demande de lever vos verres à la gloire de l'aviation et de ses soldats,
A Latham,
À Blériot! (Applaudissements vifs et répétés.)
Mais M. Millerand n'a pas terminé, et voici sa conclusion très acclamée :
Messieurs,
Le Gouvernement de la République ne remplirait pas tout son devoir si, après la promotion dont mon ami Barthou a pris la juste initiative, il ne décernait pas quelques distinctions honorifiques.
J'ai le (rès grand plaisir de remettre, au nom de notre collègue de l'Instruction ÿul'ique, les palmes d’officier d'Académie à M. Anzani. (Vis applaudissements.)
A M. Emile Carton, constructeur de ballons et d'appareils d’avialion. (Nouveaux apnlaudissements.)
A M. Lucien Chauvière, industriel, à Paris. (Applaudissements.)
A M. Eugène Hüe, conslructeur d'appareils scienlifiques, à Paris. (Applaudissements.)
A M. Charles Voisin, conslrucleur d'appareils d’avialion, à Billancourt. (Applaudissements.)
Cette nouvelle promotion violette est chaleureusement applaudie.
Enfin, après un dernier toast à Blériot, les convives se rendent dans une salle voisine où, sur l'écran cinématographique, Gaumont fait revivre pour tous ceux qui ne se rendirent point aux Baraques et à Sangatte, les émotionnantes envolées de Blériot et de Latham.