‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 479 sur 698 · À PROPOS DU “VENT LOUVOYANT · texte numérisé non relu

À PROPOS DU “VENT LOUVOYANT

Deuxième riponse à M. Alexandre Sée (1)

M. Sée attachant peu d'importance à la question de publicalion effective, j'examinerai très brièvement les quatre documents quil n'omet cependant pas de m'opposer. Le premier est un article, en quelques lignes, d’un quotidien régional, ne contenant que les vagues indications citées textuellement dans la précédente réponse de mon compétiteur, et auxquelles personne n'aura l'idée d'appliquer le nom de théorie. Les trois autres documents sont insérés dans un Bulletin du quatrième trimestre 190$, relatant les séances tenues et les conférences faites pendant cette même période ; la publication effective n’a donc pu être réalisée qu'en 1909. Rien, de ce côté, ne vient donc troubler la situation de premier occupant qui m'a été créée par ma Note des Comptes Rendus.

Aussi M. Sée considère-t-il son pli cacheté comme la base essentielle de ses revendications ; j'ignore si, au moment où j'écris, ce pli a été ouvert, mais jé rappelle que tant que son texte intégral et authentique ne sera pas connu, la réclamation de son auteur sera dénuée de fondement. Il faut s'attendre, je suppose, à ce que ce document nous réserve des indications plus complètes et plus précises que celles contenues dans les quelques lignes citées par M. Sée. Ces notions embryonnaires n’ont pris corps et ne présentent acluellement un sens que grâce à de copieux développements de date plus récente, et sans lesquels je serais tout excusé de « n'avoir pas compris » et n'aurais pas à me laver de cette accusation.

Mais je reconnais qu'ayant lu l’article du 1* juin, je ne puis me dispenser de me disculper ; je déclare donc avoir parfaitement compris que... {oute cette théorie est basée Sur un principe inexact. Seulement, comme l’erreur est dimportance et qu'il subsistait un peu de vague dans certaines définitions, il était bon que l’auteur fût amené à bien spécifier que, pour lui, son principe est vrai quelles que soient les directions du vent et du déplacement absolus.

Ce que je saisis moins bien, je l'avoue, c’est comment j'ai mérité le reproche de trop généraliser, alors que je veux restreindre à quelques types de vol, l’application d’un principe que M. Sée étend à toutes les manœuvres voilières.

* aix

Quoi qu'il en soit, reprenons en partie la figure 20 (numéro du 1‘ juin), et traçons-y OT=V,, vitesse absolue de l'oiseau, et OS=W,, vitesse absolue du vent moyen ; il est facile, par la construction du parallélogramme OETS, de faire en sorte que la vitesse relative moyenne correspondant à V, et W,, soit précisément OE=V ; si, dès lors, nous projetons la force OR,, non sur la vitesse relative V, ce qui est dépourvu de sens, mais sur la vitesse absolue V,, nous constatons que

pour entretenir cette vitesse en surmontant les résistances rencontrées, le voilier dispose d’une force. retardatrice æ =OK.

C'est donc l’écroulement de l'édifice. Encore un mauvais tour joué par ce saltané Vent relatif qui n’en fait jamais d’autres ! Non content d'avoir été le grand pourvoyeur de la nécropole où reposent les théories antimécaniques, le voilà qui s'attaque effrontément à la respectable corporation des théories sérieuses ! Inutile, naturellement, de reparler de Langley et de distinguer les balancements transversaux et longitudinaux ; inutile de discuter les faits que l'auteur présente comme des criteriums, etc.

Seul, un modeste pan de mur se dresse encore : le principe se trouve être vrai dans le cas très particulier où l'oiseau s’avance avec vent moyen debout, parce qu'alors la vitesse relative V, sur laquelle l’auteur projetait la force, coïncide, comme direction et sens, avec la vitesse absolue V, sur laquelle cette projection doit

être effectuée. C’est précisément le cas — le seul — pour

(1) Voir l’Aérophile du 15 juillet 1909.

lequel il existe quelque chose de commun entre la théorie du vent louvoyant et une de celles qui dérivent des Principes du Vol à voile.

J'ai délimité cet élément commun et signalé les divergences ; il ne reste guère qu'à préciser l'observation faite au sujet de la résistance que le vent peut imprimer à l'oiseau : je maintiens que le voilier, qui savane contre le courant, suivant une ligne légèrement sinueuse dont l’axe coïncide sensiblement avec la direction du vent moyen (manœuvre du goéland), doit observer certaines précautions (dont M. Sée ne soupçonne ni la nécessité, ni la nature) pour n'être pas amené à décrire des arcs présentant leur concavité au vent, et le long desquels il sera soumis, en vertu du principe Z, à une force résistante. La démonstration de ce fait, trop longue pour trouver place ici, sera donnée quand je publierai une reconstitution de trajectoire, véritable criterium de toute théorie voilière. J'espère alors être relevé de l’inculpation « d'erreur grave » formulée par M. Sée ; en attendant, à propos de son objection, je remarquerai qu'il commet la « confusion habituelle » entre le relatif et l'absolu : l'arc concave, dont il est question dans le principe Z, est une trajectoire absolue ; les arcs dont il parle d'après ses schémas, sont des trajectoires du mouvement relatif, le seul envisagé par lui.

Enfin, dernière observation : on ne trouve pas trace, dans l'exposé de cet auteur, de la deuxième force apparente de Coriolis, qui intervient cependant dans le mouvement relatif, quand le mouvement d'entraînement (en l'espèce, celui de la masse d'air constituant le vent), comporte des changements de direction.

En résumé, on peut affirmer d'ores et déjà que le document secret ne contient qu’une parcelle de vérité perdue dans un ensemble erroné, et que cette petite fraction de théorie qui n’est pas inexacte, n’a été l’objet que d’une étude très rudimentaire.

Je signalerai, en outre, à propos de cette pièce, les particularités relatives à son dépôt. Comment M. Sée a-t-il donc été amené à déposer coup sur coup, un pli fermé et une note ouverte sur un même sujet? Il y à là une superfétation insolite, et d’autant plus curieuse qu’elle s’est produite au moment où j'envoyais moimême mon travail ; il m'est difficile de ne pas faire un rapprochement entre ces deux circonstances et une troisième, sur laquelle j'aurai peut-être à revenir.

La Note établissant mes droits a été résumée dans l'Aérophile du 15 mars, et ce résumé montre, je crois, qu’elle est claire malgré sa forme un peu abstraite (il s'agissait d’une communication à l'Académie des Sciences et non d’un article de vulgarisation) ; elle offre un ensemble complet, définitif, pouvant se passer de développements ultérieurs (1), et d’une rigueur qui n’a été contestée par personne, pas même par M. Sée, qui s'est contenté, dans son historique, de passer cette étude sous silence.

Mais, d’après un décompte de lignes, il conclut que la Note parue dans les Comptes Rendus n’est pas la même que celle déposée en septembre. Elle en est le résumé ; ai-je donc à lui apprendre que dans ce recueil, où la place est très strictement mesurée, les travaux d'une certaine étendue sont résumés et non publiés in extenso ? Je puis lui donner l'assurance que si sa théorie avait été insérée dans ces Comples Rendus, il n'aurait pu la présenter avec les mêmes développements que dans son article de l’Aérophile.

La conclusion générale à poser, en terminant, est, pour le moment et en ce qui me concerne : droits inlacts.

Commandant THOUVENY

(1) La suite naturelle de ce travail est le tableau des formules permettant de passer aux applications ; elles ont été établies dans une Note intitulée « Formules et applications relatives au Vol à voile » reçue par l’Académie des Sciences dans la séance du 30 novembre 1908, mais qui n’a pas été publiée. J'avais été autorisé à la résumer en même temps qu’une autre Note ayant pour litre « Le Vol ramé et les formes de l'aile » parue dans les Comptes Rendus du 21 juin 1909. Malheureusement, la place étant limitée, j'ai dû, pour ne pas écourter outre mesure le résumé de la nouvelle théorie du vol ramé, renoncer à bénéficier de cette décision favorable. Les mêmes difficultés s'étaient déjà rencontrées lors de l'insertion de l'étude sur les Principes du Vol à voile.

398 1° Septembre 1909

Le sauvetage du dirigeable Clément-Payard en Seine

LE “ CLÉMENT-KAYARD ”

Le record d'altitude pour aéronats battu

Naufrage en Seine

Le 23 août, à 5 h. 10 du m., le dirigeahle Clément- Bayard, monté par MM. L. Capazza, pilote, le colonel Nath, de l’armée russe et le mécanicien Dilasser, s'élevail, par temps calme, de l'aérodrome de Sartrouville, il 8 agissait d'effectuer le dernier essai de recette impose par le Gouverne ment russe, acheteur de ce superbe croiseur aérien, essai comportant un séjour de 1 heure au moins à 1.200 mm, d'altitude.

Celle clause sévère ful remplie eL même largement dépassée avec une aisance qui fait honneur au matériel comme au pilote. Evoluant sur Maisons-Laftitte, Monesson, Houilles, Levallois, le Clément-Bayard alteignail 1.550 m, d'altitude (record du monde d'altitude en diriseuble) el séjourna plus de 2 heures à plus de 1.200 m. l'all. Vers 9 h., il se dirigea vers Sarlrouville pour x effectuer sa descente.

À 9h. 25, le Clément-Bayard jetait, devant, le hangar ses guide-ropes aussilot saisis par l'équipe de manœuvre ; le moteur était arrêté. Mais le vent s'était levé très vif ; l’équipe de lerre, — une trentaine d'hommes, inécaniciens où paysans des environs de Sartrouville

suffisante par temps calme, était trop peu nom Freuse. Les rafales redoublaient quelques hommes,

(Photo Rol)

inexpérimentés, se sentant soulevés de terre, abandonnent les cordes, d’autres les imitent de proche en proche ; finalement, rééditant la fugue du Palrie (Voir Æérophile de décembre 1907), le Clément-Bayard reprenait sa liberté. Le pilote fit enibrayer de nouveau l'hélice pour revenir sur l’équipe d'atterrissage, mais celleci dut lâcher prise une deuxième fois. Revenu à l'état de simple aéroslat libre, le Clément-Bayard fut entrainé par le vent et dérive vers Maisons-Laffitte.

Or, il n'y avait plus bord que très peu de est el d'essence, L'allerrissage s’imposait pour sauvegarder le matériel. Avec un parfait sang-froid, le pilote, redoutant à bon droit les dangers d'une descente dans l’'agslomération de Maisons-Laffitte, chercha à gagner l'ile de la Commune, située sur sa roule. Echappant aux fils télégraphiques du pont du chemin de fer, sur lequel passait un express quelques secondes après, il allait atteindre l'ile, lorsqu'un des cordages s’enchevélra dans un saule au bord de la Seine. Le ballon s'inclina, puis, malgré les efforts de M. Capazza pour se dégager, la nacelle s'immergea dans le lleuve profond de plusieurs TIEItSS tandis que les passagers réussissaient à gagner

: bord à la nage.

Sur UN Coup ‘de téléphone, une équipe de sauveleurs arrivail bientôt de Sartrouville et de l'usine Clément. La nacelle était immergée par 4 m. de fond et la partie postérieure de l'enveloppe surnageait seule, Après un travail acharné qui dura jusqu'à 7 h. du soir, le matériel était entièrement retiré de l’eau. Les dégâts sont heureusement réparables et dans quelques jours le Clément-

l’Aérophile du 1* Septembre 1909 X]

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