‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 561 sur 698 · ES ES · texte numérisé non relu

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A la Coupe Gordon-Bennett : 1. Départ de l'Azurea. — 2. La Coupe G. B. des aérostats. — 3. Evolutions du dirigeable Parseval. — 4. Le ballon du colonel Schaeck amené au point du départ. — 5. Le ballon anglais flanet, piloté par M. Mac Clean, va prendre le départ. (Photos Branger.)

io Coupe Gordon-Bennett evait réuni, celle anné», concurrents à de grands sacrifices de lest qui écour- 20 engugentents. Dix-sept concurrents seulement pri- tèrent leurs ascensions, d’ailleurs fort honorables néan-

moins, comine distance et comme durée.

Bien que le classement officiel ne soit pas encore publié à l'heure où nous écrivons, le vainqueur : de l'épreuve parait devoir être le champion américain, M. Edgard W. Mix. Il montait le ballon America, de 2900 nv, superbe sphérique construit par la Société « Astra » ‘tissu caoutchouté Continental) ; son second était M. André Roussel, hbeau-fils de l’un des codirecleurs de la Sociélé « Astra », M. Ed. Surcouf, ei tils de Mme Ed. Surcouf, la distinguée présidente de FAGro-Club « Stella ». M. Mix est descendu à Ostrolenka, au nord de Varsovie, le 5 octobre, à 3 h. 3 du matin. La cistance franchie est nettement supérieure à celle du second probable, mais le guiderope de l'America aurait été saisi, en Bohême, par des paysans qui retinrent le ballon plusieurs minutes malgré les objurgations des aéronautes. Un supplément d'information a élé nécessaire pour déterminer si cette escale forcée avait duré plus de 15 minutes, ce qui obligerait à classer M. Mix hors de course.

Sous cette réserve, voici quel serait le classement pro-

rent le départ : 1 Autrichien, 3 Allemands, 1 Américain, 3 Belges, 2 Italiens, 3 Français, 1 Anglais, 3 Suisses. Uni champ'on ilulien et les ? champions espagnols avaient déclaré forfait.

Les champions français étaient : M. Alfred Leblan?’, déjà classé second dans la même épreuve en 1907, aux Etats-Unis, avec un voyage de plus de 44 heures, qui fut longtemps le record du monde de durée. Le célèbre acronaute, devenu l'un de nos aviateurs les plus connus. avait pour second M. Jacques Delebecque, un des pilotes les plus habiles et les plus endurants de l'Aéro- Club de France. Ils montaierit le beau ballon Ile-de- France (2.209 m')— M. Emile Dubonnet, habile à tous les sports et qui possède les plus beaux états de service de pilole-aércnaute. Son second, M. Pierre Dupoal, au cours avait révélé de telles eptitudes que M n'avait pas hésilé à se l'adjoindre. Ils montaient bailon Condor (2.200 m°). — M. Maurice Bienaimé, te pius jeune de nos trois champions, a depuis longtemps “onquis ses lettres de maitrise. Avec son second,

de quelques ascensions d'entrainement Dubonnet

M. Jean de Francia, rôle souvent interverli, ils forment une des équipes les plus estimées et les plus entraînées de lAéro-Club de France. Ils montaient le ballon Picardie :2.200 m'}

I ne fallut pas moins d'une quarantaine de mille mètres cubes de gaz pour gonfler les 17 énormes sphères de 2.200 m°. Cette énorme quantité de fluide léger fut aisément fournie, le 3 octobre, par l'usine de Scalieren. qui avait pris ses précautions, et le gonflement s'effectua en 3 heures. La foule élait énorme, des 10 heures du matin, palaugeant stoïquement dans un terrain gluant, détrempé par les pluies des jours précédents ; elle applaudit aux belles évolutions du dirigeable Parseval, gonflé sur place au moyen de tubes d'hydrogène.

Les départs, dont l'ordre avaient été fixé par tirage au sort, commencèrent à 3 heures. Ils se terminèrent à 5 h. 3, par vent modéré poussant au N.-E. qui cessa sur le soir. La pluie lui succéda, obligeant certains

visoire pour les 3 premiers.

{. E. Mix (Amérique), America-IT, passager : A. Roussel : atterrit à Ostrolenka {nord de Varsovie, Pologne) ; distance : 950 kil.

2. Leblanc (France), Ile-de-France, passager : J. Delebecque (Fortes toiles Continental) : atterrit à Zargriva, près de Also-Kubin (Hongrie), à 2 h. 30, le 4 octobre parcours approximatif : 832 kil.

3. H.-E. Messner (Suisse), Azurea, passager dan : atterrit à Thule (Silésie), à 3 heures, le 4 octobre : &28 kil.

Voici, sans classement, les autres alterrissages :

Schaeck (Suiss2), Helvelia, passager : P. Armbruster {Fortes toile: Continental); att. à Strelitz (Silésie), à 12 h. 45: parcours approximatif : 795 kil. — Paul Mecket (Aliemagne), Busley, passager : lieutenant Meckel, att. à Lax (Comitat de Trencsen) (Hongrie), à 4 h. 15, le 4 octobre. — V. de Beauclair (Suisse), Cognac, passager : comte Eniscédel ; att. à Possitz (Siésie), à 3 h. 30.

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D'une façon générale, la course a été dure sous la pluie, dans la bourrasque du sud-ouest, au sein d’une nuit noire. dans des régions montagneuses et boisées que le-guiderope frôlait souvent, malgré l'altitude.

Nos champions ont vaillamment disputé leurs chances et si la noble incertitude du sport ne leur à pas été favorabie, on peut dire, néanmoins, qu'ils ont fait honneur à leur club.

M. Emile Dubonnet a vu son voyage conlrarié par de multiples péripéties. Vers 11 h. du soir. son guiderope est pris dans un arbre, il ie coupe, fait un bond à 2.000 mètres, qui compromet le reste du voyage. Un peu plus tard, privés de ce précieux agrès, aveuglés par la pluie, les aéronautes heurtent une maison au sommet d'une montagne ; le ballon est déchiré près de l'appendice. Il monte néanmoins à 3.000 m. A parlir de ü h., il s'élève encore, dépasse 6.000 mètres, où ln perte de gaz par la déchirure oblige à de constants sacrilices de lest, si bien que la descente de cette hauteur formidable, presque sans lest, fut très dure.

Moins meuvementé, le voyage de M. Bienaimé fut également poussé à la limite extrême du lest. L’équilibre était difficile et la pluie accompagnait les aéronautes avec une déplorable persistance. IIs durent vider jusqu'à 17 fois un seau qu'ils avaient placé sous l'appendice d'où ruisselait une véritable source.

Quant au voyage de l/le-de-France, laissons à son vaillans et peu heureux pilote le soin de raconter sa rude ascension et son diflicile atterrissage.

La Coupe semble devoir rester à M. Mix et l’Aéro- Club d'Amérique, dont il élait le champion, aura là charge de faire disputer l'épreuve, aux Etats-Unis, l'année prochaine.

est donc une nouvelle victoire américaine après celle du lieutenant Lalhm, en 1906. Disons, toutefois, en félicitant comme il convient le vainqueur, que sa vicloire réjouira aussi les aéronautes français. Fixé depuis de longues années à Paris, où il est ingénieur de la Société Thomson-Houston, M. Mix est un des pilotes les plu: estimés de l’Aéro-Club de France. Il à fait en France toute sa carriere d’aéronaule qui débuta justement sous les auspices d'Alfred Leblanc. M. Mix n'élait-il pas, d'ailleurs, le second de son ami Leblanc lorsque celui-ci établit le record de durée de 44 heures dans la Coupe Gordon-Bennett de 1907? Après la vicioire d'un de nos champions, aucune autre ne pouvait être plus sympathiquement accucillie chez nous que celle de M. Mix.

A. CLÉRY

Comment nous avons disputé la Coupe Gordon-Bennett

. Le dimanche 3 octobre, à trois heures et demie de l'après-midi, l'{le-de-France s'élève lentement au-dessus de la plaine de Schlieren. Deux ballons nous ont précédés, quatorze doivent nous suivre ; tous partent avec l'espoir d'enlever le trophée le plus envié des aéronautes, la Coupe Gordon Bennett.

Mais maintenant, à une altitude qui varie entre S00

et 1.000 mètres, nous sommes emportés par un vent du sud-ouest dans la direction du lac de Constance. Or, nous ne tardons pas à nous apercevoir que les deux ballons partis les premiers et qui voyagent dans les couches élevées de l'atmosphère, l'Albatros, italien, el lUiopie,; belge, marchent à une vitesse sensiblement supérieure à la nôtre. Aussi décidons-nous de jeter du les pour monter à notre tour. Le résultat ne se fait pas attendre : vers 6 heures du soir, nous atteignons la hauteur de 2.000 mètres et nous traversons le lac de Constance à une vitesse d'environ cinquante kilométres à l'heure.

. Dans ce crépuscule d'automne, un panorama maguifique se déroule au-dessous de nous. Sur les rives du lac, des feux s'allunient de toutes parts : vers le sud, les cimes neigeuses des Alpes, émergeant des nuages, brillent sous les derniers rayons du soleil ; à l’ouest, le Rhin déroule ses replis tortueux ; au nord s'étend la Solxbe. peuplée de villages.

Cependant nous constatons que, plus nous nous élevons, plus notre direction générale s'infléchit vers l’est. C'est une circonstance favorable, puisque nous avens un Champ illimité, malheureusement l'équilibre atmosphérique est détestable : nous sommes obligés de vider des sacs de lest presque sans interruption pour rester à l’allitude où nous avons résolu de nous maintenir. À 9 heures du soir, nous traversons l’'Ammersec : une demi-heure plus tard, l'Ile-de-France plane audessus de Münich.

A partir de Münich, la physionomie du voyage change ; d’épais nuages se forment et nous cachent la terre, que nous n'apercevons plus qu'à de rares intervalles. Profitant de ces échappées, nous constatons, à iaide de la boussole, que notre direction ne varie pas; mais l'air est toujours saturé d'humidité et la précieuse provision de sable diminue dans d’inquiétantes proportions ; à 2? heures du matin, sur 29 sacs de lest emportés, nous en avons déjà usé 17. Au-dessus de nos têtes le ciel est pur, et la lune, encore presque pleine, illumine une mer de nuées laiteuses

Cinq heures et demie du matin: les étoiles palissent el les premières rougeurs de l'aube apparaissent. Nous filons toujours vers l’est-nord-est. Maïs il faut perdre lout espoir de battre des records : nous n'avons plus que 8 sacs de lest. Le soleil, montant sur l'horizon. semble nous entraîner dans sa marche ascendante : le baromètre marque 3.500, 4.000, puis 4.500 mètres. Vers 7 heures. les nuages se déchirent un moment et nous permettent de distinguer une large rivière, que nous supposons être le Danube. Peu après, nous avons l'égoïste satisfaction de voir un de nos concurrents, le seul que nous aycns aperçu depuis le lac de Conslance, disparaître à travers ies nuages pour atlerrir probablement.

Le Jest s’épuise toujours el ie lravail de surveillance des instruments est tel que nous avons à peine le temps de toucher à la respectable quantité de provisions que nous avions ercportée, en névision d'u voyage de longue durée. Nous n'avons, d'ailleurs, pas grande envie de manger. Le baromeétre marque maintenant 6.000 mètres. Oppressés par la raréfaction de l'air, nous grelottons dans nos fourrures. Le thermomètre indique — 11°.

ll est deux heures de l'après-midi et il va falloir songer à reprendre terre. Nous n'avons plus, en effet, que deux sacs et demi de lest, ce qui représente un très strict minimum pour descendre d'une altitude de 6.000 mètres. Aussi nous gardons-nous bien de conlrarier le premier mouvement de descente de l'Ile-de-France. Au début, tout va bien. Mais, vers 3.500 mètres, nous traversons une épaisse couche de nuages, ce qui à pour résultat d'accélérer considérablement cette chute. Tout à coup, la terre rous apparaît sous la forme d'un chaos de montagnes aux formes abruptes d’un aspect peu rassurant. Néanmoins, il n'y à pas d’alternalive. Il faut atterrir.

15 Octobre 1969

Les pilotes de la Coupe aérostatique Gordon-Bennett 1909

Cap. von Abercron (Allem.). — 5. L. de Broucktre (Belg.) 6.

D' Brockelman (Allem.). — 3. M. P. Mœæckel (Allem.). — 4. Dr A. Schlein (Autr.). —

A. Vleeminckx (Belg.). 7. G. Geerts (Belg.). — $. E. W. Mix (Etats-Unis). — 9, À. Leblane (Fr.) — 10. E. Dubonnet (Fr.). — 11. M. Bienaimé (Fr.). — 12. Mac Clean (Gde-Bret.). — 13. Cap. Frassi netti (Ital.). — 14. G. Piacenza (Ital.). — 15, Cap. Messner (Suisse). — 16. V. de Beauclair Suisse). — 17. Colonel Shaeck (Suisse).

Nous arrivons au sol à grande vilesse, au bas d'une pente boisée, à l'entrée d'une vallée. L'endroit est, somme toute, passäble. À quelques mètres du sol, je lire la corde de déchirure. Tout est sauvé.

Non, tout est compromis, car la corde de déchirure ne fonctionne pas. Emporté par une rafale de vent formidable, l'/le-de-France s'engoulfre dans la vallée el remonte, avec une rapidité vraiment impressionnante, la rente couverte de bois et semée de rochers. Désormais, les instants sont précieux. Nous jetons par-dessus bord nos provisions, nos tubes d'oxygène. Deux ou trois chocs brulaux, puis le baiïilon s'arrête brusquement : la corde qui aittachait notre sac à bâches vient de se prendre dans des racines. Et immédialement, Sous la pression du vent, l’appendice s’arrache au-dessus du cercle.

La situation est évidemment mauvaise. Nous sommes ballottés le icng d’une paroi de rochers presque à pie, à ine cenlaine de mètres au-dessus de la vallée. Impossible de mañtriser le ballon. Delebecque tire sur la soupape de loutes ses forces, mais cette manœuvre risque de devenir dangereuse car si l'Ile-de-France finit par se vider, la nacelle, entraînée par le poids de l'envelooppe, risque fort de nous précipiter le iong du mur rocheux contre lequel le vent nous rabat sans cesse. Aussi nous décidons-nous à quitter notre nacelle. Au moment! où, pour la dixième fois peut-être, nous sommes rejetés le long du rocher et prolitant d'un moment d'arrêt dans les soubresauts du ballon que nous jugions les derniers, nous nous accrochons à la paroi presque verticale de la montagne. Nous sommes sauvés. Mais. par malheur, l’{le-de-France ne l'est pas, car le vent s'ecgoufire dans les plis de nolre pauvre ballon qui forme alors cerf-volant et qui, se détachant des racines auxquelles il restait accroché, s’éiève lentement et disparaît dans les eirs, emportant nos instruments, nos provisions, nos parcessus et... nos chaussures.

Un moment Ge stupéfaclion, puis, malgré les désagréments d2 la situation, nous éclatons de rire. Ce qui aurait pu être un drame s'achève en vaudeville. Nous sommes dans un pays perdu, à peine habillés et en pañloufles. Dégringolant avec précaution au fond de la vallée, nous apercevons quelques paysans vêtus de peaux et coiffés de larges chapeaux aux bords retroussés. Ils cemmencent par s'enfuir à notre approche. Enfin, l'un d'eux, plus hardi, s’avance près de nous limiderent, nous tâte, puis nous débite un flot de paroles en une langue inconnue. De guerre la nous le quitions el ncus prenons au hasard un sentier rocailleux.

Une demi-heure plus tard, nous parvenons à un groupe de maisons et nous avisons, sur le pas de sa porte, un gros hcmme à la face bourgeonnante qui fume une énorme pipe. Chance inespérée, il comprend Quelques mots d’aliemand. Désormais nous sommes hors d'affaire. On nous conduits aux principaux du villige et nous apprenons que nous sommes à Zazriva. dans les Karpates, sur les confins de la Hongrie cé de la Galicie,

Le reste du voyage se passe sans péripéties. Un horrible chariot nous mène en deux heures à une stalion de chemin de fer, où nous prenons le train pour Budapest. Nous y arrivons le lendemain matin. dans une tenue qui provoque chez les Hongrois civili: un élonnement visible. Par bonheur, en face de la gare. un magasin de chaussures nous ouvre ses portes hospitalières Nous nous y précipilons. Désormais. nous pouvons nous promener par les rues sans êlre remarqués. Nous ne sommes certes pas élégants. mais nous ne sommes plus grotesques.

Quarante heures plus tard, nous élions de retour a Paris, sans rapporter, hélas ! la Coupe Gordon-Bennetl mais avec la conscience d’avoir fait tout ce qu'il fallail pour gagner. Vaincus, soil, mais vaincus honorahlement. ALFRED ÎEFLANC

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