LES ÉTAPES DE L’AVIATION
En aéroplane sur Paris
Parti de Port-Aviation sur son biplan Wright, le comte de Lambert vole sur Paris, double la Tour Eiffel par 400 mètres de hauteur, et
Sn a son point de départ (18 oct. 1909).
l&l.] { spa Les vols circulaires de nos aviateurs allaient peut-
être finir par jasser notre curiosité. La magnifique
prouesse du comte Ch. de Lambert, le 18 octobre, est venue en rompre la monotonie.
Parti de Port-Aviation dans son biplan Wright, à 4 D. 37. M. de Lambert gagnait rapidement en hauteur et, à la fin du premier tour, sortait délibérément de l'aérodrome et filait vers le nord, par plus de 150 m. de haut. Bientôt, il Gisparut derrière les coteaux qui cernent l'aérodrome. Les spectateurs crurent à une simple fugue de courte durée au-dessus de la campagne, mais le temps s'écoulait, l’aviateur ne revenait pas et une certaine anxiété ne tardait pas à peser sur le public.
Cependant le comle de Lambert continuait son audacieux voyuge. Gagnant toujours en hauteur, il domine bientôt les agglomérations de la banlieue sud, Bourgla-Peine, Arcueil, Malakoff ; 11 coupe la ligne des fortilicalions et s'engage sur Paris, près de la porte d'Arcueil, au bastion 81, se dirigeant vers la Tour Eiffel ; sur son passage, des foules s’ameutent stupéfaites, enlhousiasmées, anxieuses. .
La-häut, à 60 kil. à l'heure, réduit par la distance aux dirensions d'un jouet, l'aéroplane continue 1mperturbablement sa route et son audacieux pilote, aitentif au ronflement de son moteur, n'entend même pas la grandiose clameur d'acclamations qui salue son courage. La Tour Eiffel approche ; continuant son \ol au-dessus du quartier du Gros-Caillou, le comte de Lambert surplombe le maïtre-poteau qu'il avait pris pour but, passant, au témoignage de M. Milon, directeur de la Tour, à une centaine de mètre au moins audessus du phare, scit 400 mètres au-dessus du sol; puis, il prend le chemin du retour, cinglant en plein ciel vers Port-Aviation. Un instant, le pilote, un peu désorienté. cherche la route à suivre, il la retrouve en se repérant sur le cours de la Seine el en reconnaissant un grand réservoir blanc qu'il avait remarqué au départ. Le retour eut lieu exactement par le ième chemin. Deux ou trois kilomètres avant Port- Aviation, le pilote amorçait sa descente, dont la durée l’'étoinna. Il élait encore à 100 m. de haut lorsqu'il pénétra dans l'eérodrome à peu près à l'endroit où il l'avait quitté, délivrant d'une affreuse angoisse les spectateurs qui craignaient de ne plus le revoir. Dans une tempête d'urclamations, l'avialeur continue son vol, descendant à 10 m. du sol en un tour de piste ; il fait encore un tour à cette hauteur dans la nuit tombante st vient atterrir avec une précision admirable à 5 m. de son hangar.
Cette inoubliable envolée avait duré 49 minutes, 59 secondes 2/5. La distance à vol d'oiseau du point de départ à la Tour Eiffel est d'environ 21 kil., auxquels s'ajoutent le tour de piste effectué au départ et les deux tours de piste à l’arrivée, soil 48 kil. au moins.
Inutile de dire les ovations qui saluèrent le héros de ce magnifique exploit. Toujours modeste, le comte de Larrbert essavait de s'y dérober; mais MM. Michel Clemenceau, directeur de la Société Ariei, et Tharel, directeur de la Compagnie de Navigation Aérienne, l'emportaient en automobile au Club-House de la Société d'Encouragement où M. Dussaud porta un loasl chaleureux au premier aviateur qui ait eu l’audace de voler au-dessus de l'océan de pierre de l’agglomération parisienne. M. de Lambert eut l’agréable surprise d'y recevoir les félicitations d'Orville Wright, revenant de Berlin, et arrivé à l'aérodrome tandis que le vaillant pilote était déjà en route vers Paris.
M. de Lambert raconte son voyage
Au banquet de l'Exposition aéronautique où il parut le soir même, sans avoir encore eu le temps de quitter
ses vêtements d’aviateur, le comte de Lambert fut chaleureusement acclamé. Sur la demande pressante qui lui en fut faite, il tit, en ces termes, avec la plus charmante simplicité, le récit de son voyage :
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er W, ? ?
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Itinéraire du comte de Lambert dans son voyage sur Paris, tracé par l'aviateur lui-même.
« Je suis embarrassé, en vérité, très embarrassé, je n'ai jamais encore parlé en public. Vous me demandez ce que j'ai fait. Et bien, j'ai mis un appareil au point et. quand on à un bon appareil au point, on l’a bien en confiance, et il n’est pas plus difficile de faire le tour de Paris en doublant la Tour Eiffel que de faire le tour d'un aérodrome. Et j'avoue que les applaudissements qui ont salué mon retour à Juvisy, et la manifestaton grandiose qui m'a accueillie à mon entrée sont véritablement en disproportion avec ce que j’ai fait.
« Il n'y avait pas de vent, je me suis élevé tout doucement, j'ai pris pour point de direction la Tour Eiffel et j'ai élé droit dessus. Après l'avoir doublée, j'ai eu un peu de mal à retrouver ma route, mais la Seine
l’Aérophile du 1°° Novembre 1909 J11
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A EUNE (Juvisy-Tour Eiffel et retour)