‹ L'Aérophile (volume 3)Chapitre 653 sur 698 · L. LAGRANGE · texte numérisé non relu

L. LAGRANGE

5932 1" Décembre 1909

à | L'AVIATIOW / 4 Rue NY -—

La Passade du Faucon

On sait que lorsqu'un oiseau de proie rameur, {el que le Faucon, « entreprend » sur un voilier, sa tactique habitucile-consiste à prendre de la hauteur et à effectuer une « descente » très rapide. Il peut arriver que, dès cette première attaque, le voilier soit atteint : alors, suivant la description de Huber, « le rameur le saisit (le lie ou met à la main), puis l'amène en culbutant avec lui jusques à terre, où il achève de le mettre hors de combat et en fait sa pâture.

« Mais le plus souvent le voilier voyant porter sur lui avec cette furie, esquive par un léger mouvement de côté, et le rameur, emporlé par sa propre vitesse, irait enfin toucher terre et s'y fracasser, s’il n’usait de certaine faculté qu'il a de s'arrêter au plus fort de sa vitesse et de se porter droit en haut, au degré nécessaire pour faire une seconde descente.

« C'est ce qu'il exécute en r'’ouvrant tout à coup ses ailes, qu'il tenait serrées pendant sa descente. Ce mouvement suffit, non seulement pour arrêter sa descente, mais encore pour le porter sans qu'il fasse aucun effort, aussi haut que le niveau d’où il est parti. On appelle cette montée passive une ressource, du lalin resurgere. Le tout ensemble, c'est-à-dire la descente et la ressource, s'appelle une passade ; ce qui fait à l’œil à peu près l'effet du balancement de l’escarpolette (voir fig.) Il faut quelquefois plusieurs passades, et souvent même plus d’une centaine de passades, avant d'obtenir le succès. Dans ce cas, il n’est pas si étonnant qu’on pourrait le croire que le rameur soutienne un travail aussi long. Car fût-il prêt à être hors d’haleine avant de faire la première passade, il est remis en haleine par ce mouvement, au point de pouvoir le répéter sans cesse une heure durant, sans se fatiguer autant qu'en faisant une carrière de médiocre étendue (1). »

Cette manœuvre de la passade apparait donc comme un mouvement extrêémement simple, analogue à celui du pendule, et cependant son étude a donné lieu à des erreurs sérieuses, témoignant d'ailleurs d'une foi trop robuste en des formules insuffisantes, et dénotant un examen trop superliciel des faits. Admeltant que la ressource comporte un changement de direction brusque. on à considéré ce fait comme inexplicable sans l'intervention de manœuvres spéciales ; il en est de ces considérations comme des fameuses dissertations sur la dent d'or : la conversion brusque est d'autant moins difficile à expliquer qu'elle est inexistante, comme lindiquent nettement la comparaison de la passade au balancement de l'escarpolette, et surtout le tracé donné par Huber à l'appui de sa description (tracé reproduit en A B G;, sur la figure ci-jointe).

Néanmoins, dans une communication à l'Académie des Sciences (2), où le texte de Huber était cité, J. Bertrand, après avoir montré que, dans la ressource, le ravon de la trajectoire ne peut descendre au-dessous de 20 mètres, ajoutait ceci : « … C’est beaucoup plus que ne l’indiquent les observateurs quand ils parlent d'une conversion brusque dans le mouvement (le descente, immédiatement transformé en remontée. » D'autre part, l'éminent géomètre avait calculé que, même si on négligeait l’effel de la pesanteur, la résistance tangentielle suffirait à absorber les 99/100 de la force vive ; d’où ces conclusions :

« Les faits els qu'on les a souvent décrits et tels que de nombreux observateurs ont cru les ohserver, ne sont donc pas acceptables. Il est impossible, en réduisant

(1) Oùservations sur le vol des oiseaux de proie; p.729.

@) Lettre à Elie de Beaumont. Comptes Rendus, 15 mai 1871; T. 72, p. 588.

autant qu'on voudra la hauteur de la remontée, de [a considérer comme un phénomène passif. L'oiseau devra nécessairement produire un lravail et la découverte des moyens qu'il emploie réclame de nouvelies études. »

Nous avons vu que dans la réalité, la longueur du rayon de courbure ne descend pas à un chiffre très faible ; cependant un calcul correct fournit des valeurs notablement inférieures au minimam cité plus haut; celui-ci a été déterminé en assimilant l'aile à un plan, et en employant, pour calculer la pression F normale à ce plan, attaquant sous l'angle à, l'expression F = 0,079 S V° (Sin ti}, forme aujourd’hui abandonnée, même pour les surfaces planes ; elle donne des valeurs de F Lrop faibles et, par suite, des rayons trop grands.

Les formules convenant pour les voilures cintrées, conduisent à des courbures de trajectoire en conformité avec les obscrvations ; elles montrent, en outre, que la résistance tangentielle serait bien loin de constituer un obstacle absolu pour l'exécution de la ressource purement passive.

Délail à relever, c'est dans celle même communicalion que J. Bertrand « exécute » les théories de Navier sur le vol ramé, non sans leur reprocher d’avoir {trop négligé les faits et trop dédaigné les détails. C'est sans doute à cette date que remonte l'usage religieusement suivi de décocher un trait*à cet infortuné Navier, à titre d'entrée en matière pour toute étude sur le travail fourni par le rameur; heureusement, les mânes du calculateur si malmené ont la consolation de constater que s’il a des contempteurs, il a aussi de nombreux imitaleurs.

Il va de soi, du reste, qu'en nous permettant ce rapprochement entre deux conclusions erronées, nous n’enlendons pas les placer sur la même ligne ; l'erreur de Navier choquait le sens commun, qui cependant ne perd jamais ses droits, même en Aviation.

Dans une théorie de la ressource, servant de base à une élude de la sustentation et du travail dans le vol ramé, nous trouvons l'indication du moyen qui serait employé pour produire le crochet considéré comme constituant cette ressource : l'oiseau ferait pivoter rapidement ses ailes, de 90°, autour d'un axe perpendiculaire à son plan de symétrie (1).

D'après la position moyenne assignée à l’axe instan- Lané de la rotation, celle-ci serait sans doute très peu efficace, car à l'avant l'aile serait pressée par l'air sur sa face dorsale ; seule, la partie arrière, molle ou flexible, attaquerait dans le sens convenable pour la produclion de la force centripète nécessaire. En tout cas, la valeur indiquée pour la pression moyenne sous la voilure (37 kil par mètre superficiel) ne pourrait être atteinte, car le pivotement des ailes soumises à une telle résistance exigerait, pour le Faucon, des muscles rotaleurs présentant une section d'une trentaine de cenlimètres carrés.

Celte pression unitaire si considérable (qui, d'apres les aulres chiffres de l'exposé, ferait décrire au Faucon une trajecloire n'ayant guère que 25 à 30 centimètres de rayon) à été obtenue à l’aide d'une formule inexacte. exagérant beaucoup l'influence de l'accélération prise par certaines parties de l'aile, dans leur rotation. Le sénéral Didion ayant donné, pour la pression sur un plan se déplaçant orthogonalement avec une vitesse V et une accélération y, une expression revenant à celle- Cine

P = 0,084 V° + 0,164 Y, la théorie que nous examinons admet que lon a, pour un plan attaquant obliquement, sous l'angle à : sin @ 1 + sin ?4

de sorte qu'un plan attaquant par sa tranche (4 = 0) serait soumis à une pression normale P = 0,164 y; on pourrait même obtenir une pression P positive pour un angle d'attaque négatif. ve

Ces considérations sur le mouvement accéléré nous ont été opposées à propos d’une étude où l'aile du r'ameur est assimilée à un aéroplane, ce qui, COnCurTremment avec une théorie nouvelle de la propulsion dans

(1) Notice sur le vol des oiseaux, par le Capitaine P. Gr RarDvILLE ; Revue d'Artillerie, T. 53, p. 550.

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