PRÉSIDENT-FONDATEUR DE ‘ LAPRO-CLUB
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Si l'on en croit une légende, qui ne nous paraît point dépourvue de fondements, ce sont les ascensions du ballon l'Æorizon qui ont développé dans l'esprit du comt: de Dion, le goùt des inventions destinées à résoudre le grand problème de la lo:omotion mécanique dans laquelle il a conquis, à force de sacrifices, un rang cistinguc. Si un des plus intrépides et des plus impétueux leaders du high life parisien a dépensé tant d'argent et de véritable génie pratique dans la construction du tricyele à pétrole, ce serait à la suite des émotions grandioses éprouvées à bord du yacht en soie et en gaz qu'il a fait construire par le lieutenant-colonel Renard à l'établissement central d'atrostation militaire de Chalais-Meudon.
On comprend donc qu'après avoir contribué à la création de cette admirable institution quise nomme l'Automobile-Club, le comte de Dion ait songé de nouveau à ces ballons qui lui rappelaient d'agréables souvenirs. En réalité l'Aéro-Club était le complément indispensable de l’Aufomobrle-Club. Malgré les difficultés beaucoup plus grandes contré lesquelles l’Aéro-Club est obligé de lutter, nous pensons qu'il ne fera pas moins d'honneur que son aîné au sympathique créateur de deux sociétés si utiles.
Entreprises vers 1884 dans le but de tirer la Société française de navigation aérienne de l'état de découragement dans lequel elle languissait fatalement à la suite de la catastrophe du Zewith, les ascensions de l’Æor150n ont cu surtout pour résultat de révéler à un homme intelligent, doué d’une grande initiative et d'une belle fortune, les émotions de la vie d’un inventeur. Il en a éprouvé toutes les tribulations, mais aujourd'hui il peut jouir des légitimes satisfactions du triomphe et appliquer à ces épreuves qu'il a subies le beau vers de Virgile :
Forsan et hœc olim meminisse juvabit
Le petit moteur de Dion-Bouton que fabrique avec tant de succès l'usine de Puteaux, semble destiné à servir à la remorque des ballons allongés. En cffet tout le mécanisme formé d'un cylindre, d'une bielle, d'un piston, d’un réservoir faisant fonction de carburateur et d'un allumage électrique ne pèse pas beaucoup plus qu'un sac de lest.
Non seulement comme l'aile de l'oiseau les organes du tricycle de Dion- Bouton sont un miracle de légèreté, mais la rapidité de leurs mouvements n'est pas moins surprenante.
Par sa simplicité, par son peu de poids, par la sûreté de sa détente, par la puissance de ses effets, cette voiture mécanique occupe dans la série des matériels connus un rang comparable à l'organisation des oiseaux dans la série des vertébrés, Son moteur a été imaginé pour actionner d’autres
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organes que des roues tournant avec une vitesse vertigineuse sur les pavés ou dans les ornières des chemins de la terre. On dirait qu'il est appelé, par ses qualités, à propulser les véhicules aériens sur les nuages, pavant les grandes voies de l'atmosphère.
Une hélice centrée sur l'arbre de rotation et faisant 1,800 tours par minute, n'a pas besoin de posséder des dimensions bien considérables pour remorquer, dans l'air, le ballon auquel elle sera attelée. Elle produira @es merveilles si elle est à la disposition d’un habile aéronaute. En effet, si le navigateur aérien arrive à lutter contre des vents dont la vitesse dépasse souvent la puissance dont une machine peut être animée, c'est qu'il possède la faculté de choisir parmi toutes les couches divergentes superposées cans une colonne de plusieurs kilomètres d'épaisseur celle qui lui convient le mieux. Le navigateur aérien a toujours la ressource, que na pas le marin, d'aller chercher les vents qui seront plus maniables, ou moins directement contraires, que ceux qui soufflent à la surface de la terre.
Nul doute qu'une fois qu'il aura adopté a un ballon allongé le moteur de cinq chevaux qu'il se propose de réaliser sous peu, le comte de
Le moteur de Dion-Bouton J)ion ne trouve autour de lui d'habiles praticiens qui sachent tirer parti des excellentes qualités de sa machine.
Sans nous dissimuler les difficultés de la tâche nouvelle qu'il entreprend, nous ne pouvons nous empêcher de tirer le meilleur augure de ses succès passés pour ses succès futurs.
En effet, les difficultés qu’il a vaincues, lui fourniront certainement autant de moyens pour venir à bout de celles dont il doit triompher pour arriver à la solution du plus difficile problème de la mécanique moderne. Ce n'est donc pas sans espérance d'avoir à saluer le triomphe définitif de la direction aérienne, que nous enregistrons le nom du comte de Dion dans notre galerie des aéronautes célèbres.
Wilfrid DE FONVIELLE.
Le Baptême de « l’Aéro-Club »
L'Automobile-Club dont la fondation remonte à l'année 18095, date déjà ancienne à une époque où le progrès a enfourché sa bicyclette, ne s'est pas contenté des suceës obtenus sur toutes les routes de la République et des empires ou royaumes voisins.
En octobre 1808 il a engendré un fils l’Aéro-Club et le fils a reçu le baptême de l'air en présence de son bureau composé de M. le comte de Dion, dont nous faisons connaître la carrière aéronautique à nos lecteurs, de MM. Archdeacon et le comte de la Valette.
Le ciel était calme, la température agréable, le public nombreux et fort enthousiaste. M. Arthur Porte, directeur du Jardin d'Acclimatation, tenait le néophite sur les fonts baptismaux.
Tout était à la joie et à l'avenir dans le bel établissement qui a pris la mission d’acclimater les ballons dans le sein du high life de France.
Déjà à 2 heures, malgré notre carte de service, nous avons eu beaucoup de mal à nous glisser autour de la pelouse célèbre par les ascensions captives que M. Arthur Porte offre à ses visiteurs.
La fête a commencé par le ballon de M. de Santos-Dumont oubliant qu'il est dirigeable et laissant pour cette fois à terre sa machine motrice a été le premier à disparaître. Le départ de l’intrépide aéronaute brésilien a été salué par des bravos frénétiques. Il est descendu dans le département de Seine-et-Oise, à Viarmes, près de Chantilly, à 7 heures du soir. L’atterrissage a été déterminé par un caprice du guide-rope qui s’est embarrassé dans une série de fils télégraphiques que la force du vent ne put rompre.
MM. Kriéger et Archdeacon, deux chauffeurs bien connus ont pris leur vol, quelques minutes seulement après M. de Santos-Dumont. M. Archdeacon, un des adeptes les plus enthousiastes de l’art aéronautique a eu naturellement le commandement du navire aérien. Une première descente a été magistralement exécutée à Presles. L'ancre étant inutile par un temps superbe, les voyageurs aériens l'ont laissée et remplacée par un poids égal de sable. Le reste du trajet a été accompli au guide-rope. M. Archdeacon a arrêté son ballon aussi facilement qu'une automobile, juste devant la gare de Nointel, de manière qu'il n’a pas eu besoin d'avoir recours aux paysans pour transporter son matériel.
Les employés du chemin de fer l'ont installé dans un camion et introduit triomphalement dans la salle des bagages avec tous les honneurs dus à son. poids respectable.
Les touristes ont terminé en véritables chauffeurs une ascension aussi intéressante. Ils sont revenus à Paris, non pas dans le train, mais en automobile.
Le troisième lâchez-tout s'est fait quelque peu attendre à cause des compétitions quise sont produites pour le choix des voyageurs. Z’Aéro-Club doit prendre des précautions pour éviter ces conflits. À Berlin où la société aéro-
nautique a organisé des ascensions sur un principe analogue, et anciennement à l'Académie d’aérostation météorologique on avait recours au sort. C'est un procédé vieux comme le monde et qui n'en vaut pas moins son pesant d'or.
Enfin les élus sont choisis, ouf !
Dans la nacelle, nous remarquons une dame qui n’est pas voilée. Elle a raison de re pas nous cacher sa figure, car elle est charmante. Quel est son nom... Mystère et aérostation.
Que s'est-il passé à bord ? M. Ballif nous le dira, car il a écrit pendant son voyage mouvementé un drame en cinq tableaux et en vers... Surpris par la descente qui a eu lieu à Meaux-en-Brie avec une grande rapidité le président du Zouring-Club n'a pas eu le temps de mettre les rimes à son chef d'œuvre. Mais il compte les retrouver dans une prochaine ascension qu’il fera par un temps calme, en choisissant cette ville chère aux muses, comme point de départ.
Cependant, comme nos lecteurs sont certainement pressés de connaître le sommaire des évènements accomplis pendant cette traversée nous allons donner une première satisfaction à leur curiosité en leur mettant sous les yeux le texte d'un télégramme que ne désavouerait pas Nadar.
« Voyage superbe. Au départ, nous sommes montés à plus de mille mètres où pendant 20 minutes nous planons dans une véritable mer de nuages. Puis, changement de décor, le paysage devient féerique avec des effets de soleil roses et bleus. Nous retombons ensuite dans la nuée pour finalement atterrir à Poincy, à cinq ou six kilomètres de Meaux. La descente a été mouvementée. Elle a été marquée par trois chocs, dont deux très violents. Au dernier, notre charmante compagne est tombée les jambes en l'air; nous n'avons même pas vu la Jarretière. Honni soit qui mal y pense. »
Pendant les longs pourparlers qui ont précédé le départ du dernier ballon on a lancé quelques pièces en baudruche représentant les principaux. pensionnaires du Jardin : les lions, les zèbres et les autruches. Ces dernières ont paru toutes surprises de voir voler si haut leurs camarades, et le lancer des baudruches de la grande pelouse a été un véritable évènement dans le parc des oiseaux géants.
L'administration n'a malheureusement pas songé à attacher à la patte des oiseaux en gaz des cartes demandant des renseignements sur les lieux d'atterrissage qui sont restés inconnus. On a perdu une brillante occasion pour compléter la carte des vents.
Toutefois l'examen des courbes des trois ascensions semble indiquer dans les courants aériens une tendance à tourner vers l'Est, en sens inverse du mouvement du soleil.
Les ballons n'avaient point été pourvus d'enregistreurs, cette omission plus grave ne s'explique que par la rapidité avec laquelle les voyages aériens ont été préparés. L'Aéro-Club, circonstance grandement atténuante, n'avait encore que dix-sept jours lors de la cérémonie de son baptême aéronautique, Mais le Comité connaît trop bien le vers d'Horace : Omne tulit punctum