‹ L'Aérophile (volume 4)Chapitre 33 sur 81 · LES DERNIÈRES NOUVELLES D'ANDRÉE · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES NOUVELLES D'ANDRÉE

Au commencement de mai, des enfants jouant sur les côtes septentrionales de l'Islande ent découvert une bouée provenant de l'Œynen et contenant un message d'Andrée. Nous donnerons ultérieurement le texte de ce message et le dessin de la relique, qui nous vient d’un homme aussi vaillant. Malheureusement, les nouvelles

recueillies de cette façon peu ordinaire sont loin de jeter de la lumière sur le sort du capitaine de l’'Œynen et de ses valeureux compagnons. En effet, elles sont antérieures de plus d’un jour à l’avigramme que nous avons commenté. Elle ne font que confirmer les renseignements que nous avons enregistré, car la boute a été jetée 7 h. 31 m. seulement après le départ de l’île des Danois. Le ballon se trouvait par 15° 1/2 de longitude est du méridien de Greenwich, et par 81° de latitude boréale. La route était à peu près la même que celle que suivait encore l'Œynen lors du départ du pigeon. Le vent paraissait même être un peu plus vif, mais pour discuter à fond ces détails il faut attendre que le document soit entre nos mains.

Nous avons le regret d'ajouter que ces renseignements ne sont pas de nature à modifier l'opinion pessimiste que nous avons adoptée malgré nous, car il est dur de déclarer que l’on doit considérer l'expédition comme perdue. Notons cependant que le vaillant équipage de l'Œynen paraissait avoir réparé le désordre du

> départ précipité dont il a été la victime, et qu'en bonne justice on ne saurait lui , imputer.

Le fait de la découverte de cette bouée est en lui même, et indépendamment de toute considération, un précieux enseignement et un encouragement, car il montre, que si l’on doit renoncer d’une façon à peu près complète à revoir vivants les héros de cette épopée polaire, on peut espérer que leurs traces seront retrouvées par quelqu'un des hommes de cœur, qui se sont donnés cette noble mission, et qui vont parcourir cet été les régions polaires dans toutes les directions. Il est probable que les efforts réunis de Sverdrup, du lieutenant Péary, du professeur Nathorst et du duc des Abruzzes arracheront aux glaces impitoyables, des débris de nature à dissiper les mystères de ce grand drame, dont nous ignorons encore le détails et dont nous ne faisons encore que pressentir le sinistre dénouement.

Quoiqu'il en soit, il semble que la navigation aérienne ait dit son dernier mot dans la conquête du pôle Nord, la parole est maintenant à l'Eyrmack, au navire bélier dont les exploits ont déjà excité l'admiration du monde entier. En voyant avec quelle facilité il ouvre des voies d’eau dans les glaces les plus solides de la Baltique, qu'il rend praticables pour les navires ordinaires, on se rend parfaitement compte de l'effet que produiraient deux Ærmarck attachés l’un derrière l'autre et se précipitant à l'assaut des glaces flottantes qui, chaque année, couvrent la moitié orientale des bancs polaires jusqu’au 866, ainsi que M. Nansen nous l'a appris.

Wilfrid MONNIOT.,

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