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LE PARI DE M. SANTOS-DUMONT

Dans les premiers jours du mois de mai, M. Santos-Dumont paria à M. Krieger, à l'un des pari-déjeuners hebdomadaires de l'Automobile-Club, qu'il se rendrait du bois de Boulogne, à bord de son ballon dirigeable, place de la Concorde, et qu'il aborderait sur la terrasse du cercle, avant le 31 mai.

M. Pierre Lafitte, rédacteur en chef de la Vie au grand air, releva également le pari et recula libéralement jusqu'à la fin de l'année les délais de l'expérience, en laissant à l’aéronaute la faculté d’atterrir devant le club.

Une première expérience a eu lieu le jeudi 11 mai après-midi, jour de l’Ascension, au Jardin d’Acclimatation.

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(Cliché communiqué par la Vie au grand Air).

Le ballon en l'air, retenu par deux cordages, partiellement dégonflé, se coude &e plus en plus sous la poussée d2 l'hélice et paralyse l'action du gouvernail fixé à la pointe arrière,

Les deux sacs suspendus vers les extrémités permettent d'assurer par un déplacement facultatif l'horizontalité du système,

Le temps exceptionnellement beau depuis le matin se brouilla vers quatre heures, et la pluie vint à cinq heures, juste au moment où s'achevait le gonflement du ballon retardé de deux heures par suite du manque d’eau et d’un accident arrivé à une pompe à acide.

Sur le soir, l’appareillage de l’aérostat fut achevé, mais l'hydrogène saturé de vapeur, refroidi par l'enveloppe mouillée, subissait l'effet de la condensation pendant que les soupapes, mal réglées, contribuaient au dégonflement du ballon, en laissant s'écouler au dehors ie gaz visible à l'œil sous forme de brouillard.

Pour cette fois, M. Santos-Dumont dut renoncer au voyage, mais ne voulant pas priver le public de tout le plaisir de la démonstration promise, il ravitailla rapidement son ballon et se laissa enlever à bout de cordages.

A peine à cinquante mètres au-dessus du sol, le ballon commença à se dégonfler et à se couder en son milieu. Malgré ces conditions défectueuses, M. Santos-Dumont n'hésita pas à faire évoluer son ballon autour de la pelouse, aux applaudissements de la foule ; mais l’aérostat de plus en plus ramolli et déformé, pris par un courant d'air assez violent, fut jeté finalement sur un arbre.

Admirable de sang-froid, l'aéronaute se dégagea habilement de cet accrochement qui, sans sa présence d'esprit, aurait pu causer la déchirure de l’aérostat.

Après cet incident, le ballon fut ramené sur la pelouse et dégonflé.

Cette intéressante expérience a fourni la preuve indéniable du bon fonctionnement de l'hélice ; il est regrettable que la déformation de l'aérostat et la part difficile à apprécier qui revenait aux cordages de retenue dans l'orientation du système aient empêché de reconnaître l’action directrice du gouvernail.

Les essais vont être repris prochainement au Jardin des Tuileries, dans l'enceinte de l'Exposition internationale d'automobiles. M. Santos-Dumont, convaincu de la nécessité d'un axe rigide, va faire installer à son ballon une quille en bambou.

Paul ANCELLE.

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