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DES DIVERS PROJETS D'EXPLORATION AÉROSTATIQUE DU POLE NORD

(Suite).

Il nous reste enfin à parler du projet de MM. Godard et Surcouf qui a fait l'objet d’une communication à la Société des Ingénieurs civils de France, le 5 février 1807.

Comme MM. Besançon et Hermite, ils ont adopté le système de ballon à mamelles, de la poche à air intérieure, du guiderope, etc., tout en conservant la méthode de la double saignée — perte de gaz et perte de lest — irrationnelle au premier chef.

Comme eux, ils ont ignoré ou négligé l'étude originale de Sivel qui, par l'emploi de son ballonnet-compensateur, a cherché du moins un moyen de se maintenir à une hauteur à peu près constante sans perte de gaz ni de lest.

À notre avis, ce sont la des projets non encore suffisamment étudiés et mûrs pour l'exécution, car ils ne reposent pas sur des bases rigoureusement scientifiques et ne sortent pas de l’ornière tracée par les empiriques.

Nous allons chercher à indiquer, à notre tour, une solution nouvelle non encore appliquée à notre connaissance. Dans l’état actuel de la science aéronautique, les aérostats ne semblent pas pouvoir être rendus complètement dirigeables, la science industrielle ne possédant pas encore le moteur puissant et léger qui permettrait de donner à cette question la solution pratique désirée. On doit donc, quant à présent, se contenter d'utiliser les courants aériens qui règnent à différentes hauteurs de l'atmosphère et, en cela, on ne peut qu'approuver MM. Besançon et Hermite: MM. Andrée, Ekholm, Fraenkel et Strindberg ; MM. Godard et Surcouf de s'être sagement rangés à cet avis sans rechercher l'emploi de ballons dirigeables qui, jusqu’à ce jour, n'ont pu lutter contre des vents même de faible vitesse.

Là où nous adresserons une critique aux projets des ces savants aéronautes, c'est de n'avoir pas cherché, comme leur illustre devancier Sivel, à remplacer les anciennes méthodes par de nouvelles plus perfectionnées et surtout plus rationelles,

(4) Voir l'Aérophile n° 5 et 6, Mai et Juin 1899,

En effet, au lieu de se contenter de jeter du lest pour monter et à abandonner du du gaz pour descendre — méthode barbare de la double saignée, comme nous l'avons appelée ailleurs — Sivel a cherché à remplacer cette méthode empirique et irrationnelle par une méthode plus rationnelle et plus scientifique. Nous avons vu plus haut comment il avait imaginé l'emploi simultané du ballonnet-compensateur et du guiderope pour limiter automatiquement la course dans le sens vertical. Il

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obviait ainsi dans une certaine mesure aux inconvénients de la méthode usuelle qui fait perdre irrémédiablement le potentiel ascensionnel.

Un autre inconvénient, très grave pour nous, est de laisser complètement ouvert l’appendice du ballon, ce cordon ombilical comme on l’a très justement appelé.

N'est-il pas regrettable que l'on se soit ainsi figé dans les premiers errements et les anciennes formules de l'aéronautique? Il ne faut pas trop en vouloir aux aéronautes de cette stagnation de l'esprit et des idées. Comme l'a fait fort

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judicieusement observer le célébre chimiste Stanislas Cannizzaro : « Les habitudes de l'esprit sont souvent l'obstacle le plus puissant au progrès de la science. »

Se proposant de rester très longtemps en l’air, il est indispensable de conserver intacte, le plus longtemps possible, la puissance ascensionnelle de l'aérostat. Il faudrait ensuite pouvoir faire varier et graduer à volonté et à chaque instant la force ascensionnelle de l’aéronef.

Comme nous l'avons montré dans notre étude sur la Navigation sous-marine (1), l'analogie entre les ballons et les sous-marins est très grande et c’est même cette filiation d'idées qui nous a naturellement amené à étudier la navigation aérienne.

Dans l'un et l’autre cas, on a en effet à sa disposition différentes méthodes parallèles permettant d'obtenir le déplacement vertical de la nef flottante, c’est-à-dire, en somme, de faire varier sa densité spécifique.

Nous classerons ces différentes méthodes dans le tableau suivant :

Ï. MOYENS physiques POUR OBTENIR LE DÉPLACEMENT VERTICAL D'UN FLOTTEUR IMMERGÉ DANS UN FLUIDE PAR LA VARIATION DE LA densité spécifique.

10 Volume fixe et poids variable.

10 Emploi du fluide ambiant comme lest (air ou eau).

(Ballonnet à air de Meusnier pour l'aéronautique et lest d'eau pour presque tous les bateaux sous-marins).

20 Guiderope avec poids trainant. (Employé par tous les aéronautes et par le comte Piatti dal Pozzo dans son Zravarlleur sous-marin.)

29 Poids fixe et volume variable.

19 Par la variation de la température (Pilâtre des Roziers et le marquis d'Arlandes. Thermosphère d'Emmanuel Aimé, etc.) 29 Par la variation de la pression.

II. MOYENS mécaniques POUR OBTENIR LE DÉPLACEMENT VERTICAL D'UN FLOTTEUR IMMERGÉ DANS UN FLUIDE COMPRENANT UN POINT D’APPUI SUR LE FLUIDE AM-

BIANT.

1 Hélices à axes verticaux : (En aéronautique : Ponton d’Amécourt, de la Landelle, etc.

En hydronautique : Bushnell, Nordenfelt, Waddington, Baker, Holland, etc.)

29 Principe de la réaction :

(Ejection d’air ou de gaz comprimés explosifs. Arsène Olivier, etc.)

Nous estimons que la plus rationnelle et la plus facilement réalisable de ces méthodes est, pour l'aéronautique, celle basée sur la variation du volume, comme l'a indiqué M. Joulie, dans une commuuication à l'Académie des sciences, il y a une trentaine d'années.

Obtenir à volonté et même automatiquement cette variation de volume serait le problème à résoudre.

Nous inclinerions pour l'emploi d’un ballonnet-réservoir léger, résistant et presque inextensible, en soie, ou autre matière légère analogue, rendue imperméable, ce ballonnet étant placé à l'intérieur du grand ballon et communiquant avec celui-ci

(1) La Navigation sous-marine, par G.-L.Pesce:; Paris, 1897, Librairie des Sciences générales (H. Bécus et Cie).

par l'intermédiaire d’un tuyau sur le parcours duquel se trouverait une pompe ou un ventilateur, suivant une disposition analogue à celle imaginée par Meusnier à la fin du siècle dernier, pour son ballonnet à air, avec cette différence, toutefois, qu’au lieu d'envoyer un lest d'air dans ce ballonnet-compensateur, c'est le gaz même du grand ballon qui y serait comprimé à une pression relativement faible.

Le passage du gaz du grand ballon dans le petit aurait pour effet de réduire son volume et par conséquent d’en diminuer la force ascensionnelle et de déterminer par suite la descente de l’aéronef.

Pour monter, au contraire, on exécuterait l'opération inverse en faisant repasser le gaz du ballonnet dans le grand ballon ce qui ferait augmenter le volume de celui-ci et par suite sa puissance ascensionnelle.

La variation du volume, de quelques mètres cubes à peine, suffirait pour obtenir de fortes oscillations verticales.

Cette commande de la pompe serait faite à la main ou mieux, automatiquement, comme dans les sous-marins, en reliant le moteur au baromètre par l'intermédiaire d’un appareil servo-moteur électrique qui permettrait d'obtenir alternativement et automatiquement le passage du gaz du grand ballon dans le petit ou inversement, en suivant les mouvements de l'atmosphère et compensant ainsi son action par des effets inverses.

L'adjonction d'un ballonnet à lest d’air serait également très utile dans bien des cas, ainsi qu'un tore extérieur, comme dans le projet Sivel.

L'aérostat, ainsi transformé en Zudion aérien automatique, pourrait se maintenir à un niveau à peu près constant, sans perte de gaz n1 de lest, ou bien, on pourrait, à volonté, changer de niveau et gagner des courants supérieurs ou inférieurs qui porteraient l’aéronef dans des directions variables, même opposées, quoique sur une même verticale.

Des soupapes de sûreté permettraient de ne pas dépasser les pressions dangereuses et de laisser échapper automatiquement le trop-plein de gaz dilaté dans l'atmosphère ou mieux dans des ballonnets de décharge que l’on aurait à sa disposition autour du grand ballon et formeraient des vessies adventives comme celà a déjà été proposé, notamment par M. Duroy de Bruignac.

En conclusion, nous estimons que pour entreprendre une expédition aussi périlleuse qu’une exploration polaire, on ne saurait s'entourer de trop de précautions pour en assig'er la réussite, ou tout au moins pour mettre de son côté le plus de chances de fuccès.

Le sphjnx du Nord a déjà ravi trop d'existences humaines pour qu'avant d'en sacrifier {le nouvelles on ne cherche pas des armes nouvelles pour le combattre et des #oyens nouveaux et plus perfectionnés que les précédents pour atteindre ce point magique resté inaccessible jusqu’à ce jour.

Enfin, il serait également indispensable d'éprouver le matériel ou tout au moins les dispositions nouvelles avant tout départ définitif. De la sorte, les trop courageux aéronavigateurs ne se lanceraient pas dans l'inconnu le plus absolu, hors de tout secours et avec des moyens d'action non encore expérimentés et dûment contrôlés,

Si le succès ne couronnait pas leurs premiers efforts, ils pourraient du moins ne pas aller à une mort certaine et affreuse et recommencer leur tentative jusqu’à ce que succès s’en suive.

Sans cette précaution ils se verraient infailliblement perdus au milieu des glaces

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