COLONEL ALEXANDRE DE KOWANKO
Alexandre de Kowanko, né à St-Pétersbourg en 1850, appartient à une famille de la noblesse petite-russienne. Un de ses ancêtres était juge à Pultowa du temps de Pierre le Grand et de Mazeppa. Immédiatement apres avoir fini le cours du gymnase classique, M. de Kowanko est entré à l'école des porte-enseignes du génie. Nommé sous-lieutenant du 4° bataillon des pontonniers en 1878, il commence immédiatement la construction d'un pont sur le Danube et en dix mois il terminait ce travail immense. Il exécuta ensuite plusieurs voyages dans la Turquie européenne pour s'acquitter de missions importantes.
De retour en Russie en 1879, M. de Kowanko est entré à l'école des électriciens-mineurs militaires. Ayant fini ses nouvelles études avec un grand
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succès, il fat attaché au bataillon des gardes-sapeurs où il s’est distingué par des inventions relatives aux mines sous-marines. À la suite des expériences qu'il exécuta, il fut chargé d'enseigner aux officiers de la cavalerie de la garde la manière de détruire rapidement les chemins de fer, ponts, etc., puis il s'occupa de la défense des côtes de la mer Baltique et de la mer Noire avec les mines sous-marines et les bateaux sous-marins. En 1884, il fut nommé secrétaire de la commission créée pour l'étude de la question aérostatique et de ses applications à l'art militaire. En même temps, on lui a confié le commandement du corps d’aérostiers qui devait exécuter toutes les expériences que la commission trouverait nécessaires.
Er 1887, il est nommé membre de cette commission. En 1890, parut le règlement officiel établissant un service aéronautique permanent militaire. M. de Kowanko étant entré comme lieutenant de la garde dans ce corps spécial dès cette époque, on peut dire qu'il a dirigé toutes les expériences aérostatiques de l'armée russe depuis leur origine Jusqu'à nos jours. Il vient d'être nommé colonel et commande aujourd'hui l'école aérostatique d'officiers où il avait été le premier professeur.
Tout le matériel dont les premiers types ont été fournis par des constructeurs français, a été construit par lui, perfectionné dans quelques détails et accomodé aux particularités du terrain et des moyens de transport en usage dans l'empire russe.
Comme quelques-uns de ses compatriotes, M. de Kowanko est un excellent linguiste, il connait à fond quatre langues. étrangères : le Français, l'Allemand, l'Anglais et le Turc. Il possède une bibliothèque comptant plus de 2,500 ouvrages sur l'aérostation, écrits dans toutes les langues et des collections dignes de rivaliser avec celles des frères Tissandier. Il a fait 42 voyages en ballons libre dont plusieurs ont eu pour but d'exécuter des expériences internationales. Pendant ces différentes expositions il a eu l’occasion de faire un grand nombre d'observations intéressantes et il lui est arrivé une foule d'aventures curieuses que nous ferons ultérieurement connaître.
Il a rédigé en langue russe un grand nombre de mémoires originaux dont plusieurs ont paru dans le Bulletin aérostatique de la Société technique et dans des journaux militaires. Un de ses derniers écrits s'élève contre l'interdiction de l'emploi des ballons dans la guerre offensive.
En même temps que nous adressions une protestation au ministère des Affaires étrangères de la République française, M. le colonel de Kowanko détenait une lettre analogue en employant des arguments d’une autre nature.
Dés que notre travail lui est parvenu, M. de Kowanko s’empressa de le traduire et de le publier comme il le fait chaque fois qu’il rencontre dans les publications étrangères des renseignements qu'il juge utiles à faire connaître à ses compatriotes.
L'honneur qu'il nous a fait et la satisfaction de nous être rencontré avec un esprit aussi éclairé nous ont consolé du sort qu'ont eu ces communications, et des résolutions contraires prises par la conférence de La Haye qui a interdit, à ce qu'il paraît, l'usage des ballons dans la guerre offensive.
On peut dire que la convocation de la commission militaire de 1875 a été le commencement d’une ère nouvelle pour la navigation aérienne en Russie. Grâce à M. de Kowanko et à ses collaborateurs, il existe réellement dans l'immense empire, sur lequel règne un digne successeur de Pierre le Grand, une école aéronautique ayant son cachet particulier, son caractère spécial et son genre national.
Nous sommes persuadés que lors des concours qui auront lieu en 1900, au bois de Vincennes, les aéronautes russes justifieront pleinement la réputation dont ils jouissent grâce aux précieux renseignements de leur sympathique commandant.
Wilfrid de FONVIELLE.
HISRORNQUIE