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M. LE COMTE H. DE LA VALEITE

Vice-Président-Fondateur de l'Aer0o-Club

Vers 1869, je rencontrai Delaunay (de l’Institut) dans le bureau de mon camarade Gauthier-Villars père, alors un de mes éditeurs.

Je profitai de l’occasion pour offrir au savant qui avait été un de mes maîtres, un exemplaire de la Sczence en ballon, qui venait de paraître. Puis j'ajoutai « Que le professeur qui avait décrit avec tant d’éloquence les merveilles de l'astronomie, devrait exécuter quelques ascensions pour se

familiariser avec les phénomènes si admirables dont l'atmosphère est le théâtre.»

Mon célèbre interlocuteur se prit à rire et me dit avec une assurance singulière : « La chose est impossible, parce que je ne suis astronome que d'occasion, ma profession est d'être ingénieur des mines. Je ne m'intéresse avec passion qu à Ce qui se passe sous terre. »

Naturellement Gauthier-Villars fit chorus avec le président de l'Institut, et l'on crut m'avoir écrasé parce que je n’insistai point. Mais 33 ans plustard, le comte de La Valette me donne raison de la façon la plus complète.

Entré à l'École des mines en 1885, il en suivit les cours avec distinction jusqu'en 1889, époque où il en sortit après des examens brillants.

Il débuta comme ingénieur des mines dans les charsonnages du département du Nord, puis dans ceux de Montceaux. Vainement il fut attaché à la création du laboratoire ct du cours d'électricité industrielle des Arts et Métiers, l'avenir brillant qui l'attendait ne modifia pas sa vocation de mineur. Un ukase de l'empereur de Russie vint le chercher pour le charger d'organiser une exploitation électro-métallurgique dans les mines de l'Altaï, ou l'on trouve de l'or, du cuivre, du plomb et de l'argent, en un mot les divers métaux précieux que les hommes vont chercher dans les entrailles de la terre.

Tout récemment, le mivistre des Colonies lui donna une mission pour étudier les richesses minières de Madagascar, et organiser le service des mines dans cette colonie. Le succès de cette mission le fit attacher à l'administration centrale où l'attendent probablement d'autres missions minières.

Il a bravé et les glaces du Nord et les feux du Tropique ; pendant quelques années de services réels, effectifs, il a traversé plus de périls que M. Delaunay dans sa longue existence de ztneur académique.

Cependant, le comte de La Valette n'en est pas moins passionné pour les choses de l'air. Il ne croit point déroger à sa dignité professionnelle en tirant sa boussole des galeries les plus profondes pour la promener au-dessus des nuages.

Non seulement, ce cumulard aime à errer cans les hautes régions comme dans les basses galeries, mais il a trouvé le moyen d'entrainer dans ses excursions originales les plus brillantes personnalités du monde où l'on s'amuse. Son éloquence sympathique, enjouée, fait comprendre aux favoris de la fortune que l’Aéro-Club Icur ouvre une source nouvelle de belles émotions et de splendides Jouissances. C'est lui qui réveilla les souvenirs aéronautiques du comte de Dion, sut profiter du goût d'Archdeacon pour les voyages aériens, parvint à obtenir l'adhésion toute puissante de M. Rives, puis enrola dans la brigade aéronautique : le comte de La Vaulx, le comte Castillon de St-Victor, M. de Santos Dumont et tant d'autres.

Qu'aurait dit l'historien de la Lune, qui vivrait sans doute encore s'il ne s'était pas noyé dans une partie de nage à Cherbourg, s'il avait vu tout le travail de propagande fait par cet intrépide mineur.

Si son ombre s'est attardée à la surface du globe dont il a calculé les mouvements avec tant d'amour, elle doit tressaillir en constatant que le comte de La Valette ne se contente pas de prendre place dans la nacelle

d’un ballon que guide un capitaine célèbre. Mais il est un des coryphées de cette école nouvelle de voyageurs aériens, qui veulent être leurs propres aéronautes, et qui prétendent ne laisser aux praticiens que le gonflement, la construction, la couture et le vernissage.

En un mot, c’est bien le comte de La Valette qui a le premier imaginé d'appliquer aux ballons, la méthode employée par les chauffeurs pour mener les ballons sur les routes de l’océan aérien, routes moins dangereuses certainement que celles de la terre.

Nous croyons superflu de dresser un tableau, qui serait naturellement incomplet, des excursions aériennes auxquelles le comte de La Valette a pris part. Nous ne pouvors nous empêcher de citer l'ascension du 5 mars 1895, dans laquelle le Prionnrer franchissait la distance de Paris à Mézières en deux heures, celle du 6 juillet 1899 alors que le Zouring-Club traversait la Champagne à 1,600 mètres d'altitude, et plus récemment la part prise au concours de la coupe des aéronautes.

Homme de science avant tout, le comte de La Valette n'oublie jamais de se préoccuper du point de vue scientifique vrai, d'étudier le type du temps, d'indiquer les évènements météorologiques qui vont se produire, en un mot de faire toutes les remarques générales complétant les diagrammes des enregistreurs, et permettant de les lire avec fruit. Il cherche à fonder un art dont les météorologistes qui resfent à terre ignorent complètement l’existence.

Ce n'est point en effet en recueillant leurs renseignements à la queue d'un cerf-volant, mais par de nombreuses ascensions soit libres, soit captives, qu'ils acquerront le flair aéronautique, plus réel et plus utile que le flair d'artilleur, c'est en s'enrôlant sous la bannière du comte de La Valette, que ces savants trop prudents arriveraient à rédiger des oracles quotidiens moins semblables à ceux de feu Calchas, et à légitimer par des services réels les sommes énormes qu'ils coûtent au budget de la République.

Le rôle du comte de La Valette n'a été ni moins brillant ni moins utile dans l’organisation des concours de l’Automobile-Club que dans celui des ascensions aérostatiques, mais nous ne pouvons entrer dans des détails trop étrangers à nos études, nous préférons renvoyer aux publications spéciales le lecteur désireux de connaître ce côté important de la carrière du comte de La Valette. Fils d’un des plus grands Journalistes du milieu de ce siècle, le comte Adrien de La Valette, rédacteur en chef de l'Assemblée Nationale, le sympathique aéronaute dont nous esquissons le portrait, est un de nos publicistes scientifiques les plus distingués. Il a été un des principaux collaborateurs du Genre Civil. Nous sommes heureux de retrouver dans le fils, les qualités de style, d'esprit et de cœur qui dans le père nous avaient conduit à estimer et même à aimer un adversaire.

Wilfrid DE FONVIELLE.

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LESIBAELONSESONDES

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