LES BALLONS-SONDES ET M. DE PARVILLE
Dans son numéro du 20 juillet, le Fournal des Débats publie sous la signature de M. de Parville un article dans le but d'établir que les ballons et notamment les ballons-sondes imaginés par MM. Hermite et Besançon sont parfaitement inutiles, et qu’on peut les remplacer par de simples cerfs-volants tels que ceux qui sont employés à l'observatoire de Blue-Hill par un météorologiste américain. Ces assertions étranges ne mériteraient point d’être relevées, si M. de Parville n'avait pris dans la direction de La Nature la place laissée vacante par la cruelle infirmité dont Gaston Tissandier son illustre fondateur a été affecté.
Il est parfaitement faux de soutenir que les cerfs-volants météorologiques, à moins de ne pas s'élever plus haut que de simples ballons d'enfants, soient plus simples que les ballons captifs non montés. En effet pour dévider le fil d'acier du cerf-volant, et pour le rembobiner, il est indispensable d'employer une machine à vapeur lorsque ce fil possède une longueur de quelques centaines de mètres.
Le seul avantage des cerfs-volants, qui donnent des diagrammes moins parfaits que les captifs, c'est qu'on peut les employer dans des conditions où l’on ne peut se servir du ballon. Mais quand le vent est trop fort, on ne peut utiliser ni cerfsvolants ni captifs. Il ne reste que la ressource des ballons-sondes dont on peut se servir dans toutes les conditions atmosphériques en employant des précautions que MM. Hermite et Besançon ont indiquées.
Pour déterminer la température de l'air à l'altitude de la tour Eiffel ces appareils sont d’une extraordinaire simplicité, et d’un bon marché inouï.
Quand on veut sonder les hautes zones jusqu’à une altitude de 15 kilomètres, l'opération est beaucoup plus coûteuse. On n’a jamais eu la prétention de la conseiller pour les prévisions quotidiennes, mais pour l'étude des zones dans lesquelles règnent des forces encore inconnues.
Le but des recherches de MM. Hermite et Besançon est la résolution du plus beau problème que les physiciens aient eu à se poser.
La difficulté est si grande que ce n’est pas trop d’une entente internationale pour pénétrer ce mystère, et que l’on ne peut y arriver d'un seul coup. Les expériences internationales qui ont eu lieu, ont donné de très beaux résultats. Elles ont constaté des températures bien plus élevées que celles qu'on admettait! Elles ont par conséquent donné un démenti aux théories fantaisistes de #archands d'équations, qui prétendaient que dans le milieu planétaire règne une température de 273°, que dans leur langue barbare ils nomment celle du zéro absolu.
Mais pour calculer les températures vraies, en se servant des diagrammes du thermomètre et du baromètre, il faut exécuter un nouvel ordre de recherches qui demandent des conditions atmosphériques spéciales, un air tout à fait pur, et pas ou peu de vent. En conséquence les opérations internationales ont été suspendues pour permettre ce genre d'expériences préalables. Mais lorsque cette phase intermédiaire aura été parcourue, elles seront reprises avec un nouvel entrain. Il faut espérer que maloré les conseils de M. de Parville, les amis des sciences qui ont soutenu les premiers efforts de MM. Hermite et Besançon ne les abandonneront pas lorsqu'il s'agira de couronner l'édifice des premières expériences.