M. MAURICE FARMAN
Né en mars 1877, on peut presque dire que M. Maurice Farman, est venu au monde en même temps que le cyclisme. Dès l’âge de treize ans, c'est-àdire pendant le cours de l’année 1890, il commencait à lutter de vitesse avec ses aînés. Aussi, en 1894, gagnait-il le championnat de France, et en inscrivait-il son nom dans les annales du cyclisme. Aujourd'hui, il détient certaine. ment le record de l’âge parmi les aéronautes connus; c'est, à ce point de vue, l'inverse de M. Glaisher, qui achève actuellement en bonne santé sa 91% année, on peut dire qu'un cycle de 68 ans les sépare.
Contrairement à M. Archdeacon, M. Maurice Farman, ne fut pas conduit
au cyclisme par l'aéronautique, c'est au contraire le cyclisme qui en fit un aéronaute. Dans ses multiples excursions, le jeune Farman emportait toujours des appareils photographiques. Il aimait à les braquer sur les nuages ; il se plaisait à fixer leurs formes et les rattacher aux circonstances métérologiques qui survenaient.
Il fut naturellement saisi par le désir de voir de plus près ces merveilleux objets qui disent tant de choses aux savants qui ont assez l'expérience de leur art pour deviner les formes de leur face céleste, et à l'inspection deleur forme, vue de la terre, de se faire une idée complète de leur nature. Il sentit la noble ambition de mettre à ses pieds ces gigantesques formations.
Il eût la bonne fortune de s'adresser à M. Besançon, avec qui il accomplit presque toutes ses ascensions, qui, sans exception, comptent parmi les plus intéressantes exécutées de nos jours, grâce au concours dévoué qu'il rencontra chez notre habile collègue.
On peut lui appliquer dans le domaine du ciel, deux des plus beaux vers qui aient été écrits pour celui de la terre.
« Mes pareils à deux fois ne se font point connaitre. « Et pour leur coup d'essai veulent des coups de maitre.
Comme toutes ces expériences ont été racontées dans les colonnes de l'Aerophile, tantôt par M. Besançon, tartôt par M. Farman et que d'autre part le Figaro, n'a jamais manqué de leur donner une place dans ses colonnes, nous ne pouvons le raconter ici, sans nous exposer à de perpétuelles répétitions ; nous nous bornerons à conseiller à nos lecteurs qui voudraient connaître les détails de la carrière aéronautique de M. Farman de consulter la collection de l’Aérophile.
Comme bien des cyclistes de marque, M. Farman s'intéressa à l'automobilisme et fut un des premiers membres de l'Automobile-Club. Il devint ensuite un des directeurs du Palais de l'Automobile, cequi le conduit, en 1898, à prendre part à la Coupe des motocycles, dans laquelle il arriva deuxième et, en 189, à la course Paris-Bordeaux, où il fut classé dans un rang hono: rable.
Conformément au règlement arrêté par M. Pierre Giffard, le sympathique directeur du Vélo, le retour fut l'occasion d’une course de bicyclette ; M. Farman y prit part indirectement comme entraîneur de Rivière.
Membre de l'Aéro-Club, M. Maurice Farman ne pouvait rester inditférent au concours de la Coupe des Aéronautes et laisser M. le comte de la Vaulx jouir en paix du record qu’il détenait. Il résolut donc de tâcher de l'enlever à cet intrépide amateur. Il y parvint dans le voyage que nous racontons dans ce numéro, et dans lequel il fut accompagné par M. Hermite, remplaçant M. Besançon, que sa blessure imparfaitement guérie a obligé de rester à terre.
M. Farman n'est pas seulement un homme d'action, il est doublé d’un homme de lettres, écrit depuis l’âge de 13 ans de nombreux articles dans la plupart des revues scientifiques et qu’il a publié, il y a quelques années, un beau volume sur les Merveilles Aériennes.
Cette publication, dont l’Aérophile a parlé avecéloges, écrite avec beaucoup de détails, est intéressante et promet beaucoup pour l'avenir. À un moment où les astronomes commencent enfin à s’apercevoir qu'il existe dans le monde des ballons qui peuvent mener en plein ciel, il ne faut pas que l'on puisse adresser aux aéronautes un reproche inverse et leur demander pourquoi ils ne s'intéressent point à l'étude des astres. Aussi est-ce avec plaisir que nous apprenons que M. Maurice Farman est membre à la fois de la société astronomique de France et celle de Belgique.
Wilfrid DE FONVIELLE.