DE PARIS AU GOLFE DE FOS EN BALLON
Le voyage. — Notre voyage avait cette fois-ci un double but. D'abord faire une série de nouvelles observations scientifiques, surtout au point de vue des courants, et ensuite tenter de conquérir la « Coupe des Aéronautes ». Pour assurer autant que possible la réussite de notre entreprise, nous avons choisi un ballon tout neuf, très léger, d'un volume de 1,800 mètres cubes et construit spécialement par M. Besançon.
Avec tous nos agrès, comprenant : nacelle, filet, ancre, soupape, guiderope, nos instruments scientifiques et nos vivres, nous comptions emporter six cent-cinquante kilogs de lest. Malheureusement, le gaz fourni par l'usine du Landy, à St-Denis, n'était pas bon et au lieu de six cent-cinquante kilogs nous n’en avons enlevé que quatre cent-soixante. Notre départ, effectué le 16 septembre, à 6 h. 25 du soir, par temps à grains, avec vent du Nord-Ouest, a été chronométré officiellement par M. Emmanuel Aimé, secrétaire de l’Aéro-Club.
Nous avons appris à notre retour qu'à peine parti, une violente averse était tombée sur le Nord-Ouest de Paris. Si notre aérostat avait été mouillé avant de quitter terre, notre lest aurait été encore réduit d'au moins une cinquantaine de kilogs.
À cause du vent, nous sommes forcés de nous élever assez rapidement. Nous atteignons 900 mètres. De gros nuages étranges nous entourent. Nous traversons centralement l'usine à gaz de la Villette, le cimetière du Père-Lachaise, puis nous quittons Paris qui disparaît vite dans les brumes inférieures de l’atmosphère, par la porte de Vincennes, si l’on peut s'exprimer ainsi.
Des cris de : « Un ballon, un ballon », nous arrivent distinctement.
Le bois de Vincennes file vite sous nos pieds.
6h. 47. — La Marne se dessine, réflétant les rayons lunaires. D'après notre estimation, nous devons marcher à 60 kilomètres à l'heure environ, Des brumes nous entourent.
On ressent une impression de chaleur humide, impression qui ne dura pas longtemps par exemple.
7 heures — Une sonnerie de clairons :
Y ala goutte à boire là-haut...
monte distinctement à nous.
Il était difficile de choisir une marche plus de circonstance.
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Le temps paraît s'éclairer. La lune brille par intervalles. Plusieurs villes se dessinent nettement. Nous croyons reconnaître Melun, Corbeil et Fontainebleau.
La pluie paraît tomber derrière nous en nappes épaisses. Un arc-en-ciel lunaire, phénomène excessivement rare, vient nous prouver que nous ne nous trompons pas et que c'est bien de la pluie. Heureusement, elle ne doit pas nous atteindre.
7 h. 40. — Le thermomètre baisse. Il n’y a plus que 7° cent., en même temps le ciel s'éclaircit. Les étoiles scintillent dans le ciel calme. Les nuages au-dessous de nous projettent des ombres fantastiques sur sol.
8 heures. — Nous approchons d'une grande ville. Nous ne pouvons nous identifier. Nous jetons des feuilles questionnaires par centaines. Elles nous aideront à reconstituer notre route à notre retour.
Notre ballon ayant en ce moment l'air de se maintenir en équilibre, nous en profiterons pour filer notre guiderope et pour installer nos engins d’arrèt.
8 h. r|4. — Des cloches sonnent à toute volée et leur mélodie nous arrive adoucie par la distance.
Les nuages se forment de plusen plus, mais au-dessous de notre nacelle. Nous ne sommes pourtant qu'à douze cents mètres.
L'humidité atteint 90/100. Les cordages se mouillent, alourdissant notre aérostat et nous sommes forcés de perdre encore de notre précieux lest.
8 h. 50. — Le crépuscule se dessine au-dessus d’une bande de nuages à l’ouestnord-ouest. Sa lumière est si pure, si blanche, que la lune jaunit à côté. La nuit est à peine commencée, et cependant le calme le plus absolu nous entoure. C’est à peine si, de temps à autre, nous entendons le hurlément sinistre d’un chien qui aboie à la lune. Au travers des trouées nuageuses, nous entrevoyons un fleuve. La Seine probablement. è
Tout à coup, notre satellite disparait, nous nous trouvons plongés dans une masse laiteuse et si épaisse que nous ne voyons plus notre ballon. Il semble que notre nacelle se maintient dans l'air par quelque force mystérieuse.
10 heures. — Nous remontons à 1,900 mètres dans le ciel pur et quittons le pays des brumes que nous ne devons plus traverser qu'au matin. La mer de nuages se déploie dans toute sa splendeur. L'ombre de notre aérostat s’y dessine très nette.
Une auréole blanche entoure notre nacelle. Le spectacle devient magique.
Il est minuit, la lune vient de passer le méridien. Les nuages prennent des apparences formidables ; on se croirait au-dessus de masses de neige ; plus loin, des glaciers aux crevasses insondables, puis, plus loin encore, tout près de l'horizon, des plaines unies paraissent s'élever doucement jusque vers les étoiles.
Il commence à geler légèrement. L'humidité se condense en neige sur nos effets.
La nuit s'avance vite maintenant. L’'astre des nuits se rapproche de l'horizon et l'obscurité augmente. Où devons nous être ? nous supposons notre direction constante, mais aucun fleuve ne se dessine plus à terre.
2 heures. — Tes nuages s'élèvent et cachent la lune. Brusquement, nous retombons dans leur masses sombres. On n'y voit rien; on perd instantanément toute notion d'orientation.
L'impression, assez rare en ballon, est que l'on se trouve au milieu d'une masse solide noire et l'on comprend avec peine que l’on puisse se déplacer.
Ces nuages se fondent, plutôt c'est nous qui nous élevons jusqu’à leur limite supérieure. Nous distinguons un point lumineux brillant à l'horizon. Immédiatement nous braquons nos jumelles sur cette lumière mystérieuse. Nous reconnaissons vite que c'est une étoile, Sirius, la plus brillante du ciel entier qui, par sa scintiHation, peut être confondue avec un phare,
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La terre paraît. Immédiatement une grande rivière se distingue, serpentant sur le sol, De nombreux étangs
sont aussi visibles. C’est la Saône, peu avant sa jonction avec le Rhône. Nous sommes au-dessus du pays des Dombes dans l'Ain.
Notre direction change. Nous quittons le Sud-Est pour filer droit au Sud.
L'on se sèche et, par suite, notre aérostat aussi. Nous atteignons successivement 2,000, 3,000, 4,000 mètres. Ce n'est qu’à cette altitude que nous dépassons les nuages. Le thermomètre tombe à — 80 centigrade et une neige extrêmement fine crépite sur la nacelle et sur
nos vêtements.
A l'Est, les premières montagnes de la Suisse se dessinent. La gigantesque arête du Mont-Blanc domine de beaucoup toutes les autres. Nous prenons quelques photographies avec le Vérascope, le soleil éclairant la mer des nuages, le panier parasoleil suspendu à notre aérostat, etc.
Des giboulées tombent à terre laissant entrevoir le sol par moment. Nous reconnaissons le Rhône et Villefranche. Nous marchons à grande vitesse, au moins soixante-dix kilomètres à l'heure. L'image du Mistral, déboulant le long de la vallée du Rhône passe en une vision rapide devant nos yeux.
Nous passons au-dessus d'Orange. La grande mer bleue, la Méditerrannée, scintille au Sud.
Nous faisons quelques photographies de la vallée du Rhône, puis c'est le tour à Avignon de passer sous notre nacelle. Nous fixons cette ville sur la plaque sensible. Puis, un petit nuage éclipse l’ancienne ville des Papes. Vite, nous braquons notre objectif. Notre vitesse croît toujours. Il nous restait assez de lest pour prolonger longtemps encore notre voyage, mais la mer est là sous nos yeux.
Il faut descendre dis-je à Hermite.
Un coup de soupape, donné à 9 h. 12 minutes, et nous voilà partis vers les basses régions,
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Tarascon et Arles passent inaperçus.
Le vent siffle dans les cordages, indiquant bien qu’il croit à mesure qu’on approche du sol. Je jette un dernier coup d'œil surterre, je voisles arbres se torde sous l'influence du vent et la poussière se soulever en tourbillons.
Nous descendons vite. Deux cents mètres à la minute environ. Nous sommes assourdis par cette descente rapide.
Nous prenons nos dernières dispositions pour l'atterrissage. Hermite se charge de la corde de soupape et moi du clapet de déchirure et de l'ancre.
Le guiderope traîne, je jette l’ancre. Avant même d’avoir eu le temps de tourner la tête, un choc formidable se produit. Je fais fonctionner le clapet de déchirure, le ballon se vide avec rapidité, mais la nacelle vole sur terre; l’ancre ne réussit pas à mordre dans ce sol composé de galets.
Un arrêt, l'ancre s'accroche dans un arbre. Celui-ci ne résiste que pendant une fraction de seconde, il est déraciné et littéralement lancé dans les airs. Nous voilà repartis à toute vitesse, roulant, bondissant sur le sol.
Deux autres arbres subissent le même sort que le premier.
M. Hermite est complètement à bout de forces. Il me crie : « Nous sommes fichus. »
Le fait est que les arbres deviennent de plus en plus rares dans cette triste plaine de la Crau, et plus loin, à quelques kilomètres, c'est la mer.
Deux arbres se dressent devant nous. Notre nacelle passe comme une bombe au milieu ; mais heureusement, le ballon s'accroche et s'ouvre en deux.
Un dernier saut. La nacelle tombe brutalement sur le sol, c'est fini. Un hasard providentiel nous a servi. Nous sommes à peu près intacts. Hermite seul, étourdi et embarrassé par ses vêtements, qui se prennent dans les cordages, reste quelques minutes étendu sans pouvoir se relever.
Des paysans accourent, nous sommes à Vergière, canton de Saint-Martin-de- Crau, golfe de Fos (Bouches-du-Rhône), à six cent vingt-six kilomètres de Paris à vol d'oiseau, battant de plus de deux cent-trente kilomètres le record précédent de M. de la Vaulx.
Notre route. — Partis de l'usine à gaz du Landy, par un vent Nord-Ouest assez bien établi, nous écornons juste Paris. Nous reconnaissons successivement la Porte de Vincennes, le Bois de Vincennes, la boucle de la Marne, puis à notre droite, la Seine avec plusieurs grandes villes que nous ne pouvons identifier.
A partir de ce moment, nous nous perdons, et ce n’est qu’au matin, à 5 h. 26, que nous reconnaissons le pays au moment où notre ballon se rapproche du sol, à 900 mètres.
Nous planons au-dessus du département de l'Ain, tout près de la Saône, audessus du pays des Dombes.
Nous remontons rapidement au-dessus des nuages et la terre disparaît à nos yeux.
Le ciel tendant à s’éclaircir, nous apercevons, vers 7 h. 1/2, un grand fleuve, le Rhône, bien évidemment.
Peu après, je reconnais Valence, puis Orange et Avignon que nous traversons centralement, et enfin, la plaine de la Crau que nous apercevons dansle Sud.
Cette esquisse rapide, la seule que nous eussions eue sans nos feuilles questionnaires, aurait été bien incomplète.
Pour la première fois, nous avons mis en pratique dans ce voyage aérien, une modification que nous avions imaginé avec M. Besançon pour les feuilles de bord, dont nous avions dix mille exemplaires, et qui permet de déterminer en même temps que la route, la vitesse de l’aérostat sur les différents points de sa trajectoire.
ES
Ce procédé consiste à diviser les feuilles de bord en paquets numérotés que l'on jette dans l'espace d’une heure. Chaque paquet est percé d'un trou qui est relevé sur un tableau spécial, de sorte que toutes les feuilles dans un paquet d’une heure sont marquées. On sait donc ainsi, lorsque l'on reçoit la feuille, à quelle heure exacte elle a été jetée et on peut ainsi en déduire la vitesse de l'aérostat. Pour éviter toute espèce de confusion, les paquets sont placés dans la nacelle par ordre,
6) = RS Re N | SR fe, Ge É Bi —duns <e L RS à ere rx D Voyage & longue durée NRC ATR du Bollo® Ed Arasciebs À È rc «16-17 Septembre 1899. N
i à vol d'oisea M ee __—— Distance parcourue
é Kilomèfres.
de sorte que l'on n’a plus qu’à contrôler rapidement le chiffre des heures marquées sur chaque paquet avec un crayon bleu.
Pour déterminer la vitesse de l’aérostat par ce procédé, il faut tenir compte de ce que la feuille de bord tombera à terre en un point situé en avant, à cause de la durée de chute de la feuille, durée à déterminer (environ 1 mètre par seconde en moyenne).
Pour cela il faudra tenir compte : 10 de la hauteur de l’aérostat au-dessus du sol, en prenant bien note de ce que la vitesse de chute est proportionnelle à la densité de l'atmosphère ; 2° de la vitesse du vent (approchée).
Notre voyage nous a fourni un exemple très frappant dès l'avance des feuilles sur l’aérostat au-dessus de la vallée du Rhône.
Aucune des feuilles de la quatorzième heure n'est revenue; elles sont toutes tombées en mer.
La dernière retrouvée sur les plages du golfe de Fos, au Cavaou, a été jetée entre la treizième et la quatorzième heure.
Ainsi donc, on commettrait de graves erreurs en mesurant directement les points de chute sur la carte, il y a une correction arrière pour chaque période de chute et cette période pourra atteindre des valeurs énormes, comme dans notre voyage, à cause de notre grande altitude et de la vitesse du vent.
PABEEAMURRESENE DES OBSERVATIONS RECUEILLIES A L'AIDE DES FEUILLES QUESTIONNAIRES
Ascension du 16-17 os 1899. — Durée : 15 h. 8. Parcours total : 655 kil.; Vitesse moyenne : 43 kil. Distance à vol d'oiseau : 626 kil.; Vitesse moyenne : 40 kil.
a == es LOCALITÉS DE ES RÉPONSES DES QUESTIONNAIRES jetées ESS : o ZE) RE — aux où les teuilles < 2,5 RE À 23/2231) A-t-on vu = heures Selon des AE £ è 2 e OBSERVATIONS suivantes SENS A 2 SNS ST poron? MÉTÉOROLOGIQUES h2 à et 6 6 Oui, 73 Les feuilles trouvées sur la trajec- 7925 | Le Châtelet (S. et M.) 5 5 HUE Nu nocturne de l’aréostat signa- : : ë ent un vent généralement modéré 8h25 Villethierry (Vonne). OT 35 Non avec ciel couvert (sauf de rares| 6 Re exceptions), el souvent des averses | 9h25 | Chaumot (id.) 114 23 Oui, 9:50 s.| de pluie, avec température variable, généralement douce, et vent 10h25 Fleury (id.) 143 39 Non du Nord-Ouest.
11h25 | Accolay (id.) 1751002 Non 12h25 | St-Brancher (id.) 206 | 31 Non 1h25 | St-Martin-de-la-Mer (id.)| 233 | 27 Non 2h25 | Curgy (Saône-et-Loire).| 264 | 31 Non 3h25 | Buxy (id.) 303 | 29 Non 4h25 | Clessé (id.) S281NP5 Non 5h25 Grièges (id.) 355 27 Oui Direction vers l'Est; temps presque clair ; vent ordinaire, 6h25 | Fay (Drôme). 471 | 116 JOui,7n1/4| Se dirige dans le S.-E. Vent fort du N.-0. Frais, RAGE nuah2 Sauzet,ch. de Monard (id. e geux. Direction dans le S.-E. 7725 : Gi ) 539 Oui Ciel orageux, découvert san l'a . tle en des Esveluche (id. ’ 8 7 près- nine Le Mistral sou feuilles P ) 549 7 No tempête.
jetées A ne sortir Châteaurenard (B.-d-R.)| 620 7h25 : : e à que ae te Verguières (id.) 625 Ces dernières feuilles indiquent retrou— un mistral soufflant en ouragan.
vées | Aureille (id.) 640 insquen or :
dela mer Istres (id.) 660 Fos-s-Mer(LeCavaou (ii.)| 668
Une observation à noter, c’est qu'à partir d'Avignon, au point d'atterrissage, les feuilles-questionnaires sont tombées à gauche de la trajectoire de l’aérostat; on pourrait en conclure que, dans les régions inférieures, nous nous serions dirigés légèrement vers l'Est, du côté de Marseille : c'est d’ailleurs ce que nous constations des hauteurs où nous planions en observant au-dessous de nous les nuages inférieurs. Nous avons reconstitué notre route sur une carte dont nous donnons ici la reproduction (fig 1) en nous servant des 60 feuilles-questionnaires qui nous ont été renvoyées et nous en avons composé un tableau résumé publié dans cet article. Nous ne donnons dans ce tableau que quelques feuilles seulement pour éviter une complication inutile. D'ailleurs, nous avons tenu à écarter de cette liste les feuilles qui n'ont pas été renvoyées immédiatement, celles-ci pouvant avoir été entrainées par le vent loin de leur point d'atterrissage. Ce travail nous donne la confirmation des observations que nous avions faites à bord de notre nacelle.
Nous avons passé successivement au-dessus de Paris-Est, Melun, Montereau, Sens, Joigny, Auxerre, Avallon, Saulieu, Châlon-sur-Saône (changement de direction, nous suivons la vallée de la Saône), Cluny, Mâcon, Villefranche, Lyon (que nous n'avons pas vu, étant au-dessus de la mer des nuages), Vienne, Tournon, Valence, Montélimar, Orange, Tarascon et Vergières où nous avons atterri.
Une particularité curieuse que l’on remarquera dans ce tableau, sur les feuilles trouvées à Grièges, à Fay et à Sauzet, c'est que l’on a vu le ballon passer sur ces localités avec direction vers l'Est ou le S-S-Est. Ces crochets, peu importants d’ailleurs, semblent démontrer que le mistral avait une tendance à se ramifier sous l'influence des grandes vallés latérales. Pour Grièges, influence de la vallée du Rhône, vers Genève. Pour Fay, influence de la vallée de l'Isère; et enfin pour Sauzet, influence (faible) de la vallée de la Drôme, où le mistral soufflait déjà en tempête. Notre dernier contrôle nous est fourni par la descente commencée à 4,700 mètres en-dessus d'Avignon et terminée dans la Crau, à 45 kilomètres de là. Ces 45 kilomètres ont été effectués en 21 minutes, soit du cent-trente à l'heure.
Il est regrettable que nous n’ayons pu déterminer la vitesse du vent au sol qui devait certes approcher de deux-cents à l'heure.
La vitesse du vent suit une courbe bien nette, croissante au départ, décroissante dans la nuit et croissante au matin, très rapidement, phénomène qui se produit fréquemment. Comme autre particularité relative aux courants aériens nous notons que toujours les nuages se sont déplacés plus vite que nous, on avait l'illusion que l'aérostat offrait une résistance au vent?!
Le vent relatif s’est fait sentir vivement plusieurs fois. L'appareil, construit par M. Hermite, et qu’il appelle Zndicateur de route, a permis dé constater et d'observer le vent relatif pendant toute la durée du voyage. La description de cet appareil et les résultats qui ont été obtenus dans cette expédition feront l'objet d'un prochain article de M. Hermite dans l'Aérophile. Je dirai seulement que nous avons pu avec cet instrument apprécier notre direction au-dessus de la mer des nuages, dans la matinée.
Les enregistreurs. — Le triple enregistreur de M. Richard, comprenant le thermomètre, le baromètre et l’hygromètre a parfaitement fonctionné. Il a été réglé et contrôlé pour notre ascension, avant et après notre voyage, par les soins de M. Joseph Jaubert, chef du service météorologique de la ville de Paris.
Les trois courbes sont nettes et sans interruption. De leur étude nous pouvons tirer quelques observations intéressantes.
D'abord, si nous considérons l'humidité, nous voyons qu’elle croit rapidement dès le départ, passant de 68 à 90 pour cent, en même temps que la température tombe de + 13° centigrade à +- 2°, à 9 h. 1/2, soit trois heures après notre départ. C'est éga-
lement pendant cette première partie de notre voyage que nous usons le plus de lest.
Notre altitude était alors de 1,800 mètres. De 9 h. 1/2 jusqu’au matin 5 h. 1/2 nous nous élevons par petit sauts jusqu'à 2,800 mètres, soit une moyenne de trois millimètres et demi par seconde, sans jamais descendre au-dessous de 1,500 mètres grâce à un jeu de lest habile de M. Hermite.
À ce moment, une condensation dont nous ne trouvons pas l'explication — la température et l'humidité n’ayant pas varié sensiblement — nous amène à 900 mètres ou nous notons + 5° soit pour 1,900 mètres une différence de 10° centigrades ou 1° par 190 mètres, ce qui approche de la valeur normale qui est de 160 mètres par degré centigrade, si je ne me trompe.
Quelques gouttes de pluie tombent en même temps que notre aérostat cesse de descendre et recommence même à s'élever!
Les nuages se sont formés très rapidement, nous n’en sortons qu’à 4,000 mètres. Nous nous équilibrons par quelques poignées de feuilles questionnaires et nous atteignons 4,700 mètres, à 9 h. 12 minutes, au-dessus d'Avignon.
Le thermomètre est à — 10° centigrades et l’hygromètre tombe à 26 o/o.
A ce moment la température au sol était de + 15°, soit une différence de 25° pour 4,700 mètres ou 192 mètres par degré centigrade, chiffre presque identique à celui trouvé au matin.
Ë Observations météorologiques.— Nous notons ci-dessous les différents phénomènes qui se sont produits dans l'ordre des heures de notre voyage.
Ayc-en-ciel lunaire. — À 8 h. 1/2, nous notons à l’ouest un arc-en-ciel pâle, blanchâtre, incolore, dessiné par les rayons lunaires dans une nappe de pluie.
L’arc était bien dessiné sur au moins 1502.
Ce phénomène est assez rare et mérite une mention toute spéciale.
Nuages en forme de trombe. — Ce phénomène nous est apparu au matin, au petit jour. C'est juste avant notre descente, au-dessus du pays des Dombes, dans l'Ain. Nous nous trouvions donc à ce moment au point de croisement des deux courants aériens que nous avons suivi, l’un venant du Nord-Ouest, qui nous a entraîné jusqu’au sud de Chälons-s-Saône et l’autre venant du N.-N.-E. qui s’est changé en mistral très violent à mesure que l’on approchait de la Méditerrannée. Il s’est donc produit dans l’atmosphère un remous, une sorte de trombe, analogue aux tourbillons que l’on voit à la surface des eaux courantes.
C'est donc, en somme, au milieu d'un Maëlstrom aérien que nous nous sommes trouvé plongés.
Un nuage surtout était particulièrement saisissant. On aurait dit une trombe qui s’est mise à tourner autour de notre nacelle.
Fort heureusement qu'à ce moment ce monstre aérien disparût vite sans nous prendre dans son tourbillon,
Une autre ebservation qui semble confirmer la réalité de notre observation, c’est l'équilibre anormal du ballon. Ainsi le baromètre indiquait que nous étions immobiles tandis que les ascensionnels montaient et descendaient à tour de rôle comme aspirés ou refoulés.
Arc-en-Ciel. — Au jour, nous avons noté de très nombreux arcs-en-ciel audessous de nous dans les averses qui tombaient au sol.
Ombre du ballon.— Pendant la nuit, nous notons l'ombre du ballon sur les nuages, à plusieurs reprises, avec simple auréole autour de la nacelle.
Au matin, le soleil produisit le même phénomène mais avec triple auréole, une autour de la nacelle, une à mi-hauteur du ballon et une entourant tout le ballon et la nacelle,
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Image du soleil. — Ce phénomène consiste en la réflexion du soleil par les nuages, ceux-ci jouant le rôle de miroirs. , Nous supposons que cette réflexion a été facilitée par la prodigieuse. épaisseur. des nuages au matin. |
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