M. LE COMTE DE CASTILLON DE SAINT- VICTOR
Le comte de Castillon de Saint-Victor est né le 17 septembre 1870, au château de la Grève, près de Nogent-le-Rotrou. C'était quelques semaines avant le moment où le Veprune inaugurait la série des ballons du siège. Le bruit des armes retentissait quelques mois plus tard auprès du berceau du futur aéronaute.
Le comte de Castillon fit ses études de droit à la Faculté de Paris et fut reçu licencié en 1807. Il avait suivi avec distinction les cours de l'Ecole des sciences politiques, ce qui lui permit, dès 1893, d'entrer au ministère des Affaires étrangères par voie de concours. Habile orateur, doué d’un physique sympathique, et écrivain élégant, possesseur d'une belle fortune et
appartenant au monde aristocratique, le comte de Castillon avait tout ce qu’il fallait pour réussir. Mais il n'avait pas voulu apprendre l'art principal à la diplomatie, celui de cacher ses sentiments intimes.
Aussi, dès 1895, il cessait de servir le gouvernement de la République.
Ce n’est que dans le cours de l'année 1898 qu'il fit son premier voyage en ballon et s'enrôla dans la brillante pléiade des jeunes aéronautes qui ont répondu à l'appel du comte de Dion.
Aucun de ses vaillants émules n'a apporté dans la carrière aérienne plus de bonheur, plus d'entrain et un esprit plus chevaleresque.
Nos lecteurs nous en voudraient beaucoup si, au lieu de laisser la parole à M. le comte de Castillon, nous cherchions à raconter les incidents ces diverses ascensions qu'il a exécutées Jusqu'à ce Jour.
Nous dirons seulement qu'il reçut le baptême de l'air des mains de M. Mallet au mois de juin 1898, en même temps que le comte de La Vaulx. Les : deux excellents élèves bientôt purent voler de leurs propres ailes.
Le 12 juin de cette année, M. le comte de Castillon partit seul pour la première fois dans un ballon de 580 mètres cubes; c'était lors du premier concours de la Coupe des aéronautes. Il fut obligé d'atterrir à l’île d’Elle par suite de la présence de l'Océan et ne fut classé que le second.
Mais il prenait bientôt sa revanche, et le 30 septembre il faisait avec le Centaure le trajet de Paris à Westervik. En 23 heures 1/4, il parcourait 1,330 kilomètres et obtenait ainsi le record de la distance à vol d'oiseau, battant le fameux ballon La Ville d'Orléans, du siège de Paris, qui atterrit en Norwège.
Dans cette occasion, il partageait la gloire de ce beau triomphe avec M. Mallet ; mais il n'en était pas de même pour sa seconde performance.
Lors du baptême de l’Aéro-Club, le 10 octobre, il faisait avec le comte de La Vaulx, son émule, un voyage singulier. Parti de l'usine à gaz du Landy, il atterrissait à Commercy après être resté 35 heures 35 minutes en l'air. Le ballon s'était éloigné des gazomètres dans la direction de l'ouest, puis il avait filé dans la direction opposée, après avoir vogué longtemps vers la frontière allemande, il avait fait une pointe vers le sud et avait fini par retrouver le courant ouest qui ne l'avait plus abandonné jusqu'à son atterrissage. Ce trajet mouvementé n'avait pas occupé moins de 35 heures 35 minutes, sur lesquelles les 29 dernières heures avaient été faites sans escale. Les deux aéronautes qui ont exécuté ce beau voyage détiennent, peut-être pour longtemps, le record du temps passé en ballon sans escale.
Marat, dans les grossières injures qu'il débite contre les aéronautes en général, et en particulier contre Pilâtre de Roziers, le plus illustre et le plus malheureux de tous, semble avoir deviné le comte de Castillon.
En effet, à peine revenu de sagrande ascension suédoise, celui-ci emmenait à bord de l’Aéro-Club, deux débutants, le comte des Isnards et le comte de Rochefort ; il avait encore dans sa nacelle M. Jacques Faure qui était presqu'aussi novice que ses compagnons, Car il n'avait à son actif que deux ascensions assez insignifiantes.
Nous ne dirons rien de la dernière traversée aérienne par laquelle le comte de Castillon à fermé sa série et qu'il a bien voulu nous promettre de raconter lui même Nous voulons parler de son ascension de Paris à Munden (Hanovre), qui n’a pas duré moins de 15 heures 1/2 et dans laquelle il a essuyé, avec une résistance toute française, une tempête dans les montagnes
voisines de Coblentz.
Georges BESANÇON.