‹ L'Aérophile (volume 5)Chapitre 101 sur 161 · RS LPS TT PP PP TT LD SL TS · texte numérisé non relu

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LE TOUR DU MONDE AÉRIEN

Un drame aérien. — Sous ce sensationnel titre, la presse rapporta, les 14 et 15 juillet, avec un luxe de détails invraisemblables, l’envolée d’un jeune garçon de 10 ans, que son papa, aéronaute-acrobate, avait laissé fuir dans son ballon le Tiber, alors que celui-ci, Palmyr Duhem, domicilié à Tourcoing, suspendu au trapèze établi au-dessous de la nacelle, manquait de se rompre l’échine.

Le 14 juillet, le Tiber, petit aérostat de moins de 500 mètres, avait remplacé au pied levé le Formidable, à qui on avait découvert, au dernier moment, une déchirure de plus de 1 mètre de long. Au départ,le Tiber s'était élevé peut-être vers 1.000 mètres, quand on le vit ensuite redescendre de plus en plus rapidement, aucun lest n'étant projeté. La nacelle vint se poser brutalement au faite d’un réservoir, tandis que le gymnasiarque, encore suspendu à son trapèze, était violemment projeté contre la muraille; un coup de vent dégagea l'aérostat, qui alla choir dans un jardin dépendant de l’estaminet du Petit Tonneau. Palmyr Duhem, terrassé par la fatigue, et ayant rompu le cordeau de sûreté qui le retenait, lâcha prise et tomba sur un poirier dont les branches amortirent sa chute. Le Tiber, délesté de 70 kilog., bondit une deuxième fois dans l'atmosphère.

A peine sur pied, l’aéronaute, qui n'avait été que légèrement contusionné, se lança à la poursuite du ballon. Fort heureusement, un des témoins de l’accident, M. Vandecastel, sauta sur son tricycle à pétrole et, prenant en croupe le père du jeune fugitif, dévora la route dans la direction de Wattrelos, Herseaux, Saint-Genois, où, après une homérique course en zigzag, ils eurent la chance de retrouver, à Arc-Anières, le jeune Duhem, qui y était heureusement descendu, à 7 h. 1/2.

On s’est peut-être un peu trop hâté de faire du jeune aéronaute malgré lui un héros. N'a-t-on pas dit qu'il avait dirigé la marche du ballon ? grimpé dans le surcercle pour saisir la corde de soupape, observé la cote des hauteurs sur un enregistreur ! (sûrement fictif, car les gymnasiarques ne s’embarrassent guère de ces coûteux et trop scientifiques appareils). Réduit à des proportions moins romanesques, i'équipée du jeune Duhem se réduit à un bond dans l'espace d'environ 2.000 mètres, à une descente normale facilitée par le lent refroidissement de l'atmosphère à la chute du jour; aussi, le voyage commencé à 6 h. 1/2 s'est-il terminé à 7 h. 1/2, chute facilitée par l'absence de tout vent ce jour-là. De 1à à dire qu'il n’y avait aucun danger, serait exagérer, mais le calme de l’atmosphère, éloignant toute chance de trainage, de perdition en mer, ne laissait subsister que la crainte d'un séjour prolongé sur le faite des arbres d'une forêt, ou la descente dans un cours d’eau, voire même sur une voie de chemin de fer.

Roi sauveteur. — Le 14 juillet, l'aéronaute Oswald Lieschl, de Dresde, avait entrepris une ascension.

Arrivé à la hauteur de Merschbourg, l'aérostat se dégonfla et tomba dans le lac de Constance.

M. Lieschl fut précipité dans les eaux du lac, à quelques mètres de la rive. Il se serait infailliblement noyé si un promeneur ne s'était porté à son secours.

L’aéronaute remercia vivement son sauveteur et voulut même lui accorder une gratilication pécuniaire. Quel ne fut pas son étonnement en apprenant qu'il devait la vie au roi de Wurtemberg, qui se promenait sur les bords du lac au moment où l'accident s'était produit !

Un « captif » qui se délivre. — Le 1° août dernier, le ballon captif de Luton (Angleterre), qui fonctionnait sous la direction de M. Spencer, a rompu son càble alors, que l’aérostat se trouvait à six pieds du sol.

Ce « captif » émancipé est descendu heureusement, après un parcours de 11 milles auprès de Luton, ayant à son bord M. Beckett et deux ouvriers.

Le « Captif» de Vichy. — M. Valère Lecomte, aéronaute, avait installé à Vichy un ballon qui devait exécuter pendant plusieurs jours une série d’ascensions captives, à l’aide d'un câble de chanvre de 200 mètres de longueur.

L’AÉROPHILE 201 ER tete

Le gonflement de l'aérostat, qui jauge 2.000 mètres cubes, ayant été terminé le 9 août à 5 heures, l'aéronaute procéda seul aux essais. Le vent, qui était assez fort, rabattait l’aérostat qui montait sous un angle très considérable. Soudain, sous un coup de vent violent, le cäble se rompit et on vit alors M. Valère Lecomte monter dans le cercle de suspension dans le but de déligaturer la manche d'appendice afin de permettre au gaz de sortir, prévenant ainsi toute rupture de l'enveloppe par suite d’un excès de pression intérieure déterminé par la dilatation de la masse gazeuse, se détendant sous l'effet de l'abaissement rapide de la pression barométrique.

M. Valère Lecomte, sur le sort duquel on se montrait très inquiet, a pu atterrir dans le Puy-de-Dôme, commune de Lachaux.

La descente du ballon, démuni d'engins d'arrêt, fut, paraît-il, quelque peu mouvementée. Néanmoins M. Valère Lecomte sort indemne de cette aventure regrettable, car l'aéronaute a dû employer un càäble de qualité inférieure ou de section trop faible. È

Inauguration du « Vercingétorix ». — M. Victor Bacon s'est élevé de Rueil, dimanche 10 août, à 2 heures de l'après-midi, à bord de son ballon le Vercingétorir, cubant 2.500 mètres. Ê

L’intention de M. Bacon était de faire une simple promenade aérienne, aussi a-t-il atterri dans la soirée, enchanté de son « gros cube », qu’il inaugurait et à bord duquel il compte exécuter prochainement de longs voyages.

Le pilote était accompagné de MM. A. Gasteau, G. Rigollet, L. Fourcault, V. Lachambre. Descente à Villes près de Tournan (Seine-et-Marne), à 5 heures du soir. Altitude maxima : 1.700 mètres.

Les aéronautes ont pris au-dessus de Paris douze photographies stéréoscopiques très réussies.

Ascensions physiologiques. — Le 20 juillet, à 10 heures du matin s’est élevé, du parc aérostatique de l'Aéro-Club de Saint-Cloud, l’£ros, 2.000 mètres cubes, piloté par M. de La Vaulx.

Ont pris place dans la nacelle : MM. le docteur Reymond, chef de clinique chirurgicale à la Pitié, représentant le laboratoire de physiologie de la Sorbonne, et le docteur Tripet, du laboratoire du docteur Hénocque.

Les expériences qui ont été faites au cours de cette ascension, ont eu pour but d’'étudier les variations d'activité de la réduction de l’oxyhémoglobine, c’est-à-dire des échanges respiratoires entre le sang et les tissus.

Les expérimentateurs avaient emporté l'appareil de M. Cailletet, qui leur permettait de respirer de l'oxygène dans les hautes régions.

M. de La Vaulx a pris, à différentes altitudes, des photographies de la lumière solaire avec l’actinographe imaginé par M. de Chardonnet.

L'Eros a atterri à Verdelot (Seine-et-Marne), après avoir atteint 5.010 mètres d’altitude (Voir le Bulletin officiel, page 184).

Le 12 août, à 1 heure 10 de l'après-midi, par un temps abominable et sous une pluie glaciale, le comte de Castillon de Saint-Victor et le docteur Tissot, préparateur du proou Chevau, accompagné d'un aide, employé au Muséum, se sont élevés à bord de Eros.

Le départ a eu lieu du pare aérostatique de Vaugirard, où M. Lachambre procédait au gonflement du ballon dont le volume est de 2.000 mètres cubes. L'aérostat a reçu 500 mètres cubes d'hydrogène el le reste en gaz d'éclairage.

Les études portaient sur les échanges respiratoires et les gaz du sang.

L'Eros a alterri hier à Aney-le-Franc (Yonne), à 4 h. 45 de l'après-midi, après avoir atteint 4.800 mètres, où une troisième couche de nuages n’a pu être traversée.

La première couche de nuages se trouvait à 200 mètres du sol, la seconde de 500 à 3.200 mètres. Dès l'altitude de 1.800 mètres, nous avons subi une tourmente de neige et parfois nous étions entourés de paillettes de glace.Le D’ Tissot a fait des prises de sang sur le chien, sur lui-même, sur son aide, et a profité d’une éclaircie pour prendre des photographies du spectre solaire.

On sait que ces ascensions ont lieu aux frais du prince Roland Bonaparte, président de la commission d'aérostation scientifique de l’Aéro-Club.

Le ballon porte-amarre Henri Hervé. — On a expérimenté au Croisic, après la clôture du Congrès international de sauvetage qui s’est tenu à Saint-Nazaire pendant les premiers jours d'août, un matériel complet de ballon porte-amarre, dû à l'ingénieur Henri Hervé, le savant et dévoué collaborateur du comte de La Vaulx dans ses ascensions aéro-maritimes.

Le ballon, d'une forme ovoide, se gonfle automatiquement par la présentation au vent d’une manche d’appendice en forme d’entonnoir, munie d’un cercle rigide. L’aérostat gonflé, on ligature l’appendice et on lance l'appareil à la mer, remorquant le déviateur Hervé, expérimenté avec le plus grand succès, l'an dernier à Ostende, par une ligne lenant à une patte d'oie intéressant l'équateur de ce curieux propulseur.

Cet engin de sauvetage tout nouveau permet de porter facilement une amarre à la côte dans le cas de naufrage d'un navire.

Ballon, déviateur et ligne n'atteignent pas le poids de 15 kilos. La caisse contenant le tout mesure 1 m. 30 de longueur, 0 m. 25 de largeur et 0 m. 25 de hauteur.

Le ballon porte-amarre Hervé ne nécessite aucun appareil mécanique quelconque, aucune éducation pratique et nul instrument auxiliaire; il entre en fonctions en moins de cinq minutes.

Aucun autre ballon porte-amarre ne lui est comparable, aussi le jury a-t-il attribué

à notre éminent confrère un grand prix et lui a voté une adresse de félicitations. La traversée du Sahara en ballon. — La traversée du Sahara par ballon non monté sera tentée fin décembre. On sait que le capitaine du génie Deburaux, bien connu ar ses études sur l’aérostation, a formé le dessein d'explorer le Sahara au moyen d'un allon monté par quatre aéronautes.

A ce projet audacieux mais parfaitement raisonné se sont ralliés MM. le comte de Castillon de Saint-Victor, Jacques Balsan et le lieutenant de vaisseau Hourts, un adepte de la première heure.

Avant de tenter l'expérience, les promoteurs de l’entreprise vont essayer de faire exécuter cette même traversée à un ballon de 980 mètres cubes muni d’un équilibreur et d'un délesteur automatiques, remplissant les fonctions de l’aéronaute absent du bord.

Le capitaine Deburaux a relaté, dans l’Aérophile de février 1902, page 4#, les conditions de cette tentative.

Ajoutons que l’aérostat sera porteur d'instruments enregistreurs et de pigeons voya-

geurs, qui recouvreront la liberté au moment de l'atterrissage, au moyen d'un déclic spécial. 5 L'expérience, qui coùtera environ 8.000 francs, a reçu les approbations du monde savant, les encouragements du Conseil municipal de Paris qui a donné 500 francs, du Conseil général de la Seine qui a souscrit 100 francs et du ministère de la Guerre qui a offert l'aérostat, un ballon de place réformé, mais encore en bon état.

Nous croyons que le ministère de la Guerre prendra à sa charge les frais du gonflement qui aura lieu à l'hydrogène pur et le transport du matériel aérostatique et chimique.

En même temps que le gros ballon explorateur, sera lancé un ballon de 50 mètres cubes complètement fermé, mais possédant un vide relatif. Ce ballonnet sera muni d'un guiderope pesant 50 kilos, qu'il ne pourra enlever du sol, ce qui l'empêchera de gagner une altitude où il éclaterait sous l'effet de la tension exercée par la dilatation de la masse gazeuse.

Nous formulons les vœux les plus sincères pour la réussite de cette belle expérience, qui faitle plus grand honneur à l'initiative du capitaine Deburaux,du comte de Castillon et de M. Jacques Balsan.

Nous espérons que le ministère des Finances, le ministère de l’'Instruction publique et le Conseil d'Etat accorderont la subvention de 1.000 francs que les distingués aéronautes demandent sur le legs Giffard.

De Paris au grand-duché de Hesse. — Elevé le 3 août, à 9 heures du soir, du parc de l’Aéro-Club, le comte Henry de La Vaulx, qui avait à bord de l'Aéro-Club n° ? M. Henri Metman, a atterri le lendemain à Lauzingen, arrondissement de Cassel, près de Gelnhausen, parcourant 575 kilomètres.

Le voyage. qui a duré exactement 18 heures 35 minutes, s’est effectué de 5 heures du matin à 3 h. 35 du soir, entre 4.000 el 6.000 mètres, avec une vitesse moyenne de 46 kilomètres à l'heure. La veille, de 9 heures du soir à 5 heures du matin, le comte de La Vaulx n'avait parcouru que 90 kilomètres. Il se trouvait alors dans le département de Seine-et-Marne.

Le duc d’Uzès pilote de l’Aéro-Club de France. — Le duc d'Uzès a fait ses débuts de pilote le 6 août. Elevé du parc de l’Aéro-Club, à 3 heures, à bord de l’Artiel, ballon de 800 mètres cubes, le duc d'Uzès, qui avait comme passagers MM. Negreponte et Bedel, a pris heureusement terre près de Creil, par l'orage, après une heure et demie de voyage.

Le voyage de L « Iris ». L’Iris, ballon de 430 mètres cubes, élevé le 7 août, à 9 h. 55 du soir, du parc de l'Aéro-Club, est descendu le lendemain, à 9 h. 20 du matin, à Illy (Ardennes), à 5 kilomètres de Sedan et à une égale distance de la frontière belge.

Les habiles aéronautes qui pilotaient le minuscule ballon, MM. Janets et Boulenger, ont établi un record de durée : 11 h. 25 de séjour dans l'atmosphère pour un ballon de 430 metres cubes, gonflé au gaz d'éclairage et monté par deux personnes. Nos amis disposaient, au départ, de 50 kilos de lest, et c'est encore avec 15 kilos du sable précieux qu'ils ont pris terre, après 220 kilomètres de parcours et avoir atteint l'altitude de 1.900 mètres à la fin du voyage.

La traversée aérienne n’a pas été sans émotion. En effet, à 1 h. 35 du matin, par 500 mètres d’altitude, les aéronautes étaient le jouet d’une illusion pénible : il leur semblait que le ballon prenait feu. à

Cette impression était produite par la chute d’un aérolithe dont le passage était marqué par une traînée lumineuse ressemblant à une fusée. Ce bolide s'est divisé en quatre où cinq fragments excessivement brillants, projetant une lumière bleue et dégageant des vapeurs au moment de l'explosion. Ce phénomène a duré trois secondes et demie, la direction de la traînée lumineuse était Est-Nord.

Recueilli en mer. — On mande de Kiel, 6 août :

€ Un ballon, monté par deux Viennois, est tombé dans la baie peu après son départ.

« Le prince Henri de Prusse qui, de son bord, avait vu l'accident, se jeta dans un canot et se porta rapidement au secours des deux aéronautes, qu'il parvint à sauver. »

Traversée de la Manche. — Un ballon, parti le 9 août, à 5 heures du soir, de Beckenham, près de Londres, piloté par M. A. E. Gaudron, accompagné du D: F. A. Barton, vient d'atterrir à 12 kilomètres au nord de Calais.

Elevé le 9 août, à l'occasion des fêtes du couronnement, l'aérostat fut rapidement poussé vers la mer par un vent violent de Nord-Ouest.

À 7 h.45 m. du soir, MM. Gaudron et Barton surplombaient la ville de Douvres ;

à 9 h. 20, ils atteignaient la côte française et descendaient sur la plage.

Le D: Barton est l’auteur d'un « dirigeable », dont nous donnerons prochainement la description.

L’aviateur Hargrave. — M. Hargrave, l'inventeur américain du cerf-volant cellulaire, a imaginé d'appliquer son système à la dirigeabilité aérienne.

Les premières expériences seront exécutées au-dessus de la baie de Lidney.

L'appareil, propulsé par une hélice, pèse 162 kilos et a une surface de 50 mètres carrés. Il est formé par la réunion de deux immenses cerfs-volants; le plus grand, à l'avant, supporte à sa partie inférieure un moteur à pétrole actionnant une hélice placée, elle aussi, à l'avant. Trois flotteurs cvlindro-coniques assurent la flottabilité de l'appareil en cas de chute à l’eau.

Nous doutons fort des résultats de la disposition Hargrave, à qui naturellement simpose le voyage sans fil de retenue.

L'aérostation scientifique en Italie. — Nous apprenons que dans le nouveau budget du ministère italien de l'Agriculture une somme a été affectée spécialement aux études de l'exploration des hautes régions de l'atmosphère au moyen des ballons-sondes et des cerfs-volants. D'ici peu de temps une station d'aérostation météorologique sera installée à Rome et plusieurs autres dans le nord de l'Italie. On se propose d’en créer une sur l'Etna.

L'observatoire météorologique du mont Rose, actuellement en construction, sera mis à la disposition de tous les savants étrangers. L'observatoire est installé à 4.500 mètres d'altitude. Toutes ces dispositions font le plus grand honneur à M. Baccelli, le distingué ministre, et à MM. Blanserna, Palazzo, Rizzo et Pochettino qui s'intéressent si activement à la météorologie.

Le « Méditerranéen n° 2 ». — M. le comte H. de La Vaulx nous a conduit aux ateliers où le distingué ingénieur M. Hervé dirige la construction et l'aménagement de la partie mécanique du Méditerranéen n° 2.

Nous y avons remarqué un moteur à pétrole Gobron-Brillé de 22 chevaux, auquel M. Hervé a fait subir d'importantes modifications, n'ayant plus le temps nécessaire pour faire construire le moteur qu'il a conçu, mais qu'il se réserve de monter de toutes pièces pour une autre expédition.

Ce moteur actionnera un propulseur lamellaire de 7 mètres de diamètre, qui présente un grand avantage sur l'hélice ordinaire. L'effort de cet appareil combiné avec l'effet déjà si probant des déviateurs Hervé produira certainement une déviation de plus de 80 degrés.

Un premier voyage aura lieu, si les conditions atmosphériques le permettent, entre le 13 etle15septembre. On n’expérimentera alors que les déviateurs à maxima, stabilisateurs, compensateurs et les treuils nouveaux. Dans la seconde traversée, qui aurait lieu à la fin de l’année ou en janvier 1903, l’aérostat sera muni du propulseur lamellaire et de son moteur.

A la date du 21 août, le ministre de la marine a fait savoir au comte de La Vaulx qu'il mettait à sa disposition un contre-torpilleur de l’escadre de la Méditerranée.

Rappelons que l'équipage se composera de MM. le comte de La Vaulx, le comte de Castillon de Saint-Victor, l'ingénieur Henri Hervé, le lieutenant de vaisseau Tapissier et du mécanicien Duhanot, constructeur des divers engins du ballon maritime.

14 heures en l’air à bord d’un 500. — MM. Mélandri et Leroux partis le 10 août, à 2 h. 20 du soir, du parc de l'Aéro-Club, à bord de l'Aéro-Club n° #4, du volume de 530 mètres cubes, ont atterri le lendemain, à 4 h. 30 du matin, à Giffaumont (Marne), après 14 heures 10 de séjour dans l'atmosphère, un record!

Les aéronautes ne disposaient que de 60 kilos de lest.

Paris-Trouville. — Le comte H. de La Vaulx, pilotant MM. le comte Economos et Paul Bonnard, élevé du pare de l’'Aéro-Club, le 15 août, à 8 h. 1/4 du soir, à bord de l'Aéro-Club n 2, a âtterri le lendemain, à 2 h. du matin, dans les environs de Trouville.

L’ascension du « Mistral ». — Le Mistral, parti de Liège (Belgique), vendredi dernier, à 6 h. du soir, a atterri le lendemain matin, à 5 heures, à Kempen (Westphalie), après avoir traversé l'exposition de Dusseldorf.

Le Mistral était piloté par M. Barbotte, accompagné de deux passagers.

Les Tabarins de l’atmosphère. — On mande de Tourcoing que le gymnasiarque Palmyr Duhem, éleve, le 15 août, du quartier des Frances, est retombé sur la berge du canal aussitôt, par suite d'une déperdition considérable de gaz.

Pendant le dégonflement, deux aides de bonne volonté, Desoubry et Bulcour, ont été à demi asphyxiés par le gaz. L'état de Desoubry serait très grave. ‘

Quand donc serons-nous débarrassés des « Tabarins de l'atmosphère » et des matériels sans nom qui leur tiennent lieu de ballons!

Le « Pax ». — L'ingénieur brésilien Reiss arrivera à Paris en octobre prochain, afin de prendre la direction des travaux de reconstruction du Pax, le « dirigeable » à bord duquel Severo et Saché trouvèrent la mort. :

Le challenge des femmes aéronautes. — Le J'avori, jaugeant 1.000 m*, piloté par M. Meyssonnier et ayant à bord Mme Lina de Vita, inscrite comme concurrente de la Coupe de la Vie au Grand Air, et M. Peccatte, parti du parc de l'Aéro-Club, le 18 août, à 3 h. 10 du soir, est descendu à Ransart, près de Doullens (Somme), à 6 h. 50, par vent violent.

Mme Lina de Vita a échoué dans sa tentative, la coupe reste donc provisoirement à Mme Magdeleine Savalle.

La compétitrice non découragée recommencera bientôt. Nous lui souhaitons meilleure chance.

700 kilomètres à vol d’oiseau. — Le comte de Castillon de Saint-Victor vient de franchir la distance la plus remarquable pour l’année 1902, départ de France.

Elevé du parc de l'Aéro-Club, le 19 août, à 9 heures du soir, il est descendu à Burg- Rundstadt, près de Kulmbach, en Bavière, le lendemain matin, à 11 heures, parcourant 700 kilomètres en 14 heures, soitune vitesse moyenne de 50 kilomètres à l'heure.

Le comte de Castillon de Saint-Victor pilotait l'Aéro-Club n° ?, avant à bord MM. Bedel et Keller.

C’est à la suite de l’indisposition d’un des passagers provoquée, à 3.800 mètres d’altitude, par un coup de soleil, que l'habile aéronaute décida l'atterrissage; quand la nacelle vint en contact avec le sol, il restait à bord encore 120 kilos de lest. Sans cet incident, le prix de la plus longue distance parcourue en 1902 (fondation de Castillon) était gagné.

Retour de Santos-Dumont. — Santos-Dumont est arrivé au Havre, à bord de la Touraine, le 22 août. L'intrépide aéronaute, après un court séjour sur les plages normandes, a gagné Paris le 26, où il continuera, très prochainement, la série de ses belles expériences. D

Indélicatesse d’un constructeur. — M. Cuyer, inventeur d’un ballon dirigeable, vient de poursuivre un horloger-mécanicien de Saint-Maixent, M. Lombard, qu'il avait chargé d'exécuter une réduction au vingtième de son aérostat.

Le peu gêné mécanicien, faisant trop attendre la livraison de son travail, a provoqué les soupçons de M. Cuyer, et s’est, après enquête, laissé convaincre d’avoir voulu vendre le modele réduit et les plans du dirigeable. Le tribunal a infligé à l'horloger indélicat 1.000 francs de dommages-intérèts.

Plus lourd que l'air. — Le 20 août, un inventeur mystérieux qui montait depuis quelques jours, dans la cour de l'hôtel de ville de Schaerbeck, près de Bruxelles, une nouvelle machine à voler, a tenté de faire une expérience. Il devait même exécuter un petit voyage à Malines par voie aérienne, et M. Kennis, bourgmestre de Schaerbeck, s'apprètait à suivre le nouvel homme volant dans son automobile. Or, la force d'inertie de la machine fut telle que l'aviateur, malgré tous les efforts de son protagoniste, n'a pu quitter le sol

Ballon tombé en mer. — L'A/cor, ballon de 350 mètres cubes, parti le 24 août, dans l'après-midi, de Dunkerque, est tombé en mer, à quelques kilomètres des côtes. Le remorqueur Le Progrès, de la Société dunkerquoise, a recueilli au large l'aéronaute, M. Gaston Hervieu, et son matériel aérestatique.

Les ballons en Ethiopie. — Le ras Makonnen, qui retourne en Ethiopie, est arrivé à Marseille, avant parmi ses bagages un ballon de 909 mètres cubes. Fe

Pendant son séjour en France, le ras a visité l'établissement central d'aérostation militaire de Chalais-Meudon, toutefois sans prendre part aux ascensions caplives exécutées devant lui.

Un concours de cerfs-volants. — M, Ern. Stuart Bruce, secrétaire honoraire de la Société Aéronautique d'Angleterre, nous fait savoir qu'un concours de cerfs-volants sera organisé par sa société en 1903. Le grand prix sera accordé au compétliteur qui aura atteint la hauteur la plus considérable.

A l’aérodrome de la Porte Maillot. — Parmi les plus fidèles habitués de l'aérodrome. il faut citer Mlle Jeanne Derval, amoureuse des ascensions captives diurnes et nocturnes. La sympathique artiste est enchantée de ses débuts aéronautiques et elle a retenu sa place à bord d’un des ballons libres qui s’élèveront prochainement chaque semaine de l'aérodrome.

Rappelons que les ascensions captives ont lieu de 9 heures du matin à 11 h. 1/2 du soir.

Tous les jours, de 2 à 7 heures et de 9 heures à minuit, concert instrumental sous la direction de M. Malet. Le soir, au programme, Mme Nettling, de l'Opéra, et M. Eugène Nège, le baryton si apprécié.

MM. les membres de l'Aéro-Club trouveront des tickets d’ascension à prix réduit au secrétariat du Club, 84, faubourg Saint-Honoré.

— Dans la nuit du 25 au 26 août, le captif est resté en panne à 200 mètres d'altitude. Cet incident, provoqué par le grippement de l'arbre de l’un des touages, s’est produit au cours d'un des essais à maxima (nacelle à vide) qui ont lieu hebdomadairement.

PARIS. *— IMPRIMERIT CMARLES BLOT, RUE BLEUE, % Le Directeur gérant : GEORGES BESANCON

Directeur-Fondateur : GrorGes BESANCON

10° Année — N°9 Septembre 1902.

PORTRAITS D’AÉRONAUTES CONTEMPORAINS

Emile JANETS

Fils du distingué docteur Ed.-J. Janets, cet aéronaute reçut dès son enfance les premières notions de physique expérimentale. L’aérostation l’attira particulièrement, et c'est avec passion qu'il dévora tous les ouvrages traitant de l'aéronautique ; nul plaisir ne valait à ses yeux le spectacle d’une ascension ; c'est ainsi qu'il assista à quelques-uns de mes départs, à ceux de Duruof, de Yon, de Camille d'Artois, des frères Godard, etc. Il accompagna son père venant porter secours aux naufragés de l'Univers.

Son père rêvait de faire de lui un médecin, mais, après avoir terminé ses études, Emile Janets fit son droit et devint avocat. M. Janets a tenu ce qu'il promettait ; c'est aujourd’hui un jeune homme d’allure distinguée, d’un phy-

EA

sique agréable, d’un caractère enjoué, affable, un esprit chaud et enthousiaste de la navigation aérienne, c'est aussi un des membres les plus aimés de cette puissante phalange d'aéronautes, l’Aéro-Club de France, qui compte dans son sein tant de personnages éminents et sympathiques. C'est là qu'il connut G. Besancon, Maurice Mallet, Georges Dubois, qui furent ses maîtres en aérostation et devinrent bientôt ses amis.

Emile Janets exécuta sa première ascension le 30 juin 1901, à bord de l'ancien Aéro-Club n° 2, en compagnie de son condisciple et ami E.-V. Boulenger, sous la direction de G. Besançon.

Cette ascension mouvementée et presque périlleuse exécutée par un temps affreux, permit à ce dernier d'apprécier les qualités aéronautiques des deux néophytes qu'il conduisait. Après un petit nombre d’ascensions faitees en compagnie de ses maîtres, le 24 novembre de la même année, Emile Janets, accompagné d'un autre jeune aéronaute, Georges Leys, pilota une remarquable ascension à bord du Saënt-Stanislas, jaugeant seulement 620 mètres, sonflé au gaz d'éclairage.

Le 23 février de l’année suivante, prenant le commandement de l'Arvel, notre jeune capitaine exécuta un splendide voyage de Rueil à Arras, voyage au cours duquel le docteur J. Cousteau procéda à différentes expériences physiologiques.

Le 9 mars, à bord du Phœbé, par un vent soufflant en tempête, avec un passager et malgré un départ difficile, 110 kilomètres furent couverts en soixante-dix minutes; le voyage se termina par une descente impeccable sans le moindre trainage, grâce à l'emploi de l’ancre G. Besançon.

Parmi les autres ascensions qu'Ermnile Janets eut la bonne fortune de piloter, citons celle du Phæbé, le 13 avril 1902, à l'issue de laquelle il put atterrir, après six heures de voyage, à 500 mètres d’un autre ballon, /’ Eden, parti du même endroit une demi-heure après lui. Le but de l'ascension était précisément, pour les deux aérostats, de voguer de conserve et d’atterrir le plus près possible l’un de l’autre.

Citons encore l'ascension d’inauguration du nouvel Aéro-Club n° 2, exécutée le 22 mai 1902, avec quatre passagers, parmi lesquels Mme Lapeyre et sa très charmante fille, première concurrente pour la Coupe des dames aéronautes.

Hélas! quelques jours après, la coupe était ravie à Mile Germaine Lapeyre par Mme Savalle montant l’£den, piloté par E.-V. Boulenger (Voyage de Paris à Heiteren (Alsace), 425 kilomètres environ en 15 h. 1/2. — Voir l'Aérophile, juillet 1902, page 171).

E. Janets faisait partie du voyage en qualité de second.

Enfin, le 7 août, pilotant l’/ris qui cubait seulement 430 mètres, gonflé au gaz d'éclairage, et ayant à peine 50 kilos de sable, M. Janets, en compagnie de son ami Boulenger, restait onze heures vingt-cinq minutes dans l'atmosphère, et après un parcours de 225 kilomètres, atterrissait ayant encore à bord de sa nacelle 15 kilos de sable, à Illy (Ardennes), se plaçant ainsi en tête des records des petits cubes.

En quatorze mois, notre jeune collègue n’a pas exécuté moins de 25 ascensions, dont une vingtaine comme pilote ou tout au moins comme second.

Le nombre des kilomètres parcourus par lui n’est pas inférieur à 2.200.

Grand voyageur, Emile Janets déteste les petites promenades en ballon, les « sauts de puce », comme dit Mallet; c’est toujours à regret qu'il dépense son lest et c’est avec un serrement de cœur qu’il se décide à atterrir.

Méticuleux à l'excès, Janets est infiniment prudent, son sang-froid et ses connaissances topographiques l'ont toujours servi au point que tous ses voyages se sont terminés heureusement. Et cependant, certains ne furent pas dépourvus d'émotions ; entre autres, la traversée nocturne de l’/rés citée plus haut,

En effet, à 2 h. 37 du matin, aux environs de la Chapelle-Monthodon (Aisne), par 500 mètres d'altitude, les aéronautes étaient le jouet d'une illusion pénible; il leur semblait que leur ballon prenait feu.

Cette impression était produite par la chute d’un aérolithe dont le passage était marqué par une traînée lumineuse ressemblant à une fusée. Le bolide s’est divisé en quatre ou cinq fragments excessivement brillants, projetant une lumière bleue et dégageant des vapeurs au moment de l'explosion. Le phénomène a duré trois secondes et demie, la direction de la traînée lumineuse était Est-Nord.

Il serait important de savoir si cet objet lumineux ne s’est pas détaché par hasard d’un point de la constellation de Persée où les météores, au commencement de la première moitié d'août, connus sous le nom de Perséides, ont été exceptionnellement nombreux; les astronomes soupçonnent qu'une éruption remarquable d'une richesse tout à fait inattendue a eu lieu cette année, mais ils ne peuvent être fixés à ce sujet à cause de leur répugnance invincible à confier leur savante et précieuse personne à la nacelle d'un aérostat.

Puisqu'ils refusent de se faire aéronautes, c’est aux aéronautes à se faire astronomes, et M. Emile Janets est assez instruit et assez dévoué à la science pour ne pas reculer devant cette obligation.

WILFRID DE FONVIELLE

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