LE BALLON CAPTIF DE L'EXPOSITION DE DUSSELDORF
L'année a été extrêmement mauvaise : grands vents, grêle, pluies et orages n’ont cessé de troubler profondément l'exploitation. De mémoire d’aéronaute, jamais on n’a vu de « captif » aussi malmené par l’inclémence des saisons.
Le gonflement eut lieu du 28 avril au 1% mai, le gaz hydrogène pur était produit par un appareil de campagne à circulation du type L. Godard.
Le 1% mai à midi, ouverture officielle de l'Exposition, le ballon était prêt à monter, mais la tempête qui avait soufflé pendant tout le gonflement ne permit pas d’ascensionner avant le 8 mai; ce jour-là, on fit seulement trois ascensions par un vent de 12 mètres de vitesse à la seconde, avec une force ascensionnelle de 1.100 kilos; neuf jours de pluie, vent et grêle suivirent et le thermomètre varia de — 20 à + 9.
A parür du 20 mai, la température se releva un peu de + 60 à + 280 au soleil, mais Fe vent et de très gros orages réduisirent à un nombre infime les ascensions possibles. ;
Fin mai, le temps était toujours si épouvantable que, pour éviter la destruction du matériel, on décida de suspendre le ascensions captives. L'’aérostat fut dégonflé avant qu’un terrible orage n’éclatàt.
Dans les trois semaines qui suivirent, plusieurs ascensions libres furent exécutées par l’aéronaute Eugène Godard, mais toutes ses ascensions furent contrariées par le vent et la pluie qui faisaient toujours rage.
Dans cette première période, on ne put faire que 111 ascersions captives (au lieu de 350, comme en temps normal).
Le 21 juin, le ballon regonflé après avis de diverses stations météorologiques, on recommença les asCensions captives à 450 mètres et dans les premiers jours on fit 70 ascensions qui permirent d'élever 980 personnes, mais l’accalmie fut de courte durée, et il fallut encore continuer à lutter contre le mauvais temps, qui ne permit qu'un nombre restreint d’ascensions, pendant tout le mois de juillet.
Le 6 août, sept semaines après la reprise, arriva, très brutalement, une terrible trombe de vent et d’eau qui détruisit ce magnifique ballon: il avait résisté, lutté vaillamment et bien souvent contre des vents de 28 à 30 mètres de vitesse par seconde, pendant cette terrible période de trois mois, mais ce jour-là la force de l'ouragan était trop considérable, il dut céder.
Pour donner une idée du temps en général, le 29 juin vers 4 heures (dix minutes après la rentrée du captif), le ballon pris sous ses amarrages d’équateurs et du cercle d'acier, c’est-à-dire au repos, son ballonnet sous 15 millimètres de pression, un coup de vent arriva et cassa net deux amarres à crochets, sur les six du cercle d'acier (chacun d’eux avait une force de 11.500 kilos).
Je crois devoir en passant donner quelques chiffres qui intéresseront les exploitations futures.
Sur les trois mois de marche, soit 90 jours :
Le nombre de jours de pluie, grêle et orages a été de 56 jours.
Le nombre de jours où le vent n’a pas permis une seule ascension a été de 33 jours.
77 ascensions ont été exécutées avec une force ascensionnelle au départ entre 500 à 700 kilos ; 229 ascensions ont été exécutées avec une force ascensionnelle au départ entre 701 à 900 kilos, et 76 ascensions ont été exécutées avec une force ascensionnelle au départ entre 901 à 1.100 kilos.
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La force ascensionnelle était toujours réglée d’après la puissance du vent.
Dans 42 ascensions, le dynamomètre pendant la montée ou la descente a dépassé 1.250 kilos et a atteint jusqu’à 2.150 kilos (à cette ascension, avec 230 mètres de cäble, sous le coup de vent le ballon est descendu à 50 mètres du sol ; le câble avait une inclinaison sur la verticale de 76°).
Ce capüf fonctionnait avec un treuil à vapeur, monté sur chariot à quatre roues (et portant chaudière, partie mécanique, touage et tambour), de la force de 27 chevaux, du type Louis Godard.
Ballon captif de Dusseldorf
En 8 jours on a exécuté moins de 5 ascensions.
En 20 — — — 10 — EDRORREE — — 15 — In Æ — — — 20 — PNR == — 30 —
Le nombre total des ascensions a été 382 (au lieu de 1.000 à 1.100). Le nombre de voyageurs enlevés a été de 4.589, ce qui fait une moyenne de 12 par ascension (le lest à bord par ascension était de 125 kilos avec 110 kilos d'engins d'arrêt). Le ballon eubait 3.250 m’, était en soie pongée d’une résistance dans les deux sens de 950 kilos, le ballonnet à air avait 400 m°. La force ascensionnelle nette était, le premier jour, de 2.110 kilos et, le dernier jour, de 1.990 kilos, soit une diftérence seulement de 120 kilos pendant la durée de l'exploitation ; c'est du reste grâce à cette force ascensionnelle que l'on pouvait lutter avec quelque avantage
contre les vents par lesquels on osait ascensionner. Chaque fois que le ballon pouvait monter, l’affluence du publie était considérable, bien plus que le nombre de personnes que l’on pouvait prendre à bord: le chiffre maximum de voyageurs dans une même ascension a été 29. M. le Dr Wilms, le très aimable Commissaire général de l'Exposition, a pris part à l'ascension d'inauguration et à une ascension libre. MM. Eugène Godard fils, aéronaute en premier, et À. Moucheraud, aéronaute en second de ce ballon captif, ont eu un service très. dur et très pénible ; M. J. Gourier était chargé du treuil et du générateur à gaz.
De ce qui précède, on peut conclure que, dans l'avenir, il est absolument nécessaire d'avoir des ballons plus gros de cube et en soie double, permettant de disposer d’une force ascensionnelle plus grande et d'avoir à l’intérieur du ballon une pression plus considérable ; dans ces conditions, on pourrait tenir en échec les vents violents comme ceux qui ont soufflé cette année, Ce qui serait une garantie pour les capitaux engagés.
Louis GopArn