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PARTIE NON OFFICIELLE

RÉuNIoN pu CoMiTEÉ DU 6 NOVEMBRE 1902

La réunion du Comité est présidée par M. le comte Henry de La Vaulx.

Sont admis membres du Club : MM. Georges Breittmayer, Gabriel Laiïllet de Montullé, le baron Nivière.

Sur la proposition de M. Georges Besançon, le Comité décide la création d’une « Commission technique de locomotion aérienne ». MM. Tatin, Archdeacon et Besancon sont chargés d'élaborer le règlement et de dresser une liste des personnalités susceptibles de faire partie de la dite commission.

Le Comité décide de décerner chaque année, à partir de 1903, une médaille d'argent à l'aéronaute qui du 1% janvier au 31 décembre aura franchi la plus longue distance; semblable récompense sera attribuée à l'aéronaute ayant accompli le plus long séjour dans l'atmosphère.

Le Comité décide, en outre, que la remise des médailles d’or aura:lieu au diînerconférence du jeudi 4 décembre prochain, auquel seront officiellement invités les quatre titulaires : MM. le comte Henry de La Vaulx, Santos-Dumont, Henri Deutsch de la Meurthe et Robert Lebaudy.

Sur la proposition de M. le comte de Castillon de Saint-Victor, il est décidé qu'à partir du 1° janvier 1903, le gaz sera livré, au pare de Saint-Cloud, au prix

de 1% centimes le mètre cube, pour les sociétaires ascensionnant ensemble, ou accompagnés de dames parentes, ou encore de leurs enfants âgés de moins de dixhuit ans.

Le Comité prie M. Hervé de dresser la liste des ouvrages traitant de l’aéronautique, qui seront acquis par le Club et mis à la disposition des membres.

DiNER-CONFÉRENCE DU 6 NOVEMBRE 1902

Au diner-conférence, présidé par M. le comte Henry de La Vaulx, assistaient : MM. Victor Tatin, docteur Guglielminetti, Georges Besançon, Lahens, Lemerle, Bigault de Granrut, Sénécal, Tinel, Malfait, Lahm, Chanteaud, Bordé, Archdeacon, Giraud, Arrault, Mallet, Brisson, Wilfrid de Fonvielle, Bachelard, Nocquet, Dubois, François, Blanchet, Peyrey, Joly, Louis Pillet, Corot, H. Lachambre, Rémond, Finot, Peccatte, Simons.

Après le diner, il est procédé au tirage au sort des membres inscrits pour l'ascension mensuelle à prix réduit, la dernière de l'année. Sont désignés : MM. Louis Pillet, Lemerle et Bourdelles. Le ballon sera piloté par M. Bachelard.

Puis, le comte de La Vaulx donne la parole au docteur Guglielminetti.

CONFÉRENCE DU DOCTEUR GUGLIELMINETTI SUR LE MAL DE MONTAGNE ET LE MAL DE BALLON

M. le docteur Guglielminetti s'exprime en ces termes :

Cette question du mal de montagne et du mal de ballon est de toute actualité à notre époque où la science aérostatique réalise d'immenses progrès et où, d'autre part, la médecine préconise les cures d’altitudes pour les anémies et surtout pour le traitement de la tuberculose.

Malheureusement l'air de la montagne ne convient pas à tous ces malades. Pourquoi ? Nous n'en savons rien. Une faible altitude de 1.500 à 2.000 mètres n’est souvent pas supportée. Dans les hautes altitudes, des accidents très graves peuvent survenir. Ainsi est mort le D' Jacottet, à 4.400 mètres (Mont Blanc, cabane Vallot); ainsi sont morts, à 8.000 mètres. les deux aéronautes Crocé-Spinelli et Sivel, dans leur ascension célèbre du ballon Le Zénith.

Les expériences que je fis pendant mon séjour au Mont Blanc, les récentes ascensions que j'exécutai en Suisse avec M, Spelterini, l'expédition aérienne que j'ai organisée à Paris en novembre dernier me donnaient l'autorité nécessaire pour traiter ce sujet. La physiologie de la fatigue, et de la vie dans les hautes régions, est encore dans son enfance.

N'est-il pas frappant de constater que, dans nos Alyes, le ma! de montagne sévit à partir de 3.500 mètres, tandis qu'aux pays de l'équateur des milliers d'hommes vivent à une altitude de 4 à 5.000 mètres ?

J’admets que les hommes ainsi que les plantes peuvent vivre à une altitude d'autant plus grande, qu'ils s'approchent de l'équateur.

Des hauteurs bien supérieures ont été atteintes en ballon dans nos régions (Tissandier avec Sivel et Crocé-Spinelli, les deux victimes de leur tentative hardie, a atteint 8.600 mètres ; Balsan et L. Godard, 8.400 mètres ; Berson et Suring, 10 500 mètres) et il serait intéressant de savoir quelle altitude on pourrait atteindre en ballon, aux Indes ou dans l’Amérique du Sud.

Tous ces aéronautes et alpinistes ont souffert de la raréfaction de l'air dans les hautes régions, mais les aéronautes n’ont été incommodés qu'à partir de 6.000 mètres seulement, tandis que les montagnards souffrent aux environs de 4.000 mètres dans nos Alpes, et à partir de 5.000 à 6.000 mètres aux pays de l'équateur. Il est done indiscutable que des êtres vivants transportés à une certaine hauteur dans l’atmosphère éprouvent des modifications profondes dans le fonctionnement de leurs organes et cela surtout quand ils font un effort musculaire. Le mal des altitudes est causé par la hauteur, et non par la fatigue, mais les efforts peuvent l’'augmenter.

On a le sentiment, même lorsqu'on se sent relativement bien, que les efforts exécutés sur une haute montagne pourraient provoquer le mal. Et c’est justement cette relation entre le mal de montagne et la fatigue, qui en rend l'étude si difficile.

Les nombreuses escalades de montagnes, les séjours prolongés à ces altitudes afin d’étudier Finfluence de la raréfaction de l'air sur l'organisme, ne suffisent pas pour résoudre cette question d’une façon nette et précise. Car la fatigue musculaire intervient et, de plus, le chan- -gement d'altitude trop lent, permet au corps de s’acclimater progressivement aux conditions nouvelles qui lui sont imposées.

Il fallait donc chercher la solution à l'aide de la locomotion aérienne. Grâce aux ballons, -des hommes et des animaux peuvent être transportés en un laps de temps très court et sans fatigue à l'altitude voulue ; le corps n'ayant pas le temps de s’accommoder à la dépression, les physiologistes peuvent mieux se rendre compte de la vie aux altitudes comparée à l'existence

dans la plaine. Et comme j'ai pu me convaincre moi-même de la possibilité d'exécuter des recherches physiologiques très délicates en ballon, je me suis adressé à quelques membres de l'Académie de médecine, et à la Commission d’aérostation scientifique de l’Aéro-Club. C'est ainsi que la série des ascensions physiologiques fut organisée à Paris et continuée à Berlin et à Vienne.

D'après Paul Bert, le mal des montagnes serait dû à l'insuffisance de tension de l'oxygène dans l’air, au manque de ce gaz dans le sang. Mais la valeur de cette théorie n'est pas certaine et les expériences de laboratoire ont prouvé que la quantité d'oxygène dans le sang des animaux ne variait guere jusqu à une dépression de 410 mètres. Fort courageusement Haldane expérimentant sur lui-même, a démontré qu'on peut détruire l'oxygène dans l'air inspiré. jusqu'à 10 0/0 au lieu de 21 0/0, sans ressentir d’autres troubles qu'une respiration plus profonde et plus fréquente; ce n'est que lorsqu'il ne resta dans l’àir que 8 0/0 d'oxygène que :e visage du courageux docteur prit la couleur du plomb et que le moindre effort déterminait chez lui une syncope avec perte de connaissance. S il manque de l'oxygène à 2.000 mètres, c’est si peu de chose, qu’en respirant un peu plus profondément ou un peu plus fréquemment, cette insuffisance serait largement compensée.

M. Jacques Balsan, qui détient le record de la hauteur en France, a atteint le 23 septembre 1900 l'altitude de 8.417 mètres, accompagné de M. Louis Godard, l’aéronaute bien connu. A

artir de 6,000 mètres, le travail leur devint difficile, Godard ne pouvait plus écrire, il prit de ‘oxygène et fut remis de suite. Balsan a souffert non seulement jusquà ne plus pouvoir manœuvrer, mais encore au point qu'il lui fut impossible d'approcher le tube d'oxygène de sa bouche; Godard lui présentant le tube vivement, en une minute et demie Balsan fut debout. Le même jour, M. le comte de La Vaulx et son compagnon M. Maison ont atteint 7.200 metres; à 6.000 mètres, Maison voulut jeter un sac de lest, mais les forces lui manquèrent, il lâcha le sac par-dessus bord et retomba inerte au fond de la nacelle. De La Vaulx lui enfonçant immédiatement la tétine du tube sauveur au fond de la bouche, le ramena en quelques secondes. N'est-ce point merveilleux !

Le 31 juillet 1901, M. le professeur Berson, accompagné du D‘ Süring, se sont attribué le record mondial de l'altitude en s’élevant à 10.500 mètres.

Et, fait caractéristique, dès qu'ils cessaient les inhalations d'oxygène, les palpitations augmentaient, ils trébuchaient pour ne se remettre que par de copieuses bouffées de gaz vivifiant.

Dans la majorité des cas, les aéronautes en proie à ce mal singulier, se sentent comme entraînés dans un autre monde, ils s’évanouissent sans souffrance et, quand ils reviennent à eux, ils leur semble qu’il aurait été doux de mourir ainsi.

Lors d’une quintuple ascension physiologique, en fin novembre 1901, dix docteurs ont été élevés jusqu'à l'altitude de 4.500 mètres (altitude maxima pour cette première expédition), personne n’a souffert des symptômes du mal de ballon ; à peine la respiration était-elle un peu accélérée et plus profonde. Les échanges respiratoires n’ont guère varié et le coefficient respiratoire est resté sensiblement le même dans la plaine, comme dans l'altitude. Dans le sang des différents animaux emmenés, il ne manquait aux différents étages ni d'oxygène, ni d'acide carbonique. L’examen spectroscopique a révélé une diminution considérable de la durée de réduction de l'oxyhémoglobine en hauteur et l'examen microscopique du sang a prouvé une augmentation considérable des globules rouges, c’est-à-dire une richesse plus grande du sang dans les éléments qui président aux échanges respiratoires et nutritifs. Il importait de savoir si cette richesse du sang est réelle ou apparente.

C'est ce que ces recherches en ballon ont démontré, car la rapidité avec laquelle cette augmentation (8 à 10 pour 100 à 3.500 mètres) s’opérait. jointe à l'absence absolue de corpuscules en voie de segmentation et venant corroborer ce fait qu'à terre ce nombre supplémentaire de globules rouges disparaît sans laisser de résidus constatables, a prouvé que cette prétendue augmentation n'est point réelle, mais apparente seulement et est due à un mécanisme particulier d'épaississement du sang.

Le Président remercie et félicite le docteur Guglielminetti qui a vivement intéressé l'assemblée.

Ensuite, M. Simons qui, malgré son ardent désir, n’a pas été admis à assister aux expériences du dirigeable Jaune, à Moisson, a fait passer sous les yeux de l'auditoire une série de projections photographiques prises au téléobjectif, à 600 mètres de distance, et, résultat merveilleux, étonnant même, les membres de l'A. C. ont été aussi documentés que s'ils s'étaient trouvés à 20 mètres du mystérieux dirigeable des frères Lebaudy.

Cette très intéressante réunion s'est terminée par l’explication de l’inédite collection des vues du Méditerranéen II, faite par le comte de La Vaulx.

ASCENSIONS A PRIX RÉDUIT

La dernière ascension à prix réduit de l’année, offerte par l’Aéro-Club à ses membres, a eu lieu le mercredi 19 novembre, à 10 h. 25 du matin. M. Bachelard, qui conduisait l'Aéro-Club n° 3 (1.200 m°), a procédé au départ sous une avalanche de neige. L’aéronaute était accompagné de MM. Lemerle et Bourdelles.

La descente a eu lieu à 4 h. 40 du soir, à Champhol, à 2 kilomètres de Chartres. La neige s'était accumulée en quantité invraisemblable sur le dôme de l’aérostat. L'altitude maxima atteinte a été de 750 mètres, correspondant à une température de — 6.

L’AÉRONAUTIQUE AU GRAND PALAIS

Le 25 novembre, les exposants de la classe 10 (Aérostation) se sont réunis au Grand Palais pour choisir leur emplacement.

Nous avons reconnu : MM. Cossard, H. de La Vaulx, Eray, Desjardins, Tinel, Smitter, Mallet, Lahens,Duhanot; MM. Armengaud jeune et Triboulet, pour la Société française de navigation aérienne; M. Saunière, pour l’Aéronautique-Club et M. Surcouf; M. Peccatte, représentant MM. Lachambre, David et Cuyer.

La classe 10 occupera quatre salons du premier étage, à gauche de l'escalier monumental. Deux entrées seront affectées à cette partie de l'Exposition, l’une donnant dans la grande salle où seront exposés les lots de la tombola, l’autre faisant issue à gauche du grand escalier.

M. Mallet exposera un aérostat allongé et une disposition pour l'équilibre automatique du ballon explorateur de M. Léo Dex.

M. Lachambre aura une série complète de photographies des récentes constructions qu'il a exécutées.

M. Cossard collaborera à l'œuvre commune par l'exposé des plans d’un dirigeable.

La nacelle gréée du Méditerranéen II sera présentée par M. le comte H. de La Vaulx.

MM. Eray, Cuyer, Desjardins, Tinel, Smitter et Lahens exposeront chacun les modèles réduits de leur aéronat.

La Société française de navigation aérienne et l'Aéronautique-Club présenteront, l’une, la collection de M. Hureau de Villeneuve, et l’autre, son matériel aérostatique.

M. David exposera un propulseur à réaction.

Dans le salon particulier de l’Aéro-Club, des gravures anciennes, la collection Tissandier, la collection Louis Bereau, les bustes, par le sculpteur Nocquet, de Severo, de de Bradsky et de Morin, la Coupe des femmes aéronautes, la maquette du monument des aéronautes du siège, par Bartholdi, un matériel de ballon du siège de Paris : le Volta, à M. Janssen, les photographies agrandies de tous les aéronats expérimentés jusqu’à ce jour, des vues prises en ballon par MM. Boulade et une foule d’objets divers attireront tout particulièrement l'attention des visiteurs sur ce coin pittoresque et très scientifique du Salon de l'Automobile, du Cycle et des Sports.

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